k% -.'-^ %m< l^i 'Ém:^. M 'j^rrVt f-'^^èsà- ?*=^J W-:ir- ^».' m BIBLIOTHÈQUE DE UU Alez. Agassiz. OP COMPARATIVE ZOOLOGY, AT HARVARD COllECE, CAMBRIDGE, MASS. JFounUtîi b» prtbate subsctfptfon, fn 1861. Deposited by Alex. Agassiz fromthe Library of LOUIS AGASSIZ. m l'2)0"2> \VV^ RECHERCHES SUR LES RECHERCHES SLR LES POISSOI^S FOSSILES, COMPRENANT Une introduction à l'étude de ces animaux ; l'anatomie comparée des systèmes organiques qui peuvent contribuer à faciliter la détermination des espèces fossiles ; une nouvelle classification des poissons , exprimant leurs rapports avec la série des formations; l'exposition des lois de leur succession et de , leur développement durant toutes les métamorphoses du globe terrestre, accompagnée de considéra- tions géologiques générales ; enfin , la description d'environ mille espèces qui n'existent plus et dont on a rétabli les caractères d'après les débris qui sont contenus dans les couches de la terre ; Par louis AGASSIZ , Membre des Acadoiuies et Sociétés royales des sciences de Londres, de Paris, de Berlin, d"Edinibourg. de Stocktiolm. de Turin, des Lyncées de Rome, de l'Académie impériale des curieux de la nature, de la Société philomatique de Paris, des Sociétés géologiques de Londres et de France, de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, de la Société philosophique américaine, de la Société impé- riale des naturalistes de Moscou , des Académies de Philadelphie et du Val-d'Arno, du Lycée de New-York , des Instituts de Bristol et de Leeds , de la Société helvétique des sciences naturelles , des Sociétés d'histoire naturelle , de physique et de médecine de Berlin . de Vienne, d'Irlande, de Francfort, de Prague, de Florence, de Ileidelberg, de Strasbourg, de Silésie, de Halle, du Palatinat , de Fribourg , de St-Louis (Etats-Unis), de Hambourg , de Northumberland , de Durham , de New-Castle , de Genève, de Zurich, de Bàle , etc., etc.; docteur en droit des universités d'Edimbourg et de Dublin ; docteur en philosophie , médecine et chirurgie : chevalier de l'aigle rouge de Prusse ; professeur honoraire à l'académie de Lausanne, et professeur d'histoire naturelle à celle de Neuchàlel. V- tioïAtac coitt^Jiuic pat. la C'cct^ete Cycoloiitaïuj c>c kciictteii. TOME V, f ,^'>. / Contenant l'Histoire de l'Ordre des Cycloides. NEUCHATEL (Suisse). a//a> Â-oM ne. i a/f^Mi-r. IMPRIMERIE DE PETITPIERRE. 1835—45. PREFACE. Les poissons fossiles dont il est traité dans ce volume appartiennent tous à des familles encore existant de nos jours. J'ai par conséquent pu tirer de l'anatomie des poissons vivans de puissans secours pour la distinction des genres et des espèces fossiles. On ne s'étonnera pas dès-lors si les résultats généraux auxquels je suis arrivé coïncident pour la plupart avec ceux que Cuvier a obtenus lorsqu'il a établi ses familles naturelles. Mais pour être concordans dans l'ensemble , ces résultats n'en sont pas moins le fruit d'une étude indépendante , ainsi ([u'en feront foi les nombreuses transpositions de détail que j'aurai à proposer dans la plupart des familles. L'arrangement des familles elles-mêmes m'a ofîert plus de difficultés, et je ne crain- drai pas d'en dire franchement la raison. M'étant de tout temps beaucoup plus occupé des familles auxquelles appartiennent nos espèces d'eau douce que de celles dont les représentans sont tous marins , et les caractères des premières m'étant plus familiers, j'y attachai une im- portance relative exagérée. Ainsi, je ne savais où ranger les vrais Labres, qui, selon moi, ne pouvaient pas trouver place à côté des Percoïdes ; j'étais encore plus embarrassé des Scombres, qui ne me paraissaient avoir aucun rapport avec les Cyprins, les Chipes ou les Salmones. Ce ne fut que lorsque j'eus reconnu l'affinité intime qui lie les Esoces aux Scombres, que je com- mençai à me former une juste idée des rapports étroits de toutes les familles qui n'avaient point trouvé de place dans les ordres des Placoïdes, des Ganoïdes et des Cténoïdes ; car quoique l'ordre des Cycloïdes, tel que je l'établis maintenant, fût celui sur lequel j'avais!^ fait les études les plus détaillées , ce n'en est pas moins celui dont j'ai saisi le plus tard les caractères gé- néraux , et dans lequel l'affiliation des familles m'est resté le plus long-temps obscure. Mais aussi ces familles ont été l'objet de travaux spéciaux bien moins consitlérables que celles qui appartiennent à l'ordre des Cténoïdes. La grande ichthyologie de MM. Cuvier et Valencicnnes n'en embrasse encore aujourd'hui qu'une partie, et elle ne renfermait même pas une seule des familles que j'y place, lorsque j'ai commencé la publication de mon ouvrage. J'étais donc réduit alors à mes propres recherches pour caractériser et circonscrire l'une des plus nom- breuses de toutes les grandes divisions de la classe qui nous occupe. En disant que j'étais ré- duit à mes propres forces pour fixer les rapports des espèces fossiles de l'ordre des Cycloïdes avec les espèces vivantes , je n'ai point l'intention de déprécier la valeur des travaux qui avaient paru jusque là sur les familles qui en font partie. Je veux seulement faire remarquer par là que ces travaux , plus ou moins généraux , ne pouvaient servir de terme de comparaison pour la détermination des espèces fossiles , et que pour y arriver il fallait avoir recours aux objets mêmes. C'est au Musée de Paris où, grâce à la libéralité de Cuvier, et aidé des secours obligeans de M Valenciennes et de M. Laurillard, j'ai trouvé les matériaux nécessaires à mes investigations et de nombreuses préparations ostéologiques indispensables pour des comparai- sons de ce genre. C'est là que j'ai vu la plupart des squelettes que j'ai décrits et figurés. La possibilité de les comparer directement avec les nombreux types de cet ordre qui proviennent de Monte-Bolca , et dont le Musée de Paris possède la collection la plus complète, m'a été de la plus grande utilité, en me familiarisant toujours davantage avec ce genre de recherches. Si j'ai pu faire faire quelques progrès à l'ichthyologie fossile pendant les douze ans qui se sont écoulés depuis que je me livrai à ce travail , à Paris , je le dois surtout à l'empressement avec lequel j'ai été secondé dans mes premiers essais par les professeurs-administrateurs du Jardin des Plantes. Aujourd'hui que je mets la dernière main à cet ouvrage, je me sens pé- nétré de reconnaissance pour tous ceux qui ont soutenu mes efforts de leur bienveillance et qui m'ont aidé dans mes travaux en mettant à ma disposition les précieux matériaux qu'ils possédaient. J'ai fait connaître successivement ces communications importantes au fur et à me- sure qu'elles me parvenaient, et cela d'une manière plus détaillée et plus convenable que je ne pourrais le faire ici. Mais je ne puis me dispenser de dire encore un mot de l'assistance que m'ont prêtée depuis quelque temps deux de mes amis pour m'aider à terminer mon travail. M. Desor, toujours prêt à appliquer son étonnante facilité même aux sujets qui lui ont été long-temps le plus étrangers, lorsqu'il en attend de bons résultats, n'a pas reculé devant l'en- nui de revoir mes notes inédites sur les poissons fossiles , et d'en compléter la rédaction pour les deux dernières livraisons. En le faisant, il ma souvent rendu attentif à des caractères qui m'avaient échappé dans un premier examen. Attiré dès-lors par l'intérêt que ces remarques lui inspiraient , il a fini par apprendre à connaître d'une manière très-complète l'ensemble des poissons fossiles, ensorte que j'ai le plaisir de voir aujourd'hui l'ichthyologie fossile dotée — vu — d'un nouvel adepte, et dans un champ aussi peu cultivé que celui-là, c'est une acquisition très-importante pour la science. M. Vogl m'a, de son côté, constamment aidé dans les re- cherches analomiques que j'ai dû faire depuis quelques années pour compléter mes recherches sur les écailles, le squelette et les dents des poissons. Sa tifrande habileté dans ces sortes de travaux lui a fait découvrir nombre de faits nouveaux dont j'ai enrichi les chapitres de mon ouvrage qui traitent de ces sujets. Après avoir ainsi achevé la tâche que je nj'étais imposée , je vais de nouveau poursuivre mes recherches sur les poissons fossiles, en étendant mes comparaisons à tous les os et frag- mens d'os détachés que l'on trouve épars en si grande abondance dans presque tous les ter- rains ; mais pour qu'une pareille étude pût olîrir quelque intérêt , il fallait qu'on possédât un tableau général de l'ensemble des poissons fossiles de toutes les formations , au moyen du- quel on pût rattacher les nouvelles découvertes à un plan général bien établi. Ce plan , je l'ai exposé dans l'ouvrage dont je livre aujourd'hui la dernière livraison au public. Les suites que je publierai à l'avenir paraîtront sous la forme de Monographies détachées , comprenant les espèces propres à des terrains nettement circonscrits. De cette manière, l'ensemble de mes études sur les poissons fossiles se composera de deux séries : la première sera composée des Recherches sur les poissotis fossiles, où les faits que je connais sont exposés dans l'ordre des rapports naturels des poissons entre eux. C'est en quelque sorte un cadre zoologique de tous les poissons fossiles connus. La seconde série, qui comprendra des Monographies par terrains, fera surtout ressortir le mode d'association des poissons fossiles aux différentes époques géo- logiques , en même temps qu'elle servira de complément à la première série. Déjà la Monographie des poissons fossiles du vieux grès rouge (old red sandstone ou sys- tème dévonien) est achevée et prête à paraître. Elle renferme des recherches d'un genre nouveau pour l'étude des poissons fossiles ; car comme la plupart des débris de cette forma- tion , que j'ai eu l'occasion d'examiner, ne consistent qu'en fragmens détachés et souvent bri- sés dans tous les sens , j'ai dû , pour arriver à des données précises à leur égard , avoir recours aux procédés ingénieux que M. Owen a appliqués à l'étude comparative des dents, et au moyen d'un examen microscopique très-détaillé des plaques osseuses que Ion trouve si abon- damment dans le vieux grès-rouge d'Ecosse et de Russie , j'ai pu apprécier rigoureusement leurs affinités , et constater dans leur structure des différences assez importantes pour les ca- ractériser nettement. Ces résultats me font même espérer qu'à l'avenir l'on pourra appliquer avec avantage et d'une manière encore plus générale l'analyse microscopique à la détermina- tion des ossemens fossiles. VllI Dans deux ans j'espère pouvoir donner la seconde Monographie, qui renfermera tous les poissons fossiles de Sheppy. Ce travail comprendra l'ostéologie comparée d'un grand nombre de poissons de notre époque. Les fossiles de Sheppy consistant pour la plupart en têtes déta- chées , dont le tronc est rarement conservé , je devrai avoir recours à un examen minutieux de la forme des os du crâne et de la face des principaux types des poissons vivans pour parve- nir seulement à la détermination des genres auxquels ils appartiennent. Déjà j'ai acquis la cer- titude que de semblables recherches peuvent conduire à des résultats très-positifs , et que par conséquent les os détachés des poissons fossiles peuvent être déterminés avec la même préci- sion que ceux des autres animaux vertébrés. Seulement le nombre immense des poissons de notre époque rend ces comparaisons extrêmement longues et fastidieuses. De deux en deux ans je publierai successivement la monographie des espèces d'une grande formation géologique. En fixant entre la publication de mes diverses monographies des termes aussi éloignés , j'ai voulu ne pas lasser ceux qui s'intéressent à mes travaux en leur adressant de trop fréquentes livraisons, et, d'un autre côté, me réserver le loisir nécessaire pour d'autres travaux, sans encourir les risques de manquer à des engagemens positifs. L. AGASSI Z. Neuchâtel , en Décembre 1843. - - _i j o- n O'^ I\ DE L'ORDRE DES CYCLOIDES L'ordre des Cycloïdes formant ma quatrième grande division de la classe des Poissons, com- prend tous les poissons osseux dont les écailles sont dépourvues de dentelures, et ont le bord postérieur entier. Dans cet ordre se trouvent des Acanthoptérygiens et des Malacoptérygiens. J'ai dit dans les généralités du ^""' vol. les raisons qui m'engagent à refuser aux