n, im^ yr^l- )» 'fh. i^-SX-^-/. «-•S. 54» *■":• •%# '^. ^W .* ■% v^ ■i.-4*-^ '^'1^ -ff- :^'^m ^ "^ .Jk^ H HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY or TIIK MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY H>\,\-^^ J.11!RAR\- OF LOUIS CAliOT, U.C., 1858. GIFT UF HENRY B. BIGELOW. ^Vi^\\.,\V^ ^i m !r ^ "si HISTOIRE NATURELLE DES QUADRUPÈDES QYIPARES ET DES SERPENS. TOME TROISIÈME. HISTOIRE NATURELLE DES QUADRUPÈDES OVIPARES ET DES SE RPENS , PAR LE C^N LACEPÈDE. TOME TROISIEME. A PARIS, Chez Saugrain, graveur, rue du Cimetière Andrë-des-Arcs , no lo. L'AN VII DE LA RÉPUBLIQUE. ■«*r^ — calmar. Coluher candidus, — couleuvre blanchâtre. Coluher canus , — grison. Coluher cohella , — cobel. Coluber cœrulescens, — couleuvre bleuâtre. Coluher cœruleus , — bluet. Coluher cérastes , — céraste. Coluher cinereus , — couleuvre cendrée, Coluber constrictor , — lieu. Coluber corallinus, , — corallin. Coluber coniutus , — céraste. Coluher cyaneus, — coul. verte et bleue, Coluber dipsas, — dipse. Coluber doUatus , — couleuvre annelée. ALPHABÉTIQUE. 27 ^Colnherdoinesticus, — coul. domestique. Coluber domicella , — couleuvre des dames, Coluber exoletus , — couleuvre décolorée. Coluber fasciatus , — vampum. Coluber fiU for mis , — fil. Coluber fuluus, — couleuvre noire et fauve. Coluber fuscus, — couleuvre sombre. Coluber getulus , — cliaîiie. Coluber guttatus, — fyrie. Coluber gultatus , — couleuvre mouclielée> Coluber hippocrepis , — fer-à-cheval. Coluber hjdrus, — hydre. Coluber jaculatrix , — dard. Coluber jugularis , — rouge-gorge. Coluber lacteus , — lacté. Coluber laticaudatus , — coul. queue-plate Coluber lebetiiius , — lébeliu. Coluber lemuiscatus , — coul. galonnée. Coluber llneatus , — couleuvre rayée. Coluber maurus y — couleuvre maure. Coluber melaaocephalus , — lête-noire. Coluber miliaris , — couleuvre miliaire. Coluber mexicanus , — couleuvre mexicaine. Coluber Minervœ , — couleuvre de Minerve, Coluber molurus , — molure. Coluber monilis, — demi-collier. 28 TABLE Coluler mucosus , — couleuvre muqueuse. Coluber mycterlzans , — couleuvre nasique. Coluher natrlx , — couleuvre à collier. Coluber nebulatus , — couleuvre nébuleuse. Coluber niv eus , — couleuvre très-blanche. Coluber ordinatus, — ibibe. Coluber opivorus , — couleuvre ovivore. Coluber padera , — padère. Coluber pallidus , — couleuvre pâle. Coluber pellas, — couleuvre pëlie. Coluber petalarius , — couleuvre pétalaire. Coluber petola , — pëtole. Coluber pUcatilis, — bali. Coluber prester , — vipère noire. Coluber pullatus, — couleuvre minime. Coluber punctatus , — couleuvre ponctuée. Coluber reginœ , — rëgine. Coluber rhombeatus , -- coul. rhomboïdale. Coluber saturninus , — couleuvre saturnine. Coluber saurlta , — sa u ri le. Coluber scaber, — couleuvre rude. Coluber schyta, — couleuvre schyte. Coluber scutatus, -~ couleuvre cuirassée. Coluber seperus , — couleuvre hébraïque.. Coluber sibilan s , — malpole. Coluber simus» -^ couleuvre camuseï ALPHABÉTIQUE. 29 Coluber sirtalis , — couleuvre sirtale. Coluhcr situla , — couleuvre situle. Coluber slolatus , — chayque. Coluber striatii lus, — couleuvre striée- Coluber trisca lis , — triscale. Coluber tjphius, — Ijphie. Coluber tyria, — tyrie. Coluber vipera y — vipère d'Égyple. Coluber vipera Anglorum, — vipère noire. Coluber viridissimus , — couleuvre verle. Coluber vittatus , — couleuvre rubanée. Colubro nero , — couleuvre à collier. Coîistrictor auspex , — devin. Constrlctor diuiniloquus , — devin. Constrictor formosissimus , — devin. Constrictor rex serpentum , — devin. Copper-belly snake , — couleuvre striée. Coronella austriaca , — couleuvre lisse. Coronella petola , — pëtole. Couleuvre chasseuse , — devin. Couleuvre commune, — couleuvre à collier. Couleuvre commune , — coul. d'Esculape. Couleuvre commune , — orvet. Couleuvre commune , — quatre-raies. Couleuvre commune, — conl. verte et jaune. Couleuvre jaune, — fer-de-lance. 3o TABLE Couleuvre rousse, — fer- de-la née. Couleuure vulgaire, — couleuvre suisse, Coureresse, — couresse. Crotalus horrldus , — bo i q u i ra . Crotalus miliaris , — millet. Crota lus m utus , — boa m u e L Cyiichrias, — ainmodyle. D JJépone, — devin. Dipsade, — vipère noire. Dipsas indica, — couleuvre atroce, jDouble-marcheur , — auiphisbèue enfume. Draco , — devin, Draco serpens , — devin. JDruinus , — amniodyle. Ecacoatl , — boiquira. ^''E-vi.ha., — vipère commune femelle. ''Evk, — vipère commune mâle. Embamina , — devin. Empereur, — devin. Enydris, — eoydre, ALPHABÉTIQUE. 3i F Tedagoso, — devin. G Gereiide , — devin. Giarende , — devin. Giboja , — devin. Glass snake , — anguis jaune et brun. Gorende, — devin. Grand hydre , — devin. Grand serpent d'eau , — devin.' Grande couleuvre , — devin. Green snake , — couleuvre verdâtre. Guimpe , — couleuvre ovivore. Guimpuaguara, — couleuvre ovivore. H Hog-nose snale , — groin. Hydrus , — couleuvre à collier, I— J Jhihoca, — ibibe. Ikijara , — amphi&bène enfumé. 32 T A B L E Jaculus, — aurore. Jihoya, — devin. Jurucucu, — devin. K KepaV-iç, — cërasle. Koluiu, — demi-collier. Ks^yj, — lébetiu. Lamanda, — devin. Langnasige , — angiiis long-nez. Laticauda imbricata , — queue-lancéolée» Laticauda scutata, — queue-plaie. Lemnisque , — couleuvre galonnée. Losange, — laphiati. M Malpolon , — couleuvre asiatique. MalpoloTi, — malpole. Mamballa, — devin. Mangeur de chenilles, — couleuvre agile. Mèie de Veau, — devin. Miliaris, — ammodjle, Minia, — devin. Moqueur, — . couleuvre rubauée. ALPHABÉTIQUE. 33 N Naja brasiliensis, — serpent à lunettes du Pérou. Naja fascia ta , — naja. Naja lutescens, — naja. Naja maculata, — naja. Naja non naja, — naja. Naja siamensis , — naja. Nalle pambou , — naja. Nez retroussé , — couleuvre nasique. Natrix yEsculapii , — bande-uoire. Natrix ahœtulla , — boiga. Na trix aulica , — la ph ia t i . Natrix cœrulescens , — couleuvre bleuâtre. Natrix exoleta, — couleuvre décolorée. Natrix filiformis , — fil. Natrix flagelUformis , — couleuvre nasique Natrix hippocrepis , — fer-à-cheval. Natrix lemniscata , — couleuvre galonnée. Natrix mucosa , — couleuvre muqueuse. Natrix longissima , — couleuvre à collier. Natrix mycterizans, — couleuvre nasique. Natrix saturnina, — couleuvre saturnine. Natrix torquata , — couleuvre à collier. Natrix vittata, — couleuvre rubanée. Natrix vulgaris , — couleuvre à collier. r 34 TABLE o Ophria, — ophrie. Oularsawa, — couleuvre jaune et bleue- nanî — couleuvre mouchetée. Serpenta chaperon, — naja. Serpent à collier, — couleuvre à collier. Serpent coral , — anguis rouge. Seipent cornu , — aminody te. Serpent cornu , — céraste. Serpent couronné , — naja. Serpent des dames, — couleuvre des darnes^ Serpent fétiche , — daboie. Serpent idole , — daboie. Serpent impérial, — devin. Serpenta large queue, — queue-lancéolée. Serpent à large queue > — queue-plate. Serpent à lunettes , — naja. Serpent mangeur de rats, — ■ boa ralivore. Serpent nageur, — couleuvre à collier. Serpent d'or'eil/e, — lombric. Serpenta queue plate , — platur^. 36 TABLE Serpent sans tache . — coul. très-blanclie. Serpent à sonnette , — dryiuas. Serpent tigré, — aspic. Serpent à t'entre couleur de cuwre, — cou- leuvre striée. Serpent de verre , — anguis jaune et brun. Serpent de verre , — orvet. Sipedon , — sipède. Tœ œhên , — lyrie. Tamacuilla huilia, — devin. Tangedor, — boiquira. Tetrauchoaittleoa , — bojobi. Teuthlaco , — durissus. Teuthlaco zauhqui , — boiquira. Teuthlaco zouphj , — durissus. Tehua , — broderie. Tleoa , — broderie. Trasgobane , — aiuphisbèue enfumé. Triangle , — couleuvre joufflue. Typhlops, — orvet. Water snaJce , — couleuvre à collier. Jf^alervipsr, — serpeul à ionuelte piscivore. ALPHABÉTIQUE. 3j T^iper , — vipère commune. Vipera angUca nigricnns , — vipère iioire. Fripera Brasiliœ caudisona , — boiquira. fripera caudisona , — boiquira. F~ipera indica vitlata gesticularia , — naja. P'ipera rnaculata, — aspic. F'ipera Mosis , — vipère commuue. p'ipera pileata , — naja. Vipera vera Iiidiœ orientalis > — vipère com- mune. Vipère cornue , — céraste. Vipère cornue d'Illyrie , — ammodjte. Vipère d\eau> — serpent à sonuelte pisci- vore. Vipère du Japon , ■ — conîenvre hébraïque. Vipè}-e jaune de la Marlinique, — fer-de- lance. X Xalxalhua , — devin. Xaxathua , — devin. Xequipiles, — dard. Y Yacu-mama , — devin. Yellow snake, — deviu- Scrpens, I î ï. / HISTOIRE NATURELLE DES SERPENS, " — ■ ' - ' » ■ DISCOURS SUR LA NATURE DES SERPENS. A. la suite des nombreuses espèces des quadrupèdes et des oiseaux , se présente Tordre des serpens ; ordre remarquable en ce qu'au premier coup d'ceil , les ani- maux qui le composent paroissent pri- vés de tout moyen de se mouvoir , et uniquement destinés à vivre sur la place où le hasard les fait naître. Peu d'ani- maux cependant ont les mouvemens aussi prompts et se transportent avec autant d© 40 DISCOURS vitesse que le serpent ; 11 égale presque , par sa rapidité , une flèche tirée par un tras vigoureux, lorsqu'il s'élance sur sa proie ou qu'il fuit devant son ennemi ; chacune de ses parties devient alors connue Tin ressort qui se débande avec violence ; il semble ne toucher à la terre que pour en rejaillir , et , pour ainsi dire , sans cesse repoussé par les corps sur lesquels il sjappuic , on diioit qu'il nage au mi- lieu de l'air en rasant la surface du ter- rain qu'il parcourt. S'il veut s'élever en- core davantage , il le dispute à plusieurs espèces d'oiseaux par la facilité avec la- quelle il parvient jusqu'au plus haut des arbres, autour desquels il roule et dé- roule son corps avec tant de promptitude, que l'œil a de la peine à le suivre. Sou- vent inénie, lorsqu'il ne change pas en^ core de place, mais qu'il est prêt à s'élan- cer , et qu'il est agité par quelque affec- tion vive , comme l'amour, la colère ou la ciainte, il n'appuie contre terre que sa qticue , qu'il replie en contours sinueux; il redresse avec fierté sa tête; il relève avec vitesse le devant de son corps , et^ su R L ES SERPENS. 41 le retenant dans une attitude droite et perpendiculaire , bien loin de paroitre uniquement destiné à ramper , il offre rimage de la force , du courage , et d'une sorte d^empire. Placé par la Nature à la suite des qua- drupèdes ovipares, ressemblant à un lé- zard qui seroit privé de pattes , et pou- vant sur-tout être quelquefois confondu avec les espèces que nous avons nommées seps et chalcide ' , ainsi qu'avec les rep- tiles bipèdes ^ , le serpent réunit cet ordre des quadrupèdes ovipares à celui des poissons , avec plusieurs espèces desquels il a un grand nombre de rapports exté- rieurs , et dans lesquels il paroît en quel- que sorte se dégrader par des nuances successives offertes par les anguilles, les murènes proprement dites , , les gyra-^ notes , etc. Malgré la grande vitesse avec laquelle ]e serpent échappe , pour ainsi dire , à ' "Voyez l'article du seps et celui da chalcide^ dans l'Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares. * Article des reptiles bipèdes , à la suite de l'Histoire dçs quadrupèdes ovipares. 42 DISCOURS la surface sur laquelle il s'avance , plu- sieurs points de son corps portent sur la terre , même dans le temps où il paroît le moins y toucher ; et il est entièrement privé de membres qui puissent le tenir élevé au-dessus du terrain , ainsi que les quadrupèdes : aussi le nom de reptile nous a-t-il paru lui appartenir principa- lement , et celui de seqjent vient-il dese/- />e/e , qui désigne l'action de ramper. Cette forme extérieure, ce défaut absolu de bras , de pieds , et de tout membre propre à se mouvoir, le caractérise essen- tiellement , et empêche qu'on ne le con- fonde, même à l'extérieur, avec aucun des animaux qui ont du sang , et parti- culièrement avec les murènes propre- ment dites , les anguilles et les autres^ poissons , qui ont tous des nageoires plus ou moins étendues et plus ou moins nom- breuses. Les limites qui circonscrivent Tordre des serpens sont donc tracées d'une ma- nière précise , malgré les grands rapports qui les lient avec les ordres voisins. Leurs espèces sont en grand nombre ;, SURLESSEBPENS. 43 nous en décrivons plus de cent quarante dans cet ouvrage : quelques unes par- viennent à une grandeur très -considé- rable ; elles ont plus de trente pieds , et souvent même de quarante pieds , de lon- gueur *. Toutes sont couvertes d'écaillés ou de tubercules écailleux , comme les lézards et les poissons , qu'elles lient les uns avec les autres ; mais ces écailles va- rient beaucoup par leur forme et par leur grandeur : les unes, que Ton nomme plaques , sont hexagones , étroites et très- alongées ; les autres , presque rondes , ou ovales , ou rbomboïdales , ou quarrées ; celles-ci entièrement plates; celles-là relevées par une arête saillante , etc. Toutes ces diverses sortes d'écaillés sont différemment combinées dans les espèces particulières de serpens : les uns en ont de quatre sortes , les autres de trois , les autres de deux , les autres n'en ont que d'une seule sorte ; et c'est principalement en réunissant les caractères tirés de la forme , du nombre et de la position de * Voyez à ce sujet, dans cette Histoire natu- lelle , l'article du dccin* 44 DISCOUTIS ces écailles , que nous avous pu parvenir à distinguer non seulement les genres , mais encore les espèces de serpens , ainsi qu'on pourra le voir dans la table mé- thodique de ces animaux. Si , avant d'examiner les habitudes na- turelles de ces reptiles, nous voulons jeter un coup d'œil sur leur organisation interne, et si nous commençons par con- sidérer leur tête , nous trouverons que la boîte osseuse en est à peu près conformée comme celle des quadrupèdes ovipares : cependant la partie de cette boîte qui représente l'os occipital , et qui est faite en forme de triangle dont le sommet est tourné vers la queue , ne paroît pas en général avancer autant vers le dos que dans ces quadrupèdes ; elle garantit peu l'origine de la moelle épinière , et voilà pourquoi les serpens peuvent être atta- qués avec avantage, et recevoir aisément la mort par cet endroit mal défendu. Le reste de leur charpente osseuse pré- sente de grands rapports avec celle de plusieurs espèces de poissons ; mais elle QÏÏiG cependant une conformation qnl s U R L E s s E R P E N s. 45 leur est particulière , et d'après laquelle il est presque aussi aisé de les distinguer que d'après leur foruie extérieure. Elle est la plus simple de toutes celles des ani- maux qui ont du sang : elle ne se divise pas eu diverses branches pour donner naissance aux pattes comme dans les quadrupèdes, aux ailes comme dans les oiseaux , etc. ; elle n'est composée que d'une longue suite de vertèbres qui s'é- tend jusqu'au bout de la queue. Les apo- physes ou éminences de ces vertèbres >;ont placées , dans la plupart des serpeus , de manière que l'animal puisse se tourner dans tous les sens , et même se rcpliev plusieurs fois sur lui-même ; et d'ailleurs, dans presque tous ces reptiles, ces ver- tèbres sont très- mobiles , les unes relati- vement aux autres, l'extrémité postérieure de chacune étant terujinée par une sorte de globç qui entre dans une cavité de la vertèbre suivante, et y joue librement comme dans une genouillère. De chaque côté de ces, vertèbres sont attachées des côtçs ordinairement d'autant plus lon-r gués qu'elles sont plus près du milieu d'A 46 DISCOURS corps , et qui , pouvant se mouvoir en différens sens , se prêtent aux divers mou- vemens que le serpent veut exécuter. Vers rextrcmité de la queue , les ver- tèbres ne présentent plus que des émi- nences , et sont dépourvues de côtes*. Ces vertèbres et ces côtes composent toute la partie solide du corps des serpens : aussi leurs organes intérieurs ne sont -ils défendus, dans la partie de leur corps qui touche à terre , que par les plaques ou * J'di voulu savoir si le nombre des vertèbres el des cotes des serpens a quelque rapport coustant* avec les dinfcrenics espcces de tes auiiiiaux. J'ai disséqué plusieurs individus de diverses espèces de serpeus , et j'ai remarqué que le nombre des ver- tèbres et des eûtes augmentoit ou dimiuuoit dans les couleuvres , les boas , et les serpens à sonnettes , avec celui des plaques qui recouvrent le dessous du corps de ces reptiles; de telle sorte qu'il y avoit toujours une vertèbre, et par conséquent deux côtes, pour chaque plaque. Mais mes observations n'ont pas été assez multipliées pour que j'en re- garde le résultat comme consiant. Voyez dans l'ar- ticle intitulé, Nomenclature des serpens ^ ce que l'on peut penser du rapport du nombre de ces plaques avec l'âge du le sexe des reptiles, etc. SURLESSERPENS. 47 grandes écailles qui les revêtent par- des- sous , et par une matière graisseuse con- sidérable que Ton trouve souvent entre la peau de leur ventre et ces mêmes or- ganes. Cette graisse doit aussi contribuer à entretenir leur chaleur intérieure , à préserver leur sang des effets du froid, et à les soustraire, pendant quelque temps, à l'engourdissement auquel ils sont su- jets , dans certaines contrées , à l'approche de l'hiver ; elle leur est d'autant plus utile , que la chaleur naturelle de leur sang est peu considérable : ce fluide ne circule dans les serpens qu'avec len- teur , relativeiuent à la vitesse avec la- quelle il coule dans les quadrupèdes vivi- pares et dans les oiseaux. Et comment seroit-il poussé avec autant de force dans les reptiles que dans les oiseaux et les vi- vipares, puisque le cœur des serpens n'est composé que d'un ventricule*, et puis- * L'oreillelte du cœur de plusieurs espèces de serpens est conformée de manière à paroîire double, ainsi que dans un gi-and nombre de quadrupèdes ovipares ; mais aucun de ces reptiles n'a deux ven- tricules. 4S DISCOURS que la communication entre le sang qui y arrive et le sang qui en sort , peut être indépendante des oscillations des pou- mons et de la respiration , dont la fré- quence échauffe et anime le sang des vivi- pares et des oiseaux ? Le jeu du cœur et la circulation ne se- roient donc point arrêtés dans les ser- pens par un très - long séjour sous Teau ^ et ces animaux pourroient rester habituel- lement dans cet élément , comme les pois- sons , si Tair ne leur étoit pas nécessaire , de même qu'aux quadrupèdes ovipares , pour entretenir dans leur sang les quali- tés nécessaires à son mouvement et à la vie , pour dégager ce fluide des principes surabondans qui en engourdiroient la masse , ou y porter ceux de liquidité qui doivent l'animer *. Les serpensne peuvent donc vivre dans IVau sans venir souvent à la surface, et la respiration leur est presque aussi nécessaire que si leur cœur étoit conformé comme celui de l'homme et des quadrupèdes vivipares, et que la Discours sur la nature des quadrupèdes ovi- paies. s U R L E s S E R P E N S. 4() circulation de leur sang ne put avoir lieu qu'autant que leurs poumons aspire- loient l'air de l'atmosphère. Mais leur respiration n'est pas aussi fréquente que celle des qnadrupèdes vivipares et des oiseaux; au .lieu de resserrer et de dila- ter leurs poumons par des oscillations promptes et régulières , ils laissent échap- per avec lenteur la portion d'air atmos- phérique qu'ils ont aspirée avec assez de rapidité, et ils peuvent d'autant plus se passer de respirer fréquemment, que leurs poumons sont très - grands en comparai- sou du volume de leur corps , ainsi que ceux des tortues , des crocodiles , des sala- mandres, des grenouilles, etc.', et que dans certaines espèces , telles que celle du boiquira, la longueur de ces viscères éga- lant à peu près les trois quarts de celle du corps , ils peuvent aspirer à la fois une très-grande quantité d'air. Ils sont pourvus de presque autant de viscères que les animaux les mieux orga- nisés ; ils ont un œsophage ordinaire- ment très-long , et susceptible d'une très- grande dilatation , un estomac , un foie 5 5o DISCOURS avec son conduit, une vésicule du fiel , une sorte de pancréas , et de lougs intes- tins , qui , par leurs circuits , leurs divers diamètres, et les espèces de séparations' transversales qu'ils contiennent, forment plusieurs portions distinctes analogues aux intestins grêles et aul gros intestins des vivipares, et, après plusieurs sinuosi- tés, se terminent par une portion droite, par une sorte de rectum , comme dans les quadrupèdes. Ils ont aussi deux reins , dont les conduits n'aboutissent pas à une vessie proprement dite , ainsi que dans les quadrupèdes vivipares , mais se dé- chargent dans un réservoir commun , semblable au cloaque des oiseaux, et où «e mêlent de même les excrémens , tant solides que liquides. Ce réservoir com- mun n'a qu'une seule ouverture à l'ex- térieur ; il renferme, dans les mâles , les parties qui leur sont nécessaires pour perpétuer leur espèce, et qui y demeurent cachées jusqu'au moment de leur accou- plement : c'est aussi dans l'intérieur de ce réservoir que sont placés , dans les femelles, les oriJÛQes des deux ovaires; SUR LES S ERP EN S. 5r et voilà pourquoi , dans la plupart des serpens , et excepté certaines circons- tances rares , voisines de raccouplement de ces animaux , on ne peut s'assurer de leur sexe d'après la seule considération de leur conformation extérieure. Presque toutes les écailles qui recou- vrent les serpens, et particulièrement les grandes lames qui sont situées au-dessous de leur corps , sont mobiles indépendam- ment les unes des autres : ils peuvent re- dresser chacune de ces lauies par un. muscle particulier qui y aboutit. Dès-lors chacune de ces pièces, en s'élevant et eu se rabaissant, devient une sorte de pied , par le moyen duquel ils trouvent de la résistance , et par conséquent un point d'appui dans le terrain qu'ils parcourent , et peuvent se Jeter, pour ainsi dire, dans le sens où ils veulent s'avancer. Mais les serpens se meuvent encore par un moyeu plus puissant ; ils relèvent en arc de cercle une partie plus ou moins étendue de leur corps ; ils rapprochent les deux extrémi- tés de cet arc , qui portent sur la terre ; et lorsqu'elles sont près de se toucher , l'une 52 T) I s c o r n s ou l'autre leur sert de point d'appui pour s'élancer , en applatissant la partie qui étoit élevée en arc de cercle. Lorsqu'ils veulent courir en avant, c'est sur Fextré- niité postérieure de cet arc qu'ils s'ap- puient; et c'est au contraire sur la partie antérieure, lorsqu'ils veulent aller en ar- rière. Chaque fois qu'ils répètcist cette action, ils font, pour ainsi dire, un pas ^e la grandeur de la portion de leur corps qu'ils ont courbée , sans compter l'éten- due que peut donner à cet intervalle parcouru , l'élasticité de cette même por- tion de leur corps qu'ils ont pliée , et qui les lance avec roideur en se rétablissant. Ces arcs de cercle sont plus ou moins élevés, ou plus ou moins multipliés, dans chaque individu , suivant son espèce , sa grandeur, ses proportions, sa force , ainsi que le besoin qu'il a de courir plus ou moins vite ; et tous ces arcs, en se débandant successivement , produisent cette sorte de mouvement que l'on a ap- pelé vermiculalre ^ parce que les vers pro- prement dits, qui sont dépourvus de SURLESSERPENS. 