caractères tirés de la structure et de la forme des rayons de la dorsale , la valeur que lui prêtent la plu- part des auteurs. Toutefois ce serait me faire tort que de croire que je n'ai tenu aucun compte de ces variations qui , pour n'être pas de première valeui-, n'en ont pas moins leur signification. J'y ai eu égard dans toutes les coupes surbordonnées des familles ou des genres que j'ai cru devoir proposer ; mais ce dont je suis convaincu, c'est que les différences que l'on fonde sur ces variations ne sauraient contrebalancer la liaison réelle qui existe entre tous les types que je réunis dans l'ordre des Cycloïdes , liaison dont la forme des écailles peut être envisagée comme l'expression la plus générale. J'ai suivi dans le groupement des divers types de Cycloïdes la même marche que dans la classification des Cténoïdes, en prenant pour point de départ plusieurs types bien connus et dont les caractères sont, faciles à saisir. Le Brochet parmi les Cycloïdes malacoptérygiens est un de ces types que l'on peut envisager comme les mieux caractérisés. Nul ne conteste l'affinité de ce genre avec les Truites d'une part et les Cyprins d'autre part, qui sont les uns et les autres Malacoptérygiens. Mais là ne se bornent pas les affinités du Brochet ; il se lie d'une manière non moins intime aux Sphyrènes que Linné rangeait même dans 8on genre Esox , tant il avait été frappé de la ressemblance de ces deux poissons. Cuvier, par contre, en reportant les Sphy- rènes dans le voisinage des Perches, n'a fait qu'obéir aux exigences de son système, en pre- nant pour des affinités de simples analogies. Or si cette affinité, en quelque sorte intrinsèque entre les Esoces et les Sphyrènes , est encore corroborée par le fait que les uns et les autres sont Cycloïdes, faudra-t-il les séparer par la seule raison que les uns (les Sphyrènes) ont quelques rayons épineux en avant de la dorsale molle? Je ne le pense pas. Cette affinité reconnue nous conduit tout naturellement à rapprocher du même groupe les Scombéroïdes qui , comme tout le monde sait, ne diffèrent des Sphyrènes que par leurs ventrales qui sont thoraciques au lieu d'être abdominales , et qui se rattachent en outre directement aux vrais Esoces et aux Cyprins par les Cyprinodontes. Enfin les Cyprins eux-mêmes ont des affinités plus ou moins intimes avec les Labres. Les Blennoïdes sont voisins, à plusieurs égards, des Gadoïdes et des Anguilles , et à d'autres égards des Lophioïdes ou Pectorales pédiculées. Ce- pendant cette dernière famille offre des difficultés réelles ; car la peau de ces poissons participe de l'irrégularité qui règne dans toute leur organisation. La plupart n'ont pas d'écaillés du tout et d'autres n'ont que des épines plus ou moins irrégulières. Aussi en les plaçant parmi les Cycloïdes , je me suis dirigé uniquement d'après la disposition des rayons de leur dorsale et l'absence de dentelures à l'appareil operculaire. L'ordre des Cycloïdes ainsi limité ne correspond à aucune des divisions de Cuvier ni des autres naturalistes ; puisqu'il comprend des Acanthoptérygiens et des Malacoptérygiens. J'ai par conséquent dû opérer de nombreuses transpositions en abandonnant ce principe de clas- sification. C'est ainsi qu'en ramenant les Sphyrènes à l'ordre des Cycloïdes, je les éloigne par- là même des Perches. Les Gastérosfées qui sont Cycloïdes se trouvent aussi par le même motif éloigné des Sciénoïdes : les Labres des Cychles et des Chromis , les Blennies des Gobioïdes et les Anabas des Ophicéphales. En vertu de la même loi, j'ai dû retrancher également les Capros des Scombéroïdes , pour les reporter aussi dans l'ordre des Cténoïdes , parce qu'ils ont des écailles pectinées. D'après cela, les familles de Cuvier qui rentrent dans mon ordre des Cycloïdes sont : les Scombéroïdes , à l'exception du genre Capros ; les Labroïdes , à l'exception des Cychles , des Chromis et des Malacanthes ; une partie des Gobioïdes ( les Blennies et leurs analogues ) , dont j'ai fait ma famille des Blennioïdes ; les Lophioïdes ; les Cyprinoïdes ; les Esoces; les Salmones; les Chipes; les Gadoïdes; les Discoboles et les AnyiiiUiformes; ] y aioule encore les Sphyrènes, dont j'ai fait ma famille des Sphyrœnoïdes. Toutes ces familles ne se sont pas développées au même degré d'intensité dans les époques géologiques. Il y a même à cet égard la plus grande diversité. Telle famille très-nombreuse dans l'époque actuelle n'a que peu ou point d'espèces fossiles; telle autre, au contraire, compte autant de représentans fossiles que d'espèces vivantes. C'est ainsi que la famille des Labres , qui est si nombreuse en genres et en espèces dans toutes nos mers , ne nous a fourni jusqu'ici que deux espèces fossiles. La famille des Blennio'ides n'en a qu'un seul. En revanche, la famille des Scombéroïdes compte un grand nombre de types complètement éteints , à côté d'autres qui existent encore de nos jours. Il en est à-peu-près de même des Halécoïdes. La famille des Cyprinoïdes compte un assez grand nombre d'espèces fossiles appartenant à des genres qui ont également de nombreux représentans maintenant. 11 n'y a que les deux seules familles des Discoboles et des Gado'ides qui n'aient point de représentans fossiles ; mais peut- être finira-t-on par en trouver quelque part. XI La même remarque s'applique dans des limites plus restreintes aux difFérens genres d'une seule et môme famille. Nous avons une foule de genres qui se retrouvent à la fois dans plu- sieurs étages de la formation tertiaire et dans l'époque actuelle. D'autres, en moins grand nombre, il est vrai , qui apparaissent déjà avec la formation crétacée et se continuent jusqu'à nos jours ; d'autres encore qui sont limités à une seule formation géologique, ou même à un seul étage. Quant aux espèces, je ne puis que répéter ce que j'ai déjà démontré pour les pois- sons des autres ordres , c'est qu'aucune espèce ne se retrouve dans deux formations succes- sives. L'étude des espèces fossiles, en me faisant apprécier à leur juste valeur certains caractères généraux de l'organisation de ces poissons, m'a engagé à établir plusieurs nouvelles coupes, qui, je l'espère, contribueront à en faciliter l'étude. C'est ainsi que j'ai circonscrit dans des li- mites plus précises la grande famille des Scombéro'ides , en formant à ses dépens les familles des Xiphio'ides et des Sphyrènes. La famille des Blennio'ides , séparée des Gobio'ides , forme également un groupe très-naturel. Il en est de même de la famille des Cyprinodontes que j"ai séparée de celle des Cyprins. En revanche , les caractères d'après lesquels on a distin- gué la famille des Clupes de celle des Salmones , ne m'ont pas paru suffisans pour justifier une distinction aussi tranchée . surtout lorsqu'il s'agit d'espèces fossiles dont le squelette seul est conservé. Aussi les ai-je provisoirement réunis en une seule famille sous le nom de Halé- co'ides, dont le caractère essentiel réside dans la conformation du pourtour de la bouche. Si nous embrassons d'un coup d'œil général l'ensemble de ces poissons, nous devrons recon- naître qu'en outre de leurs affinités organiques ils se distinguent des autres poissons par plu- sieurs traits particuliers. Ce sont pour la plupart des poissons très-réguliers, dépourvus en gé_ néral d'armes offensives. Les genres et les espèces d'une famille ne se distinguent d'ordinaire que par des caractères en apparence peu importans , auxquels on ferait à peine attention dans d'autres groupes. Avec cela les espèces sont très-nombreuses , et plusieurs sont d'une éton- nante fécondité , dont on retrouve des indices irrécusables même parmi les fossiles. De plus ce sont, entre les poissons, les seuls chez lesquels la vie sociale arrive à un certain développe- ment, les seuls qui entreprennent de longues migrations à l'époque du frai. Enfin la plupart sont recherchés à cause de leur chair exquise qui fournit à l'homme un aliment aussi agréable qu'abondant. Ce n'est pourtant pas à dire que tous les Cyclo'ides se ressemblent. On peut au contraire si- gnaler entre eux une foule de dissemblances, dont il importe de tenir compte dans la classi- fication. La présence ou l'absence de rayons épineux est un premier caractère auquel il faut avoir égard , et c'est pour obéir à cette nécessité , autant que pour simplifier la méthode, que j'ai divisé l'ordre des Cyclo'ides en deux sections , dont la première comprend les Cyclo'ides Acanthoptérygiens et la seconde les Cyclo'ides Malacoptérygiens. Ainsi que les Cténo'ides , les Cyclo'ides n'apparaissent qu'avec l'époque crétacée. Leurs plus anciens représentans se rencontrent dans les grès-verts de Westphalie , dans la craie blanche XII et dans les schistes de Claris, où l'on trouve des Scombéroïdes et des Salmones bien caracté- risés. Quoique bien différens des espèces de nos jours , ils ont cependant la même physiono- mie générale que les poissons de nos eaux actuelles et contrastent sous ce rapport avec la faune ichthyologique des époques antérieures , qui a un caractère tout différent. Leur mode d'association est aussi bien plus varié que dans les périodes antérieures. Une foule d'espèces et même de genres sont limités à des dépôts plus ou moins restreints. C'est ainsi que les espèces des schistes de Claris ne se retrouvent que dans cette seule localité. Il en est à-peu-près de même de ceux de Monte-Bolca, de ce gîte si remarquable, où une immense faune ichthyologique , fort semblable à celle de nos jours , mais pourtant différente , semble avoir été soudain ensevelie. Les espèces de la craie blanche trahissent une plus grande uni- formité , car on retrouve les mêmes espèces dans des localités fort éloignées les unes des autres. Les dépôts tertiaires , en revanche , indiquent de nouveau une très - grande variété sui- vant les bassins. Cette localisation est l'un des plus beaux résultats de la paléontologie mo- derne , et nous verrons par la suite que l'étude des poissons est surtout propre à éclaircir cette question. L'histoire des espèces fossiles d'eau douce en particulier est d'un grand intérêt sous ce rapport, en ce qu'elle nous apprend que des conditions d'existence semblables à celles de nos jours ont prévalu pendant de longues périodes long-temps avant l'établissement de Tordre de chose actuel, et que l'économie zoologique qui règne maintenant, sans se ratta- cher par voie de filiation à celle des époques précédentes , n'est cependant pas nouvelle à la surface du globe , et qu'elle n'a été définitivement fixée qu'après avoir été annoncée et en quelque sorte préparée par d'autres créations de plus en plus semblables. TABLEAU SYNOPTIQUE DES FAMILLES, DES GENRES ET DES ESPÈCES DE L OHDHE DES CYCLOIDES. k" Ordre. CYCLOIDES (Cyclolcpidoti Agass.). Poissons osseux à écailles circulaires ou elliptiques , formées de lames cornées , sans dente- lures au bord postérieur. P Division. Cycloïdes acanthoptérygiens, ou Cycloïdes à deux dorsales, dont une épineuse et l'autre molle, comprenant les familles des Scombéroïdes , des Xiphioïdes , des Spliyrénoïdes , des La- broïdes , des Blennioïdes et des Lophioïdes. Il'' Division. Cycloïdes malacoptérygiens, à une seule dorsale molle, comprenant les familles des Cyprins, des Cyprinodontes , des Esocides , des Halécoïdes ( Clupes et Salmones ) et des Anguilli- formes (*). CYCLOIDES ACANTHOPTÉRYGIENS. F« famille. SCOMBÉROIDES Cuv. Poissons plus ou moins allongés, en général fusifornies, rarement trapus. Ventrales tho- raciques ou jugulaires. Nageoires verticales dépourvues d'écaillés ; dorsales tantôt contigues , tantôt séparées , arec ou sans fausses pinnules en arrière de la seconde dorsale et de l'anale. Pièces operculaires sans épines ni dentelures. Mâchoires garnies de fortes dents coniques ou de dents en velours ras. Ecailles très-petites. Genres : Gasteronemus , Acanthonemus , Voilier, Zeus , Lichia , Trachinotus , Carangopsis , Aniphistimn , Palimphyes . Archœus , Isurus , Pleionemus . Diictor, Thynnus , Orcynus, Cy- bium , Enchodm , Gonioynathus , Anenchelum , Nemopteryx , Aiphopterus , Palaeorhynchum , Hemirhyiichus. 2« famille. XIPHIOÏDES Agass. Poissons allongés , à petites écailles. Mâchoire supérieure allongée en un long bec effilé. Ventrales thoraciques. Dents en brosse. Squelette robuste, composé de longues vertèbres sur- montées d'apophyses épineuses formant de larges plaques verticales ; apophyses articulaires Irès-développées . Genres: Tetrapterus , Cœlorhynchus. (*) Les autres familles de l'ordre des Cycloïdes n'ont pas de représentans fossiles. La famille des Mugiloïdes qui se trouve décrite dans ce volume doit être reportée dans l'ordre des Cténoïdes. ToM. V. ■ 1 — 2 — 3e famille. SPHYRÉNOIDES Agass. Poissons allongés, à grandes écailles. Mâchoires garnies de grandes dents tranchantes. Dorsales séparées. Ventrales abdominales. Vertèbres peu nombreuses. Genres : Sphyrœna , Rhamphognathus , Mesogaster, Sphyrœnodus , Hypsodon, Saurocepha- lus, Saurodon , Cladocydus. 4« famille. LABROIDES Cuv. Poissons oblongs. munis de grandes écailles. Une seule dorsale, dont la partie antérieure est formée de rayons épineux. Ventrales thoraciques. Mâchoires garnies de lèvres charnues. Point de dents au palais. Os pharyngiens armés de grosses dents. Genre Labrus. 5e famille. BLENNIOIDES Agass. Poissons trapus, en général de petite taille Ecailles petites. Ventrales jugulaires. Une seule dorsale très-longue, composée en partie de rayons épineux, en partie de rayons mous. Des dents plus ou moins développées. Genre Spinacanlhus. 6« famille. LOPHIOIDES Cuv. Poissons trés-irréguliers , d'une physionomie bizarre. Pectorales supportées par un prolon- gement des os carpiens qui forment une espèce de bras. Ventrales thoraciques. Les écailles manquent complètement , ou bien elles sont remplacées ^par des tubercules osseux ou de pe- tites épines. Tête excessivement développée. Mâchoires armées de dents nombreuses et acé- rées. Point de sous-orbitaires. Genre Lophhis. CYCLOIDES MALACOPTÉRYGIENS. 7e famille. CYPRINOIDES. Poissons oblongs très-réguliers, à ventrales abdominales. Os pharyngiens inférieurs armés d'une ou de plusieurs rangées de fortes dents tantôt aplaties-, tantôt coniques , et même cro- chues. Point de dents aux mâchoires. Bouche petite , entourée de lèvres charnues portant souvent des barbillons. Colonne vertébrale vigoureuse, composée d'un petit nombre de ver- tèbres. Trois rayons branchiostègues. Ce sont en général des poissons d'eau douce. Genres : Jcanthopsis, Cohitis , Gobio , Tinca, Leuciscus, Aspitis , Rhodeus , Cyclurus. 8« famille. CYPRINODONTES Agass. Poissons oblongs, très-réguliers, de petite taille, pourvus de grandes écailles, à ventrales abdominales. Des dents aux mâchoires. Plus de trois rayons branchiostègues. Genre Lebias. d<^ famille. ESOCIDES Cuv. Poissons élancés, munis de grandes écailles. Ventrales abdominales. Maxillaires supérieurs dépourvus de dents et placés à la suite des intermaxillaires , sur une même ligne. Des dents en général très-fortes et coniques à la mâchoire inférieure, aux palatins et au vomer. Genres : Esox , Holosteus , Sphenolepis , Istieus. 10» famille. HALÉCOIDES Agass. (Clupes et Salmones). Famille formée de la réunion des Clupes et des Salmones, comprenant des poissons très, réguliers , munis d'écaillés plus ou moins grandes. Ventrales abdominales. Maxillaire supé- rieur faisant partie du bord de la mâchoire , et souvent armé de dents. Dents en général coniques et plus ou moins développées. Squelette grêle, avec ou sans côtes sternales. Genres: Mallotus, Osmerus, Osmeroides, Àcrognathus , Aidolepis, Alosa, Meyalops, Clupea, Engraulis, Ualec , Platinx , Cœlogaster, Clupeina , Elopides , Halecopis. 11 «■ famille. ANGUILLIFORMES Agass. Poissons très-allongés, tout d'une venue, munis de très-petites écailles. Point de ventrales, quelquefois même pas de pectorales. De petites dents, en général coniques ou robustes. Genres : Jnguilla , Sphagebranchus , Ophisurus , Enchelyopus , Leptocephalus. l" famille. SCOMBÉROIDES Guv. De toutes les familles de Cycloides , les Scombéroïdes sont celle qui compte le plus grand nombre de représentans fossiles. Un grand nombre de genres sont éteints; d'autres sont à la fois vivans et fossiles. 1" genre. Gasteronemus Agass. Corps comprimé. Abdomen très-dilaté. Ventrales thoraciques, supportées par un énorme os pelvique, et composées d'un long rayon simple précédé d'un petit osselet. Dorsale con- tinue. Tête petite. De très-petites dents. i. Gasteronemus rhomheus Agass. Abdomen très-proéminent. Corps à-peu-près aussi haut que long. Rayons des ventrales excessivement allongés, jusqu'à déborder la caudale. — Monte- Bolca. 2. Gasteronemus oblongus Agass. Espèce ovalaire , du double plus longue que haute. Dor- sale très-grêle. — Monte-Bolca. 2^ genre. Acanthonemtts Agass. Genfe voisin des Equula. Corps trapu. Dorsale continue. Rayons épineux de la dorsale et de l'anale excessivement développés. Ventrales thoraciques. Museau protractile. Dents en brosse. \ . Acanthonemus filamentosus Agass. Poisson ovalaire. Premiers rayons de la dorsale dé- passant la moitié de la longueur du corps. Apophyses épineuses excessivement dilatées. — Monte-Bolca. 2. Acanthonemus Bertrandi Agass. Espèce plus allongée que VA. filamentosus. — Du cal- caire tertiaire de Schio dans le Vicentin. — k — 3^ genre. Vomer Cuv. Corps Irapu , comprimé, recouvert de Irès-petiles écailles. Tête grosse. Profil très-incliné. Ventrales (horaciques. Dorsales séparées. Apophyses vigoureuses ; celles des vertèbres abdo- minales recourbées en avant. Rayons des nageoires courts et grêles. i. Fomer lougispinus Agass. Rayons de la première dorsale allongés. Caudale à peine échancrée. — Monte-Rolca. 2. Fomer priscus Agass. Petite espèce des schistes de Claris. 3. Fomer parvulus Ag. Du Liban. h^ genre. Zeus L. Corps trapu. Tête grosse. Museau protractile. Dorsale épineuse, composée de rayons très- longs. Deux anales, dont une épineuse et une molle. Dorsale et anale molle flanquées de gros écussons osseux et épineux. Bord ventral garni d'écussons semblables. Vertèbres courtes. Côtes excessivement grêles, attachées en partie à de très-fortes apophyses inférieures. Zeus priscus Agass. — Origine inconnue. 5^ genre. Lichia Cuv. Corps allongé, comprimé. Première dorsale composée d'épines libres et mobiles, et d'une épine fixe dirigée en avant. Deux épines libres en avant de l'anale. Des dents en brosse. Lichia prisca Agass. Espèce allongée. Epineux de la dorsale longs. — De Monte-Bolca. 6" genre. Trachinotus Lacép. Corps trapu et élevé. Profil très-incliné. Première dorsale composée d'épines libres. Dents en velours. Trachinotus tenuiceps Agass. Vertèbres petites. Apophyses épineuses très-grêles. — De Monte- Bolca. 7^ genre. Caraingopsis Agass. Corps allongé, comprimé. Première dorsale composée d'épines assez longues, sans épine fixe en avant ; point d'épines libres en avant de l'anale. Seconde dorsale opposée à l'anale. Point de fausses pinnules. Dents en brosse. 1 . Caramjopsis latior Agass. Espèce trapue. Tête grosse et obtuse. — De Monte-Bolca. 2. Caramjopsis dorsalis Agass. Espèce allongée. Vertèbres sensiblement plus longues que hautes. — De Monte-Bolca. 3. Caramjopsis analis Agass. Espèce allongée, à pédicule de la queue étroit. Quelques épi- neux au devant de l'anale. — De Monte-Bolca. k. Carangopsis maximvs. — De Monte-Bolca. « 8" genre. Amphistium Agass. Corps large et trapu, probablement plat. Dorsale continue, occupant plus de la moitié du bord dorsal. Anale fort grande. Amphistium paradoxmn Agass. — De Monte-Bolca. — s — 9* genre. Palimphyes Agass. Corps trapu. Dorsales séparées. Pectorales très-grandes. Pédicule de la queue large. Ver- tèbres courtes et nombreuses. 1. Palimphyes loiujm Agass. Espèce allongée, grêle, à tête prépondérante. — Des schistes de Glaris. 2. Palimphyes brevis Agass. Espèce courte et trapue. — Des schistes de Glaris. 3. Palimphyes latus Agass. Espèce allongée , à tête très-grosse. — Des schistes de Glaris. 10* genre. Archaeus Agass. Corps plus ou moins allongé. Colonne vertébrale composée de vertèbres longues et peu nombreuses. Osselets interapophysaires très-grèles. 1. Archaeus glarisiunus Agass. Espèce allongée. Apophyses épineuses très-longues. — Des schistes de Glaris. ^ 2. Archaeus brei>is Agass. Espèce courte, à squelette excessivement grêle. — Des schistes de Glaris. IV genre. Isurus Agass. Corps trapu. Tête grosse. Pédicule de la queue très-rétréci. Squelette robuste. Ism-us macrurus Agass. — Des schistes de Glaris. 12" genre Pleionemus Agass. Pleionemus macrospondylus Agass. — Des schistes de Glaris. 13" genre. Ductor Agass. Corps allongé, cylindracé. Pédicule de la queue large. Vertèbres longues et peu nom- breuses. Ductor leptosomus Agass. — De Monte-Bolca. 14* genre. Thynnus Cuv. Corps allongé. Dorsales contiguës. De fausses pinnules derrière la dorsale et l'anale. Ecailles inégalés formant un corselet autour du thorax. 1 . Thynnus propterygius Agass. Petite espèce , à tête très-grande. — De Monte-Bolca. 2. Thynnns bolcensis Agass. Grande espèce de Monte-Bolca. 1 S* genre. Orcynus Cuv. Corps allongé. Dorsales contiguës. Des fausses pinnules derrière la dorsale et l'anale. De très-longues pectorales, par lesquelles ce genre diffère des Thynnus. 1 . Orcymis lanceolatus Agass. Espèce allongée et comprimée. — De Monte-Bolca. 2. Orcynus latior Agass. Espèce trapue. — De Monte-Bolca. 16" genre. Cvbium Cuv. Corps allongé. Dorsales contiguës. De fausses pinnules. De grandes dents aux mâchoires. — 6 — \ . Cyhium speciosiim Âgass. Espèce allongée. Apophyses épineuses très-vigoureuses. — De Monle-Bolca. 2. Cyhium macropomum Agass. Dents longues, grêles et fort espacées. — De l'argile de Londres de Sheppy. 17* genre. Goniognathus Agass. i . Gonioynathus coryphœnoides Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. â. Goniognathus maxiflaris Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. 48* genre. Enchodus Agass. Dents très-développées , bombées à la face interne, plus comprimées à la face externe, oc- cupant tout le pourtour de la mâchoire. Des dents en brosse au bord des mâchoires. 1 . Enchodus halocyon Agass. Dents acérées, très-espacées. — De la craie blanche de Lewes. 2. Enchodus Faujasil Agass. Dents très-grandes, inégales. — De la craie de IVIa?stricht. 19" genre. Anenchelum Blainv. Voisin du genre Lepidopus. Corps très-allongé , anguilliforme. Tête obtuse. Mâchoires ar- mées de fortes dents. Dorsale continue. Ventrales composées de quelques longs rayons. Ver- tèbres longues et grêles. Osselets apophysaires accolés aux apophyses. \ . Anenchelum gtarisianum de Blainv. Corps excessivement allongé. Vertèbres très- longues. Queue grêle. — Des schistes de Claris. 2. Anenchelum isopleurum Agass. Vertèbres moins longues que dans l'A. glarisianum. — Des schistes de Claris. .">. Anenchelum dorsale Agass. Apophyses supérieures très-inclinées. — Des schistes de Claris. U. Anenchelum heteropleurum Agass. Apophyses articulaires obliques ; apophyses épineuses supérieures dirigées autrement que les inférieures. — Des schistes de Claris. o. Anenchelum latum Agass. Corps beaucoup moins allongé que les autres. — Des schistes de Claris. 6. Anenchelum, lonyipenne Agass. Des schistes de Claris. 20* genre. Nemopteryx Agass. Corps allongé. Caudale arrondie. Pectorales très-grandes. De fortes dents aux mâchoires. Colonne vertébrale robuste. i. Nemopteryx crassus Agass. Corps trapu. Tête très-grosse. — Des schistes de Glaris. 2. Nemopteryx elonynt us Agass. Corps élancé, grêle. Tête grosse. Vertèbres longues, iné- gales. — Des schistes de Claris. 21* genre. Xiphopterus Agass. Àiphopterus falcatus Agass. — De Monte-Bolca. — 7 — âS*" genre. Palaecruyischum Blainv. Corps allongé, anguillifornio. Tête potilc. iVlàchoires égales, allongées en un bec très- grèle, fort long et dépourvu de dents. Dorsale el anale Irès-développées. Caudale petite , fourchue. Osselets apopliysaires disposés par paires. I . Palœorhyncfuon lomjirostre Agass. Bec très-long. Rayons de l'anale et de la caudale fort longs. Squelette robuste. — Des schistes de Glaris. 2. Palœorhynchum Eyertnni Agass. Hayons de la dorsale et de l'anale grêles et minces. Colonne vei'tébrale robuste. — Des schistes de Glaris. 3. Palœorhynchum glarisionuni Blainv. Corps très-allongé. Rayons de la dorsale et de l'a- nale longs et grêles. Colonne vertébrale très-nn'nce. — Des schistes de Glaris. U. Palœorhjnchum lattim Agass. Corps large. Rayons de la dorsale et de l'anale longs. — Des schistes de Glaris. 5. Palœorhynchmn niedkim Agass. Corps allongé. Rayons de la dorsale fort longs. Colonne vertébrale grêle. — Des schistes de Glaris. 6. Palœorhynchum Colei Agass. Corps large. Osselets interapophysaires plus nombreux que les apophyses. — Des schistes de Glaris. 