53 pieds , aiusi que les scrpens , sont égale- ment obligés de remployer pour cbaugcr de place. Pendant que les serpens exécutent ces divers mouvemens , ils portent leur tête d'autant plus élevée au-dessus du terrain, qu'ils ont plus de vigueur et qu'ils sont animés par des sensations plus vives ; et comme leur tête est articulée avec l'épine du dos , de manière que la face forme nu angle droit avec cette épine dorsale, les serpens ne pourroient point se servir de leur gueule , ne verroieiit point devant eux, et ne s'avanceroient qu'en tâton- nant dans les momens où ils relèvent la partie la plus antérieure de leur corps , s'ils n'en replioient alors l'extrémité de manière à conserver à leur tête une posi- tion horizontale. Quoique toutes les portions du corps des serpens jouissent d'une grande élas- ticité , cependant, dans le plus grand nombre d'espèces , ce ressort ne doit pas être également distribué dans toutes les parties: aussi la plupart des serpens ont- ils plus de facilité pour avancer que pour 5 54 DISCOURS reculer. D'ailleurs les écailles qui les re- vêtent , et particulièrement les plaques qui garnissent le dessous du ventre, se recouvrent mutuellement , et sont cou- chées de devant eu arrière les unes au- dessus des autres. Il arrive de là que lorsque les serpens les redressent , elles forment contre le terrain un obstacle qui arrête leurs mouvemcus , s'ils veulent aller en arrière ; tandis qu'au contraire lorsqu'ils s'avancent , la surface qu'ils parcourent applique ces pièces les unes contre les autres dans le sens où elles se recouvrent naturellement. Quelques espèces cependant , dont le corps est d'une grosseur à peu près égale à ses deux extrémités , et qui , au lieu de plaques , n'ont que des anneaux circu- laires , paroissent jeuir de la faculté de se mouvoir presque aussi aisément en ar- rière qu'en avant , ainsi que nous le ver- rons dans la suite * : mais ces espèces ne forment qu'une petite partie de l'ordre dont nous traitons. * Articles des serpens amphishènes. s U R L E s s E R P E N s. 55 Lorsque certains scrpens , au lieu de se mouvoir progressivement pendant un temps plus ou moins considérable , et par une suite d'efforts plusieurs fois répétés , ne cherchent qu'à s'élancer tout d'un coup d'un endroit à un autre , ou à se jeter sur une proie par un seul bond , ils se roulent en spirale au lieu de former des arcs de cercle successifs ', ils n'élèvent presque que la tête au-dessus de leur corps ainsi replié et contourné; ils tendent, pour ainsi dire , toutes leurs parties élas- tiques , et réunissant par-là toutes les forces particulières qu'ils emploient l'une après l'autre dans leurs courses ordi- naires , alongeant tout d'un coup toute leur masse , et leurs ressorts se débandant tous à la fois , ils se déroulent et s'élancent vers l'objet qu'ils veulent atteindre , avec la rapidité d'une flèche fortement vibrée, et en franchissant souvent un espace de plusieurs pieds. Les serpens qui grimpent sur les arbres, s''y retiennent en entourant les tiges et les rameaux par les divers contours de leur corps -, ils en parcourent les branches 56 DISCOURS de la même manière qu'ils s'avancent sur la surface de la terre ; ils s'élancent d'un arbre à un autre , ou d'un rameau à un rameau , en appuyant contre l'arbre une portion de leur corps , et en la pliant de manière qu'elle fasse une sorte de ressort, et qu'elle se débande avec force; ou bien ils se suspendent par la queue, et, balan- çant à plusieurs reprises leur corps qu'ils alongent avec effort , ils atteignent la branche à laquelle ils veulent parvenir, sV attachent en l'embrassant par plu- sieurs contours de leur partie antérieure , se resserrent alors , se raccourcissent , ramassent pour ainsi dire leur corps , et retirent à eux leur queue qui leur avoit servi à se suspendre. Les très-grands serpens l'emportent en longueur sur tous les animaux , en y comprenant même les crocodiles , dont la grandeur est la plus démesurée , et qui ont depuis vingt-cinq jusqu'à trente pieds de long , et en n'en exceptant que les ba- leines et les autres grands cétacées. A l'autre extrémité cependant de l'échelle qui comprend tous ces reptiles arrangés SUR LES SE 11 PEN s. Sy par ordre de grandeur , ou en voit qui ne sont guère plus gros qu'un tuyau de plume , et dont la longueur, qui n'est que de quelques pouces , surpasse à peine celle des plus petits quadrupèdes , tant ovipares que vivipares. L'ordre des ser- pens est donc celui où les plus grandes et les plus petites espèces diffèrent le plus les unes des autres par la longueur. Mais fti , au lieu de mesurer une seule de leurs dimensions , on pèse leur masse , on trou- vera que la quantité de matière que ren- ferment les serpens les plus gigantesques, est à peu près dans le même rapport avec la matière des plus petits reptiles , que la masse des grands éléplians , des hippo- potames , etc. avec celle des rats , des mu- saraignes , des plus petits quadrupèdes vivipares. Ne pourroit-on pas penser que , dans tous les ordres d'animaux , la même pro- portion se trouve entre la quantité de matière modelée dans les grandes espèces, et celle qui est employée dans les petites ? Mais, dans l'ordre des serpens, tous les développemens ont dû se faire en Ion- 58 DISCOURS gueur plutôt qu'en grosseur ; sans cela , ces reptiles , et sur-tout ceux qui sont énormes , privés de pattes et de bras , auroient à peine exécuté quelques mou- vemens très -lents. La vitesse de leur course ne doit-elle pas en effet être pro- portionnée à la grandeur de Tare que leur corps peut former pour se débander euvsuite ? Auroient-ils pu se plier avec facilite , et chercher sur la surface du terrain des points d'appui qui rempla- çassent les pieds qui leur manquent ? Ne pouvant ni atteindre leur proie, ni échap- per à leurs ennemis , n'auroient-ils pas été comme des masses inertes exposées à tous les dangers et bientôt détruites? La matière a donc dû être façonnée dans une dimension beaucoup plus que dans une autre, pour que le produit de ce travail pût subsister , et que l'ordre des serpens ne fût pas anéanti , ou du moins très-di- minué ; et voilà pourquoi la même pro- portion de masse se trouve entre les grands et les petits reptiles d'un côté , et les grands et les petits quadrupèdes de l'autre , quoique les énormes serpens l'eni- s U R L E s s E R P E N s. Si) portent beaucoup plus par leur longueur sur les plus petits de ceux que Ton coii- noît , que les éléplians ne surpassent les musaraignes et les rats par leur dimen- sion la plus étendue. Entre les limites assignées par la Nature à la longueur des serpens, c'est-à-dire , depuis celle de quarante ou même cin- quante pieds jusqu'à celle de quelques pouces, on trouve presque tous les de- grés intermédiaires occupés par quelque espèce ou quelque variété de ces reptiles , au moins à compter depuis les plus courts jusqu'à ceux qui ont vingt ou vingt-cinq pieds de longueur. Les espèces supérieures paroissent ensuite comme isolées: ceci se trouve conforme à ce que l'on a déjà re- marqué dans les quadrupèdes vivipares*, et prouve également que dans la Nature les grands objets sont moins liés que les petits par des nuances intermédiaires. Mais voilà donc, depuis la petite étendue de quelques pouces jusqu'à celle de vingt- cinq pieds , presque toutes les grandeurs * Voyez les articles de l'éléphant et des autres ^'ands (juadrupbdcs. 6o DISCOURS^ intermédiaires représentées par autant d'espèces , ou du moins de races plus ou moins constantes ; et cela ne suffiroit-il pas pour montrer la variété qui se trouve dans l'ordre des serpens ? Il semble , à la vérité, au premier coup d'œil , que des espèces très -multipliées doivent se res- sembler presque entièrement dans un ordre d'animaux dont le corps, toujours formé sur le même modèle, ne présente aucun membre extérieur et saillant qui , par sa forme et le nombre de ses parties , puisse offrir des différences sensibles. IVIais si l'on ajoute à la variété des longueurs des serpens celle des couleurs éclatantes dont ils sont peints , dépuis le blanc et le rouge le plus vif jusqu'au violet le plus foncé, et même jusqu'au noir; si l'on observe que ce grand nombre de cou- leurs sont merveilleusement fondues les unes dans les autres , de manière à ne présenter que très -rarement la même teinte, lorsqu'elles sont diversement éclai- rées par les rayons du soleil ; si l'on se retrace tout à la fois ce nombre de ser- pens dont les uns n'ofîrent qu'une seule s U R L E s s E R P E N s. 6i ïinance , tandis que les antres brillent de plusieurs couleurs plus ou moins con- trastées , enchaînées, pour ainsi dire , eu réseaux , distribuées en lignes , s'éten- dant en raies , disposées en bandes , ré- pandues par taches, semées en étoiles, r.^prcsentant quelquefois les figures les plus régulières, et souvent les plus bi- zarres ; et si Ton réunit encore à toutes ces différences celles que Fou doit tirer de la position , de la grandeur et de la forme des écailles, ne verra-t-on pas que Tordre des serpens est un des plus variés de ceux qui peuplent et embellissent la surface du globe? Toutes les espèces de ces animaux lia- bitent de préférence les contrées chaudes ou tempérées : on en trouve dans les deux mondes , où ils paroissent à peu près éga- lement répandus en raison de la chaleur, de riiumidité, et de Tespace libre. Plu- sieurs de ces espèces sont communes aux deux continens ; mais il paroît qu'en gé- néral ce sont les plus grandes qui ap- partiennent à un plus grand nombre de contrées différentes. Ces grandes espèces 6 62 DISCOURS ayant plus de force et des armes plus meurtrières , peuvent exécuter leurs mou- vemens avec plus de promptitude, sou- tenir pendant plus de temps une course plus rapide, se défendre avec plus d'a- vantage contre leurs ennemis , chercher et vaincre plus facilement une proie , se répandre bien plus au loin , se trouver au milieu des eaux avec moins de crainte , nager avec plus de constance , lutter contre les flots, voguer avec vitesse au milieu des ondes agitées , et traverser même des bras de mer étendus. D'ailleurs ne pourroit-on pas dire que le moule des grandes espèces est plus ferme , moins soumis aux influences de la nourriture et du climat? Les petites espèces ont pu être aisément altérées dans leurs proportions , ' dans la forme ou le nombre de leurs écailles, dans la teinte ou la distribution de leurs couleurs , de manière à ne plus présenter aucune image de leur origine : les changemens qu'elles auront éprou- vés n'auront point porté uniquement sur la surface; ils auront pénétré, pour ainsi dircj dans un intérieur peu busceplible SUR LES SERPE N s. 63 de résistance : toutes ces variations au- ront influé sur leurs habitudes; et ne pou- vant pas opposer de grandes forces aux accidens de toute espèce, non plus qu'aux vicissitudes de ratmosplière , leurs mœurs auront changé de plus en plus , et tout aura si fort varié dans ces petits animaux, quç bientôt les diverses races sorties d'une souche commune n'auront pas présenté assez de ressemblance pour constituer une même espèce. Les grands serpens au contraire peuvent bien offrir , sous les divers climats, quelques difiérences de couleurs ou d'habitudes qui marquent l'influence de la terre et de l'air , à la- quelle aucun animal ne peut se soustraire: mais, plus indépcndans des circonstances de lieux et de temps , plus constans dans leurs habitudes , plus inaltérables dans leurs proportions, ils doivent présenter plus souvent , dans les pays les plus éloi- gnés , le nombre et la nature de rapports qui constituent l'identité de l'espèce. Ce seront quelques uns de Ces grands serpens, nageant à la surface de la mer , fuyant gur les eaux un ennemi trop à craindre 64 DISCOURS pour eux , ou jetés au loin par les vagues agitées, élevaut avec fierté leur tète au- dessus des flots , et se recourbant avec agi- lité en replis tortueux , qui auront fait dire, du temps de Pline, ainsi que le rapporte ce grand naturaliste , qu'on avoit vu des migrations par mer de dra- gons ou grands serpens partis d'Ethiopje, et ayant près de vingt coudées de lon- gueur , et qui auront donné lieu aux divers récits semblables de plusieurs voyageurs modernes. Mais il n'en est pas des serpens comme des quadrupèdes vivipares : moins parfaits que ces animaux, moins pourvus de sang, moins doués de chaleur et d'activité inté- rieure , plus rapprochés des insectes, des vers , des animaux les moins bien orga- nisés , ils ne craignent point l'humidité lorsqu'elle est combinée avec la chaleur : elle semble même leur être alors très-fa- vorable; et voilà pourquoi aucune espèce de serpent ne paroît avoir dégénéré en Amérique : on doit penser , d'après les récits des voyageurs , qu'elles n'ont rien perdu j dans ces pays nouveaux, de leur SURLESSERPENS. 65^ grandeur ni de leur force ; et même dans les terres les plus inondées de ce conti- nent , les grands serpens présentent une longueur peut - être plus considérable que dans les autres parties du nouveau monde *. Si riiumidité ne nuit pas aux diverses espèces de serpens , le défaut de chaleur leur est funeste : ce n'est qu'aux environs des contrées équatoriales qu'on rencontre ces énormes reptiles , l'efl'roi des voya- geurs ; et lorsqu'on s'avance vers les régions tempérées , et sur-tout vers les contrées froides , on ne trouve que de très-petites espèces de serpens. L'on peut présumer que ce n'est pas la chaleur seule qui leur est nécessaire ; nous sommes assez portés à croire que , sans une certaine abondance de feu électrique répandu dans l'atmosphère , tous leurs ressorts ne peuvent pas être mis en jeu avec avantage , et qu'ils ne jouissent pas par conséquent de toute leur activité. U semble que les temps orageux , où le Yojez les articles particuliers de celle His- loire. 66 DISCOURS fluide électrique de ratuiosphère est dans cet état de distribution inégale qui pro^ duit les foudres , animent les serpens au lieu de les appesantir , ainsi qu'ils abat- tent riiomiue et les grands quadrupèdes: çVst principalement dans les contrées très-chaudes que la chaleur , plus abon- dante, peut , en se combinant , produire une plus grande quantité de fluide élec- trique ; c'est en effet vers ces contrées équatoriales que le tonnerre gronde le plus souvent et avec le plus de force; et voilà donc deux causes , l'abondance de la chaleur, et la plus grande quantité d& feu électrique , qui retiennent les grandes espèces de Tordre des serpens aux envi- rons de l'équateur et des tropiques. On a écrit mille absurdités sur l'accou- plement des serpens : la vérité est que le mâle et la femelle , dont le corps est très-flexible , se replient l'un autour de l'autre , et se serrent de si près , qu'ils paroissent ne former qu'un seul corps à deux têtes, Le maie fait alors sortir par son anus les parties destinées à féconder sa femelle ^ et qui sont doubles dans le& SUR LES SE HP EN s. 67 serpens , ainsi que dans plusieurs quadru- pèdes ovipares , et communément cette union intime est longuement prolongée ^ * Sans cette durée de leur accouplement il sei-'oit souvent infécond : ils n'ont point, en effet, de vé- sicule séminale , et ii paroît que c'est dans cette espèce de réservoir que la liqueur prolifique des animaux doit se rassembler, pour que, daus un court espace de temps, ils puissent en iburmr une quantité suffisante à la fécondation. Les testicules où cette licpieur se prépare, ne peuvent la laisser échapper que peu à peu ; et d'ailleurs les conduits par où elle va de ces lesilcules aux organes de la génération, étant très-longs, très-étroits, et plu- sieurs fois repliés sur eux-mêmes, dans les serpens, il n'est pas surprenant qu'ils aient besoin de de- meurer long-temps accouplés pour que la féconda- tion puisse s'opérer. 11 en est de même des tortues et des autres quadrupèdes ovipares, qui, n'ayant pas non plus de vésicule séminale, demeurent unis pendant un temps assez long; et cette umon très- prolongée est, en quelque sorte, forcée dans les ser- pens , par une suite de la conformation de la double verge du mâle; elle est garnie de petits piquans tournés en arrière, et qui doivent servir à l'animal à retenir sa femelle, et peut-être à l'animer. Au reste, l'impression de ces aiguillons ne doit pas lire très -forte sur les parties sexuelles de la 68 DISCOURS Tous les serpeus vieiiueiit cl'uu œuf, ainsi que les quadrupèdes ovipares , les oiseaux et les poissons : mais , dans cer- taines espèces de ces reptiles , les œufs éclosent dans le ventre de la mère ; et ce sont celles auxquelles on doit donner le nom de x^ipères , au lieu de celui de v/t/- pares, pour les distinguer des animaux vivipares proprement dits *. femelle, car elles sont presque loujours cartilagi- neuses. On peut consulter à ce sujet, dans les Transactions philosophiques , n«> 144, les obser- vations de M. Tyson, célèbre anatoniiste , dont nous adoptons ici l'opinion. * Nous croyons, pour éviter loute difficulté re- lativement à cette expression d'of^ipare et à la propriété qu'elle désigne, devoir exposer ici la dif- lerence c|u il y a entre les animaux vivipares pro- prement diis et les ovipares; différence qui a été très-bien sentie par plusieurs naturalistes. On peut , à la ngueur, regarder tous les animaux comme venant d'un œuf, et dès-lors il sembleroit qu'on ne pourroit distinguer les vivipares d'avec les ovipares que par la propriété de mettre au jour des petits tout formés, ou de pondre des œufs. Mais l'ou doit admettre deux sortes d'œufs. Dans la première, le foetus est renfermé dans une enveloppe que l'oa SUR LES s ERP EN s. 69 Le nombre des œufs doit varier suivant les espèces. Nous ignorons s'il diminue nomme amnlos y avec un peu de liqueur qui peut ]ui fournir Je premier aliment; mais comme cette liqueur n'est pas suffisante pour le nourrif pendant son dt'veloppement, l'oeuf est Hé par un cordon ombilical, ou par quelque autre communication, avec le corps de la mère, ou quelque corps étranger don^^e fœtus tire sa nourriture : cet œuf ne pou- vant pas suffire à l'accroissemenl ni même à l'en- tretien de l'animal, n*est donc qu'un œuf incom- plet; et tels sont ceux dans lesquels sont renfermés les fœtus de l'homme et des animaux à mamelles, qui ne peuvent point être appelés ot^ipares, puis- qu'ils ne produisent pas d'œuf parfait, d œuf pro- prement dit. Les œufs de la seconde sorte sont, au coniraire, ceux qui contiennent non seulement un peu de liqueur capable de sustenter le fœtus dans les premiers momens de sa formation, mais encore toute la nourriture qui lui est nécessaire jusqu'au ntoment où il brise ou dccliire ses enveloppes pour venir à la lumière. Ces derniers œufs sont pondus bientôt après avoir été formés; ou s'ils demeurent dans le ventre de la mère, ils n'y tienuent en au- cune manière; ils en sont entièrement indépendans, ils n'-en reçoi\'ent que de la chaleur, ils sont vérita- blement complets ; ce sont des œufs proprement dus, et tels sont ceux des oiseaux , des poissons, des serpens et des quadrupèdes cjui n'ont poinâ 70 DISCOURS en proportion de la grandeur des ani- maux , ainsi que dans les oiseaux , et de de mamelles. Tous ces animaux doivent être ap- pelés ovipares , parce (ju'ils viemienl d'un véritable œuf- ei si dans quelques espèces de Tordre des poissons ou de celui des quadrupèdes sans mamelles, ou de celui des serpens, les œufs éclosent dans le ventre même de Ja mère, d*où les peiits sortent tout formés, ces œufs sont toujours des œuls par- faits^et isolés j les animaux c[ui en éclosent doivent être appelés ovipares ; et si ou en noma e quelques uns vipères ou vit^ipares , pour les di;uinguer de ceux qui pondem , et dout 1 incubation ne se fait pas dans le ventre même de la mère, il ne faut point les considérer comme des vivipares propre- ment dits, ce nom n'appartenant qu'aux animaux dont les œufs sont incomplets et ne contiennent pas toute la nourriture nécessaire au fœtus. On doit donc distinguer trois manières dont \ç^s ani- maux viennent au jour : premièrement, ils peuvent sortir d'une enveloppe à laquelle ou peut, si l*on veut , donner le nom û'œufj mais qui ne forme cju'un œuf imparfait et nécessairement lié avec un corps étranger ou le ventre de la mère ; seconde- ment, ils peuvent venir d'un œuf complet et isolé, éclos dans le ventre de la mère ; et troisièmement, ils peuvent sortir d'un œuf aussi isolé et coujplet, mais pondu plus ou moins de temps avant d'éclore. Ces deux dernières manières sont les mêmes quant SUR LESSERPENS. 