7. Palœorhynchum microspondylum Agass. Corps trapu. Rayons de la dorsale courts et ser- rés. Colonne vertébrale robuste. Osselets interapophysaires plus nombreux que les apophyses. — Des schistes de Glaris. 23" genre. Hemikhynchus Agass. Corps allongé. Mâchoire supérieure allongée en un bec effilé non armé de dents. Ecailles grandes. Squelette faible. Apophyses épineuses grêles. Osselets interapophysaires disposés par paires. Hemirhynchus DesHayes Agass. — Du calcaire grossier de Paris. 2e famille. XIPHIOIDES Agass. Celte famille, si remarquable à laul d'égards, n'a que peu de représentaos fossiles, eiisorle que les véritables aflinités de ceux-ci ne sont pas encore constatées d'une manière positive. Le genre Cœlorhyti- chus, qui en fait probablement partie, est éteint. V genre. Tetrapterus Rafin. Corps allongé. Mâchoire supérieure allongée en un bec très-proéminent, garni de dents en brosse. Dorsale commençant à la nuque. Ventrales thoraciques. Ecailles longues et minces. Vertèbres très-longues, fortement étranglées au milieu. Apophyses épineuses en forme de larges plaques. Apophyses articulaires très-développées. 1 . Tetraplerus priscus Agass. Tête comprimée. Mâchoire inférieure épaisse. — De l'argile de Londres de Sheppy. 2. Tetrapterus minor Agass. Bec très-grêle, marqué de plis longitudinaux. — De la craie de Lewes. 2* genre. CœLORHYNCHUs Agass. 1 . (eforhynchus reclus Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. 2. œlorhynchus sinuatus Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. 3e famille. SPHTRENOIDES Agass. Outre les vraies Sphyrènes fossiles , je rapporte à celte famille plusieurs genres de la craie dont on ne connaît encore que la dentition, ensorte que leurs véritables affinités ne sont pas encore constatées d'une manière positive. i" genre. Sphykaena Bloch. Corps élancé. Tète allongée. De fortes dents tranchantes aux intermaxillaires, aux palatins et à la mâchoire inférieure. Dorsale épineuse séparée de la dorsale molle. Vertèbres abdomi- nales. Ecailles de moyenne grandeur. Vertèbres allongées, peu nombreuses. 1 . Sphyrœna bolcensis Agass. Charpente osseuse forte et massive. — De Monte-Bolca. â. Sphyrœna gracilis kgass. Vertèbres grêles. — De Monte-Bolca. .5. Sphyrœna Amici Agass. — Du Mont-Liban. k. Sphyrœna maxima Agass. — De Monte-Bolca. 2" genre. Sphyraenodus Agass. Mâchoires armées de dents très-fortes, mais uniformes, coniques et légèrement comprimées. Sphyrœnodus priscus Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. 3^ genre. Hypsodon Agass. 1 . Hypsodon Lewesiensis. Très-grande espèce à dents formidables. — De la craie de Lewes. â. Hypsodon toliapicus Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. ."5. Hypsodon ohlomjns Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. k^ genre. SauroCephaiats Harl. Dents très-comprimées , droites. {. Saurocephalus lanceolalus Harl. Espèce de grande taille. — De la craie blanche. 2. Saurocephalus striatits Agass. Petite espèce à dents striées. — De la craie blanche. S* genre. Saurodon Hays. Denis comprimées, obliques au sommet, striées à la base. Saurodon leanus Hays. — De la craie blanche. 6" genre. Cladocyclus Agass. Tube des écailles de la ligne latérale branchu. 1 . Cladocyclus lewiensis Agass. — De la craie de Lewes. 2. Cladocyclus Gardneri Agass. — Du Brésil. 7* genre. Rhampiiognathus Agass. Corps allonii;é. Ventrales abdominales. Mâchoires très-effilées , la supérieure débordant l'inférieure. Rhaiiiphognathus paralepoides Agass. — De Monte-Bolca. 8® genre. Mp.sogaster Agass. Corps allongé. Ventrales abdominales. Tête courte, obtuse. Mâchoires d'égale longueur. Mesogaster sphyrœnoides Agass. — De Monte-Bolca. 4» famille. BLENNIQIDES Agass. Celte famille, assez restreinte dans l'époque actuelle , ne compte qu'un seul représentant fossile qui constitue un type intermédiaire entre les Blennies et les Chironectes. Genre Spinacanthus Agass. Corps trapu. Première dorsale composée d'immenses épines dont la longueur égale celle du corps, et dont les premières sont dentelées à leur base. Seconde dorsale grêle. Spinacanthus blennioides Agass. — De Monte-Bolca. S" famille. LOPHIOIDES Cuv. On ne connaît jusqu'ici qu'une seule espèce fossile de cette singulière famille. Sa forme et sa phy- sionomie sont tout aussi bizarres que celles des Baudroies vivantes , d'où l'on peut conclure que ces pois- sons ont formé un type extraordinaire dès leur première apparition. Genre Lophius Arted. Tête excessivement large et déprimée. Gueule énorme, armée de dents nombreuses et acé- rées. Deux dorsales , dont la première s'avance jusque sur la tête. Lophius brachysomus Agass — De Monte-Bolca. 6« famille. LABROIDES Cuv. Cette famille, si nombreuse en espèces vivantes, est un type essentiellement propre à l'époque actuelle; on n'en connaît encore que deux espèces fossiles. Genre Labrus Arted. Corps trapu. Squelette massif. Lèvres épaisses et charnues. Pièces operculaires sans épines ni dentelures. 1 . Labrus Falenciennesii Agass. — De Monte-Bolca. 2. Labrus Ibbetsoni Agass. — De la molasse suisse. Famille des MUGILOIDES Cuv. Les poissons de cette famille ne sont pas des Cycloides , comme je le croyais en publiant les premières planches de ce volume. Ce sont de vrais Cténoïdes. Comme les Labres , ils sont un type essentiellement caractéristique de l'époque actuelle. TOM. V. .2 — 10 — Genre Mugil L. Corps trapu, couvert de grandes écailles. Dents en velours ras. Deux dorsales séparées, dont la première n'a que quatre rayons épineux. Mugil princeps Agass. — De Monte Bolca. . 1^ famille. GYPRINOIDES Agass. Les Cyprinoïdes paraissent avoir été tout aussi nombreux dans les eaux douces de l'époque tertiaire que dans nos lacs et nos rivières actuels. Il n'y a qu'un seul genre qui soit complètement éteint. i" senre. Acanthopsis Asrass. Corps très-allongé, comprimé et tout d'une venue. Caudale tronquée ou arrondie. Dorsale placée un peu en avant des ventrales. Barbillons courts. Premier sous-orbitaire mobile, bi- furqué et terminé en pointes acérées. Ecailles presque imperceptibles. Acanthopsis anyustus Agass. — Des schistes d'OEningen. 2" genre. Cobitis L. Corps allongé, cylindracé. Joues lisses. Sous-orbitaires immobiles ,' cachés sous la peau. Dents pharyngiennes effilées et taillées en biseau. Ecailles petites. 1. Cobitis centrochir \gass,. Pectorales grandes , ayant un premier rayon très-vigoureux. — Des schistes d'OEningen. 2. Cobitis cephalotes Agass. Espèce allongée. Tête très-longue. Queue large. — Des schistes d'OEningen. 3. Cobitis longiceps Agass. — Du calcaire d'eau douce de Mombach. 3" genre. Gobio L. Corps cylindracé. Dorsale opposée aux ventrales, ayant un grand rayon simple. Dents pha- ryngiennes coniques, placées sur deux rangs. Ecailles de moyenne grandeur, très-minces. Gobio analis Agass. Ventrales très-rapprochées de l'anale. — Des schistes d'OEningen. k^ genre. Tinca Cuv. Corps trapu. Nageoires épaisses. Ecailles petites. 1 . Tinca furcata Agass. Caudale bifurquée. Anale étroite. — Des schistes d'OEningen. 2. Tinca leptosoma Ag!^ss. Espèce grêle. Caudale fourchue, à lobes peu arrondis. — Des schistes d'OEningen. 3. Tinca micropygopteia Agass. Anale étroite. Ventrales larges, pourvues d'un gros rayon extérieur. — Du calcaire d'eau douce tertiaire de Steinheim. .5* genre. Leuciscus Klein. (Agass.). Corps fusiforme, couvert de grandes écailles. Dents pharyngiennes disposées sur deux rangs. Squelette robuste. — H — 1. Leuciscus œninijensis Aiifass. Espèce trapue, à grosses vertèbres et à larges côtes. — Des schistes d'OEningen. 2. Leucisciis lotiiiscidtis Agass. Tronc très-large. Tête petite. Osselets interapophysaires très développés. — Des schistes d'OEningen. 5. Li'UciacKs pasilim Agass. Petite espèce allongée, voisine de l'Aphya , à caudale très- écliancrée. — Des schistes d'OEningen. ' U. Leuciscus heterurus Agass. Très-petite espèce. Lobe supérieur de la caudale plus court, plus large et plus arrondi que l'inférieur. — Des schistes d'OEningen. 5. Leuciscus leptus Agass. Espèce élancée, cylindracée. Bouche petite. — Du terrain ter- tiaire (Polierschiefer) du Habichtswald. 6. Leuciscus macrurus Agass. Squelette très-robuste. Nageoires grandes. Caudale très- longue. Des lignites de Bonn. 7. Leuciscus papyraceus Bronn. Petite espèce grêle, à queue large. Caudale peu fourchue. — Des lignites (Papierkohie) d'Allemagne. 8. Leuciscus cephalon Zenk. Petite espèce à caudale fortement échancrée. — Des lignites (Papierkohie) d'Allemagne. 9. Leuciscus Hartmanni Agass. Espèce de grande taille, voisine du L. lèses. Os du crâne très-dé veloppés. Candale grande. — Du calcaire tertiaire de Steinheim. 10. Leuciscus graciiis Agass. Espèce très-allongée et grêle , à caudale très-échancrée. — Du terrain tertiaire de Steinheim. a. Leuciscus brevis Agass. Espèce très -trapue à vertèbres courtes et hautes. D'origine inconnue. 6^ genre. Aspius Agass. Corps comprimé, allongé, recouvert de grosses écailles saillantes au bord postérieur. Bouche fendue obliquement de haut en bas. Mâchoire inférieure débordant la supérieure. Dents pharyngiennes allongées, disposées sur deux rangs. Dorsale en arrière des ventrales. Caudale très-fourchue. Squelette grêle. 1 . Aspius graciiis Agass. Corps effilé , à lobes de la caudale arrondis. — Des schistes d'OE- ningen. 2. Aspius Bronyniarti Agass. Espèce plus trapue. Tête petite. Colonne vertébrale droite. — Des lignites de Menât. 7* genre. Rhodeus Agass. Corps trapu, comprimé, couvert de grandes écailles minces. Point de barbillons. Dents pharyngiennes taillées en biseau. Dorsale opposée à l'anale. Caudale fourchue. Ne comprend que de très-petits poissons. i . Rhodeus elonyatus Agass. Espèce grêle et allongée, à squelette très-mince. — Des schistes d'OEningen. 2, Rhodeus latior Agass. Espèce longue et trapue. — Des schistes d'OEningen. — 12 — 8^ genre. Cyclurus Agass. Caudale arrondie. Dorsale et anale très-développées. Colonne vertébrale recourbée en haut à son extrémité. Vertèbres grosses et courtes. Ecailles épaisses et allongées. i. Cyclurus Falenciennesii Agass'. Espèce de grande taille. Vertèbres très-courtes et fort nombreuses. Rayons des jiageoires très-gros — Des lignites de Menât. 2. Cyclurus minor Agass. Colonne vertébrale assez grêle. Apophyses épineuses longues. Rayons de la caudale peu serrés. — Des schistes d'OEningen. 8e famille. GYPRINODONTES Agass. Cette petite famille compte plusieurs représentans fossiles. Us appartiennent tous aux terrains tertiaires et au seul genre Lebias. Genre Lebias Cuv. Corps peu allongé. Mâchoires aplaties horizontalement, garnies d'une rangée de dents den- telées. Opercules grands. Rayons branchiostègues nombreux. Dorsale opposée à l'anale. 1. Lebias cephalotes Agass. Petite espèce dont on trouve ordinairement de nombreux in- vidus réunis. Caudale tronquée ou légèrement échancrée. Colonne vertébrale très-grèle. — Du terrain tertiaire d'Aix en Provence. 2. Lebias perpusillus Agass. Très-petite espèce à dos voûté. — Des schistes d'OEningen. 3. Lebias gobio Mûnst. Espèce très-trapue. Tête très-grosse. Ventrales très-reculées. — Des hgnites de Senssen (Fichtelgebirg). h. Lebias Meyeri Agass. Corps élancé. Nageoires très-développées. Caudale ample et tron- quée. — De l'argile plastique des environs de Francfort. S. Lebias crassicaudus Agass. Espèce à caudale très-courte et large. Ecailles fort grosses. — De la marne tertiaire de Gesso, près de Sinigaglia. 9e famille. ESOGIDES Cuv. Les Esocides fossiles paraissent avoir joué le même rôle parmi la faune ichthyologique tertiaire que le Brochet de nos jours. Ce sont des poissons d'eau douce , à l'exception d'un seul genre , celui des Istieus , dont la position systématique n'est pas encore bien arrêtée. i^" genre. Esox L. Cuv. Corps allongé, cylindracé. Tête grande. Museau allongé, obtus et déprimé. Gueule très- fendue , dont le bord supérieur est en partie formé par les maxillaires supérieurs qui sont édentés. Intermaxillaires armés de petites dents coniques. De fortes dents aux palatins, à la partie antérieure du vomer et à la mâchoire inférieure. Rayons branchiostègues très-nom- breux. Caudale peu échancrée. Dorsale et anale très-rapprochées de la caudale et opposées l'une à l'autre. Ecailles grandes. Squelette grêle. 1. Esox Otto Agass. Tête comprimée. De fortes dents au vomer. — Des marnes diluviennes de Breslau. — 13 — 2. Esox lepidodis Agass. Espèce allongée , semblable au Brochet commun , mais pourvue d'écailies beaucoup plus grandes. — Des schistes d'OEningen. T genre. Holosteus Agass. Corps très-allongé. Squelette grêle. Côtes très-minces. Arêtes musculaires nombreuses et très-grandes. Holosteus esocinus Agass. Des schistes d'OEningen. 3^ genre. Sphenolepis Agass. Corps allongé. Museau grêle. Dorsale opposée aux ventrales. Caudale à peine fourchue. De grandes écailles. i. Sphenolepis squamosseus Xgass. Espèce de grande taille. Ecailles très - allongées et striées dans le sens de lem' longueur. Vertèbres robustes. Apophyses épineuses fortes et droites. Côtes grêles, attachées à de fortes apophyses inférieures. — Des schistes d'OEningen. 2. Splienolepis Cuvieri Agass. Corps très-allongé et grêle. Nageoires petites. Caudale à- peu-près ronde. Tête courte. — Des carrières de gypse de Montmartre. k^ genre. Istieus Agass. Corps allongé. Dorsale très-grande, occupant presque tout le bord dorsal. Anale très-re- culée. Ecailles grandes. Vertèbres excessivement courtes. Apophyses épineuses très-serrées. Osselets apophysaires moins nombreux qile les apophyses. De petites dents aux mâchoires. i. Istieus grandis Agass. Tête allongée. Osselets interapophysaires très-robustes. — Du terrain crétacé des Baumberge, près de Munster. . 2. Istieus macrocephalus Agass. Osselets interapophysaires moins vigoureux. Tête très- grande. Caudale arrondie. — Du terrain crétacé des Baumberge. 3. Istieus microcephalus Agass. Tête courte et massive. — Du terrain crétacé des Baum- berge. U. Istieus (jracilis Mùnsl. Côtes courtes. Caudale très-fourchue. — Du grés-vert des en- virons de Munster. lOe famille. Hi\LÉGOlDES Agass. Dés leur première apparition , les poissons de cette famille paraissent avoir eu des habitudes semblables aux Clupes et aux Salmones de nos jours. Ce sont des poissons de petite et de moyenne taille. 1" genre. Mallotus Cuv. Corps allongé, régulier, à squelette grêle. Point de côtes slernales. Dorsale insérée au mi- lieu du corps. Anale très-grande. Dents en velours ras. Mallotus villosus Cuv. — Des côtes du Groenland. 2° genre. Osmkrus Arted. Corps allongé. Dorsale opposée aux ventrales. De fortes dents coniques aux maxillaires et aux palatins. — ik — i . Osmerus Cordieri Agass. Corps très-élancé. Tête petite. Bouche largement fendue. — Du ffiès-vert d'Ibbenbûhren. 2. Osmerus glarisianus Agass. Tête grosse. Dorsale reculée. — Des schistes de Glaris, .3* genre. Osmeroides Agass. Dorsale très-avancée. Tête aplatie. Bouche assez petite. Point de côtes sternales. { . Osmeroides Monasteri Agass. Corps trapu. Tête grosse. Dorsale três-avancée. — Du ter- rain crétacé. 2. Osmeroides microcephalus Agass. Tête petite. Dorsale Irès-avancée. — Du grès-vert des Baumberge. .3. Osmeroides lewesiensis Agass. Corps allongé. Tête aplatie. Bouche peu fendue. — De la craie de Lewes. h. Osmeroides granulatus Agass. — De la craie de Lewes. k" genre. Acrognathus Agass. Acroynathus Boops Agass. Tête grande , large et aplatie. — De la craie de Lewes. S* genre. Aulolepis Agass. Aulolepis typus Agass. — De la craie de Lewes. 6" genre. Alosa Cuv. Corps régulier. Colonne vertébrale composée d'un grand nombre de vertèbres. Des côtes sternales. Une échancrure au milieu de la mâchoire supérieure. Jlosa elonyata Agass. ■ — Du terrain tertiaire d'Oran. 7" genre. Megalops Cuv. Meyalops priscus Agass. — De l'argile de Londres de Sheppy. 8^ genre. Clupea L. Corps régulier. Des côtes sternales. Point d'échancrure à la mâchoire supérieure. Dorsale placée au milieu du dos. i . Clupea macropoma Agass. — De Monte-Bolca. 2. Clupea dentex Blainv. — De Murrazzo Slrutiano. 3. Clupea Beurardi Blainv. — De St-Jean-d'Acre. k. Clupea brevissima Blainv. — Du Monl-Carmel. fj. Clupea lata \gass. — Du Liban. 6. Clupea brens Agass. — Des schistes de Glaris. 7. Clupea tenuissima Agass. — Des environs de Rimini. 8. Clupea minima Agass. — Des schistes du Liban. Six autres espèces non décrites , énumérées à la fin du genre Clupea. — m 9"^ lïenre. Engraulis Cuv. Corps allongé. Bouche très-grande. Museau pointu débordant la mâchoire inférieure. Dor- sale opposée aux ventrales. Point de côtes stcrnales. Engratdis evolam Agass. — De Monte-Bolca. 10" genre. Halec Agass. Tète fort large et aplatie. Gueule Irès-fendue. Os de la mâchoire inférieure très-étroits. Point de côtes sternales. Halec Stet-nbergii. Agass Osselets interapophysaires de la dorsale très-large. — Du Planer de Bohême. H® genre. Platiinx Agass. Corps allongé. Dorsale très-reculée. Pectorales fort longues. Colonne vertébrale très-vigou- reuse. Point de côtes sternales. 1. Platinx elongatus Agass. — De Monte-Bolca. 2. Platinx gigas Agass. — De Monte-Bolca. 12^ genre. Notaeus Agass. Corps trapu. Caudale arrondie. Dorsale s'étendant sur la plus grande partie du dos. Ven- trales abdominales. Vertèbres plus hautes que longues. Notœus laticaudiis Agass. — Du gypse de Montmartre. 13" genre. Coelogaster Agass. Cœlogaster analis Agass. li« famille. ANGUILLIFORMES Cu V. Les débris de celle famille remontent jusqu'à la déposition du terrain de Monte-Bolca. Les espèces fos- siles sont peu nombreuses , mais d'autant plus intéressantes qu'elles sont en général très-faciles à recon- naître pour peu que les exemplaires ne soient pas trop endommagés. i" genre. Anguilla Thunb. Des pectorales avec des ou'ies qui s'ouvrent de chaque côté sous ces nageoires. Dorsale commençant à une certaine distance de la nuque. i . Anguilla latispina Agass. Apophyses épineuses excessivement robustes derrière la nu- que. — De Monte-Bolca. 2. Anguilla venlralis Agass. Espèce très-grèle. — De Monte-Bolca. 3. Anguilla brevicida Agass. Espèce plus trapue. — De Monte-Bolca. U. Anguilla multirailiata Agass. Osselets interapophysaires excessivement nombreux. — Du calcaire d'eau douce d'Aix en Provence. .5. Anguilla pachyura Agass. Rayons des nageoires très-développés. — Des schistes d'OE- ningen. 6. Anguilla branchiostegalis Agass. — De Monte-Bolca. — 16 — 7. Anguilla interspinalis Agass. — De Monte-Bolca. 8. Anguilla leptoptera Agass. — De Monte-Bolca. 2^ genre. Enchelyopus Agass. Corps très-allongé. Dorsale prolongée jusqu'à la nuque. Ceinture thoracique très-gréle. Enchelyopus tigrinus Agass. — De Monte-Bolca. 3^ genre. Sphagebranchus Bloch. Sphagebmnchus formosissimus Agass. — De Monte-Bolca. k'' genre. Ophisitrus Lacép. Ophisurus acuticaudus Agass. — De Monte-Bolca. S^ genre. Leptocephalus Agass. i . Leptocephalus gracilis Agass. — De Monte-Bolca. 2. Leptocephalus médius Agass. — De Monte-Bolca. Plusieurs genres inédits, signalés à la fin de la famille des Anguilliformes , et dont la posi- tion est encore très-douteuse , ne sauraient être rangés , pour le moment , dans ce tableau , d'après leurs affinités naturelles. 1" PARTIE. DES CYCLOIDES ACAI\ÏHOPïER\(iIE.\S. ToM. V, 2* — \ fi l>i:S CYCLOIDES ACAIVTHOPTÉUYGIENS EIV GEIVERAL La pluparl dos familles (|iii roiUrent dans celle division de l'ordre des Cycloïdes comptent lin grand nombre de genres et d'espèces, ((ui, à raison niênie de leur ninlliplicilé , présentent souvent de grandes difficultés à la détermination zoologiqne. Ce ^ont en général des poissons réguliers, allongés, cylindracés ou comprimés latéralement . quelquefois mais plus rarement larges et trapus. Mais malgré leur uniformité , la présence d'une dorsale épineuse , qui les distingue des Cycloïdes malacoptérygiens . ne laisse pas d'être d'un grand secours pour la méthode ; car celle nageoire nous fournit une foule de caractères spécifiques et même géné- riques suivant sa forme , sa position et la nature de ses rayons. Un grand nombre de genres sont même basés nniquement sur des caractères tirés de la dorsale épineuse , dont les variations sont en effet très-remarquables. Tantôt elle est contiguë à la dorsale molle ; tantôt elle eu est séparée par un espace plus ou moins considérable. Quelquefois même elle s'avance jusque sur la têle. Dans tel genre elle est très-étendue et s'étale sur une grande partie du dos ; dans tel autre elle est Irès-restreinte et ses rayons ne sont qu'en petit nombre. La forme des rayons est soumise à des variations non moins considérables. Ici ce sont de petites épines tantôt mo- biles , tantôt immobiles , qui font à peine saillie au dessus de la ligne dorsale ; là ce sont de longs dards qui dépassent même l'extrémité de la caudale. 11 y a plus, ces rayons de la dor- sale épineuse subissent parfois des modifications telles, qu'on a de la peine à reconnaître leur véritable nature , par exemple , dans les Baudroies , où ils s'avancent jusque sur la tête et portent à leur extrémité de grands lambeaux charnus. Il y a même un genre , celui des Eche- neis , dans lequel ils forment un disque composé de lames cartilagineuses , qui recouvre toute la têle, et dont l'interprétation a de tout temps fort embarrassé les zoologistes. Enfin leur mode d'articulation varie également suivant les genres. Il est rare qu'ils soient articulés de la même manière que les rayons de la dorsale molle, et la manière dont ils se combinent avec les os du squelette et notamment avec les osselets interapophys^ires, est toujours d'une importance capitale dans l'étude des genres et des espèces fossiles. Mais d'un autre côté , il faut convenir aussi qu'à côté de ces caractères si saillans de la prenn'ère dorsale des Acanthoptérygiens , il existe aussi des passages manifestes entre les deux types de rayons. Non-seulement l'aspect des rayons épineux n'est pas toujours bien dilïérent de celui des rayons mous , mais il y a aussi des cas où leur substance ne diffère pas , et où il est presque impossible de dire où finit la dorsale épineuse et où commence la dorsale molle. C'est ce que Cuvier lui-même a fort bien senti puisqu'il range parmi les Acanthoptérygiens — iGd — les genres Zoarces, Ophicephalus, Lampris et Lophius qui ont des rayons simples mais flexibles au devant des rayons articulés. Pour bien apprécier la valeur de tous ces caractères tirés de la forme et de la nature des rayons de la première dorsale . il faudrait les avoir suivis dans leur développement embryolo- gique. Or c'est là un travail qui n'a pas encore été fait. Il serait certainement fort intéressant de voir comment les rayons souvent si différens des deux dorsales se forment et se dévelop- pent dans l'embryon ; si les deux nageoires sont différentes dès l'origine , ou si leur caractère particulier n'est que l'effet des changemens qui surviennent successivement dans le dévelop- pement de l'embryon. Dans l'époque actuelle , les deux familles des Scombéroïdes et des Labres peuvent être comptées parmi les plus nombreuses de toute la classe des poissons ; la famille des Blen- nioïdes, bien que plus restreinte, compte cependant un nombre assez considérable d'espèces dans le seul genre Blennius. 