71 même que le nombre des petits dans les quadrupèdes -vivipares : on a jusqu'à présent trop peu observé les mœurs des reptiles , pour qu'on puisse rien dire à ce sujet. L'on sait seulement qu'il y a des espèees de vipères qui donnent le jour à plus de trente vipereaux ; et l'on sait aussi que le nombre des œufs, dans cer- taines espèces de serpens ovipares des contrées tempérées , va quelquefois jus- qu'à treize. au fond ; elles clifFerent beaucoup de la première mais elles ne dllfèrent l'une de l'autre que par les circousiances de l'incubation ; dans la seconde la clialeur intérieure du ventre de la mère développe le vériiable œuf, tandis que , dans la troisième, la chaleur extérieure du corps de la mère, ou la cha- leur plus étrangère du soleil et de l'atmosphère, le fait éclore. Les animaux qui viennent au jour de la seconde et de la troisième manière sont donc égale- ment ovipares : j'ai donc été fondé à donner ce nom, avec la plupart des naturalistes, aux tortues crocodiles, lézards, salamandres, grenouilles, et autres quadrupèdes sans mamelles; et tous les ser- pens , même les vipères , doivent être aussi regardés comme de vrais ovipares, très-différens également, par leur minière de venir au jour, des vivipares proprement dits. ^2 DISCOURS Les œufs , dans quelques espèces , ne sortent pas l'un après l'autre iinuiédiate- nient : la femelle paroît avoir besoin de se reposer après la sortie de chaque œuf. Il est même des espèces où cette sortie est assez difficile pour être très-douloureuse. Une couleuvre femelle qu'un observa- teur avoit trouvée pondant ses œufs avec lenteur et beaucoup d'efforts , et qu'il aida à se débarrasser de son fardeau , paroissoit recevoir ce secours , non seu- lement sans peine , mais même avec uii plaisir assez vif; et en frottant mollement le dessus de sa tête contre la main de l'observateur , elle sembloit vouloir lui rendre de douces caresses pour son bien- fait. L'on ignore encore combien de jours s''écoulent dans les diverses espèces, entre la ponte des œufs et le moment où le ser- penteau vient à la lumière. Ce temps doit être très - relatif à la chaleur du climat. Les femelles ne couvent point leurs ceufs ; elles les abandonnent après la pojate j elles les laissent quelquefois sur la s U R LE S S E R P (£ N S. 78 terie une , sur-tout dans les contrées tiès-cliaudes : mais le plus souvent elles les couvrent avec plus ou moins de soin , suivant que Tardeur du soleil et celle de Tatuiosplière sont plus ou moins vives; nous verrons même que certaines espèces qui habitent les contrées tempérées , les déposent dans des endroits remplis de végétaux en putréfaction , et dont la fer- mentation produit une chaleur active '^. Si Ton casse ces œufs avant que les petits soient éclos , on trouve le serpen- teau roulé en spirale. U paroît pendant quelque temps immobile : mais si le terme de sa sortie de l'œuf n'étoit pas bien éloi- gné , il ouvre la gueule et aspire à plu- sieurs reprises l'air de l'atmosphère ; ses poumons se remplissent , et le jeu alter- natif des inspirations et des expirations est pour lui un nouveau moteur assez puissant pour qu'il s'agite , se déroule et commence à ramper. Lorsque les petits serpens sont éclos ou qu'ils sont sortis tout formés du ventre * Vojez pariiciilièremcnt i'ariicJe de la cou- Icupre à collier. SiffUlS. III" 7 74 DISCOURS de leur mère , ils traînent seuls leur frêle existence ; ils n'apprciiiieiit de leur mère , dont ils sont séparés , ni à distinguer leur proie , ni à trouver un abri ; ils sont réduits à leur seul instinct : aussi doit - il en périr beaucoup avant qu'ils soient assez développés et qu'ils aient acquis assez d'expérience pour se garantir des dangers. Et si nous voulons recher- cher quelle peut être la force de cet ins- tinct , si nous examinons pour cela les sens dont les scrpens ont été pourvus , nous troviverons que celui de l'ouïe doit être très-obtus dans ces animaux. Nom seulement ils sont privés d'une conque extérieure qui ramasse les rayons sonores, mais ils sont encore dépourvus d'une ou- verture qui laisse parvenir librement ces mêmes rayons jusqu'au tympan , auquel ils ne peuvent aboutir qu'au travers d'é- cailles assez fortes et serrées l'une contre l'autre. Leur odorat ne doit pas être très- fin , car l'ouverture de leurs narines est petite et environnée d'écaillés : mais leurs yeux , garnis , dans la plupart des espèces , a'une membrane clignotante qui les pré- SURLESSERPENS. yS serve de plusieurs accideus et des effets d'une lumière presque toujours trop vive dans les climats qu'ils habitent, sont ordi- nairement brillans et animés , très-mo- Liles , très-saillans , placés de manière à recevoir l'image d'un espace étendu ; et la prunelle pouvant aisément se dilater et se contracter , admet un grand nom- bre de rayons lumineux , ou arrête ceux aui nuiroient à ces organes *. Leur vue doit donc être , et est en effet , très-pcr- cante. Leur goût peut d'ailleurs être assez actif, leur langue étant déliée et fendue de naanière à se coller aisément contre les corps savoureux ^. Leur toucher même ^ Lorsque la piunelle est resserrée, elle est très- alongée , comme dans les cliaîs, les oiseaux de proie de nuit, etc. et elle forme une fente hori- zontale dans ceilaines espî^ces, et verticale clans d'autres, quand la tête du serpent est parallèle à l'horizon. =* Elle est ordinairement étroite, mince, déliée, et composée de deux 'corps longs et ronds, réunis ensemble dans les deux tiers de leur longueur. Pline a écrit qu'elle étoit fendue en trois: elle peut îs paroîtve lorsque le serpent l'agite vivement j mais 76 DISCOURS doit être ^ssez fort. ïlsiiepeuveutpas, à lar vérité, appliquer imniédialcuieiît aux dif- férentes surfaces la partie sensible de leur corps; ils ne peuvent recevoir par le tact Fimpression des objets qui les environ- nent, qu'au travers des dures écailles qui les revêtent; ils n'ont point de membres divisés en plusieurs parties , des mains , des pieds , des doigts séparés les uns des autres , pour embrasser étroitement ces mêmes objets : mais comme ils peuvent former facilement plusieurs replis autour de ceux qu'ils saisissent , qu'ils les tou- chent , pour ainsi dire , par une sorte de main composée d'autant de parties qu'il y a d'écaillés dans le dessous de leur elle ne l'est réellement qu'en deux. Dans la plupart des espèces, elle est renrerméc presque en en liée dans un fourreau, d'où l'animal peut la faire sortir en l'alongeant ; il peut même lu darder hors de sa gueule sans remuer ses mâchoires, et sans les sé- parer l'une de l'autre, ia mâchoire supérieure a3?aDt au-dessous du nuiseau une "petite échancrure par où la langue peut passer, et par où, en eft'et, ou voit souvent déborder les deux pointes de cet or- gane, même dans l'état de repos du serpent. STJRLESSERPEKS. 77 corps , et que par-là ils doivent avoir un toucher plus parfait que celui de beau- coup d'animaux , et particulièreuient des quadrupèdes ovipares , nous pensons qu'ils sont plus sensibles que ces der- niers , et qu'ils ne cèdent en activité intérieure qu'aux quadrupèdes vivipares et aux oiseaux. D'ailleurs l'habitude d'exé- cuter avec facilité des mouveinens agiles et de s'élancer avec rapidité à d'assez grandes distances , ne doit-elle pas leur faire éprouver dans un temps très - court un grand nombre de sensations qui re- montent , pour ainsi dire , les ressorts de leur machine , ajoutent à levu* chaleur intérieure , augmentent leur sensibilité , et par conséquent leur instinct ? La pa- tience avec laquelle ils savent attendre pendant très-long-temps dans une immo- bilité presque absolue le moment de se jeter sur leur proie, la colère qu'ils parois- sent éprouver lorsqu'on les attaque , leur fierté lorsqu'ils se redressent vers ceux qui s'opposent à leur passage , la hardiesse avec laquelle ils s'élancent même contre les ennemis qui leur sont supérieurs , leur 73 DISCOURS fnrcur lorsqu'ils se précipitent sur ceus qui les troublent dans leurs combats ou dans leurs amours , leur acharnement lorsqu'ils défendent leur femelle, la viva- cité du sentiment qui semble les animer dans leur union avec elle , ne prouvent- ils pas , en effet , la supériorité de leur sensibilité sur celle de tous les animaux , excepté les oiseaux et les quadrupèdes vivipares ? Non seulement plusieurs es- pèces de serpens vivent tranquillement auprès des habitations de Tiiomme , entrent familièrement dans ses demeures, s'y établissent même quelquefois et les délivrent d'animaux nuisibles , et parti- culièrement d'insectes malfaisans ; mais l'on a vu des serpens réduits à une vraie domesticité donner à leurs maîtres des signes d'attachement supérieurs à tous ceux qu'on a remarqués dans plusieurs espèces d'oiseaux et même de quadru- pèdes , et ne le céder , en quelque sorte , par leur fidélité , qu'à l'animal même qui en est le symbole *. * A'oycz pariiculièrement l'arLicle de la cou- leuvrc commune. SUR LES S E H P E N S. 79 Il en est des serpens comme de plu- sieurs autres ordres d'animaux : ceux qui sont très-grands , sont rarement plusieurs ensemble. Il leur faut trop de place pour se mouvoir , trop d'espace pour chasser ; doués de plus de force et d'armes plus puissantes , ils doivent s'inspirer mutuel- lement plus de crainte. Mais ceux qui ne parviennent pas à une longueur très- considérable , et qui n'excèdent pas sept ou huit pieds de long , habitent souvent en très -grand nombre, non seulement sur le même rivage ou dans la même forêt , suivant qu'ils se nourrissent d'ani- maux aquatiques ou de ceux des bois , mais dans le même asyle souterrain ; c'est dans des cavernes profondes qu'on les rencontre quelquefois entassés , pour ainsi dire , les uns contre les autres , repliés et entrelacés de telle sorte , qu'on croiroit voir des serpens à plusieurs têtes. Lorsqu'on parvient dans ces antres téné- breux , on n'entend d'abord que le petit bruit qu'ils peuvent faire au milieu des feuilles sèches , ou sur le gravier, en se tournant et en se retournant, parce que. 8o D I S C O U R S naturcllcincnt paisibles lorsqu'on ne les attaque point , ils ne cherchent alors qu'à se cacher davantage, ou continuent sans crainte leurs mouveuiens accou- tumés : mais si on les effraie ou les irrite par un séjour trop long dans leurs re- paires , on ententl autour de soi leurs sifïïcniens aigus ; et si ron peut apper- eevoir les objets à l'aide de la foible clarté qui parvient dans la caverne, on voit un grand nombre de têtes se dresser au-dcssns de plusieurs corps écailleux , entortlilés et pressés les uns contre les autres, et tous les serpens faire briller leurs yeux et agiter avec vitesse leur langue déliée. Telle est l'espèce de société dont ces animaux sont susceptibles : mais , dé- pourvus de mains et de pieds , ne pou- vant rien porter qu'avec leur gueule , ils sont plusieurs ensemble sans que leur union produise jamais aucun ouvrage combiné , sans que leurs efforts particu- liers tendentà un résultat commun , sans qu'ils cherchent à rendre leur retraite plus commode ; et peut-être est-ce par unç suite de ce défaut de concert dana s IT R L E s s E Pv P E N s. 8r leurs mouveineus , qu'où ne les voit point se réunir contre les ennemis qui les attaquent, ni chasser en commun une proie dont ils viendroicnt plus aisément à bout par le nombre. Ils éprouvent , pendant l'hiver des lati- tudes élevées , un engourdissement plus ou moins profond et plus ou moins long , suivant la rigueur et la durée du froid : cène sont guère que les petites espèces qui tombent dans cette torpeur , parce que les très -grands serpens vivent dans la zone torride , oii les saisons ne sont jamais assez froides pour diminuer leur mouvement vital au point de les en- gourdir. Ils sortent de leur sommeil annuel , lorsque les premiers jours chauds du printemps se font ressentir ; mais ce qui peut parottrc singulier, c'est qu'ainsi que les quadrupèdes ovipares , et presque tous les animaux qui passent le temps du froid dans un état de sopeur , ils se réveillent de leur sommeil d'hiver lorsque la tempé- rature est encore moins chaude que celle qui n'a pas suffi , vers la fin de Tau- 82 DISCOURS lomne , pour les tenir eu activité. On a observé que ces divers animaux se reti- roient souvent , pendant Pautoume , dans leurs asyles d'hiver , et s'y engourdis- soient à une température égale à celle qui les ranimoit au printemps. D'où vient donc cette différence d'effets de la chaleur du prijitemps et de celle de l'automne ? Pourquoi , vers la fin de l'hiver , le rnéme degré de chaleiu* produit -il un plus haut degré d'activité dans les ani- maux? C'est que la chaleur du printemps ji'est point le seul agent qui ranime alors et mette en mouvement les animaux engourdis. Dans cette saison , non seule- ment l'atmosphère commence à être pénétrée de chaleur, mais encore elle se remplit d'une grande quantité de ffuide électrique qui se dissipe avec les orages de l'été ; et voilà pourquoi on n'entend jamais pendant l'automne un aussi grand nombre d'orages ni de coups de tonnerre aussi violens, quoique quelque- fois la chaleur de ces deux saisons soit égale. Ce feu électrique est un des grands agcns dont se sert la Nature pour animer SURLESSERPENS. 83 les êtres vivaiis ; il n'est donc pas surpre- nant que lorsqu'il abonde dans Tatinos- plière , les animaux, déjà mus par cette cause puissante , n'aient besoin , pour reprendre tous leurs mouvemeiis , que d'une chaleur égale à celle qui les lais- seroit dans leur état de torpeur , si elle agissoit seule. La plupart des animaux qui ont assez de chaleur intérieure pour ne pas s'engourdir, et riionime même, éprouvent cette difierence d'action de la chaleur du printemps et de celle de l'au- tomne ; ils ont, tout égal d'ailleurs, bien plus de forces vitales et d'activité inté- rieure dans le commencement du prin- temps qu'à l'approche de riiivcr , parce qu'ils sont également suscepliblcs d'être pius ou moins animés parle fluide élec- trique, dont l'action est bien moins forte dans l'automne qu'au printemps. Quelque temps après que les scrpens sont sortis de leur torpeur , ils se dépouil- lent comme les quadrupèdes ovipares , et revêtent une peau nouvelle ; ils .se tiennent de même pius ou moins cachés pendant que cette nouvelle peau n'est pas 84 DISCOURS pncore endurcie * : mais le temps de leur dépouillement doit varier suivant les es- pèces , la température du climat , e celle de la saison. C'est même dans les serpens que les anciens ont principalement ob- servé le dépouillement annuel ; et comme leur imagination riante et féconde se plai- soit à tout embellir, ils ont regardé cette opération comme une sorte de rajeunis- sement , comme le signe d'une nouvelle existence , comme un dépouillement de la vieillesse , et une réparation de tous les efl'ets de Fàge : ils ont consacré cette idée par plusieurs proverbes ; et suppo- sant que le serpent reprenoit , chaque année , des forces nouvelles avec sa nou- velle parure , qu'il jouissoit d'une jeu- nesse qui s'élendoit autant que sa vie, et que cette vie elle-même étoit très-longue, ils se sont déterminés d'autant plus aisé- ment à le regarder comme le symbole de l'éternité , que plusieurs de leurs idées * L'ou trouvera , à l'article de la couleuvre d'Esculape , l'exposiùou irès-détaillée de la riia- BJère dout se lait le dépouilleujent des serpens. SUR LES SERPE N S. 85 astronomiques et religieuses se lioient avec ces idées physiques. Ou ignore , dans le fait , quelle est la longueur de la vie des serpeiis. Ou doit croire qu'elle varie suivant les espèces , et qu'elle est d'autant plus considérable qu'elles parviennent à de plus grandes dimensions: mais on n'a point, à ce sujet, d'observations précises et suivies. Et com- ment auroit-on pu en avoir ? La confor- jnation extérieure de ces reptiles est trop simple et trop peu variée , pour qu'on ait pu s'assurer d'avoir vu plusieurs fois le même individu dans les bois ou dans les autres endroits où ils vivent en liberté : et d'ailleurs les grands serpens ont jtou- jours inspiré trop de crainte pour qu'où ait osé essayer de les observer avec assi- duité ; les moins grands ont été aussi l'objet d'une grande frayeur , ou leur petitesse, ainsi que la nature de leurs retraites , les ont dérobés aux regards de ceux qui auroicnt voulu étudier leurs habitudes. Mais si nous manquons de faits positifs et de preuves directes à ce sujet , nous pouvons présumer , par analogie j 8 86 DISCOURS qu''en général leur vie comprend un granc! nombre d'années. Les quadrupèdes ovi- pares, avec lesquels ils ont de très-grands rapports , tant par leur conformation intérieure , la température de leur sang , le peu de solidité de leurs os , leurs écailles , etc. , que par leurs habitudes , leur engourdissement périodique et leur dépouillement annuel, jouissent, en gé- néral , d'une vie assez longue. Les très- grandes espèces de serpens doivent donc vivre très-long-temps ; si nous les com- parons en effet avec les crocodiles , qui ne parviennent de la longueur de quel- ques pouces à celle de vingt - cinq ou trente pieds qu'au bout de trente ans *, nous trouverons que les serpens dont la grandeur excède quelquefois quarante pieds , ne doivent y parvenir qu'au bout d'un temps pour le moins aussi long. Ces énormes serpens sortent eu effet d'uu œuf, comme les crocodiles ; leurs œufs sont à peu près de la même grosseur que ceux de ces derniers animaux, et le fœtus * Voyez rarticle du crocodile dans VHisloirc naturelle des ipares, SUR LES SERPE NS. 87 ne doit guère avoir plus de deux pieds de loug lorsqu'il éclot , à quelque espèce démesurée qu'il appartienne: nous avons vu et mesuré de jeunes serpens évidem- ment de la même espèce que ceux qui parviennent à trente ou quarante pieds de long , et leur longueur n'étoit qu'en- viron de trois pieds , quoique leur con- formation et la position de leurs diverses écailles annonçassent qu'ils étoient sortis de leur œuf depuis quelque temps lors- qu'ils a -oient été tués. Mais si ces grands serpens ont besoiji au moins du même temps que les crocodiles pour atteindre à leur entier développement , ne doit- on pas supposer que leur vie est aussi longue ? Sa durée seroit bien plus considérable, ainsi que celle de presque tous les ani- maux qui vivent dans l'état sauvage , et qui ne reçoivent de l'homme ni abri ni nourriture , s'ils pouvoient passer par un véritable état de vieillesse , et si le com- mencement de leur dépérissement n'étoit pas presque toujours le terme de leur vie. Presque aucun des animaux qui sont dan» 88 DISCOURS le pur état de nature , ne prolonge sou existence au-delà du moment où ses forces commencent à s'afibiblir. Cette époque , qui , dans l'homme placé au milieu de la société , n'indique tout au plus que les deux tiers de sa vie , marque la fin de celle de l'animal sauvage. Dès le moment que sa vigueia* diminue , il ne peut ni atteindre à la course les animaux dont il se nourrit , ni supporter la fatigue d'une longue recherche pour se procurer les alimens qui lui conviennent , ni échapper par la fuite aux ennemis qui le poursuivent , ni attaquer ou se défendre avec des armes supérieures ou égales. Uès- lors ayant moins de ressources lorsqu'il auroit besoin de plus de secours , exposé à plus de dangers lorsqu'il a moins de puissance et de légèreté pour s'en ga- rantir , manquant le plus souvent d'ali- mens lorsqu'il lui est plus nécessaire de réparer des forces qui s'épuisent plus vite , sa foibîesse va toujours en augmentant ; la vieillesse n'est pour lui qu'un instant très-court , auquel succède une décrépie tude dont tous les degrés se suivent avea s U R 'L E s S E R P E N S. % rapidité : bientôt retiré dans son asyle , où même quelquefois il a bien de la peine à se traîner , il meurt de dépérissement et de faim , ou est dévoré par des animaux, plus vigoureux que lui ; et voilà pour- quoi l'on ne rencontre presque jamais d'animal sauvage avec les signes de la caducité. U en seroitdemêine de l'honnne qui vivroit seul dans le véritable état de nature ; sa vie se termineroit toujours au moment où elle comnrenceroit à s'af- foiblir : la société seule , en lui fournis- sant les secours , Tes abris , les divers alimens , a prolongé des jours qui ne peu- vent se soutenir que par ces forces étran- gères ; rintelligence humaine a doublé , pour ainsi dire , la vie que la Nature avoit accordée à l'homme ; et si les pro- duits de cette intelligence , si les résul- tats de la société , si les arts de toute espèce ont amené les excès qui diminuent les sources de l'existence , ils ont créé ces secours puissans qui empêchent qu'elles ne tarissent presque au moment où elles commencent à n'être plus si abondantes. Tout compte j ils ont donné à l'homme ço DISCOURS bien plus d'années par tous les biens qu'ils lui procurent , qu'ils ne lui eu ont 6té par les maux qu'ils entraînent. Les animaux élevés en domesticité , jouissant des mêmes abris , et trouvant toujours à leur portée la nourriture qui leur con- vient , parviendroient presque tous , comme l'iiomme , à une longue vieil- lesse ; ils recevroient ce bienfait de nos arts en dédommagement de la liberté qui leur est ravie , si l'intérêt qui les élève , ne les abandonnoit des que leurs forces affoiblies et leurs qualités dimi- nuées les rendent inutiles à nos jouis- sances. Lorsque les très -grands serpens sont encore éloignés de leur courte vieillesse, lorsqu'ils jouissent de toute leur activité et de toutes leurs forces , ils doivent les entretenir par une grande quantité de nourriture substantielle : aussi ne se contentent-ils pas de brouter l'herbe ou démanger des graines et des fruits, ils dévorent les animaux qu'ils peuvent sai- sir; et comme, dans la plupart des ser- pens, la digestion est très-longue , et que SURLESSERPENS. tjï leurs alimeus demeurent très-loiig-tenips dans leur corps , les substances animales qu'ils avalent , et qui sont très-suscep- tibles de putréfaction , s'y décomposent et s'y corrompent au point de répandre l'odeur la plus fétide. Il est arrivé à plu- sieurs voyageurs , et particulièrement à M. de la Borde , qui avoient ouvert le corps d'un serpent , d'être comme suffo- qués par l'odeur forte et puante qui s'exha- loit des restes d'alimens que l'animal avoit encore dans les intestins. Cette odeur vive pénètre le corps du serpent , et , se faisant sentir de très-loin , annonce à une assez grande distance l'approche du reptile. Fortifiée , dans plusieurs espèces , par celle qu'exhalent des glandes parti- culières, elle sort, pour ainsi dire , par tous les pores , mais se répand sur-tout par la gueule de l'animal ; elle est pro- duite par un grand volume de miasmes corrupteurs et de vapeurs méphitiques , qui , s'é tendant jusqu'à la victime que le serpent veut dévorer , l'investit , la suffo- que , ou , ajoutant à la frayeur qu'inspire la présence du reptile , l'enivre , lui 6te f)2 DISCOURS r usage de ses meuibres , suspend ses mouvemens , anéantit ses forces , la plonge dans une sorte d'abattement, et la livre sans défense à l'animal vorace et carnassier. Cette vapeur putride , qui produit des effets si funestes sur les animaux qui y sont exposés , et qui a donné lieu à tant de contes bizarres et absurdes , forme une sorte d'atmosphère empestée autour de presque tous les grands reptiles, soit qu'ils aient du venin , ou qu'ils n'en soient pas infectés ; et elle ne doit être presque jamais rapportée à la nature de ce poison , qui , malgré son activité , ne répand pas souvent une odeur sensible , même lors- qu'il est mortel. Lorsque les serpens se sont précipités sur les animaux dont ils se nourrissent , ils les retiennent en se roulant plusieurs fois autour d'eux , et en les serrant dans leurs nombreux replis ; ils les dévorent alors ; et ce qui sert à expliquer com- ment ils avalent des volumes très-consi- dérables , c'est que leurs deux mâchoires sont articulées, ensemble de manière à SUR LES S E R P E N S. ^3 pouvoir se séparer ruuc de Pautre , et «'écarter autant que la peau de la tête peut le permettre : cette peau obéissant avec facilité aux efforts de Tanimal , et les deux os qui forment les deux côtés de chaque mâchoire , n'étant réunis vers le museau que par des ligamcns qui se prêtent plus ou jnoins à leur séparation , il n'est pas surprenant que la gueule des serpens devienne une large ouverture par laquelle ils peuvent engloutir des corps très-gros. D'ailleurs , comme ils commen- cent par briser au milieu de leurs con- tours les os des animaux et les autres substances très-dures qu'ils veulent ava- ler ; comme ils s'aident, pour y parvenir plus facilement , des arbres , des grosses pierres et de tous les corps très-résistans qui peuvent être à leur portée; conune ils les enveloppent dans les mêmes replis que leurs victimes , et qu'ils s'en servent comme d'autant de leviers pour les écra- ser , il est encore moins étonnant que leurs alimens , étant broj^és de manière à céder aux différentes pressions , et étant euduits de leur bave et d'une liqueur qui 94 DISCOURS les rend plus souples et plus gluans , puissent entrer en grande masse dans leur gueule très-élargie ; ils serrent même sou- vent leur proie avec tant de force et de promptitude , que non seulement ils la compriment , la brisent et la concassent, mais la coupent comme le fer le plus tranchant. Les anciens connoissoient cette manière d'attaquer qu'emploient presque tous les serpens , et sur - tout les très - grandes espèces. Pline a écrit même que lorsque ces énormes reptiles avoient avalé quelque grand animal , et par exemple une bre- bis , ils s'ejfforcoient de le briser en se roulant eu plusieurs sens et en compri- mant ainsi avec force les os et les diffé- rentes parties de l'animal qu'ils avoient dévoré. Leurs alimens étant triturés et préparés avant de parvenir dans leur estomac, il est aisé de voir qu'ils doivent être aisé- xnent digérés , d'autant plus que leurs sucs digestifs paroissent très-abondans , leur vésicule du fiel , par exemple, étant eu général très-grande en proportion des autres parties de leur corps. SURLESSERPENS. g$ La masse des aliineiis qu'ils avalent est quelquefois si grosse , relativement à Tgu- verture de leur gosier, que , malgré tous leurs efforts , Técartement de leurs mâ- choires et l'extension de leur peau , leur proie ne peut entrer qu'à demi dans leur estomac. Etendus alors dans leur retraite, ils sont obligés d'attendre que la partie qu'ils ont déjà avalée soit digérée, et qu'ils puissent de nouveau écraser , broyer , enduire et préparer les portions trop grosses ; et on ne doit pas être étonne qu'ils ue soient cependant pas étouffés par cette masse d'aiimens qui remplit leur gosier et y interdit tout passage à l'air : leur tracbée-artère, par où l'air de l'atmosphère parvient à leurs poumons * , s'étend jusqu'au-dessus du fourreau qui enveloppe leur langue ; elle s'avance dans leur bouche de manière que sou ouver- ture ne soit pas obstruée par un volume * 11 n'y a point d'épiglolte poiir feruier l'ouver- ture de la trachée ; cette ouverture ne consiste com- munément que dans une fente très-étroite, et voilà pourquoi. les serpens ne peuvent faire entendre que des sifflemens. 96 DISCOURS d'alimeiis suffisant néanmoins pour rem- plir toute la capacité du gosier ; et l'air ne cesse de pénétrer plus ournoins libre- ment dans leurs poumons , jusqu'à ce que presque toutes les portions des ani- maux qu'ils ont saisis, soient ramollies , mêlées avec les sucs digestifs , triturées, etc. Quelques efforts qu'ils fassent cepen- dant pour briser et concasser les os, ainsi que pour ramollir les chairs et les enduire de leur bave , il y a certaines parties , telles , par exemple , que les plumes des oiseaux , qu'ils ne peuvent point ou pres- que point digérer , et qu'ils rejettent presque toujours. Lorsque leur digestion est achevée , ils reprennent une activité d'autant plus grande que leurs forces ont été plus renouvelées ; et pour peu sur-tout qu'ils ressentent alors de nouveau l'aiguillon de la faim, ils redeviennent très-dangereux pour les animaux plus foibles qu'eux ou moins bien armés. Ils préludent pres- que toujours aux combats qu'ils livrent, par des sifflemens plus ou moins forts. Leur langue étant très-déliée et trcs-fen- s U 11 L E s s E R P E N s. gf (?u«, et ces animaux la lawçaut en dehors lorsqu'ils veulent faire entendre quelques sons, leurs cris doivent toujours être mo- difiés en sifflemens: et il est à remarquer que ces sifflemens , plus ou moins aigus , ne paroissent pas être , comme les cris de plusieurs quadrupèdes ou le chant de plu- sieurs oiseaux , une sorte de langage qui exprime les sensations douces aussi-bien qne les affections terribles; ils n'an- noncent , dans les grands seri>ens , que le besoin extrême , ou celui de Tamour , ou celui de la faim. On diroit qu'aucune af- fection paisible ne les émeut assez vive- ment pour qu'ils la manifestent par l'or- gane de la voix. Presque tous les animaux de proie , tant de l'air que de la terre , les aigles, les vautours , les tigres , les léo- pards, les panthères, ne font également entendre leurs cris ou leurs huriemens que lorsque leurs chasses commencent ' ou qu'ils se livrent des combats à mort pour la libre possession de leurs femelles. Jamais on ne les a entendus, comme plu- sieurs de nos animaux domestiques et la plupart des oiseaux chanteurs, radoucir 9 98 DISCOURS en quelque sorte , les sons qu'ils peuvent proférer, et exprimer par une suite d'ac- cens plus ou moins tranquilles une joie paisible, une jouissance douce, et, pour ai\isi dire , un plaisir innocent : leur lan^ gage ne signifie jamais que co/è/e ^ifureur; leurs clameurs ne sont que des bruits de guerre ; elles n'annoncent que le désir de saisir une proie et d'immoler un ennemi, ou ne sont que l'expression terrible de la douleur aiguë qu'ils éprouvent, lorsque Icfur force trompée n'a pu les garantir de blessures cruelles, ni leur conserver la femelle vers laquelle ils étoient entraînés par une puissance irrésistible. Si les siiflemens des très-grands serpens étoient enteTulus de loin , comme les cris des tigres , des aigles , des vautours , etc. , ils serviroient à garantir de l'approclie dangereuse de ces énormes reptiles : mais ils sont bien moins forts que les rugisse- mens des grands quadrupèdes carnassiers et des oiseaux de proie. La masse seule de ces grands serpens les trahit et les em- pêche de cacher leur poursuite : on s'ap«*j perçoit facilement de leur approche , dans s r II L E s s E R F E N s. 99 les endroits qai ne sont pas couverts de bois , par le mouvement des hautes herbes qui s'agitent et se courbent sous leur poids; et on les voit aussi quelquefois de loin repliés sur eux-mêmes, et présentant ainsi un cercle assez vaste et assez élevé. Soit qu'ils recherchent naturellement rhumidité , ou que l'expérience leur ait appris que le bord des eaux, dans les con- trées torrides , étoit toujours fréquenté par les animaux dont ils font leur proie , et qu'ils peuvent y trouver en abondance et sans la peine de la recherche l'aliment qu'ils prêtèrent , c'est auprès des mares , des fontaines, ou des bords des fleuves, qu'ils choisissent leur repaire. C'est là que, sous le soleil ardent des contrées équato- riales, et, par exemple, au milieu des déserts sablonneux de l'Afrique , ils at- tendent que la chaleur du midi amène au bord des eaux les gazelles, les anti- lopes , les chevrotains , qui , consumés par la soif, excédés de fatigue , et sou- vent de disette au milieu de ces terres desséchées et dépouillées de verdure , vieunent leur livrer une proie facile à îpo niscouRs vaîncre. Les tigres et les autres animàui moins altérés d'eau que de sang, viennenli aussi sur ces rives, plutôt pour y saisir! leurs victimes que pour y étaiicher leur soiF. Attaques souvent par les énormesi serpens , ils les attaquent eux-iuèmes. C'est sur-tout au moment où la chaleur de ces contrées est rendue plus dévorante par l'approche d'i^n orage qui fait briller les foudres et entendre ses affreux roule- mens , et où l'action du fluide électrique répandu dans l'atmosphère donne eu quelque sorte une nouvelle vie aux rep- tiles , que , tourmentés par une faim ex- trême , animés par toute l'ardeur d'un sable brûlant et d'un ciel qui paroît s'al- lumer , environnés de feu, et le lançant pour ainsi dire , eux-mêmes par "leurs yeux étincelans , le serpent et le tigre se disputent avec le plus d'acharnement l'empire de ces bords si souvent ensan- glantés. Des voyageurs disent avoir vu ce spectacle terrible ; ils ont vu un tigre furieux, et dont les rugissemens portoient au loin l'épouvante, saisir avec ses griffes déchirer avec ses dents, faire couler lo s U R L E s s E R P E N s. loi sang d'un serpent démesuré , qui , rou- lant son corps gigantesque, et sifflant de douieur et de rage , serroit le tigre dans ses contours multipliés , le couvroit de son écume rougie , Tétoufibit sous sou poids, et laisoit craquer ses os au milieu de tous ses ressorts tendus avec force : mais les efforts du tigre furent vains , ses armes furent impuissantes, et il expira au milieu des replis de l'énorme reptile qui le tenoit enchaîné. Et que l'on ne soit pas étonné de la grande puissance des serpens : si les ani- maux carnassiers ont tant de force dans leurs mâchoires , quoique la longueur de- ces mâchoires n'excède guère un pied , et qu'ils n'agissent que par ce levier unique, quels effets ne doivent pas produire dans les serpens un très-grand nombre de le- Tiers composés des os , des vertèbres et des côtes , et qui , par l'articulation de ces mêmes vertèbres , peuvent s'appli- quer avec facilité aux corps que les ser- pens veulent saisir et écraser? A la force et à l'adresse les serpens réunissent un nouvel avantage : ou ne îoa D I S C O U R S peut loin- ôter la vie que difficiiernent , ainsi qu'aux quadrupèdes ovipares; et ils peuvent, sans eu périr, perdre une poif-> tion de leur queue , qui repousse presque toujours lorsqu'elle a été coupée ^. Mais ce n'est pas seulement par des blessures qu'il est difficile de les faire mourir; on ne peut y parvenir qu'avec peine par une privation absolue de nourriture , puis- qu'ils vivent plusieurs mois sans man- ger -; et même il leur reste encore quel- que sensibilité lorsqu'ils ont été privés pendant long-temps et presque entière- ment de l'air qui leur est nécessaire pour respirer. Redi a fait des expériences à ce sujet; il a placé des serpens dans le ré- cipient d'une machine pneumatique; et après en avoir pompé presque tout l'air, il les a vus donner encore quelques signes de vie au bout de près de vingt-quatre ' Les anciens ont exagéré cette propriété des reptiles ; Pline a écrit que lorsqu'on arrachoil les yeux à un jeune serpent, il s'en formoit de nou- veaux. ^ Voyez le$ divers articles de celte Kisioire. SURLESSERPENS. io3 heures *. Cette expérience montre com- înent ils peuvent parvenir à tout leur accroissement , jouir de toute leur force , et même choisir de préférence leur de- meure au milieu des marais fangeux dont les exhalaisons empestées corromperit l'air, le rendent moins propre à la respi- ration , et produisent dans l'atmosphère l'effet d'un commencement de vide. Quoique de tous les temps les serpens , et sur- tout les très-grandes espèces , ainsi que celles qui sont venimeuses, aient dû inspirer une frayeur très-vive , leur forme remarquable et leurs habitudes singulières ont attiré sur eux assez d'at- tention pour qu'on ait reconnu leurs qualités principales. 11 paroît que les an- ciens connoissoient, même dès les temps les plus reculés , toutes les propriétés que nous venons d'exposer. Il faut qu'elles aient été observées dans ces temps an- tiques dont il nous reste à peine quel- ques monumens imparfaits, et qui ont précédé les siècles nommés héroïques , où * Boyle a fait aussi des expédences analogues, 104 DISCOURS la plupart des idées religieuses des Égyp- tiens et des Grecs ont commencé à prendre ces formes brillantes qui ont fourni tant d'images à la poésie. Si nous ouvrons en effet les livres des premiers poètes dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous , si nous consultons les fastes de la mythologie grecque, si nous réunissons sous un même point de vue les différentes parties de ces anciennes traditions où le serpent est employé comme emblème , nous trouverons que les anciens lui ont attribué , ainsi que nous , une grandeur très-considérable , qu'ils sembloient regarder comm« dépen- dante du séjour de ce reptile au milieu des endroits marécageux et humides , puisqu'ils ont supposé qu'à la suite du déluge de Deucalion , le limon de la terre engendra un énorme serpent qu'Apollon tua par ses flèches, c'est-à-dire, que le soleil fit périr et dessécha par la chaleur de ses rayons. Ils lui ont aussi donné la force : car en parlant du combat d'Aché- lous contre Hercule, ils ont supposé que le premier de ces deux demi-dieux avoit SUR LES S E R P É N S. io5 revêtu la forme du serpent pour vaincre plus aisément son redoutable adversaire. C'est son agilité et la promptitude de tous ses mouvemeus qui Pont fait choisir par les auteurs de la mythologie égyptienne et grecque pour le symbole de la vitesse du temps et de la rapidité avec laquelle les siècles roulent à la suite les uns des autres ; et voilà pourquoi ils Tout donné pour emblème à Saturne , qui désigne ce temps; et voilà pourquoi encore ils Pont représenté se mordant la queue, et for- mant ainsi un cercle parfait, pour peindre la succession infinie des siècles de siècles , pour exprimer cette durée éternelle dont chaque instant fuit avec tant de vitesse , et dont Pensemble n'a ni commencement ni fin. C'est ainsi qu'il étoit figuré en ar- gent dans un des temples de Memphis.j comme l'attestent les monumens échap- pés au ravage de ce même temps dont il étoit le symbole; et c'est encore ainsi qu'il étoit représenté autour de ces tableaux chronologiques où dive,rs hiéroglyphes retraçoient aux yeux des Mexicains , de ce premier, peuple du nouveau inonde. Tû6 ' DISCOURS ses années , ses mois , et les divers événe- mens qui en remplissoient le cours. Les anciens ne lui ont-ils pas aussi at- tribué riustiiict étendu que les voyageurs ««'accordent à reconnoître dans cet être remarquable? Us ont anobli, exagéré cet instinct; ils l'ont ciécoré du nom à'^intelll- gence , de ]>j'é\>oyance , de ciwiuation *; et voilà pourquoi, placé autour du miroir de la déesse de la prudence, il fut consa- * Les hablians d'Argos vénéroicnt les scrpens. Les Athéniens disoient, suivant Hérodote, qu'où avoii vu dans le temple un grand serpeut gardien et protecteur de la citadelle; et métiie Jupiter étoit adoré sous ki forme d'uu serpent dans plusieurs endroits de la Grèce. Mais, pour avoir une idée plus précise des opi- nions des anciens louchani l'intelligence , la vivacité et les autres qualités des serpens, on peut consulter Plutarque , Euscbe, Shaw , et M. Savary. Les Eg3^ptiens l'employoient , dans leur langue sym- bolique, pour désigner le soleil. Il rcprcsentoit •aussi, pour ce peuple, le bon génie, la bonté su- prême el infinie , dont le nom cneph lui fut donné, suivant Eusèbe; et les Phéniciens le nommoieçt de même, agalho daimon y bon géniç. SUR LES S E R P E N S. 107 €iéà celle de la santé , ainsi qu'à Escu- lape , adoré à Epidaure sous la forme d'uu serpent. N'ont-ils pas reconnu sa longue vie, lorsqu'ils ont feiut que Cadmus et plusieurs autres liéros avoient élé méta- morphosés eu serpens , comme pour dé- signer la durée de leur gloire, et que le choisissant pour représenter les mânes de ce qui leur étoit cher, ils Tout placé parmi les tombeaux * ? N'ont-ils pas fait ailusiou à l'effroi qu'il inspire, et principaîeiuent au poison mortel qu'il recèle quelquefois, lorsqu'ils l'ont donné aux Euménides , dont il entoure et hérisse la tête; à l'En- vie, dont il perce le cœur; à la Discorde, dont il arme les mains sanglantes ? Et ce- pendant , par un certain contraste d'idées que l'on rencontre presque toujours lors- que les objets ont été examinés plusieurs fois et par divers yeux , n'ont-ils pas vu dans le serpent cette beauté de couleurs et ces proportions déliées que nous y ferons plus d'une fois remarquer? Ne lui ont-ils \oyez à ce siijel , dans le cinquième livre de \ 'Enéide, la belle description du serpent cnrEué-; vit autour du tombeau de son pcre. io8 DISCOURS pas accordé la beauté , puisqu'ils ont dit que Jupiter, qui, pour plaire à Léda, a voit ])ris la forme élégante du cygne, avoit choisi celle du serpent pour obtenir les faveurs d'une autre divinité ? Toutes ces idées , répandues des contrées de l'Asie an- ciennement peuplées * , s'étendaut parmi * Un roi de Calécut avoit ordonne que celui qui tueroit un serpent, seroit puni aussi rigoureuseaienL que s'il avoit tué un homme. Il regardoit les ser- pens comme descendus du ciel , comme doués d'une puissance divine, et même comme des divi- nités, puisqu'ils pouvoient donner la mort en un instant. Dès les temps les plus reculés , le serpent a été aussi regardé par les Indiens comme le symbole de la sagesse; et leur religion avoit consacré cette idée. (Mémoire manuscrit de feu M. Commerson sur V^uiorrha-Badhe ^ commentaire du Cîiasta ou Shasfahf le plus ancien des livres sacrés des lia- bitaus de l'Indostan et de la presqu'île en-decà du Gange.) « Les Egyptiens peignoient un serpent, couvert « d'éçailles de difTéreuies couleurs , roulé sur lui- « même. Nous savons , par linterpiélation ([u'Horus « ii polio donne des liiérogly plies égyplicus, que, s r R L E s s E R P E N s. 109 les sociétés à demi policées de TAmérique et parmi les hordes sauvages de l'Afrique» « flans ce style, les écailles du serpent ck'signoient tt les étoiles du ciel. Ou apprend encore, par Clé- « ment Alexandrin, que ces peuples représentùient « la marche oblique des astres par les replis tor- « tueux d'un serpent. Les Égyptiens, les Perses, « peignoient un homme nud, entortillé d'un ser- « pent; sur les contours du serpent ctoient des- K sinés les signes du zodiaque. C'est ce qu'on voit ff sur difFcrens monumens antiques, et eu parti- « culier sur une représentation de Mithras, expli- « quée par l'abbé Banier, et sur un tronçon de « statue trouvé à Arles en 1698. Il n'est pas dou- « teux qu'on a voulu représenter par cet emblème « la route du soleil daus les douze signes, et son « double mouvement annuel et diurne, qui, en « se combinant , fout qu'il semble s'avancer d'un * tropique à l'autre par des ligues spirales. Ou te retrouve cet hiéroglyphe jusque chez les Mexi- K caius : ils ont^ leur cycle de cinquante-deux ans,- K représenté par nue roue; cette roue est environ- K née d'un serpent qui se mord la queue, et par K ses nœuds marque les quatre divisions du cycle.... « Il est évident que les figures des constellations, « les caractères qui désio-nent les signes du zod!:,nue, Scryer.', J J I. lO 110 DISCOURS accrues par leur éloignement de leur ori- gine, embellies par rimagination , altc- ff et tout ce qu*oii peut appeler la notation asiru- « nomique , sont les restes des anciens hiéroglyphes, a 11 est remarquable que les Chinois appellent les ce nœuds de la lune, la tête et la queue du cie! , « comme les Arabes disent la tête et la queue du « dragon. Le dragon est, chez les Chinois, un animal K céleste: ils ont apparemment confondu ces deux c idées.... 11 est encore fait mention dans VEdda « d'un grand serpent qui environne la terre. Tout « cela a quelque analogie avec le serpent , qui par- « tout représente le temps , et avec le dragon mcfticus. Fer-à-cheval. Hippocr&pis. C. de Minerve. Situle. Situla. Dhara. Dhara, Fer-de-lance. C. laneeolatus . C. rude. C. scaher. CARACTERES. Plaqua du dzssi'us du corps, et paires de petites plaques sous la queue. 248 5^9 24T 94 238 94 238 90 4Ï 23Î 48 2a8 228 44 Longueur to- tale , et Ion- I Crochets sueur de ta à ver} in. queue. 