11 n'en est pas de même dans la faune fossile. Ici les Scombéroïdes sont pour ainsi dire les seuls représentans de tous les Cycloïdes acanthoptérygiens dans les ter- rains crétacés , comme dans les terrains tertiaires , à tel point que tous les poissons fossiles de cette division , à l'exception de quelques espèces , appartiennent à cette famille. Ce qui a sur- tout lieu d'étonner, c'est que la famille des Labres ne soit représentée que par deux espèces, tandis que les espèces vivantes se montent à plusieurs centaines. La famille des Blennioïdes ne compte également qu'un seul représentant ; il en est de même de celle des Lophioïdes. En revanche , la famille des Sphyroenoïdes paraît s'être développée de bonne heure dans la série crétacée où elle compte plusieurs genres. Enfin , une dernière remarque qui n'est pas sans importance pour la distinction à faire entre les Cycloïdes acanthoptérygiens et les Malacoptérygiens , c'est que les premiers , à l'exception des seuls Gastérostées , sont tous des poissons de mer, et qu'ils l'ont été de tout temps , tan- dis que les Malacoptérygiens habitent en grande partie les eaux douces. — i6e — DE LA FAMILLE DES SCOMBEROIDES. CHAPITRE I. DES SCOMBEROIDES EN GÉNÉRAL. H est peu de familles naturelles, à l'égard desquelles la diagnose se trouve en défaut d'une nianière aussi compléle qu'à l'égard des Scombéroïdes , et l'on pourrait dire jusqu'à un cer- tain point que leur caractère réside dans l'absence de traits caractéristiques. Aucun organe , ni aucune partie du squelette intérieur ou extérieur ne se modifie suffisamment pour influer d'une manière sensible sur la physionomie de l'animal , ou si quelque caractère paraît prédo- minant dans certains groupes, on le voit ordinairement s'altérer par des passages insensibles. Avec cela , le nombre des poissons qui rentrent dans cette catégorie est si nombreux , qu'il est par là même hasardeux de leur appliquer la même mesure qu'aux autres familles. C'est ce que Cuviera fort bien senti ; aussi les caractères qu'il assigne à la famille des Scombéroïdes sont-ils plutôt négatifs que positifs. « Des écailles, dit-il , ordinairement très-petites, qui font paraître la plus grande partie de la peau comme si elle était lisse. Des nageoires verticales non écailleuses; des pièces operculaires sans épines ni dentelures; des cécums généralement nombreux , voilà tout ce que l'on peut en dire de général ; et cependant ils ont tous un air de famille qui ne les abandonne dans aucune de leurs modifications , ensorte qu'ils forment ce que les botanistes nomment une famille par série ou par transition. » Je crois toutefois que l'on peut fixer les limites de la famille des Scombéroïdes d'une ma- nière plus précise que ne l'a fait Cuvier ; autrement autant vaudrait faire de tous les Acan- thoptérygiens une seule famille , comme ce grand naturaliste semble réellement en avoir eu la tentation ; car dan^'la première édition du Règne animal , il réunit en effet les Percoïdes, les Joues-cuirassées , les Sciénoïdes , les Sparoïdes et les Ménides. Pour arriver à une circon- scription plus rigoureuse, il faut procéder par exclusion. Or nous posons en fait : i). Que tous les Scombéroïdes doivent être cycloïdes ; dès-lors nous en éloignerons les Ca- pros qui sont des Cténoïdes voisins du genre Dalnia. - ^6f - 2). Le genre des Sphyrènes est sans doute très-voisin des Scombéroïdes, mais il a les ven- trales abdominales, et comme ce caractère se retrouve aussi dans quelques autres poissons, j'ai pensé qu'il n'y aurait pas d'inconvénient à faire des Sphyrènes le type d'un famille à part, la famille des Sphyrénoïdes ; ce qui permet d'ajouter à la diagnose des Scombéroïdes que ce sont des poissons thoraciques ou jugulaires. 3). Les Espadons et leurs analogues contribuent pour une bonne part au vague de la diag- nose des Scombéroïdes, par la forme bizarre de leur museau , par leur dorsale très-variable , et par l'absence des ventrales chez quelques-uns. M'étant assuré que ces poissons se distinguent en même temps par une charpente osseuse lout-à-fait différente de celle des autres Scombé- roïdes, j'en ai fait une seconde famille, la famille des Espadons ou Xiphioïdes, dans laquelle je range les genres Aiphias , Tetrapterus et Histiophoriis , ce qui permet de mieux préciser les Scombéroïdes sous le rapport de la forme extérieure et du squelette. k). Les Coryphènes sont aussi un type différent des Scombéroïdes. De tout temps , je les ai réunis, dans mes notes , en un groupe à part comprenant les genres Coryphœna , Lampugus , et Centrolophus , auxquels il faudra peut-être joindre les .^stérodennes et les Ptéraclis. .5) Les Stromatées, bien que voisins à plusieurs égards des Trachinotes, devront aussi pro- bablement être éloignés des vrais Scombéroïdes, ainsi que les genres Rhombus Lacép. , Zn- variis Rafîn. , Seserimis Cuv. et Kurtus Bloch ; mais comme ce type n'a pas de représentant fossile , je renvoie à une autre occasion pour en discuter les affinités. 6) J'en dirai autant des genres RhynchobdeUa. Mastacembelus et Notacanthus , qui ne sont encore connus que d'une manière imparfaite , mais qui en tous cas ne sont pas des Scom- béroïdes, quoique le dernier, le Notacanthe, s'en rapproche pourtant plus que les deux autres. Malgré ces nombreuses restrictions la famille des Scombéroïdes est encore une des plus im- * portantes de toute la classe des poissons , car elle ne compte pas moins de cinquante et un genres et plus de trois cents espèces. Sur ces cinquante et un genres , vingt-deux ont des représentans fossiles et vingt-neuf sont exclusivement propres à l'époque actuelle (*). On re- marque des variations considérables dans la forme , la physionomie et la structure de ces différens genres. Il y a loin, en effet, de la forme trapue et ramassée des Vomers au corps élancé et grêle des Lepidopus et des Anenchelum. Aussi , malgré les passages incontestables qui existent entre ces deux extrêmes , je pense qu'on finira par séparer d'une part les Vomers et leurs analogues , et d'autre part les types élancés et plus ou moins anguilliformes , pour ne conserver dans la famille des Scombéroïdes que les poissons plus réguliers, cylindracés, qui se groupent autour des vrais Scomber. A cette occasion je ferai remarquer que la protrac- C) Les genres qui n'ont pas de représentans fossiles sont les suivans : Scomber Cuv., .4uxi& Cuv., Pelamys Cuv.. Thyrsites Cuv., Gempylus Cuv., Lepidopus Gouan., Trichiurus Lin., Naucrates Raf., Elacate Cuv., Chorinetnus Cuv., Apolectiis Cuv., Caranx Cuv., Trachurus Cuv., Olistus Cuv., Scyris Cuv., Blepharis Cuv., Gallichthys Cuv., . irgyreiosiis Lucéo. Hinnis Cuv., SeriolaÇ.m., Teniîiodon Cu\ . , Lactarius \a\. , Nomeits CiW., Natiderns Val., Porthmeus Val., PsenesÇ.ny., Lampris Retz., Equula Ciw . , Mené Lacép. - ^«y - lililé du museau ne me parait pas èli-e un caraclère aussi important qu'on le pense généra- lement. Je ne crois surtout pas qu'elle soit une raison suffisante pour éloigner les Vomers dos E(|uula et des Mené , con)nie l'a fait Cuvier. Il est un autre genre qui olïre plus de difficultés , c'est celui des Zens. au(|uel les appendices de ses bords osseux donnent une physionomie parti- culière. Peut-être deviendra-t-il aussi par la suite le type d'un nouveau groupe. En attendant, je l'ai placé à la suite des Vomers , dont il se rapproche le plus par sa forme trapue. Le caractère le plus précis de la famille des Scombéroïdes se tire de la forme , de la struc- ture et de la position des nageoires. Car, après en avoir éliminé les Xiphioïdes, les Sphyrénoïdes et les Stromatées , on peut dire que tous les Scombéroïdes ont des nageoires thoraciques ou jugulaires et une double dorsale composée de rayons épineux et de rayons mous. Mais même dans ces limites nous remarquons encore des variations considérables ; il y a des genres dans lesquels les deux dorsales sont séparées par un espace plus ou moins considérable ( les vrais Scomber, les Auxides); il y en a d'autres , et c'est le plus grand nombre , où les dejix nageoires sont contiguës , (les Thons, les Pelamys , les Cybium , etc.), et d'autres encore où une seule longue nageoire non interrompue garnit tout le bord dorsal (les Lepidopus , les Anenchelum , les Palseorhynchum). Chez certains genres , la première dorsale est composée de petits rayons épineux noni'éunis par une membrane (les Liches , les Trachinotes , les Nau- crates). D'autres encore ont sur la partie postérieure du bord dorsal et du bord ventral des rayons articulés isolés , connus sous le nom de fausses pinnules ( les vrais Scomber, les Cy- bium , les Pélamys). Enfin la longueur des rayons est soumise à des variations nombreuses , car il est des genres où ils égalent la longueur du corps (les Blepharis, les Âcanthonemus ), et d'autres où ils sont très-courts (les Thons, etc.) Mais ces variations n'ont qu'une valeur se- condaire. La dentition ne saurait fournir des caractères de famille ; elle ne sert qu'à distinguer les genres et les espèces. Nous rencontrons en effet des genres de forme et de physionomie très- semblables , qui ne diffèrent que par leurs dents; tels sont les vrais Scomber et les Cybium. Les genres trapus n'ont jamais de fortes dents. La position et la forme des pectorales , des ventrales , de l'anale et de la caudale n'ont aussi qu'une valeiir générique. Le squelette est en harmonie avec la forme du poisson ; les vertèbres sont en général hautes et courtes dans les genres trapus, longues et grêles dans les genres allongés. Mais en thèse générale , la charpente osseuse des Scombéroïdes n'est pas très-robuste , et souvent elle est même très-délicate. La tète n'acquiert dans aucun genre une prépondérance bien marquée ; et il n'y a que quelques genres fossiles , les Palaeorynchum et les Hemirhynchus, dans lesquels les mâchoires s'allongent en forme de bec effilé. S'il s'agit maintenant de formuler les caractères des Scombéroïdes, qui ne laissent pas que d'être encore assez vagues , nous dirons que ce sont des poissons en général réguliers, munis de petites écailles, à ventrales thoraciques ou jugulaires , à nageoires verticales non écailleuses, à deux sortes de rayons à la dorsale , à pièces operculaires lisses et à squelette en général simple — ^Qh — et plus ou moins grêle. Il est inutile de dire que la détermination des fragmens fossiles offre de grandes difficultés dans une famille aussi nombreuse en genres et en espèces Mais ces difficultés ne sont pas insurmontables en procédant d'une manière rationnelle. Un premier point auquel il faut avoir égard lorsqu'on veut savoir si tel ichthyolite que l'on a sous les yeux est réellement un Scombéroïde, c'est de s'assurer s'il y a deux sortes de rayons à la dor- sale. Ce caractère une fois reconnu , il faut chercher à voir si les écailles sont pectinées ou à bords entiers. Dans ce dernier cas, ce sera positivement un Scombéroïde, si outre leur bord entier, ces écailles se distinguent par leur petitesse. Si au contraire le bord est pectine, ce sera, suivant la forme de l'écaillé, à l'une ou l'autre des familles de l'ordre des Cténoïdes qu'il faudra le rapporter. Lorsque ni les écailles ni la dorsale ne sont conservées, on peut encore, dans certains cas, déterminer la famille d'après les détails du squelette, par exemple les Anenchelum et les P^laeorynchum. La forme des mâchoires est en outre un caractère infaillible, lorsque celles-ci se transforment en un long bec comme celui des Palœorhynchum et des Hemirhyn- chus. Enfin il est un dernier caractère qui promet de devenir de plus en plus fécond , c'est la forme et la structure microscopique des dents. Il résulte des recherches de M. Owen , que tous les Scombéroïdes se distinguent à cet égard par une structure particulière qu'il est fa- cile de reconnaître , et déjà il a pu confirmer, par ce moyen , que plusieurs genres que l'on avait pris pour des Sauriens et que je range dans la famille des Sphyrénoides font réellement partie de cette famille. Circonscrits de cette manière, les Scombéroïdes, malgré le grand nombre de genres et d'es- pèces qu'ils comptent , sont des poissons relativement récens. Leurs premiers représentans ap- paraissent à l'époque de la craie, dans les schistes de Glaris et dans la craie blanche. On en trouve un grand nombre à Monte-Bolca , dans l'argile de Londres et dans plusieurs autres terrains tertiaires. Mais c'est surtout dans l'époque actuelle qu'ils paraissent arriver à l'apogée de leur développement. — . 