6 pieds. p rès de 2 pieds. I pi. 2 po. 2 2 il. po. I li. a la mâ- choire supé- rieure. METHODIQUE. ï39 SUITE DES CARACTERES. Ecailles du dessus de la icu. neuf Sur quatre rangs. neuf sur quure rangs. Ecailles du dos. ovales et unies. sembla- bles à ce] les du dos Couleur et traits particuliers de la ce n formation extérieure. Hianchàtre ; une rangée longitudi- nale de grandes taches rousses bordées dp brun ; d'autres taches presque sem- blables le long des côtés du corps. La tête très-alongée , et large par- derrière. Une bande divisée en deux, pré- sentant deux taches noires , et placées entre les yeux. Lividc ; un grand nombre de taches rousses ; des taches en croissant sur la tête ; une bande transversale brune entre les yeux; une tache en forme d'arc vers l'occiput. D'un verd de mer ; une bande brune le long du dos; trois bandes brunes sur 'a tête. Grise ; une bande longitudinale bordée de noir. ovales et relevées par une arête relevées par une arête. Le dessus du corps d'un gris un peu cuivré ; toutes les écailles bordées de blanc; le dessous du corps blanc. Le corps tr.'s-menu. Jaui-ie ou grisâtre ; quelquefois maibrée de Drun et de blanchâtre , avec une tache tri^s-brune et alongée derrière cb'vaue œil. Le desiusd? U tête applati de maniè- re à représenter une sorte de triangle. Le dessus du corps onde de noir et de brun ; une tache noire placée suri le sommet de la tête , et qui so divise | en deux dans la partie opposée auj museau. I 140 TABLE ESPÈCES CARACTÈRES. Plaques du dess us du corps, et paif-es de pentes plaques sous la queue. Longueur to- tale, et lon- gueur de la queue. Crochets à ver. in. C. mouchetée. C. guttatus. 227 60 Queue-plate. C. laticaudatus. 226 2 pieds. 42 2 po. 9. lig. C. rousse. C. rufus. 224 I pi.yp0.4l. 68 3 po. C. tigrée. C. tigrinus. 22Î I pi. I po, 61. à la mâ- choire supr-- rieure. 67 2 po. Cenco. 220 4 pi- Cejico. 124 I pi. 4 po. C. blanchàfre, C. candidulus. 220 C. réticulaire. C. reticulatus. 218 3 pi. II po. S3 10 po. IVI É T H o D I Q u E. i4t SUITE DES CARACTÈRES. EcailUs du dcisiis de La tète. EcailUs du dos. CouUur et traits particuliers de la conformation extérieure. D'un gris livide : trois rangées lon- gitudinales de taches rouges dans la rangéedu milieu, et jaunes danscelles des côtes ; le dessous du corps blan- châtre avec des taches quarrées , noires et placées alternativement à droite et à gauche. neuf sur quatre rangs. rhomboï- dales et unies. Dessus du corps d'un cendré bleuâ- tre ; de larges bandes transversales très-brunes , et qui font le tour du corps. La queue très-applatie par les côtés, et terminée par deux grandes écailles. neuf sur quatre rangs. rhomboï- dales et unies. Rousse j le dessous du corps blan- châtre. sembla- bles à cel- les du dos. ovales et re- levées par une arête longitudi- nale. Le dessus du corps d'un roux blan- châtre, et présentant des taches fon- cées bordées de noir. La tête semblable à celle de la vipère commune. neuf sur quatre rangs. ovales et unies. Brune ; des taches blanchâtres , quelquefois des ba'ndes transversales et blanches. La tête très-grosse et presque glo- buleuse ; le corps très-délié. Blanchâtre ; des bandes transver- sales brunes. neuf sur quatre rangs. ovales et en 1 losange. Les écailles du dessus du corps d'une couleur pâle et bordées de blanc. T42 ESPÈCES. Quatre-raies, ^. quatuor-Uncatui. Large-tête. C. laticapitatus. C. noire et fauve, C. nigrù-rufus . C. verte. C, viridissimus. TABLE CARACTÈRES. Pia^juci du dessous', Longueur du corps, et paires de petites plaques Sous la queue. to- C, minime. C, pullatus. C. bleuâtre. C. subcyaneus. 218 , j 218 taie, et L n-' Crochet- gueur de la, à venin. queue. 3 pi. 9 po. 8 po. 6 li. 4 pi. 9 po 7 po 218 31 217 122 I pi. II po, 2 o. ic8 21^ 2 pi. 2po 9"l 7 po. I !i. 3p'.2po 6J I pied. MÉTHODIQUE. SUITE DES CARACTÈRES. Ecailla du dus. ovales et re- levées par une arête; celles des côtés unies. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. ovales et unies. hexagones et unies. ovales et unies. Blanchâtre; quatre raies longitu- dinales d'une couleur très-foncée ; le< deux extérieures se réunissant au- dessus du museau. Deux paires de petites plaques en- tre les srandes et l'anus. Blanchâtre ; de grande* taches irré- guheres d'une couleur foncée , et réu- nies plusieurs ensemble ; des taches plus pet. tes , et disposées loneitudi- nalement de chaque côté du ventre ^ Le museau terminé par une grande écaille presque verticale ; les écailles du dos un peu séparées l'une de l'autre vers la tête. Des bandes transversales noires, ordinairement au nombre de vinenu III. D'un verd noirâtre ; plusieurs raies longitudinales , composées de petites taches jaunes et de diverses figures ; le ventre jaunâtre ; une tache et un point noir aux deux bouts de chaque grande plaque. i3 14^ ESPÈCES. Dione. Dione. C. double-raie. C, bilineatus. C. ovivore. C. ovivortis. Lacté. C. lacteus. TABLE 14e de Gronoviîis 140 Gronovii, C. muqueuse, C, mucosus. ,C. cendrée. C. cinertus^ CARACTERES. Padère. Fcdera, Plaques du desious du corps, et paires de petites plaques sous la queue. 206 66 20y 99 203 73 203 32 202 96 200 140 200 IJ7 Long'ueur te- taie , et lon- gueur de la queue. 3 pieds. 6 pouces. Crochet:, à venin. < 2 pi. I pO. 6 po. 6 lig. I pi. 6 po. I po. 7 li. à la mâ- ciioire supé- rieure. MÉTHODIQUE. M7 SUITE DES CARACTERES. Ecailles du des.'Ui de la té ce. Écailles du dos. unies et en losange. hexagones et relevées par une arête. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Le dessus du corps gris ; trois raies longitudinales blanches , et d'autres raies longitudinales brunes ; le des- sous du corps blanchâtre , avec de petites raies brunes , et souvent de petits points rougeâtres. Les écailles rousses et bordées de jaune ; deux bandes longitudinales jaunes. D'un blanc de lait ; des taches noires arrangées deux à deux ; la tête noire, avec une petite bande blanche longitudinale. Des taches brunes. La tête bleuâtre ; des raies trans versales comme nuageuses et placées obliquement sur le dos. Les yeux assez gros ; les angles de la tête'très-marqués. Grise ; le ventre blanc ; les écailles de la queue bordées de couleur de fer. Le dessus du corps blanc; plusieurs m ■ iji* . i ."'B ' mi. 148 TABLE ESPÈCES. CARACTÈRES. Plaques du dessous du corps, et paires de petites piaqucs sous la queue. Longueur to-, taie, etlm- gueur de la queue. Crochets à venin. Naja. ffaja. 197 4pi-4po.61. 7 po. 10 lig. à la mâ- choire supé- rieure. C. rîii Pérou. C. Peruvii. C. du Brésil. C. Brasilix. Grosse-tête, C, capitatus. 196 2 pî. 5 po. 6 po, 3 Iig. J pied. 77 G. atroce. C. atrox. 156 à la mâ- choire' supé- rieure. 69 2 po. 2 lig. C. «olto-ruktr. IC2 Tiiscaie. Triscaiis, '95 I pi. 4po. 61. 86 3 po, 10 lig. METHODIQUE. i4q SUITE DES CARACTÈRES. Ecailles du dessus de la té:c. Écailles du dos. Couleur et traits partic-uliers de la conformation extérieure. neuf sur quatre rangs. ovales et unies. Jaune ; une bande transversale large et foncée sur le cou ; une raie souvent bordée de noir, repliée en avant des deux côtés , terminée par deux crochets tournés en dehors , imitant des lunettes , et placée sur la partie élargie du cou du mile. Une extension membraneuse de chaque côté du cou. neuf sur quatre rangs. A peu près comme dans le naja. Le cou ne présente point d'exten- sion memljrr.neusc. D'un roux clair, avec de» bandes transversales brunes ; une grande tache blanche en forme d« cœur , chargée de quatre taches noires , et placée sur l'extension membraneuse. Une extension membraneuse de chaque côté du cou. neuf sur quatre rangs. ovales et unies. D'une couleur foncée ; des bandes transversales et irréguliêres , d'une couleur très-claire, ., La queue terminée par une pointe très-déliée. sembla- bles à cel- les du dos. ovales €t relevées par une arête. Cendrée; des taches blanchâtres. La tête très-large. Toute noire ; la gorge couleur de sang. 1 neuf sur quatre rangs. ovales et unies. Le dessus du corps d'un verd de mer ; quatre raies longitudinales rousses, qui se réunissent en trois, en deux, et enfin en une, au-dessus de la queue. ï5o TABLE ESPÈCES. CARACTÈRES. Flaques du dessow du corps, et pairci de petites plaques sous la quciLe. Longueur to- tale, et lon- gueur de la queue. Crochets à venin. CoralKn. C, corallinut. '93 3 pieds. à la mâ- choire supé- rieure. 82 ije de Gronovius. ija Gronovii, 28e de Gronovius. lia Gronovii, 190 I2Ï ■ C. blanche etbrune 190 I pi. 6 po. C, albo-fuscus. 96 4 po. 6 lig. C. cuirassée. C, seutatust 190 4 pieds. ' 17e de Gronovius. 17a Gronovii. 1S9 122 Grifon. .88 C. cineraceus. 70 Pélie. tSy Peliai. 103 MÉTHODIQUE. i5t SUITE DES CARACTÈRES. Ecailles du dessus de la tête. Écailles du dos. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. arrondies vers la tête, et pointues du côté de la quei'p. D'un verd de mer; trois raies lon- gitudinales et rousses; le dessous du corps blanchâtre et pointillé de blanc. Les écailles du dos sont disposées sur seize rangs-longitudinaux, et un peu tôporoc loc «no Aoc ^nlTPC Brune; des points blancs. Des raies transversales blanches et noires. neuf sur quatre rangs. lisses et ovales. Blanchâtre ; des taches brunes , arrondies , et réunies en plusieurs endroits; deux taches derrière les yeux; le dessous du corps roussâtre. Noire ; le dessous du corps de la même couleur , avec des taches blan- châtres, presque quarrées , placées alternativement à droite et à gauche , et en très-petit nombre sous la queue. Les grandes plaques revêtent près des deux tiers de la circonférence du corps ; la queue est triangulaire. Pourprée ; des taches noires. Le dessus du corps blanc ; des ban- des transversales roussàtres ; deux points d'un blanc de neige sur les côtés. Noire ; le derrière de la tête brun ; le dessous du corps verd et bordé de chaque côté d'une ligne jaune. 352 TABLE ESPÈCES. CARACTÈRE S. Plaques du dessous dacorps, et paires de petites plaques sous la queue. Longueur to- tale, et lon- gueur de la queue. Crochets à wiin. C. asiatique. €. asiatiçut. 187 76 I pied. 2 po. 3 lig. Lien. Ligamtn, 186 9- 7 pi^ds. 1 Couresse. Cursor. 1 105 ipi. icp. 7I. 9po. 7lig. C. nébuleuse. C, nebulosus. iSt 8y Laphiati, Laphiad. 1S4 éo C. agile. C. agilis. 184 I pi. 8 po. ÎO 4po. 3 lig. Schokari, Schokari. 183 2 pieds. 144 6 pouces. SIbon. Sibon. iSo Si 2oe de Gronovius. 20a Gror.oviî. .80 80 METHODIQUE. i53 SUITE DES CARACTERES. Ecailles du dessus de la tête. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. Ecailles du dos. rhomboï- dales et unies. ovales et unies. en losange et unies. rhomboï- dales. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Des raies longitudinales sur le dos ; les écailles bordées de blanchâtre. D'un bleu très-foncé ; le dessous du corps d'une couleur bleuâtre ou bronzée ; quelquefois la gorge blanche. Verdàtre ; deux rangées longitu- dinales de petites taches blanches et alongées. Le dessus du corps nué de brun et de cendré ; le dessous varié de brun et de blanc. Grise ou rousse ; àss bandes trans- versales blanches ou jaunâtres , divi- sées en deux de chaque côté ; le sommet de la tête blanc. Des bandes transversales et irré- gulières , alternativement blanches et brunes ; les bandes brunes , quelque- fois pointillées de noir. D'un cendré brun ; quatre raies longitudinales blanches ; le dessous du corps jaunâtre et pointillé de brun vers la gorge. Le corps très-menu. Le dessus du corps brun mêlé de blanc; le dessous blanc tacheté de brun. La queue courte et menue. Variée de blanc et de brun. (Nota.) Il est à présumer que cette couleuvre est de la mime espèce que le sibon. Î04 TABLE ESPECES. CARACTERES. Hydre. Hydrus, Plaques du dtssous\ Longueur to- du corps, et paires taie, et Ion de petites plaques gueur de la sous la queue. queue C. brasilienne. C. brasilitnsis. i8o 66 iSo 46 3 P leris. 3 pieds. 5 po. 6. lig. Bande-noire. 180 C. nigro-fasciatus. 43 C. aurore. Aurora. 179 37 C. lisse. C. Ixvis. 178 46 I pi.9po.9l 3 po. 3 Hg. Ibiboca. Ibiboca. .76 ypi.5po.6] 121 I pi.7po, 1 1 C. d'Esculape. C, /Esculapii, I7Ï 3 pi. lO po 64 9 po- 3 lig 22e de Gronovius, 22a Cronovii, »74 60 Crochets à venin. à ]a mâ- choire super. METHODIQUE. 355 SUITE DES CARACTÈRES, Ecailles du dessus de la téu. Ecailles du dos. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Olivâtre , mêlée de cendré ; quatre rangs longitudinaux de taches noirâ- tres , disposées en quinconce j le dessous du corps tacheté de jaunâtre et de noirâtre. sembla- bles à cel- les du dos. neuf sur quatre rangs. ovales et ren levées par une arête. De grandes taches ovales , rousses et bordées de noirâtre j d'autres pe- tites taches brunes. ovales et unies. Une bande noire entre les yeux; le dessus du corps livide ; plusieurs bandes transversales et noires, dont qui'Jqiies-unes font le tour du corps. Grise ; une bande longitudinale jaune ; la tête jaune , avec des points rouges. neuf sur quatre rangs. très-unies. Bleuâtre; deux taches d'un jaune foncé derrière la tête; deux rangées longitudinales de taches plus petites , celles d'une rangée correspondant aux intervalles de l'autre ; quelques taches sur les côtés ; de plus grandes taches sur le ventre. neuf sur quatre rangs. rhomboï- dales et unies. Les écailles du dos grisâtres et bordées de blanc. Les écailles du dos un peu séparées les unCs des autres en quelques en- droits. neuf sur quatre rangs. ovales et relevées par une arête ; celles des côtés unies. Rousse ; une bande noirâtre et long tudinale de chaque côté du dos ; une rangée de petites taches trian- gulaires et blanchâtres de chaque côté du ventre. D'un cendré bleuâtre. (^Scba,Mus. a, tab. ^3 , fi?- !•) i56 TABLÉ CARACTERES. ESPECES. Nasique. C. nasittus. 23e de Gronovius, 23a Gronovu. C. suisse. C. hdvcticus. Demi-collier. SemimonzU. C. azurée. C. ccwuUus. Plaques du dessous du corps, et paires de petites plaques sous la queue. C, à collier. C. torquatus. (C. hébraïque. C. hehraïcus. 173 «J7 172 142 170 127 170 S5 170 64 170 53 170 42 Longueur to- tale, et lon- gueur de la queue. 4 pi. 9 po. I pi. II po. Crochets à venin. 3 P ieds. I pi. 7 po. 4 po. 10 lig. 2 p ieds. 5 po. 3 lig. 2 pieds. 4 pouces. à la mâ- choire supé- rieure. METHODIQUE. l57 SUITE DES CARACTERES. Ecailles du dessus de U tête. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. Écailles du dos. rhomboï- dales et unies. Ovalej et relevées par une arête. Couleur et traits particu'iers de la conformation extérieure. Verdàtre ; quatre raies longitudi- nales sur le corps; deux autres raies longitudinales sur le ventre. Un prolongement écailleux au bout du museau , qui est très-alongé. Bleue; une ligne latérale noire. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. en losange et relevées par une arê- te longitu dinale. ovales et unies. Grise ; de petites raies noires sur les côtés; une bande longitudinale composée de raies transversales plus étroites et plus pâles. Brune ; de petites bandes transver- sales blanchâtres ; trois taches brwnes et alongées sur la tête; trois taches rondes et blanches sur le cou. Bleue, foncée sur le dos , très-claire sous le ventre. ovales et re- levées par une arête. Grise; deux rangées longitudinn- les de petites taches d'une couleur très -foncée; deux autres rangées extérieures de taches plus grandes , noires et irrégulières ; deux grandes taches blanchâtres sur le cou ; le ventre vaTié de noir, de blanc et de bleuâtre. Les écailles des côtés unies et plus grandes que celles du dos. Roussâtre ; des taches jaunes , bor- dé' s de rouge-brun , et représentant des Caractères hébraïques. i58 ESPÈCES. C. blanche. C. albus. C. rayée. C. lineatus. Dabcie. Dabch. Troîs-raies. C. tcrlineatus. Boiga. Boiga, Chapelet, Catcnula, Fil. C. fiUformis. 2^6 de Gronovius, 25a Groiicvii. TABLE CARACTERES. Plaques du dessous du corps, ce paires de petites plaques sous la queue. 170 169 11 169 46 169 34 166 103 165 ,58 165 7i ■i|kiiii%« niiiit iiunw Loneueur to- tale, ulon-\ Crochets gueur de la à venin, queue. 3 F''- 5 po. ï po. 9lig- ! pi. î po.6]. 2 po. 8 Jig. 3 P leds. I pi. 5 po. r pi. 5 po.6i. 5 po. 6 lig. : pi. 6 lig. 4 po. 6 lig. MÉTHODIQUE. 159 SUITE DES CARACTÈRES. écailles du dcisui de la tête. Ecailles du dos. levées par une arête. en losange er unies. unies. lîmes et en losange. en losange et relevées par une arête. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Blanche, ordinairement sans tache. Bleuâtre ; quatre raies brunes qui se prolongent depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue. Blanchâtre ; trois rangs longitudi- naux de grandes taches ovales, rous- ses et bordées de noir ou de brun. Rousse; trois raies longitudinales qui s'étendent depuis le museau jus- qu'au-dessus de la queue. D'un bleu changeant en verd ; trois petites raies longitudinales couleur d'or; une petite bande blanche et bordée de noir le long de la mâchoire supérieure. Le corps très-délié. Bleue ; deux raies longitudinales blanches ; dans le milieu une raie longitudinale noire chargée de taches ovales blanches et de points blancs placés alternativement; deux rangs longitudinaux de points noirs sur le ventre. Latête grosse et applatie par-dessus et par les côtés ; le corps très-délié. Noire ou livide ; le dessous du corps blanchâtre. Latête grosse ; le corps très-délié. Blanche ; des bandes transversales d'une couleur foncée. ( Seka , Mus. a , tab. 2t , fig.3.) i6o TABLE ESPÈCES. CARACTÈRES. \ Plaques du dessous du corps, et paires de petites plaques sous la queue. Longueur to- tale , et lon- gueur de la queue. Crochets à venin. C. à zones. C. cînetus. i6ï 35 1 pied. 1 po. 6 lig. Bluct. C. subcdtrultus. .6î M C. annelée. C. do liât us. 164 7 po. 4 lig. 43 î po. î lig. Dard. Jaculus, i6j 77 C. miliaire. C. miliaris. 162 W C. chatoyante. C. versicolor. 161 I pi. 6 po. 113 Mal pôle. Malpolon. 163 I pi. lO po. î po. 6 lig. ICO MÉTHODIQUE. i^r SUITE DES CARACTÈRES. EcaiLUs du\ dessus de la tête. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. jeuf sur quatre rangs. euf sur quatre rangs. Ecailles du dos. rhomboï- dales et unies. ovales. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Blanche; souvent quelques écailles tachetées de roussàrre à leur extré- mité ; des bandes transversales d'une couleur très-foncée , qui font tout le tour du corDs. Les écailles qui garnissent le dos pres- que mi-parties de blanc et de bleuâ- tre; le dessous du corps blanc; la queue d'un bleu foncé sans aucune tache. La queue très-dél ée. unies et en losange. Blanche ; des bandes transversales noirâtres, qui se réunissentà d'autres bandes semblTibles placées sur le ventre , mais sans s» correspondre exactement; le cou blanc ; le dessus de la tête noirâtre. Gris cendré; trois bandes longi- tudinales noirâtres et bordées d'un noir foncé ; celle du milieu plus large que les deux extérieures; le dessous du corps blanchâtre. Le dessus et les côtés du corps bruns ; une tache blanche sur chaque écaille ; le dessous du corps blanc. ovales et re- levées par une arête. Grise ; une bande longitudinale brune , composée de petites raies transversales et disposées en zigzag; les plaques rougeâtres , tachetées de blanc et bordées en partie de bleuàtn; . Bleue ; de très-petites taches noires disposées en raies longitudinales; une tache blanche bordée de noir sur le sommet de la tête. La langue longue et très-déliée ; le corps très-menn. Serfcns, IIIi i4 l62 TABLE ESPÈCES. CARACTÈRES. Plaques du dessous du corps, et paires de petites plaques sous la queue. Longueur to- taie, et lon- gueur de la queue. Crochets à venin. 28e de Gronovius, 28a Gronovii. 160 60 29e de Gronovius. 29a Gronovii. 42 C. carénée. C. carinatus. 157 C. rhnmboïdale. C. rhombeatus. M7 70 I pi. 6 po.9 l. 4 po. 4lig. Saiirite. Saurita. <î6 121 C. verdâtre. C. subvlridis. '44 le tiers de la longueur du corps. C. pâle. C. pallidus. lyr 1 pi. 6 po. 96 Lébetin.. Lebetinxis. 'U à la mâ- choire supé- rieure. à la mâ- choire supé- rieure. 46 Aspic. Aspis. '55 37 3 pieds. 3 po. S lig. 34e de Gronovius. \l-^a Gronovii. 153 50 • MÉTHODIQUE. 163 SUITE DES CARACTÈRES. Ec.zilles du dessus de la te te. neuf sur quatre rangs. neuf sur quatre rangs. Écailles du dos. ovales et re- levées par une arête sembla- bles à cel- les du dos. unies. ovales et unies. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Des raies blanches et noires trans- versales. D'un roux plus ou moins foncé. (Seba, Mus. I, tab. 33 , fi a. 6. ) Toutes les écailles du dessus du corps couleur de plomb et bordées de blanc ; le dessous du corps blanchâtre. ^e «os relevé en carène. Bleue; des taches bleues en lo- sange et bordées de Hoir. Brune ; trois raies longitudinales blanches ou vertes ; le ventre blanc. Le corps très-délié. Bleue ou verte ; le dessous du corps d'un verd plus ou moins mêlé de jaune. D un gris pâle; un grand nombre de points bruns et de taches grises répandues sans ordre ; une ligne noire de chaque côté du corps. Le corps et la queue très-déliés. ovales et relevées par une arête. Nuageuse ; le dessous du corps par- semé de points roux ou noirs. Trois rangées longitudinales de taches rousses bordées de noir. Blanche; des raies et des taches noires. i64 TABLE ESPÈCES. CARACTÈRES. Plaques du dissous du corps, et paires de petites plaques sous la queue. Longueur to- tale, et le li- gueur de la queue. Crochets à venin. Cenchrus, Cenchrus, in 2 nieds. 47 3 po. 7 lig- C. schythe. C. ichythus. iî3 I pi. 6 po. à la mâ- choire supé- rieure. 3i I po.7 lig. Dipse. Dipsas, 1^2 à la mâ- choire supé- rieure. '3J C. maure, C. maurus. 152 66 C. iToiie. C. niger. 1^2 2 pi. 9 hg. 2 po. 4 Hg. à la mâ- choire supé- rieure. 32 Sirtale. Sirtalis. IJO 2 pieds. 114 3 po. gJ'g- Tête-triangulaire. C, capitc - trîanga~ latus. »P' à la mâ- choire supé- rieure. 64 MÉTHODIQUE. i65 SUITE DES CARACTÈRES. Ecailles du dessus de la tête. neuf sur q_uatre neuf sur quatre rangs. trois sur 93 TABLE SIXIEME GENRE. Serpens dont les côtés du corps présentent une raTigée longitudinale de plis. C CE C I L E S. Cœcîliœ. ESPÈCES. CARACTÈRES. Plh des côtés du corps , et plis des côtés de la queue. Longueur to- tale, et lon- gueur de la queue. Crochets à venin. Coecile visqueux. Cotcilia glutinosa. 340 la Ibiare. îbiare. '35 I picfl. MÉTHODIQUE. 191 SUITE DES CARACTERES. Zc ailles du dessus de la tête. Ecailles du dos. I Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Brune ; une raie blanchâtre «ur les côtés. La mâcVoire supérieure garnie de deux petits bariîiilons ; la queue très courte. 192 TABLE SEPTIEME GENRE. Serpens dont le dessous du coj'ps, présentant vers la, tête de grandes plaques , montre vers l'nnus des anneaux écailleux , et dont l'ex- trémité de la queue est garnie par-dessous de très-petites écailles. LANGAHA. ZangaJia. ESPÈCES. CARACTÈRES. Grandes plaques et anneaux écailleux. Longueur to- tale, et Ijii- gueur de la queue. Crochets à venin. Langaha de Madagascar. Langaha Madagascar. 184 1 pi. 8 po. à la mâ- choire supé- rieure. 42 MÉTHODIQUE. 193 r SUITE DES CARACTÈRES. Ecailla du dessui de la tête. sept sur deux rangs. Écailles du dos. rhomboï- dales. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Les écailles rougeâtres , chargées i leur base d'un petit cercle gns et '■■" point jaune. Jd'un Ser^tm, III- 16 194 TABLE HUITIEME GENRE. Serpens qui ont le corps et la queue garnis de petits tubercules. ACROCHORDES. Acrochordi. ESTÈCES. CARACTÈRES. Ljrigueur to- tale, et lon- gueur de Li queue, 8 pi. 3 po. Croche ti à venin. Acrochorde de Java. Acrochordus Javan, ■ O Il pouces. MÉTHODIQUE. 195 SUITE DES CARACTÈRES. Ecailles du dessus de la tête. petites et en grand nombre. Écailles du dos. Couleur et traits particuliers de la conformation extérieure. Noire; le dessous du corps blan- châtre; les côtés blanchâtres, tachetés de noir. La queue très-menue à proportion du corps. PREMIER GENRE. Serpens qui ont de grandes plaques sous le torps, et deux rangées de petites plaques sous la queue, COULEUVRES. COULEUVRES VIPÈRES. LA VIPÈRE COMMUNE*. Xj'ordre des serpens paroît être un de ceux qui renferment le plus de ces es- pèces funestes dont les sucs empoisonnés * Nous cro}'ous devoir préveuir ici, relativement à la nomenclauu'e des diverses espèces de serpens dont nous allons traiter, que plusieurs noms dont les modernes se servent pour les désigner , ont été égalemeut employés par les anciens 3, tels sopt les Tû/n J F/ /. Aii/joo. jIjA.WIFJEj^'E ,l armes empoisonnées , presque toujours enveloppées dans une sorte de fourreau qui les dérobe aux regards , ne peuvent laire naître aucune métiauce ni inspirer aucune précaution. Parmi ces espèces dont le venin est plus ou moins funeste , une des plus ancien- nement et des mieux connues , est la vi- père commune. Elle est en effet très-mul- tipliée en Europe; elle habite autour de nous ; elle infeste nos bois , et souvent nos demeures : aussi a-t-clle inspiré de- puis long-temps une grande crainte; et cependant avec quelle attention n'a-t-elle pas été observée ? Objet d'importantes recherches et de travaux multipliés d'un grand noml)re de savans , combien de fois n'a-t-elie pas été décrite, disséquée et soumise à diverses épreuves? Nous avons donc cru devoir commencer l'histoire de tous les serpens par celle de la vipère commune : sa conformation tant inté^ jicure qii'cxtérieure , ses propriétés, ses habitudes naturelles, ayant été très-ctu- dices , et pouvajitj par conséquent, clïQ DES COULEUVRES. 199 présentées avec clarté , répandront une grande lumière sur tous les objets que nous leur comparerons , et dont on pourra connoître plusieurs parties , encore voi- lées pour nous , par cela seul qu'on verra un grand nombre de leurs rapports avec un premier objet bien connu et vivement éclairé. La vipère commune est aussi petite , aussi foible , aussi innocente en appa- rence, que son venin est dangereux. Fa- rcissant avoir reçu la plus petite part des propriétés brillantes que nous avons re- connues en général dans Tordre des scr- pens , n'ayant ni couleurs agréables , ni proportions très-déliées, ni mouvemens agiles, elle seroit presque ignorée, sans le poison funeste qu'elle distille. Sa lon- gueur totale est communément de deux pieds ; celle de la queue , de trois ou quatre pouces, et ordinairement cette partie du corps est plus longue et plus grosse dans le mâle que dans la femelle. Sa couleur est d'un gris cendré ; et le long de son dos , depuis la tête jusqu'à l'extrémit^ de la queue , s'étend une sorte de chaîne 200 mSTOIRE NATURELLE composée de taches noirâtres de forme irrégulière , et qui , en se réunissant en plusieurs endroits les unes aux autres , re- présentent fort bien une bande dentelée et située en zigzag. On voit aussi de chaque côté du corps une rangée de petites taches noirâtres , dont chacune correspond à Tangle rentrant de la bande en zigzag. Toutes les écailles du dessus du corps sont relevées au milieu par une petite arête , excepté la dernière rangée de chaque côté , où les écailles sont unies et un peu plus grandes que les autres. Le dessous du corps est garni de grandes plaques couleur d'acier, et d'une teinte plus ou moins foncée , ainsi que les deux rangs de petites plaques qui sont au-des- sous de la queue *. Quelquefois, dans la vipère commune , de même que dans un très-grand nombre d'autres espèces de serpens , les grandes * Nous avous compté , sur le plus grand nombiti d'individus que nous avons examinés, 146 graiidts. mlacjues el 3^ rangées de pcliLes. DES COULEUVRES. 201 pièces qui recouvrent le ventre et le des- sous de la queue , sont , ainsi que les autres écailles, plus pâles ou plus blanches dans la partie qui est cachée par la plaque oii l'écaillé voisine , que dans la partie découverte; et le défaut de lumièr-e. paroît nuire à la vivacité des couleurs sur les écailles des serpens , cemme sur les pétales des fleurs : mais on ne remarque communément cette nuance plus foible de la partie cachée que sur les serpens en vie ou sur ceux qui ont été desséchés. 11 arrive le plus souvent , au contraire , que, sur les serpens conservés dans l'es- prit-de-vin , la partie des grandes plaques ou des autres écailles , qui est toujours découverte , est d'une nuance plus blan- châtre , comme plus exposée à l'action de l'esprit ardent qui altère toutes les couleurs. Le dessus du museau et l'entre-deux des yeux sont noirâtres ; et sur le sommet de la tête , deïix taches alongées , placées obliquement , se réunissent par un bout et sous un angle aigu. Jifi tète va en diminuant de largeur da 203 HISTOIRE NATURELLE côté du museau , où elle se termine en s'arroudissaut ; et les bords des mâchoires sont revêtus d'ccailles plus grandes que celles du dos, tachetées de blanchâtre et de noirâtre , et formant un rebord assez saillant. Le nombre des dents varie suivant les individus ; il est souvent de vingt-huit dans la mâchoire supérieure , et de vingt- quatre dans rinférieure : mais toutes les vipères ont, de chaque côté de la luâ- choire supérieure, une ou deux et quel- quefois trois ou quatre dents longues d'environ trois lignes , blanches , dia- phanes , crochues et très-aiguës ; ou les a appelées les dents canines de la uipère , ù cause d'une ressemblance imparfaite qu'elles ont avec les dents canines de ])lusieurs quadrupèdes. Ces dents longues et crochues sont très-mobiles , ainsi que celles des autres serpens vipères; l'animal les peut incliner ou redresser à volonté : communément elles sont couchées en arrière le long de la mâchoire , et alors leur pointe ne paroît point; mais lorsque la vipère veut mordre , elle les relève et DES COULEUVRES. 2o3 les enfonce dans la plaie en même temps qu'elle y répand son venin. Auprès de la base de ces grosses dents , et hors de leurs alvéoles , on voit, dans des enfonceniens de la gencive , un cer- tain nombre de petites dents crochues , inégales en longueur , conformées comme les dents canines, et qui paroissent desti- nées à remplacer ces dernières lorsque la vipère les perd par quelque accident. On en a trouvé depuis deux jusqu'à huit. L'on peut présumer que le nombre de ces dents de remplacement est limité, et que lorsque la vipère a réparé plusieurs fois la perte de ses crochets , elle ne peut plus les remplacer; elle demeure privée des dents canines pendant le reste de sa vie; et peut-être qu'alors on en seroit mordu sans éprouver l'action de son venin , qu'elle ne pourroit plus faire pénétrer dans la blessure. Ce défaut absolu de crochets , auquel la vipère seroit sujette, devroit être une raison de plus de cher- cher des caractères extérieurs autres que les dents canines , pour distinguer les Tipèrcs d'avec les serpens ovipares. £04 HISTOIRE NATURELLE Ces dents canines de la vipère sont creuses ; elles renferment une double cavité et comme un double tube, dont Tun est contenu dans la partie convexe de la dent , et l'autre dans la partie con- cave. Le premier de ces deux conduits s'ouvre à l'extérieur par deux petits trous, dont l'un est situé à la base de la dent , et l'autre vers sa pointe; et le second n'est ouvert que vers la base, où il reçoit les vaisseaux ci les nerfs qui attachent la dent à la mâchoire. Ces mêmes dents canines sont renfer- mées jusqu'aux deux tiers de leur lon- gueur , dans une espèce de gaine com- posée de fibres très -fortes et. d'un tissu cellulaire. Cette gaine ou tunique est tou- jours ouverte vers la pointe de la dent ; *lle s'y termine par une espèce d'ourlet souvent dentelé, et formé par un repli de deux membranes qui la composent. Le poison de la vipère est contenu dans une vésicule placée de chaque côté de la tête , au-dessous du muscle de la mâchoire supérieure : le mouvement du muscle pressant cette vésicule , eu fait sortir H DES COULEUVRES. 2a5 venin , qui arrive par uu conduit à la base de la dent , traverse la gaine qui l'enveloppe , entre dans la cavité de cette dent par le trou sitné près de la base, en sort par celui qui est auprès de la pointe,, et pénètre dans la blessure. Ce poison est la seule humeur malfaisante que ren- ferme la vipère; et c'est en vain qu'on a prétendu que l'espèce de bave qui couvre ses mâchoires lorsqu'elle est en fureur ^ est un venin plus ou moins dangereux : l'expérience a démontré le contraire. Le suc empoisonné , renfermé dans les vésicules de chaque côté de la tète , est une liqueur jaune dont la nature n'est ni alcaline ni acide , comme on l'a écrit en divers temps; elle ne produit pas non plus les effets d'un caustique, ainsi qu'on l'a pensé ; et il paroît qu'elle ne contient aucun sel proprement dit, puisque, lors- qu'elle se dessèche , elle ne présente pas nu commencement de crystallisalion , comme les sels , dont l'eau surabondante s'évapore , mais se gerce , se retire , se fend, se divise en très-petites portions, de uxanicre à représenter, par toutes seg 17 2c6 HISTOIRE NATURELLE fentes très-dcliccs et très -multipliées , U31C espèce de réseau que l'on a comparé à une toile d'araignée. Quelque subtil que soit le poison de la yipère, il paroît qu'il n'a point d'effet sur les animaux qui Ji'ont pas de sang; il paroît aussi qu'il ne peut pas donner la niort aux vipères elles-mêmes ; et à l'é- gard des animaux à jiaîig chaud, la mor- .sure de la vipère leur est d'autant moins funeste que leur grosseur est plus consi- dérable , dételle sorte qu'on peut présu- mer qu'il n'est pas ioujours mortel pour l'homme ni pour les grands quadrupèdes ou oiseaux. L'expérience a prouvé aussi qu'il est d'autant plus dangereux qu'il a été distillé en plus grande quanJité dans les plaies par des morsures répétées. Le poison de la vipère est donc funeste en raison de sa quantité, de la chaleur du sang et de la petitesse de l'animal qui est mordu. Ne doit-il pas aussi être plus ou moins mortel, suivant la chaleur de la sai- son, la température du climat, et l'état de la vipère, plus ou moins irritée, plus ou moins animée , plus ou moins pressée par DES COULEUVRES. 207 la faim, etc.?Et voilà pourquoi Pline avoit peut-être raison de dire que la vipère, ainsi que les autres serpcns venimeux, ne ren- fcrmoit point de poison pendant le temps de son engourdissement. Au reste , M. Tab- hé f ontana , Vuii des meilleurs physiciens et naturalistes de l'Europe , pense que le venin de la vipère tue en détruisant l'irri- tabilité des nerfs, de même que plusieurs autres poisons tirés du règne animal ou du règne végétal; et il a aussi fait voir que cette liqueur jaune et vénéneuse étoit un poison très-dangereux lorsqu'elle étoit prise intérieurement , et que Redi , ainsi que d'autres observateurs , n'ont écrit le contraire que parce qu'on avoit avalé de ce poison en trop petite quan- tité pour qu'il pût être très-nuisible. On a fait depuis long-temps beaucoup de reclierclies relativement aux moyens de prévenir les suites funestes de la mor- sure des vipères : mais M. l'abbé Fontana , que nous venons de citer , s'est occupé de cet important objet plus qu'aucun autre physicien ; personne n'a eu plus que lui la patience et le courage uéces* îLo8 HISTOIRE NATURELLE saires pour une longue suite crexpé- rlences; il en a fait plus de six mille; il a essayé l'effet des diverses substances indi- quées avant lui comme des remèdes plus ou moins assurés contre le venin de la vipère ; il a trouvé , en comparant un très-grand nombre de faits , que , par exemple, Talcali volatil, appliqué exté- rieurement ou pris intérieurement , étoit sans effet contre ce poison. II en est de même, suivant ce savant , de l'acide vi- triolique , de l'acide nitreux , de Tacide marin, de l'acide phospliorique , de l'a- cide spathique , des alcalis caustiques ou non caustiques , tant minéraux que vé- gétaux , du sel marin et des aiïtres sels neutres. Les huiles , et particulièrement celle de térébenthine , lui ont paru de quelque utilité cçntre les accidens pro- duits par la morsure des vipères, et il a pensé que la meilleure manière d'em- ployer ce remède étoit de tremper pen- dant long-temps la partie mordue dans cette huile de térébenthine extrêmement chaude. Le célèbre physicien de Florence p.€nse aussi qu'il est avantageux de tenir DES COULEUVRES. 209 cette même partie mordue dans de l'eau, soit pure, soit mêlée avec del'eau de cliaux , soit chargée de sel commun ou d'autres substances salines ; la douleur diminue , ainsi que Fintlammation , et la couleur de la partie blessée est moins altérée et moins livide. Les vomissemens produits par l'émétique peuvent aussi n'être pas inutiles. Mais le traitement que M. l'abbé Fontana avoit regardé comme le plus as- suré contre les eflets du venin de la vipère, consistoit à couper la partie mordue peu • de secondes ou du moins peu de minutes après l'accident , suivant la grosseur des animaux blessés , les plus petits étant les plus susceptibles de l'action du poison. Bien plus, cet observateur ayant trouvé que les nerfs ne peuvent pas communi- quer le venin, que ce poison ne se répand que par le sang , et que les blessures enve- nimées , mais superticielles , de la peau , lie sont pas dangereuses, il avoit pensé qu'il suffisoit d'empêcher la circulation du sang dans la partie mordue , et qu'il n'étoit pas même nécessaire de la sus- pendre dans les plus petits vaisseaux , 17 210 HISTOIRE NATURELLE pour arrêter les eflets du poison. Vn grand nombre d'expériences l'avoient conduit à croire qu'une ligature mise à Ja partie blessée prévenoit la maladie in- terne et générale qui donne la mort à l'a- nimal ; que dès que le venin avoit agi sur le sang dans les parties mordues par la vipère , il cessoit d'être nuisible, comme sMl se décoraposoit en produisant un mal local ; et qu'au bout d'un temps déter- miné il ne pouvoit plus faire naître de înaladie interne. A la vérité , le mal local étoit très-grand , et paroissoit quelque--- t'ois tendre à la gangrène ; et , comme il étoit d'autant plus violent que la ligature ctoit plus serrée et plus long-temps appli- quée, il étoit important de connoître avec quelque précision le degré de tension de la ligature et le temps de son application , nécessaires pour qu'elle pût produire tout son eftet. Au reste, M. l'abbé Fontana, en remarquant avec raison qu'un mauvais traitement peut changer la piqûre en une plaie considérable qui dégénère en gangrène , assuroit en même tejnps que le venin de la vipère n'est pas aussi dan- DES COULEUVRES. 2ii gereux qu'on l'a pensé. Lorsqu'on a été mordu par ce serpent, on ne doit pas dé- sespérer de sa vie , quand bien même on lie feroit aucun remède ; et la frayeur extrême qu'inspire l'accident , est sou- vent une grande cause de ses suites fu- nestes '. Pour faire connoître avec plus d'exac- titude le résultat que ce physicien croyoit devoir tirer lui-même de ses belles et très- nombreuses expériences , nous avons cru devoir rapporter ses propres paroles dans la note suivante ^, d'après laquelle on ^ oc Une simple morsure de viptre u'cst pas moc- c telle naturellement : quand même il y auroit eu a deux ou trois vipères, la maladie seroit plus K grave , mais elle ne seroit probablemeut pas nior- « telle; quand une vipère auroit mordu un homme K six ou sept fois, quand elle auroit distillé dans K les morsures tout le venin de ses vésicules, on ne K doit pas désespérer.» (Fontana, Traité des poi- sons ; Florence , 1781 ; tom. II , p. 4.5. ) * « Le dernier résultat de tant d'expériences sur « l'usage de la ligature contre la morsure de la «vipère, ne présente ni cette certitude ni cctrt» « généralité auxquelles on se seroit attendu dans le 2T2 HISTOIRE NATURELLE verra aussi que M. l'abbé Foiitana recoii- iioît , ainsi que nous, rinflueuce des sai- sons et de diverses autres causes locales « commencement. Ce n'est pas que la ligature so!t « à rejeter tomme absolument inutile, puisque nous « l'avons trouvée un remède assuré pour les pigeons > et pour les cochons d'Inde ; elle peut donc l'être « pour d'autres animau-x, et peut-être seroii-elle t* utile pour tous, si l'on connoissoit mieux les « circonstances dans lesquelles il faut la pratiquer. « Il paroît, en général, qu'on ne doit rien attendre « des scarifications plus ou moins grandes, plus ou « moins simples, puisqu'on a vu mourir, avec cette « opération , les animaux mêmes qui auroientété le « plus facilement guéris avec les seules ligatures. « Je n'ose pas décider de quelle utilité elle pour- }a roit être dans l'homme, parce que je n'ai point; « d expériences directes ; mais comme je suis d'avis « que la morsure delà vipère n'est pas naturellement '« meurtrière pour l'homme, la ligature, dans ce « cas, ne pourroit faire autre chose que diminuer «la maladie. Peut-être une ligature très-légère K pourroit-elle suffire; peut-être pourroit-on l'ôler •c peu de temps après: mais il faut des expériences :« pour nous mettre eu état de prononcer , el les j« expérirtices sur les hommes sont très-rares. « Je dois encore avertir qu'une pôrlic de lucs DES COULEUVRES. 2t3 ou accidentelles sur la force du venin des serpens, et qu'il croit que plusieurs cir- constances particulières ont pu altérer les résultats de ces différentes expériences. « expériences sur le venin de la vipère ont été faites n dans la plus rude saison , en hiver. Il est naturel « de concevoir que les \'ipèi-es dont je me suis servi , « nepouvoient être dans toute leur vigueur, qu'elles K dévoient mordre les animaux avec moins de force, « et que n'étant pas nourries depuis plusieurs mois, oit que, pendant les grandes clialcuis, iîO S42 HISTOIRE NATURELLE le poison de la vipère noire fût aussi re- doutable en Allemagne que dans presque toutes les autres contrées qu'elle habite. Quelquefois elle menace , pour ainsi dire , son ennemi par des sifflemens plusieurs fois répétés; mais d'autres fois elle se jette tout-à-coup et avec furie sur ceux qui l'attaquent , ou sur les animaux dont elle veut faire sa proie. DES COULEUVRES. 243 LA MÉLANIS. C'est sur les bords du Wolga et de la Samara qui se jette dans ce grand fleuve , que l'on rencontre la mélanis , dont M. Pallas a parlé le premier. Elle s'y plaît dans les endroits humides et marécageux au milieu des végétaux pourris. Elle res- semble beaucoup à la vipère commune par sa conformation extérieure , sa gran- deur et celle de ses crochets ; mais elle eu diffère par ses couleurs. Son dos est d'un noir très-foncé ; les écailles du des- sous du ventre présentent une sorte d'é- clat semblable à celui de l'acier : sur ce fond très-brun on remarque des taches plus obscures, et des deux côtés du corps, ainsi que vers la gorge, on voit des teintes comme nuageuses, qui tirent sur le bleu. Ses yeux sont d'un blanc éclatant qui donne plus de feu à l'iris, dont la cou- leur est rousse. Lorsque la prunelle est 244 HISTOIPvE NATURELLE resserrée , elle est aloiigée verticalement. La queue est courte et diminue de gros- seur vers sou extrémité. Cette espèce a communément cent quarante-huit pla» ques sous le ventre , et vingt-sept paires de petites plaques revêtent le dessous de §a queue. DES COULEUYRES. 245 LA SCHYTHE. VJETTE couleuvre est une de celles qui ne craignent pas des froids très -rigou- reux ; on la trouve en efl'et dans les bois qui couvrent les revers des hautes mon- tagnes de la Sibérie, même des plus sep- tentrionales ; aussi M. Pallas , qui l'a fait connoître le premier, dit-il que son venin n'est pas très-dangereux. Elle a beaucoup de rapports avec la vipère commune par sa conformation , et avec la mélanis par sa couleur. Son dos est d'un noir très-fon- cé , comme le dessus du corps de cette dernière ; mais le dessous du ventre et de la queue est d'un blanc-de-lait très-écla- tant. Sa tête a un peu la forme d'un cœur ; l'iris est jaunâtre. Elle a ordinairement cent cinquante-trois grandes plaques sous le corps , et trente-une paires de petites plaques sous la queue. La longueur de cette dernière partie est un dixième de la longueur totale , qui communément est de plus d'un pied et demi. 20 246 HISTOIRE NATURELLE LA VIPERE D'EGYPTE. J. ous ceux qui ont donné des larmes au récit de la mort funeste d'une reine célèbre par sa beauté , ses richesses , son amour et son infortuue, liront peut-être avec quelque plaisir ce que nous allons écrire du serpent dont elle choisit le poi- son pour terminer ses malheurs. Le nom de Cléopatre est devenu trop fameux pour que Tintérét qu'il inspire ne se répande pas sur tous les objets qui peuvent rappe- ler le souvenir de cette grande souveraine de l'Egypte, que ses charmes et sa puis- sance ne purent garantir des plus cruels revers ; et le simple reptile qui lui donna la mort , pourra paroître digne de quelque attention à ceux même qui ne recherchent qu'avec peu d'empressement les détails de l'histoire naturelle. C'est M. Hassciquist qui a fait connoître cette vipère, qu'il a dccrite dans sou Voyage en Egypte' Elle a DES COULEUVRES. 247 îa tête relevée en bosse des deux côtés der- rière les yeux. Sa longueur est peu consi- dérable ; les écailles qui recouvrent le dessus de son corps sont très -petites ; son dos est d'un blanc livide , et présente des taches rousses ; les grandes plaques qui revêtent le dessous de son corps sont au nombre de cent dix-huit , et le dessous de la queue est garni de vingt-deux paires de petites plaques. Les anciens ont écrit que son poison , quoique mortel, ne causoit aucune dou- leur ; que les forces de ceux qu'elle avoit miordus , s'afiFoiblissoient insensiblement ; qu'ils tomboient dans une douce lan- gueur et dans une sorte d'agréable repos , auquel succédoit un sommeil tranquille qui se terminoit par la mort ; et voilà pourquoi ou a cru que la reine d'Egypte, ne pouvant plus supporter la vie après la mort d'Antoine et la victoire d'Auguste, avoit préféré de mourir par l'effet du ve- nin de cette vipère. Quoi qu'il en soit des •suites plus ou moins douloureuses de sa morsure , il paroît que son poison est des plus actifs. C'est ce serpent dont on £48 HISTOIRE NATUPxELLE emploie diverses préparations en Egypte^ comme nous employons en Europe celle» de la vipère commune ; c'est celui qu'on y vend dans les boutiques , et dont on se sert pour les remèdes connus sous les noms de sel de vipère , de chair de vipère desséchée , etc. Suivant M. Hasselquist, on envoie tous les ans à Venise une grande quantité de vipères égyptiennes, pour la composition de la tliériaque ; et dès le temps de Lucain , on en faisoit venir à Rome pour la préparation du même re- mède. C'est cet usage, continué jusqu'à nos jours , qui nous a fait regarder la ■vipère d'Egypte comme celle dont Cléo- patre s'étoit servie. Toutes ses descriptions sont d'ailleurs très-conformes à celle que nous trouvons de l'aspic de Cléopatre dans les anciens auteurs , et particuliè- rement dans Lucain ; et voilà pourquoi nous avons préféré, à ce sujet, l'opi- nion de M. Laurent et d'autres natura- listes à celle de M. Linné , qui a cru que le serpent dont le poison a donné la mort à la reine d'Egypte , étoit celui qu'il a nommé l'ammody te f et dont nous allons nous occuper. DES COULEUVRES. z^tx Il paroît que c'est aussi à cette Tipère- qu'il faut rapporter ce que Pline a dit de l'aspic , et la belle peinture qu'a faite ce grand écrivain de rattachement de ce rep- tile pour sa femelle , du courage avec le- quel il la défend lorsqu'elle est attaquée., et de Ja fureur avec laquelle il poursuit- teux qui l'ont mise à m.ort. 25o HISTOIRE NATURELLE L'AMMODYTE*. Lt-ES anciens, et sur-tout les auteurs du moyen âge, ont beaucoup parlé de ce serpent très- venimeux , qui habite plu- sieurs contrées orientales , et que Ton trouve dans plusieurs endroits de l'Italie, ainsi que de l'IUyrie , autrement Escla- Vonie. Son nom lui vient de l'habitude qu'il a de se cacher dans le sable, dont la couleur est à peu près celle de son dos , varié d'ailleurs par un grand nombre de taches noires , disposées souvent de ma- nière à représenter une bande longitudi- nale et dentelée ; ce qui donne aux cou- leurs de l'ammodyte une très-grande res- semblance avec celles de la vipère com- mune, dont il se rapproche aussi beau- coup par sa conformation : mais sa tête est ordinairement plus large, à proportion Cenchrias, cerchrias, cynchrias, miUaris, 9'ipère cornue d'Illjrie, aspide del corno. "DES COULEUVRES. ^5t du corps, que celle de notre vipère; et d'ailleurs il est fort aisé de le distinguer de toutes les autres couleuvres connues , parce qu'il a sur le bout du museau une petite éminence , une sorte de corne , liante communément de deux lignes , mobile en arrière , d'une substance char- nue , couverte de très-petites écailles , et de chaque côté de laquelle on voit deux tubercules un peu saillans , placés aux orifices des narines : aussi a-t-il été nom- mé , dans plusieurs contrées , aspic cornu. Sa morsure est en effet aussi dangereuse que celle du serpent venimeux nommé aspic par les anciens : et Ton a vu des gens mordus par ce serpent mourir trois heures après ; d'autres ont vécu cepen- dant jusqu'au troisième jour, et d'autres même jusqu'au septième. Les remèdes qu'on a indiqués contre le venin de l'am- inodyte, sont à peu près les mêmes que ceux auxquels on a eu recours contre la morsure des autres serpens venimeux *. * Yoyez, dans l'article de la vipère commune y un exlraii des expcrientês de M. l'abbé Foutana au aujet du poison de ce serpent. 252 HISTOIRE NATURELLE On a employé rapplicatiou des ventouse*;, les incisions aux environs de la plaie , la compression des parties supérieures à Teiidroit mordu, ragrandissement de la blessure ^ les boissons qu'on fait avaler contre les poisons pris intérieurement , les emplâtres dont ou se sert pour prévenir ou arrêter la putréfaction des chairs , etc. Ce reptile est couvert, sous le ventre, de cent quarante-deux grandes plaques , et sous la queue, de trente deux paires de petites ; le dessus de sa tête est garni de petites écailles ovales , unies et presque «emblables à celles du dos. La queue est très-courte, à proportion du corps , qui n'a ordinairement qu'un demi -pied de dong L'a.mmod37te se nourrit souvent de lé- zards et d'autres animaux aussi gros qut3 lui , mais qu'il peut avaler avec facilité , à cause de l'extension dont son corps est susceptible. Il paroît que c'est à cette espèce , au développement de laquelle un climat trèsj- chaud peut être très-nécessaire, qu'il faut rapporter les serpens cornus de la côte DES COULEUVRES. 253 d'Or , dont a parlé Bosmaii , quoique ces derniers soient beaucoup plus grands que l'animodyte d'Esclavonie. Ce vo3-agcur vit, au fort lioUaudois d'Axim, la dé- l^ouille d'uu individu de cette espèce de scrpens cornus ; ce reptile étoit de la gros- ^eiw du bras , long de cinq pieds, et rayé pu tacheté de noir , de brun , de blanc et de jaune , d'une manière très-agréable à Foeil. Suivant Bosnian , ces scrpens ont pour arme offensive une fort petite corne , ou plutôt une dent qui sort do Ja uiâclioire supérieure , auprès du nez ; elle est blanche , dure et très-pointue. Il ■arrive souvent aux nègres, qui vont nud- picds dans les champs , de marcher impu- nément sur ces animaux; car ces reptiles avalent leur proie avec tant d'avidité , et tombent ensuite dans un sommeil si pro- fond , qu'il faut un bruit assez fort, et même un mouvement assez grand, poui" les réveiller. 2i S54 HISTOIRE NATURELLE LE CERASTE*. \J N a donne ce nom à un serpent veni- meux d'Arabie , d'Afrique , et particu-* lièrement d'Egypte , qui a été envoyé au Cabinet du roi sous le nom de pîpère cor- nue : il est très-remarquable et très-aisé à distinguer par deux espèces de petites cornes qui s'élèvent au-dessus des yeux. C'est apparemment cette conformation qui, jointe à sa qualité vénéneuse, et peut-être à ses habitudes naturelles, l'aura fait observer avec attention par les premiers Égj^ptiens , et les aura déter- minés à faire placer de préférence sou image parmi leurs diverses figures hiéro- glyphiques. On le trouve gravé sur les iiionumens de la plus haute antiquité que le temps laisse encore subsister sur cette fameuse terre d'Egypte : on le voit * j!4lp et àc^, en Égypie^ cerasies , cerislalis. DES COULEUVRES. 255 seprésenté sur les obélisques , sur les co- lonnes des temples, aux pieds des statues, sur les luurs des palais , et jusque sur les momies. Un double intérêt anime donc la curiosité relativement au cé- raste. Une conuoissance exacte de ses pro- priétés et de ses mœurs , non seulement doit être recherchée par le naturaliste , mais serviroit peut-être à découvrir en partie le sens de cette langue religieuse et politique , qui nous transmettroit les antiques événemens et les antiques opi- nions des célèbres et belles contrées de l'Orient, Si Ton ne peut pas encore expo- ser toutes les habitudes naturelles du cé- raste , faisons donc connoître exactement sa forme, et décrivons-le avec soin d'après les individus que nous avons examinés. Les opinions des naturalistes anciens et modernes ont fort varié sur la nature ainsi que sur le nombre des cornes qui distinguent le céraste : les uns ont dit qu'il en avoit deux , d'autres quatre , et d'autres huit , qu'ils ont comparées aux espèces de petites cornes, ou, pour mieux dire 5 aux. tentacules des limaçons et, 256 HISTOIRE NATURELLE d'autres animaux de la classe des Ters. Quelques auteurs les ont regardées comme des dents attachées à la mâchoire supérieure : quelques autres ont écrit que le céraste n'avoit point de cornes ; que celles qu'on avoit vues sur la tête de quelques individus n'étoient point naturelles , mais l'ouvrage des Arabes , qui plaçoient avec art des ergots sur lé crâne du reptile, pour le rendre extraor- dinaire, et le faire vendre plus cher. II se peut que l'on ait quelquefois attaché à de vrais cérastes, de petites cornes artifi- cielles. Il se peut aussi que ces serpens ayant été fort recherchés , on ait vendu pour des cérastes , des reptiles d'une autre espèce qui leur auront à peu près, ressemblé par la couleur, et auxquels on aura appliqué de fausses cornes. Mais le vrai serpent-céraste a réellement au-des- sus de chaque œil un petit corps pointu et alongé , auquel le nom de corne me paroît mieux convenir qu'aucun autre. M. Linné a donné le nom de dents molles à ces petits corps placés au-dessus des yeux du serpent que nous décrivons : mais ce DES COULEUVRES. 257 ttoïn de dent ne nous paroît povivoir ap- paiteiiir qu'à ce qui tieut aux mâcboires inférieures ou supérieures des animaux ; et après avoir examiné les cornes du cé- raste, eu avoir coupé une en plusieurs parties , et en avoir suivi la prolongation jusqu'à la tête, nous nous sommes assu- rés que bien loin de tenir à la mâchoire supérieure , ces cornes ne sont attachées à aucun os : aussi sont-elles mobiles à la "volonté de ranimai. Chacune de ces cornes est placée préci- sément au-dessus de Tœil , et comme im- plantée parmi les petites écailles qui forment la partie supérieure de l'orbite; sa racine est entourée d'écaillés plus pe- tites que celles du dos , et elle représente une petite pyramide quarrée dont chaqud face seroit sillonnée par une rainure lon- gitudinale et très-sensible. Elle est com- posée de couches placées au-dessus les lin es des autres , et qui se recouvrent entièrement. Nous avons enlevé facile- m^ent la couche extérieure, qui s'en est séparée en forme d'épiderme , en présen- tant toujours quatre côtés et quatre rai- 21 258 HISTOIRE NATURELLE nures , ainsi que la couche inférieure ^ que nous avons mise par-là à couverte Cette manière de s'exfolier est semblable à celle des écailles , dont Tépiderme ou la couche supérieure se sépare égale- ment avec facilité après quelque altéra» tion. Aussi regardons-nous la matière de ces cornes comme de même nature que celle des écailles; et ce qui le confirme y c'est que nous avons vu ces petites émi- iiences tenir à la peau de la même ma-, nière que les écailles y sont attachées. Au reste, ces cornes mobiles sont un peu courbées , et avoicnt à peu près deux: lignes de longueur dans les individus que. nous avons décrits. La tête des cérastes est applatie , le museau gros et court , Tiris des yeux d'un verd jaunâtre, et la prunelle, lorsqu'elle est contractée , forme une fente perpen- diculaire à la longueur du corps ; le der- rière de la tête est rétréci et moins large que la partie du corps à laquelle eîlo tient ; le dessus en est garni d'écailîcs égales en grandeur à celles du dos, ou îucme quelquefois ] lus petites que ces DES COULEUVRES. 269 dernières , qui sont ovales et relevées par une arétc saillante. Nous avons compté sur deux individus de cette espèce cent quarante-sept grandes plaques sous le ventre , et soixante-trois petites plaques sous la queue. Suivant M. Linné , un serpent de la même espèce avoit cent cinquante grandes plaques, et TÎngt-cinq paires de petites. Hassclquist a compté sur un autre individu cinquante paires de petites plaques , et cent cin-^ quante grandes. Voilà donc une nouvelle preuve de ce que nous avons dit touchant la,variation du grand nombre des grandes et des petites plaques dans la même es- pèce de serpent ; mais comme il iiC faut négliger aucun caractère dans un ordre d'animaux dont les espèces sont en géné-r rai très-difficiles à distinguer les unes des autres , nous croyons toujours nécessaire de joindre le nombre des grandes et des petites plaques aux autres signes de la différence des diverses espèces de reptiles. La couleur générale du dos est jau- nâtre, et relevée par des taches irrégu- lières plus ou moins foncées , c|ui repré-» a6o HISTOTHE NATURELLE sentent de petites bandes transversales; celle du dessous du corps est plus claire. Les individus que nous avons mesurés avoient plus de deux pieds de long ; ils présentoient la grandeur ordinaire de cette espèce de serpent. La queue n'avoit pas cinq pouces; elle est ordinairement très- courte en proportion du corps dans le cé- laste, ainsi que dans la vipère commune. Le céraste supporte la faim et la soif pendant plus de temps que la plupart des autres serpens : mais il est si goulu , qu'il se jette avec avidité sur les petits oiseaux et les autres animaux dont il fait sa proie ; et comme , suivant Belon , sa peau peut se prêter à une très-grande distension , et son volume augmenter par-là du double , il n'est pas surprenant qu'il avale une quantité d'alimens si considérable, que sa digestion devenant très - difficile , iî tombe dans une sorte de torpeur et dans un sommeil profond , pendant lequel il est fort aisé de le tuer. La plupart des auteurs anciens ou du moyen âge ont pensé qu'il étoit un des Serpens qui peuvent le plus aisément sç DÈS COULEUVRES. 25r letourner en divers sens , et ils ont écril qu'au lieu de s'avancer en droite ligne , il n'ai] oit jamais que par des circuits plus ou moins tortueux , et toujours, onl-ils ajouté, en faisant entendre une sorte de petit bruit et de sifflement par le choc de ses dures écailles. Mais de quelque ma- nière et avec quelque vitesse qu'il rampe , il lui est difficile d'échapper aux aigles et aux grands oiseaux de proie qui fondent sur lui avec rapidité , et que les Egyptiens adoroient , suivant Diodore de Sicile , parce qu'ils les délivroient de plusieurs hêtes venimeuses , et particulièrement des cérastes. Ces serpens cependant ont tou- jours été regardés comme très-rusés , tant pour échapper à leurs ennemis que pour se saisir de leur proie ; on les a même nommés insidieux , et l'on a prétendu qu'ils se cachoient dans les trous voisins des grands chemins , et particulièrement dans les ornières , pour se jeter à l'impro- viste sur les voyageurs. C'est principalement avec cette espèce de serpens que les Libyens connus sous le nom de' P$.ylles prétendoient avoir It t 262 HISTOIRE NATURELLE droit de jouer impunément, et dont ils assuroieut qu'ils maîtrisoient à leur to- lonté et la force et le poison. Les cérastes, ainsi que tous les rep- tiles, peuvent vivre très-iong-temps sans manger ; plusieurs auteurs l'ont écrit , et ou a même beaucoup exagéré ce fait, puisqu'on a cru qu'ils pouvoient vivre cinq ans sans prendre au( une nourriture. Belon assure que les petits cérastes cclosent clans le ventie de leur mère ainsi que ceux de notre vipère commune ; mais nous croyons devoir citer un fait qui paroît contredire cette assertion , et que Gesner rapporte dans son livre de la nature des serpens , d'après un de ses cor- respondans, qui en avoit été témoin à Venise. Un noble Vénitien conserva pen- dant quelque temps , et auprès du feu , trois serpens qu'on lui avoit apportés du pays où l'on trouve les cérastes, l'un femelle , et trois fois plus grand que les autres, avoit trois pieds de long, presque de la grosseur du bras, la tête comprimée et large de deux doigts , l'iris noir, les écailles du dos cendrées et noirâtres do.iis 1' DES COULEUVRES. 26'" \i leul' partie supérieure , la queue un peu rousse et terminée en pointe , et une corne de substance écailleuse au - dessus de chaque œil. Gesner le regarda comme de l'espèce des cérastes , dont il nous paroît en effet avoir eu les principaux carac- tères. Il pondit dans le sable quatre ou. cinq œufs à peu près de la grosseur de ceux de pigeon. Les rap .orts de confor- mation , de qualité vénéneuse et d'habi- tudes qui lient le céraste avec la vipère commune, ainsi qu'avec un grand nombre d'autres vipères dont la manière de venir au jour est bien connue, nous feroient adopter de préférence l'opinion fondée sur l'autorité de Btlon , qui a beaucoup voyagé dans le pays habité par les cé- rastes ; mais comme il pourroit se faire que les deux manières de venir à la lu- mière fussent réunies dans quelques es- pèces de serpens , ainsi qu'elles le sont dans quelques espèces de quadrupèdes ovipares , et qu'il seroit bon de bien dé- terminer si tous les animaux armés de crochets venimeux éclosent dans le ventre de leur mère , et même sont les seuls qui Sl64 histoire NATURELLE lie pondent pas , nous invitons les voya- geurs qui pourront observer sans danger les cérastes, à s'assurer de la manière dont naissent leurs petits. Hérodote a parlé des serpens consacrés par les habitans de Thèbes à Jupiter , ou , pour mieux dire , à la divinité égyptienne qui répondoit au Jupiter des Grecs ; ou les enterroit après leurmortdans le temple de ce dieu; et , suivant le père de lliis-. toire , ils avoient deux cornes , mais ne faisoient aucun mal à personne. Si Héro- dote n'a point été trompé , on devroit les regarder comme d'une espèce différente de celle du céraste ; mais il est assez vrai- semblable qu'on l'avoit mieux informé de la conformation que des qualités de ces serpens , qu'ils étoieiit venimeux comme le céraste , qu'ils appartcnoient à la même espèce, et que la force de leur poison, qui avoit dû paroître aux anciens donner la mort presque aussi prompte- ment que la foudre du maître des dieux , avoit peut-être été un motif de plus pour les consacrer à la divinité que l'on croyoit lancer 1& tonueire. 71^771 i3 . J'r^.A7//i TV^./'a,/ 3o2. ^.LA BRASILIENNE ^.LA INÎASIOUE / J aueitcf J' DES COULEUVRES. 3o3 relie de sa queue , de cinq pouces six ligues. Ses crochets mobiles ont près de huit ligues de longueur ; ils sont cepen- dant moins longs de moitié que les cro- chets de deux mâchoires de serpent veni- meux envoyées du Brésil au Cabinet du roi, et semblables en tout, excepté par la grandeur , à celles de la brasilienne. Si ces grandes mâchoires ont appartenu à un individu de la même espèce , ou pourroit croire qu'il avoit six pieds de longueur. Je n'ai trouve dans aucun au- teur la figure ni la description de la bra- silienne. 3o4 HISTOIRE NATURELLE LA VIPERE FER-DE-LANCE *. JLiE fer-de-lance parvient ordinairement à la longueur de cinq ou six pieds ; c'est un des plus grands serpens venimeux , et «un de ceux dont le poison est le plus actif. Il n'est encore que très-peu connu des naturalistes ; M. Linné même n'eu a point parlé. On ne Va. observé jusqu'à présent qu'à la Martinique , et peut-être à la Dominique et à Cayenne , et c'est de la première de ces îles qu'est arrivé l'indi- vidu conservé au Cabinet du roi, et que nous allons décrire : aussi les voyageurs l'ont-ils appelé jusqu'à présent, vipèi-e jau7ie de la Martinique. Nous n'avons pas cru devoir employer cette dénomina- tion, parce que la couleur de cette espèce n'est pas constante , et que la moitié à peu près des individus qui la composent g * Vipère faune de la Marùnique, T-TJ L E U V R E s. 3ii quHl répand , et par le cri de certains ciseaux , tels que la gorge-blanche , qui , troublés apparemment par sa ressem- blance avec les serpens qui les poursui- veut sur les arbres et les y dévorent , se rassemblent et voltigent sans cesse autour de lui. Lorsqu'on est surpris par ce serpent , on peut lui présenter une bran- che d'arbre, un paquet de feuilles , ou tout autre objet qui captive son atten- tion et donne le temps de s'armer ; un coup suffit quelquefois pour lui donner la mort. Quand on lui a coupé la tête , le corps conserve pendant quelque temps un mouvement vermiculaire. C'est dans le mois de mars ou d'avril que ce dangereux reptile s'accouple avec sa femelle ; ils s'unissent si intimement , et se serrent dans un si grand nombre de contours , qu'ils représentent , suivant Pd. Bonodet de Foix , deux grosses cordes tressées ensemble. Us demeurent ainsi réunis pendant plusieurs jours , et on doit éviter avec un très -grand soin de les troubler dans ce temps d'amour et de jouissance , où de nouvelles forces ren- 3i2 HISTOIRE NATURELLE dent leurs mouvemeus plus prompts et Leur veniu plus actif. La mère porte ses petits pendant plus de six mois , suivant Fauteur du Mémoire déjà cité ; et ce temps , beaucoup plus long que celui de la gestation de la vipère commune , qui n'est que de deux ou trois mois , seroit cependant proportionné à la différence de la longueur du corps de ces deux serpens , le fer-de-lance parvenant à une longueur double de celle de la vipère commune d'Europe. Suivant certains voyageurs , ses petits sortent tout f0rn3.es du ventre de leur mère , qui ne cesse de ramper pendant qu'ils viennent à la lumière ; mais, sui- vant M. Bonodet de Foix , ils se débarras- sent de leur enveloppe au moment même où la femelle les dépose à terre. Cliaque portée comprend depuis vingt jusqu'à soixante petits, et il paroît que le nombre en est toujours pair, lis ont , en naissant , la grosseur d'un ver de terre , et sept ou huit pouces de long ; lorsqu'ils sont adultes , ils parviennent jusqu'à la lon- gueur de six pieds , ainsi que nousTavous DES COULEUVRES. 3i3 dit , et ont alors , dans le milieu du corps , trois pouces de diamètre. Ou en voit de plus gros et de plus longs; mais ces individus sont rares. Le fer-de-lance se nourrit de lézards aniéiva , et même de rats , de volaille , de gibier et de chats. Sa gueule peut s'ou- Trir d'une manière démesurée , et se dilater si considérablement, qu'on lui a vu avaler un cochon de lait ; mais un serpent de cette espèce ayant un jour dévoré un gros sarigue , enfla beaucoup et mourut. Lorsque la proie qu'il a saisie lui échappe , il en suit les traces en se traînant avec peine ; cependant, comme il a les yeux et l'odorat excellens , il parvient d'autant plus aisément à l'at- teindre , qu'elle est bientôt abattue par la force du poison qu'il a distillé dans sa plaie. Il l'avale toujours en commen- çant par la tète ; et lorsque cette proie est considérable , il reste souvent comme tendu et dans un état d'engourdissement qui le rend immobile jusqu'à ce que sa digestion soit avancée. 11 ne digère que lentement ; et lors- 26 3i4 HISTOIRE NATURELLE qu'on a tué un fer-de-lance quelque temps après qu'il a pris de la nourriture , il s'exhale de son corps une odeur fétide et insupportable. Quelque dégoût que doivent inspirer ce serpent, des nègres, et même des blancs, ont osé en manger , et ont trouvé que sa chair étoit un mets agréable. Cependant la mauvaise odeur dont elle est imprégnée lorsque l'animal est vivant , doit se conserver après la mort de la vipère , de manière à rendre cette chair un aliment aussi rebutant que le venin du serpent est dangereux. On a écrit que ce poison étoit si fu- neste ,. qu'on ne connoissoit personne qui eût été guéri de la morsure du fcr-de- lance ; que ceux qui avoient été blessés par ses crochets envenimés , mouroient quelquefois dans l'espace de six heures et toujours dans des douleurs aiguës; que le venin des jeunes serpens de cette espèce donnoit aussi la mort , mais que la partie mordue par ces jeunes reptiles n'enfloit point; que le blessé n'éprouvoit que des douleurs légères, ou même ne souffroit pas, et qu'il se déclaroit souvent une pci- DES COULEUVRES. 3i5 ralysie sur des parties différentes de celle qui avoit été mordue. Nous avons lu en frémissant qu'un grand nombre de re- mèdes ont été employés en vain pour sauver les jours des infortunés blessés par le fcr-de-lance , et que l'on étoit seule- ment parvenu à diminuer les douleurs de ceux qui expirent quelques heures après par l'effet funeste de ce poison terrible. M. Bonodet de Foix croit devoir affirmer, au contraire , qu'excepté certaines cir- constances particulières, où le remède est même toujours efficace, la guérison est aussi prompte qu'assurée ; que les moyens de l'obtenir sont aussi simples que multi- pliés ; que la manière de les employer est connue des nègres et des mulâtres; que plusieurs traitemens ont été suivis du plus heureux succès, quoiqu'ils n'eussent été commencés que douze ou même quinze heures après l'accident; que la situation du malade n'est point douloureuse, et qu'il périssoit sans sortir de l'assoupisse- Btnent profond dans lequel il étoit toujours plongé dès le moment de sa blessure. L'activité du venin du fer-de-lance doit 3i6 HISTOIRE NATURELLE varier avec l'âge de ranimai, la saison et la température. Mais , quoi qu'il en soit , pourquoi un être aussi funeste existe-t-il encore dans des îles où il seroit possible d'éteindre son odieuse race ? pourquoi laisser vivre une espèce que l'on ne doit' voir qu'avec horreur ? et pourquoi cher- cher uniquement des remèdes trop sou- vent impuissans contre les maux qu'elle produit , lorsque , par une recherche obstinée et une guerre à toute outrance, l'on peut parvenir à purger de ce veni- meux reptile les diverses contrées oii il a été observé ? DES COULEUVRES. 3*7 LA TETE TRIANGULAIRE. jN ous donnons ce nom à une couleuvre envoyée au Cabinet du roi sous le nom de vipère de Vile Saint-Eustache. Elle a beaucoup de rapport , par la disposition de ses couleurs, avec la vipère commune : elle est verdâtre , avec des taches de di- verses figures sur la tête et sur le corps , où elles se réunissent pour former une bande irrégulière et longitudinale. Les grandes plaques qui revêtent son ventre , et qui sont au nombre de cent cinquante, sont d'une couleur foncée et bordée de blanchâtre. Elle a soixante-une paires de petites plaques sous la queue. Nous avons tiré son nom de la forme de sa tête , qui paroît d'autant plus trian- gulaire , que les deux extrémités des mâ- choires supérieures forment, par derrière, deux pointes très-saillantes. Cette vipère est armée de crochets creux et mobiles. 25 3i8 HISTOIRE NATURELLE Les écailles, semblables à celles du dos ^' garnissent le sommet de la tête; elles sont en losange et unies, au lieu d'être rele- vées par une arête , comme celles qui recouvrent le dos de la vipère commune. Le corps est très-délié du côté de la tête. L'individu que nous avons décrit, avoit deux pieds de longueur totale , et sa queue trois pouces neuf lignes. DES COULEUVRES. 3i'^ LE D I P s; E. \J N rencontre en Amérique , et particu- lièrement à Surinam, suivant Seba , ce serpent venimeux , dont le dessus du corps est couvert d'écailles ovales, bleuâ- tres dans le centre , et blanchâtres sur les bords. Les grandes plaques qui revêtent le ventre de cette couleuvre, sont blanches, et au nombre de cent cinquante-deux. La queue est longue, très-déliée, et garnie en dessous de cent trente-cinq paires de petites plaques , le long desquelles on voit s'étendre une raie bleuâtre. La mâ- choire supérieure est armée de crochets mobiles, comme dans les autres espèces de serpens venimeux. 320 HISTOIRE NATURELLE L'ATROPOS. V> E serpent venimeux , qui se trouve en Amérique , mérite bien le nom que M. Linné lui a donné, par la force du poison qu'il recèle ; et c'est en effet à une parque qu'il convenoit de consacrer un reptile aussi funeste. Sa tête a un peu la forme d'un cœur ; elle présente plusieurs taches noires , ordinairement au nombre de quatre , et elle est garnie par - dessus d'écaillés ovales , relevées par une arête , et semblables à celles du dos. La couleur générale du dessus du corps est blanchâtre , et au-dessus de ce fond s'étendent quatre rangs de taches rousses , rondes, assez grandes , et chargées dans leur centre d'une petite tache blanche. L'atropos a cent trente-une grandes pla- ques sous le ventre , et vingt-deux paires cle petites plaques sous la queue. DES COULEUVRES. 2it LE LEBERIS. V-iouiTissoit, que ce serpent se glissoit sou- 334 HISTOIRE NATURELLE vent le long de ses bras , comme pour la caresser, se cachoit sous ses vétemeiis, ou alloit se reposer sur son sein. Sensible à la voix de celle qu'il paroissoit chérir , il alloit à elle lorsqu'elle Tappeloit ; il la suivoit avec constance ; il reconnoissoit ju'-qu"'à sa manière de rire; il se tournoit vers elle lorsqu'elle mardi oit , comme pour attendre son ordre. Ce même natu- raliste a vu un jour la maîtresse de ce doux et familier serpent , le jeter dans l'eau pendant qu'elle suivoit , dans un. bateau, le courant d*une grande rivière: le fidèle aniinal , toujours attentif à la voix de sa maîtresse chérie , nageoit eu suivant le bateau qui la portoit ; mais la marée étant remontée dans le fleuve, et les vagues contrariant les efforts du ser- pent, déjà lassé par ceux qu'il avoit faits pour ne pas quitter le bateau de sa maî- tresse, le malheureux animal fut bientôt suhmeraé. Peut-être faut-il rapporter aussi à la couleuvre verte et jaune uu serpent de Sardaigne que M. Cetti a fait connoître , , et que l'on nomme colubro uccellatore » . DES COULEUVRES. 335 parce qu'il grimpe sur les arbres pour y chercher les neufs et même les petits oi- seaux, dont il se nourrit. Ce reptile est très-couiinun en Sardaigne. Sa longueur est ordinairement de quarante pouces, et sa plus grande grosseur de deux. La cou- leur de sou dos est noire , variée de jaune ; et le jaune est aussi la couleur du dessous de son corps, 11 a deux cent dix- neuf grandes plaques , et cent deux paires de petites. II n'est point venimeux. 336 HISTOIRE NATURELLE LA COULEUVRE A COLLIER ^ \_/'est encore dans nos contrées que se trouve en très-grand nombre ce serpent , aussi doux, aussi innocent, aussi familier que la couleuvre verte et jaune. Ses habi- tudes ne diflèrent pas, à beaucoup d'é- gards, de celles de cette couleuvre. 11 paroît cependant qu'il se plaît davantage dans les lieux humides , ainsi qu'au mi- lieu des eaux; et c'est ce qui lui a tait donner par plusieurs naturalistes le nom de serpent d'eau, de serpent nageur, à^ an- guille de haie^ , etc. Il parvient quelque- fois à la longueur de trois ou quatre pieds. Sa tète est un peu applatie, comme celle "En Saidaigne, coluhro nero ; serpe nero j carhon y carhonazzo ; anguille de haie, » Ce nom à'anguille de haie a été aussi donné , dans plusieurs piovinces, à la couleuvre verte et jaune. DES COULEUVRES. 337 de la couleuvre commune : le sommet est J-ecouvert par neuf grandes écailles dispo- sées sur quatre rangs , dont le premier et le second, à compter du museau, sont composés de deux pièces ; le troisième Test de trois , et le quatrième de deux. Cette disposition la distingue de la vipère commune , aussi-bien que la forme de son museau , qui est arrondi , au lieu d'être terminé par une écaille presque verticale , comme dans cette même vi- père. Sa gueule est très-ouverte ; les deux mâchoires présentent, au lieu de crochets mobiles , un double rang de dents , mais immobiles , assez petites, et tournées vers le gosier : dix -sept écailles revêtent à l'extérieur chacune de ces mâchoires ; et celles qui recouvrent la mâchoire supé- rieure, sont blanchâtres et marquées de cinq ou six petites raies d'une couleur très - foncée. On voit sur le cou deux taches d'un jaune pâle ou blanchâtre , qui forment comme un demi -collier ^ d'où est venu le nom que nous conser- vons à ce serpent; et ces deux taches, très-semblables , sont d'autant plus scn- Str^im. III. 2 S 338 HISTOIRE NATURELLE sibles , qu'elles sout placées au-devant cîe deux autres triangulaires et très-foncées. Le dos est recouvert d'écaillés ovales relevées par une arête , et plus grandes que celles qui garnissent les côtés , et qui sont unies. Tout le dessus du corps est d'un gris plus ou moins foncé , marqueté de chaque côté de taches noires irrégu- licres et plus ou moins grandes , qui aboutissent aux plaques du ventre; et au milieu des deux rangées formées par ces taches , s'étendent, depuis la tête jusqu'à la queue, deux autres rangées longitudi- nales de taches plus petites et moins sen- sibles. Le dessous du ventre est varié de noir , de blanc et de bleuâtre, mais de manière que les taches noires augmentent en nombre et en grandeur , à inesure qu'elles sont plus près de la queue, où les plaques sont presque entièrement noires. Il y a communément cent soixante-dix grandes plaques sous le ventre, et cin- quante-trois paires de petites plaques sous la queue *. * Nous avons compié soixante paires de peiite* plaques daus cpelcpes individus. DES COULEUVRES. 339 La couleuvre à collier ne renfermant aucun venin , on la manie sans danger ; elle ne fait aucun eliort pour mordre ; elle se défend seulement en agitaut rapi- ècement sa queue , et elle ne refuse pas plus que la couleuvre commune , de jouer avec les cnfans. On la nourrit dans les maisons , où elle s'accoutume si bien à ceux qui la soignent , qu'au moindre signe elle s'entortille autour de leurs doigts , de leurs bras , de leur cou , et les presse mollement comme pour leur témoigner une sorte de tendresse et de reconnoissance.Elle s'approche avec dou- ceur de la bouche de ceux qui la ca-~ ressent; elle suce leur salive, et aime à se cacher sous leurs vètemens, comme pour s'approcher davantage de ceux qui la ché- rissent. En Sardaigne, les jeunes femmes élèvent les couleuvres à collier avec beau- coup d'empiessement , leur donnent à manger elies-inêmes , prennent le soin de leur mettre dans la gueule la nour- riture qu'elles leur ont préparée ; et les liaKitans de la campagne les regardent comme des animaux du meilleur augure^ 340 KISTOIRE NATURELLE les laissent entrer librement dans leurs maisons, et croiroient avoir chassé la for- tune elle-même , s'ils avoient fait fuir ces innocentes petites bêtes. Il arrive cependant quelquefois que lorsque la couleuvre à collier est devenue très-forte , et qu'au lieu d'avoir été éle- vée en domesticité, elle a vécu dans les champs et dans l'état sauvage , elle perd Tin peu de sa douceur, et que si on l'irrite en l'arrachant , par exemple , à ses Jouis- sances , elle anime ses yeux , agite sa langue , se redresse avec vivacité , fait claquer ses mâchoires, et serre fortement avec ses dents la main qui cherche à la saisir. La couleuvre à collier dépose ses œufs dans les trous exposés au midi , sur le bord des eaux croupissantes , ou plus communément sur des couches de fumier. Ces œufs , qui sont gros à peu près comme des œufs de pie , sont collés ensemble par une matière gluante en forme de grappe ; elle a par-là un nouveau rap- port avec les poissons et certains qua- drupèdes ovipares , tels que les crapauds ^ DES COULEUVRES. 341 les grenouilles , etc. dont les œufs sont de même collés ensemible et réunis de diverses manières. Les œufs de la couleuvre à collier , déposés dans des fumiers , ont donné lieu à une fable à laquelle on a cru pendant long-temps ; on a prétendu qu'ils avoient été pondus par des coqs ; et comme on en a vu sortir de petits serpenteaux , on a ajouté que les œufs de coq renfermoient toujours un serpent , que le coq ne les couvoit point , mais que lorsqu'ils étoient placés dans un en- droit chaud , comme parmi des végétaux en putréfaction , ils produisoient toujours des serpens. On assure qu'il est aisé de distinguer les œufs qui ont été fécondés , d'avec ceux qui ne le sont pas , et qu'on appelle des œufs clairs , en les mettant sur l'eau : les œufs clairs sont les seuls qui sur- nagent. La coque est composée d'une mem- brane mince , mais compacte et d'un tissu serré. Le petit serpent y est roulé sur lui-même au milieu d'une matière 23 34S HISTOIRE NATURELLE qui ressemble à du blanc d'œuf de poule ; on y remarque un placenta ; et lecordon ombilical est attaché au ventre un peu au-dessus de Tanus. La chaleur seule de l'atmosphère , et celle des matières végé- tales pourries , font éclore ces œufs. Peuî- étre dans des contrées plus voisines de la zone torride que celles où ils ont été observés , Tardeur du soleil suffiroit pour faire sortir les petits serpens de leur coque. Nous avons vu , en effet , dans THistoire des quadrupèdes ovipares , les crocodiles déposer leurs œufs sur le sable dans les contrées brûlantes de l'Afrique ; mais sur les plages plus humides et moins chaudes de l'Amérique méridionale , ils les pla- cent au milieu d'un tas de matières végé- tales , dont la fermentation favorise l'ac- croissement du fœtus et la sortie de l'œuf. Ces œufs de couleuvre à collier sont ordinairement au nombre de dix -huit ou vingt * : aussi l'espèce du serpent à * Quelquefois ce nombre n'est que de quatorze ou quinze. Gesiier a écrit qu'on lui apporta, vers ia fin du mois de juin, une femelle de l'espèce dont DES COULEUVRES. 343 rollier seroit-elle beaucoup plus nom- breuse qu'elle ne Test, s'il ne devenoit pas la proie de plusieurs ennemis même très - foibles , dans le temps qu'il est encore jeune et sans force pour se dé- fendre ; les pies , les mésanges , les moineaux le dévorent , et les grenouilles mêmes s'en nourrissent lorsqu'elles peu- vent le saisir sur le bord des marais qu'elles liaoitent. Il rampe sur la terre avec une très- grande vitesse ; il nage aussi, mais avec plus de difficulté qu'on ne l'a cru. Pen- dant que l'été règne , il vit souvent dans les endroits bumides , ainsi que nous l'avons dit ; mais on le trouve quelque- fois dans les buissons : d'autres fois il se place sur les branches sèches et élevées des chênes , des saules , des érables , sur les saillies des vieux bâtimeus , sur tous les endroits exposés au midi , et où le soleil donne avec le plus de force ; il s'y replie eu divers contours, ou s'y alonge avec une sorte de volupté, toujours cher- il est question daus cet article, et que, deux jours iipres 5 elle pouclil quatorze oeufs. 344 HISTOIRE NATURELLE chant les rayons de Tastre de la lumière J toujours paroissant se pénétrer avec dé- lices de sa chaleur bienfaisante. Mais , lorsque la fin de rautomne arrive , il se rapproche des lieux les moins froids , il vient auprès des maisons , et se retire enfin dans des trous souterrains à quinze ou vingt pouces de profondeur , souvent au pied des haies , et presque toujours , dans un endroit élevé au-dessus des plus fortes inondations ; quelquefois il s'em- jjare d'un trou de belette ou de mulot , d'un conduit creusé par une taupe , d'un, terrier abandonné par un lapin , et il passe dans l'engourdissement la saison du grand froid. Lorsqu'il est adulte , l'ouverture de sa gueule , son gosier et son estomac peuvent être très -dilatés , ainsi que ceux des autres serpens , et il se nourrit alors non seulement d'herbes , de fourmis et d'autres insectes , mais même de lézards , de grenouilles et de petites souris ; il dévore aussi quelquefois les jeunes oiseaux , qu'il surprend dans leurs nids au milieu des buissons , des haies , des branches de jeunes arbres , DES COULEUVRES. 3^5 «ur lesquels il grimpe avec facilité. Non. seulenieiit il se suspend aux rameaux par le moyen des divers replis de son corps , mais il s'accroche avec sa tête ; et comme elle est plus grosse que son cou , il la place souvent entre les deux branches d'une tige fourchue, pour qu'ar- rêtée par sa saillie , elle lui serve comme d'une espèce de crochet et de point d'appui. Son odeur est quelquefois assez sen- sible , sur -tout pour les chiens et les autres animaux , dont l'odorat est très- lin. Il aime beaucoup le lait ; les gens de la campagne prétendent qu'il entre dans les laiteries , et qu'il va boire celui qu'on y conserve. On assure même qu'on l'a trouvé quelquefois replié autour des jambes des vaches, suçant leurs mamelles avec avidité , et les épuisant de lait au point d'en faire couler du sang. Pline a rapporté ce fait , qu'à la vérité il attri- buoit à une autre espèce de serpent que celle dont il est ici question. On a pré- tendu aussi que le serpent à collier en- troit quelquefois par la bouche dans Is 346 HISTOIRE NATURELLE corps de ceux qui doruicieut étendus sur riicrbe fraîche , et qu'où Ten faisoit sortir en profitant de ce uiênie goût pour le lait , et en l'attirant par la vapeur du lait bouilli que l'on approcboit de la bouche ou de l'anus de celui dans le corps duquel il s'ctoit glissé *. La couleuvre à collier se trouve dans presque touies les contrées de l'Europe; et il paroît qu'elle peut supporter les cli- mats irès-froirls, puisqu'elle vit en Ecosse et en Suède. On a emploj^é sa chair en médecine. M. Cetti a fait mention d'un serpent de Sardaigne qu'on y nomuie le nageur ou vipère d'eau : la couleur de ce reptile est cendrée et variée par des taches Planches et noires ; il n'a point de venin , * L'on peut voir particulièrement à ce sujet, dans les Mémoires des curieux de la Nature , une observation irès-déiaillée du docteur Fromman , médecin de Franconie, et d'aprls laquelle on pour- voit penser que, dans certaines circonstances, il seroit difficile de l'aire sortir le serpent par la Louche , sans risquer de faire étouffer celui qui l'auroii avalé. DES COULEUVRES. 347 et sa longueur ordiuaire est de deux pieds. Peut-être appartient-il à l'espèce de la couleuvre à collier , qui auroit subi , d'une manière plus ou moins marquée , l'influence du climat de la Sardaigne , plus chaud que celui de nos contrées. Fia du toiue troisième. TABLE Des articles contenus dans ce volume. -A.V ERTISSEMENT, page 5. Éloge du comte de BufFon , lo. Table alphabétique des divers noms doancs aas serpens, 21. Discours sur la nature des serpens, 89. Nomenclature et table méthodique des serpeus , Il3. Premier genre. Serpens gui ont de grandes pla- ques sous le corps y et deux rangées de petites plaques sous la queue. — COULEUVRES. Couleuvres vipères, La vipère commune, 196. La vipère chersea , aSâ. L'aspic j 236. TABLE. 3^^ La vipère noire, 239. La mélanis, 248. La stiiythe, 245. La vipère d'Egypte , 246. L'aramodyte, 25o. Le céraste, 2,54. Le serpent à lunettes des Indes orientales, ou le naja, 265. Le serpent à lunettes du Pérou , 285. Le serpent à lunettes du Brésil, 287. Le lébetin, 288. L'hébraïque, 289. Le cbayque, 291. Le lacté , 292. Le corail in, 294. L'atroce , 296. L'baemachate , 298. La très-blanche , 3oT. La brasilienne , 3o2. La vipère fer-de-lance, 804. La tête triangulaire, 817. Le dipse , 819. L'atropos , 820. Le léberis , 821. La tigrée, 322. Strpcns. III. 29 55o TABLE. Couleuvres ovipares. Ba couleuvre verte et jaune, ou la coukuvr commune , 323. La couleuvre à collier, 336. DE L'IMPiliMEillE DE PLASSA N. ?:j^ Kd^Murv.-^ • - ^ -«•■^«S»^!^//»'^ *->.^^^^i^ .'#r. #^- l-. ■•*.-:" % :V>- .^' V' .»i M ? ?:;^ ^ 3J--. ^^ ^.^i\ M -^ ..=rz^ J ^^'