17 — CHAPITRE II. DU GENRE GASTERONEMUS. Ce qui caractérise surtout ce genre , c'est la grande proéminence de l'abdomen , et la singulière conformation des ventrales, de l'appareil humerai , de l'appareil hyoïdien et de l'osselet styloïde qui va s'attacher aux interapophysaires de l'anale. Par ces dis- positions, ce genre est aux Voméroïdes ce que le Piùstigaster est aux Clupéoïdes. Le corps est très-aplati et très-élevé; le ventre présentait probablement un tranchant très-aigu. La tête est courte, petite et arrondie; elle ne présente pas ces dimensions allongées et monstrueuses que l'on remarque dans les Vomers et les Gais ; en revanche, ce sont les os du bassin , l'osselet styloïde et les premiers interapophysaires de l'anale qui atteignent un développement prodigieux. La bouche est tournée en haut; la mâ- choire inférieure, plus longue que la supérieure, est armée de très-petites dents en velours, que Ton ne peut distinguer qu'à la loupe. Les ventrales, portées par d'immenses os pelviques, ont de chaque côté un long rayon au-devant duquel se trouve un' petit crochet et en arrière quelques rayons ex- trêmement fins et très-courts. Il n'y a qu'une seule dorsale à rayons articulés, dont le bord antérieur est un peu plus élevé que la partie moyenne et postérieure de la na- geoire. Quelques rayons simples forment en outre une petite dorsale épineuse en avant du dos. L'anale est courte dans toute sa longueur; elle s'étend parallèlement à la dorsale articulée. La caudale est très-grande et peu fourchue. C'est certainement avec le genre Vomer, proprement dit , de Cuvier, que les fossiles dont il va être fait mention ont les plus grands rapports. Ils en diffèrent même peu; cependant leurs caractères particuliers sont assez saillans pour que j'aie cru devoir les distinguer sous le nom générique de Gasteronemus, qui rappelle le prolongement excessif du rayon externe de leurs ventrales. Une comparaison détaillée du squelette de ces deux genres nous fera voir qu'ils ont des ressemblances frappantes de confor- mation jusque dans les plus petits détails, quoique les proportions des parties soient, en beaucoup de points, très-différentes. Le squelette du Vomer (vol. 5. lab. A.) présente les caractères suivans : il a dix vertèbres abdominales et quatorze caudales, dont les corps sont assez gros, surtout ceux des vertèbres abdominales postérieures , tandis qu'ils sont beaucoup plus petits vers le ci âne et la fin de la queue. Les apophyses épineuses sont de forme bien dif- ToM. V. 3 — 18 — férente suivant la place qu'occupe leur vertèbre , mais toutes sont comprimées laté- ralement et plus ou moins dilatées à leur extrémité. Celles de la queue sont très-grosses, les antérieures surtout, qui sont les plus longues de toute la colonne vertébrale; elles sont droites et raides; mais dès la neuvième caudale elles sont beaucoup plus courtes, fortement relevées sur les côtés et très-inclinécs vers l'insertion de la caudale. Les trois premières abdominales sont également droites et très-grosses à leur base; mais les sept suivantes sont grêles, comprimées d'avant en arrière; les quatrième, cinquième, sixième, septième et huitièmc^ont, en outre, légèrement arquées en arrière. Les deux premières vertèbres ne portent pas de côtes; en revancbe elles ont de grosses arêtes musculaires. Dans les vertèbres suivantes, les arêtes musculaires s'attaclient sur les côtes et sont très-grêles. Les côtes elles-mêmes , dont il y a buit paires , sont conformées et insérées d'une manière tout-à-fait particulière; elles sont toutes très-grêles et comprimées d'avant en arrière. Les quatre premières paires, extrêmement longues, atteignent jusqu'à la pointe du premier interapopbysaire de l'anale ; elles sont insérées immé- diatement au corps de la vertèbre, en arrière d'une apopbyse transverse qui s'allonge touj ours davantage, plus la vertèbre est postérieure . A la septième ver tèbre, les apopby ses transverses sont dirigées en bas, etlacôtequ'ellesportentestdéjàmoinslongue, quoique elle descendent très-bas le long du premier interapopbysaire de l'anale. Dès cette ver- tèbre les côtes sont toujours attacbées à l'extrémité même des apopbyses; celles de la huitième côte, qui est plus courte encore, sont réunies intérieurement en arceau; les apophyses transversales des neuvième et dixième vertèbres, qui sont ici de véritables apophyses épineuses inférieures, portent encore de petites côtes à leur extrémité. Les osselets interapophysaires de la dorsale sont remarquables parla courbure des an- térieurs de la seconde dorsale , arqués en avant ; du reste ils sont tous très-minces , re- liaussés latéralement d'une forte arête longitudinale qui semble former à elle seule tout l'interapophysaire ; ils portent à leur extrémité une branche horizontale, terminée en avant et en arrière par une épine. Ces épines se recouvrent successivement de manière à ce que la postérieure d'un interapopbysaire soit imbriquée sur l'antérieure de l'inter- apophysaire suivant; sur les côtés, elles sont en outre armées d'un petit piquant. Les trois premiers osselets interapophysaires ne portent point de rayons simples à leur extrémité, les six suivans portent la première dorsale, et les vingt-quatre derniers la seconde dorsale ; ceux-ci se soudent intimement deux ^ deux en avant et en arrière de chaque apophyse épineuse. Il en est de même des osselets interapophysaires de l'anale , qui sont en général plus grands et plus longs que ceux de la dorsale ; leurs lames antérieures et postérieures sont aussi plus fortes et soudées entr' elles par des sutures osseuses; leur branche horizontale est terminée, surtout en arrière, par une forte épine. Le premier interapopbysaire est immensément grand, fortement dilaté — 19 — dans sa partie inférieure , et terminé en avant par une grosse pointe qui s'avance dans la cavité abdominale. La ceinture thoracique et ses liaisons avec le reste du squelette ne sont pas moins remarquables. Le suprascapulaireestun gros os très-fourclm , dont les deux apophyses s'insèrent à l'extrémité des crêtes latérales et externes du crâne, aux os occipitaux latéraux et aux mastoïdiens. Le scapulaire est un petit stylet allongé auquel s'attache rinimérus. La partie supérieure de l'humérus, dilatée en triangle au-dessus de l'in- sertion des pectorales, n'a rien de particulier, mais son extrémité antérieure et infé- rieure est immensément grande et très-longue ; elle forme, conjointement avec le cubitus qui atteint des dimensions semblables , une forte saillie sur la gorge , en arrière de la large queue de l'os hyoïde, auquel elle s'attache. Ce qu'il y a de particulier encore, dans la conformation de cet appareil , c'est que l'osselet styloïde , composé d'une petite plaque et d'un os très-allongé et qui se renfle dans sa partie inférieure , vient s'attacher à l'extrémité de la pointe du premier interapophysaire de l'anale. Les petits os du bassin sont fixés entre la pointe du styloïde et les parois du cubitus. La tête tout entière présente également une organisation singulière; le crâne est très-petit et relevé de crêtes immenses, très-hautes et très-larges , qui s'avancent jusque sur le milieu de l'ethmoïde , tandis que les os de la face et l'ethmoïde lui-même sont très-allongés et s'étendent aussi fort avant. Le crâne lui-même est très-petit; la plus grande de ses crêtes , qui se dilate en large voile sur le milieu de la tête , est formée par le développement de l'occipital supérieur et du milieu des frontaux, aux- quels on reconnaît ici encore parfaitement bien la nature apophysaire. La crête latérale, couchée obliquement en dehors, est très-mince; l'externe est plus courte, mais plus forte. A l'angle postérieur et supérieur de l'orbite, le frontal postérieur forme une faillie assez forte. Le temporal est très-étroit; il en est de même du préopercule qui est très-allongé et qui forme un arc de cercle très-ouvert, depuis le crâne jusqu à l'in- sertion de la mâchoire inférieure. Les autres pièces operculaires sont très-minces, très- étroites et papyracées. Le tympanal et le jugal sont très-grands; ce dernier siu'tout est très-allongé ; le transverse a cela de particulier que , surmonté d'une longue apo- physe , il va s'atiacher au frontal antérieur. Le maxillaire supérieur et l'intermaxillaire sont très-grands , et les apophyses montantes de ce dernier très-allongées. La mâchoire inféiieure est très-haute, mais courte. Le premier sous-orbitaire est une pièce étroite, mais très-haute , qui s'étend sur la partie antérieure de la face ; le reste de l'arc zygo- matique est très-étroit. En avant de l'orbite il y a un petit osselet très-étroit aussi, qui s'attache à l'ethmoïde; c'est, je pense, le nasal. Les os surtemporaux sont très- allongés. La description et la figure de ce squelette pourra servir de point de comparaison — 20 — avec les parties analogues des deux espèces de Gasteronemus : le G. rhomheuSj dont le corps est aussi large que long, et le G. oblonguSj, qui est plus étroit. I. Gasteronemus rhombeus Agass. Vol. 5. Tab. 2. Gasteracantlius rliomboïdalis Agass. Gâtai, manuscr. — Zeus rhombeus de Blainv. Dictionnaire des sciences naturelles; Ichtliyol. pag. Sa. — Scomber rhombeus Ittiolit. veron. Tab. i8. Ce poisson paraît être le plus commun de ceux que l'on rencontre au Monte-Bolca , car j'en ai vu des exemplaires dans presque toutes les collections que j'ai examinées. Les plus beaux et les plus nombreux se trouvent dans les Musées de Paris, de A/ienne, de Munich et de Carlsruhe. Il y en a également dans les collections de MM. Brongniart et Régley à Paris, et au Musée de Strasbourg. Les originaux de mes planches sont au Musée de Munich : sur la fig. i. on étudiera mieux l'ensemble des parties de ce poisson; la fig. 2. représente plus nettement le détail des parties. C'est au Musée de Paris que se trouvent les plus grands exemplaires, qui ont près d'un pied de long; il y en a plusieurs dans un état parfait de conservation ; l'un de ceux du Musée de Carlsruhe présente un caractère de l'espèce plus complètement que je n'avais eu occasion de l'observer jusque là ; c'est le prolongement excessif du grand rayon simple des ventrales, qui surpasse de beaucoup la longueur totale de ce singidier poisson. En avant de ce grand rayon, on voit un petit onglet simple, et en arrière quelques rayons articulés très-fins et très-courts. La forme du corps est à peu près celle des Vomers, avec cette différence seulement que dans le Gasteronemus c'est l'abdomen et la ceinture thora- cique qui fait saillie plutôt que la partie supérieure de la tête. La colonne vertébrale est composée de vingt-quatre vertèbres grêles et assez courtes, dont les apophyses épineuses sont très-longues, minces dans leur partie inférieure, et dilatée en forme de fer de lance par une bifurcation de la lame de leur extrémité. Quatorze vertèbres forment la queue, et dix la cavité abdominale; les côtes qui sont insérées sur celles-ci , sont très-courtes et fort minces. La dernière vertèbre caudale est aplatie et porte avec les deux vertèbres précédentes les rayons de la nageoire caudale , qui est très-fourchue. Sur la dernière vertèbre sont insérés tous les rayons articulés et fendus qui sont au nombre de quinze ; il y en a huit au lobe supérieur et sept au lobt inférieur; l'avant-dernière porte de part et d'autre un grand rayon simple, et l'antépé- nultième cinq ou six petits rayons latéraux simples , insensiblement plus grands du côté du grand rayon externe. On peut donc formuler, comme suit, les l'ayons de celte nageoire : 5 ou 6. , L , 8. ; 7. , L , 5 ou 6. Les osselets interapophysaires inférieurs sont extrêmement développés ; ils s'unissent _ 21 — tous les uns aux autres par de larges crêtes, et forment ainsi une paroi osseuse continue ; leur extrémité inférieure, à laquelle s'attachent les rayons de l'anale, est plus épaisse et porte de plus une crête latérale frangée . Les quatre premiers sont très-longs et atteignent presque le corps de la Acrtèbre d'où descend la première apophyse épineuse caudale inférieure, au bord antérieur de laquelle ils s'attachent. Les osselets suivans vont en diminuant de longueur d'avant en arrière ; ils se fixent par paires dans chaque intervalle de deux apophyses successives. Yers le bout de la queue, les interapophysaires sont plus nombreux encore; il y en a jusqu'à trois et même quatre entre les dernières apo- physes épineuses. Il y en a, en tout, trente-deux qui sont disposés comme suit, entre les première et douzième vertèbres caudales : en avant de la première apophyse , quatre ; entre la première et la seconde , trois ; entre la seconde et la troisième , deux ; entre la troisième et la quatrième, deux; entre la quatrième et la cinquième, deux; entre la cinquième et la sixième , deux ; entre la sixième et la septième , deux ; entre la sep- tième et la huitième , deux; entre la huitième et la neuvième , deux ; entre la neuvième et la dixième, trois; entre la dixième et la onzième, quatre; entre la onzième et la douzième , quatre. Ils portent tous de très-petits rayons, très-courts, mais larges, triangulaires, fourchus et articulés; le dernier interapophysaire en porte deux. Les osselets interapophysaires supérieurs sont plus grêles et moins longs que les inférieurs ; ils forment aussi une paroi osseuse , mais moins continue et plus mince que celle de Tanale ; comme dans le Vomer. L'interapophysaire antérieur de la dorsale est fortement dilaté dans sa partie antérieure ; les osselets qui ne portent pas de rayons sont les plus grands, et dilatés à leur extrémité supérieure. Ils sont répartis comme suit : en avant de la première apophyse épineuse des vertèbres abdominales , un sans rayon ; entre la première et la seconde, deux sans rayons ; entre la seconde et la troisième, un ; entre la troisième et la quatrième, un; entre la quatrième et la cinquième, un; entre la cinquième etla sixième, deux; entre la sixième et la septième, deux ; entre la septième et la huitième , deux ; entre la huitième et la neuvième , deux ; entre la neuvième et la dixième , deux ; entre la dixième abdominale et la première dorsale des vertèbres cau- dales, deux; entre la première et la seconde , trois; entre la seconde et la troisième, deux ; entre la troisième et la quatrième , trois ; entre la quatrième et la cinquième , deux ; entre la cinquième et la sixième , deux ; entre la sixième et la septième , deux ; entre la septième et la huitième, trois ; entre la huitième et la neuvième, deux ; entre la neuvième et la dixième, trois; entre la dixième et la onzième, quatre; entre la onzième et la douzième, quatre. Il y en a donc, en tout, quarante-six, dont trois ne portent point de rayons. Les rayons antérieurs de la dorsale sont un peu plus longs que les suivans; les trois premiers sont des crochets très-courts , le quatrième est un grand rayon simple ; les dix rayons suivans vont en diminuant de longueur ; puis ils sont tous — 22 — comme à l'anale. Je ne puis déterminer exactement le nombre de ceux qui sont entre les sixième, septième et huitième vertèbres abdominales j pi'obablement que c'est encore comme à l'anale. Les os du bras sont très-bien conservés. On voit, en avant, l'humérus et le cubitus dirigés vers la queue de l'os hyoïde , et séparés par une large échancrure : en arrière , l'apophyse styloïde qui s'attache au premier interapophy saire de l'anale par une suture osseuse. Cette apophyse est aplatie, large et relevée dans son bord antérieur par une crête arrondie. Les pectorales sont assez grandes, en forme de triangle, dont les angles sont arrondis; les rayons qui la composent sont plats, fourchus, articulés, et d'une substance plutôt cornée qu'osseuse. Les rayons sont au nombre de seize, dont les supérieurs sont un peu plus larges; le premier est simple. Le bassin est un os bifurqué , auquel s'attache de chaque côté le long rayon des deux ventrales. Cet os est dilaté dans sa partie inférieure, et rétréci en haut , en forme d'apo- physe qui s'avance entre les deux cubitus ; il est si disproportionnément grand , qu'on a de la peine à reconnaître en lui un os pelvique , et à rapporter les pièces de la ceinture thoracique auxquelles il s'attache, à leurs analogues chez les autres poissons. Je ne puis déterminer exactement le nombre des rayons branchiostègues ; on en voit sept dans différens exemplaires. La tête est de moyenne grandeur ; arrondie en arrière et dans sa partie inférieure , elle se termine en avant par une mâchoire inférieure plus allongée que la supérieure. Le sphénoïde long et mince délimite le bas de la vaste orbite, dans le fond de laquelle on aperçoit quelquefois des traces du pigment noir de l'œil ; la crête occipitale est très-élevée, très-large, et dirigée en avant. L'os transverse est également visible et très-bien conservé. Il en est de même de l'arête du préopercule qui est ployé presqu'à angle droit. L'opercule est large et arrondi. La mâchoire infé- rieure caractérisée par sa large apophyse coronaire, est aussi très-bien conservée. Cette espèce n'a encore été trouvée qu'au Monte-Bolca , près de Vérone. II. Gasteronemus oblongus Agass. Vol. 5. Tab. I. Au Muséum d'histoire naturelle de Paris, il y a deux plaques correspondantes, dans un état parfait de conservation, représentant une seconde espèce du singulier genre Gasteronemus, dont elle vient confirmer les caractères. Elle n'est pas repré- sentée dans rittiolitologia veronese. De Blainville n'en fait pas mention non plus. Ce poisson, si remarquable dans son ensemble par sa grande affinité avec le G. rhombeus, en diffère beaucoup pour la forme. C'est im oblong régulier , dont le bord supérieur est un peu plus droit ; sa longueur est exactement le double de sa hauteur. Proportion gardée, la tête est plus grande dans cette espèce que dans le 2r> G . rliomheus ; la saillie abdominale est moins forte et par conséquent son profil moins droit, plus arrondi et moins haut. L'osselet styloïde, les premiers interépineux de l'anale, la saillie de la ceinture thoracique formée par l'humérus et \<* cubitus, les os du bassin et la queue de l'os hyoïde , quoique parfaitement dans les mêmes rapports de connexion et de composition, sont cependant beaucoup plus courts, moins larges, moins développés et proportionnellement plus petits. Le grand rayon des ventrales paraît aussi plus court, et quoiqu'il ne soit pas entier dans l'exemplaire que je décris, cependant, à en juger par la diminution rapide de son diamètre, il n'atteint pas à beaucoup près les dimensions de celui du G. rhombeus. Les pectorales, du reste assez mal conservées, ne paraissent présenter aucune différence. Le dos est plus droit que dans la grande espèce de ce genre, et tout d'une venue, de la nuque jusque vers la fin de la dorsale, où il s'abaisse pour former la tige de la queue. Quant à la tcte, les proportions des parties sont à peu près les mêmes dans les deux espèces, seulement le G. oblongus l'a moins arrondie; la crête occipitale, sans être aussi élevée, se dilate davantage en arrière; les branches de la mâchoire inférieure sont moins élevées et les pièces operculaires plus courtes dans leurs dimensions ver- ticales. La colonne vertébrale est composée , comme dans le Gasteronemus rhombeus , de petites vertèbres, à apophyses épineuses très-grêles, très-longues et légèrement dilatées à leur extrémité. La seule différence qu'on y observe, c'est que si les apo- physes inférieures sont ici proportionnellement plus courtes que dans le G. rhombeus, les supérieures sont un peu plus longues , d'où il résulte la plus grande symétrie dans les portions supérieure et inférieure du tronc. Le nombre des vertèbres est le même; l'anale est aussi exactement conformée de la même manière, même pour le nombre des rayons et les proportions des osselets interapophysaires , dont les antérieurs seu- lement sont plus courts et moins disproportionnés , comparativement aux suivans. La caudale des deux espèces a la même forme. Il y a 6. L 8.; 7. L 6. rayons. La dor- sale n'offre pas non plus de différences dans sa composition , seulement les interapo- physaires qui la portent sont un peu plus grêles et plus courts que dans le G. rhombeus. Du reste la forme de la nageoire et le nombre des rayons sont exactement les mêmes. Il y a, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, deux plaques correspondantes de ce beau poisson, dans un état parfait de conservation , provenant du Monte-Bolca. Je ne l'ai observé nulle part ailleurs. — 24 — CHAPITRE III. DU GENRE ACANTHONEMUS. De Blainville a déjà reconnu l'identité de deux iclithyolithes figurés dans ITttiolito- logia A'eronese sous les noms de Zeus Gallus et de Chaetodon aureus , mais qui ne dif- fèrent que par la taille et par conséquent par l'âge. Nous avons donc lieu d'être surpris, que de Blainville ait pu, apiès cela, les considérer encore comme un Chœtodon , voisin du Pomacantlius aureus , tandis qu'ils doivent être rapportés à une autre famille, à celle des Scombéroïdes. Les auteurs de l'Ittiolitologia veronese, quelque inconcevables que soient du reste leurs déterminations des poissons du Monte-Bolca , en nommant l'un d'eux Zeus Gallus , lui ont assigné sa véritable place à côté des Vomers et des Zeus. En effet ces icbthyolitbes , dont le Musée de Paris possède quatre plaques parfai- tement conservées, appartenant à deux individus seulement, et qui sont les originaux des planclies de l'Ittiolitologia, doivent constituer un genre particulier, voisin des Vomers, mais plus encore des Zeus et des Equula. Ce sont des Equula dont toute la dorsale épineuse a des rayons extrêmement pro- longés , ainsi que les épineux antérieurs de l'anale ; de plus lemuseau également protrac- tile, comme le font voir les deux individus que nous décrirons, dont l'un aies mâchoires sorties, tandis que l'autre les a rentrées. Les dents ressemblent aussi beaucoup à celles des Equula, c'est-à-dire, qu'elles sont en brosse fine. Un autre caractère très-saillant du genre Acanthonemus Agass., c'est la dilatation considérable des apophyses épi- neuses , et la grosseur des osselets interapophysaires. Il y a quelque chose de sur- prenant au ci'âne , c'est que ses os sont sculptés en granelure saillante. Comme le squelette de l'Equula setigera (Yol. 5. Tab. B.) peut faire ressortir plus clairement les caractères essentiels du fossile que nous allons décrire , je dois en donner aussi la description : Le nombre des vertèbres est de dix abdominales et de treize caudales ; leur corps est petit, mais les apophyses épineuses sont d'autant plus considérables : les antérieures deTabdomen sont très-grosses , et fortement dilatées dans toute leur longueur , excepté la première qui n'est qu'une grande épine ^ celles du milieu du tronc et les anales antérieures sont très-longues -, les dernières , dont le corps est plus allongé , mais moins haut , ont de très-petites apophyses , dans les trois dernières surtout elles sont courtes — 2o — et dilatées de manière à former la plaque d'insertion de la caudale qui est four- chue. Les osselets interapopliysaires n'ont rien de particulier , excepté le premier de la dorsale , qui forme une pointe horizontale en avant de la nageoire ; en avant de cet osselet, il y en a un autre qui ne porte point de rayon 5 le premier de l'anale se dilate en plaque triangulaire. La ceinture thoracique a une conformation très-sin- gulière : le suprascapulaire bicorne est très-développé proportionnellement et le scapulaire est petit. Le prolongement de l'humérus au-dessus de l'insertion des pec- torales est fort échancré, son extrémité est dirigée en bas, en pointe perpendiculaire ; son apophyse inférieure antérieure , très-allongée et fortement évasée , forme avec le cubitus , dont le bord postérieur est réhaussé , une large cavité pour l'insertion des muscles. La lame supérieure de l'osselet styloïde est large et son stylet est lui- même fort grand et dilaté en fer de lance. Les os du bassin forment une large fourche. Quant à la tête, tous ses os plats sont très-minces et papyracés, savoir l'opercule, le subopercule et l'interopercule , le temporal, le tympanal, le jugal et le ptérygoïde. La crête occipitale est très-élevée et son bord antérieur très-dilaté ; sur le milieu de chaque frontal il s'élève également une large crête qui va rejoindre les côtés de celle de l'occipital supérieur; sur le mastoïdien et sur le frontal postérieur il y a des crêtes moins élevées. Les sous-orbitaires sont réduits aune simple lame sur les côtés de l'ethmoïde; ils continuent ainsi les crêtes des frontaux et forment une large rainure dans laquelle se meuvent les apophyses des intermaxillaires. Ceux-ci ont des apophyses montantes prodigieusement longues , et qui égalent la longueur de tout le crâne. I. AcANTHONEMUS FILAMENTOSUS AgaSS. Yol. 5. Tab. 3 et 4. ZeusGallusIttiol. veron. Tab. 19. — Chœtodonaureusittiol. veron. Tab. 5i. f. 3. — Chœtodon subaureus de Blainville. Dict. des se. nat. Ichthyol. pag. 5o. La forme générale de ce beau poisson est très-remarquable. Il présente un sin- gulier mélange des caiactères, des formes et des dimensions des Vomers, des Zeus et des Equula. La colonne vertébrale est composée de dix vertèbres abdominales et de treize cau- dales , dont le corps est petit et surtout très-court dans les vertèbres nuchales. Les côtes sont courtes et grêles. Les apophyses épineuses ne sont pas très-longues non plus , mais elles ont cela de particulier que , comme les antérieures des Equula , ToM. V. . d — 26 — toutes celles des vertèbres abdominales et les antérievires des vertèbres de la queue sont extrêmement larges et dilatées dans toute leur longueur , de manière à se réunir toutes entr'elles et à former une large paroi osseuse. Les osselets interapopliysaires sont très-gros , très-larges , surtout les antérieurs , et soudés les vins aux autres par des sutures osseuses; les deux premiers de la dorsale sont les plus grands, leur extrémité inférieure atteint le corps des vertèbres. Les neuf premiers, insérés en avant de la première apophyse caudale, donnent insertion aux neuf rayons épineux de la première dorsale. Quoique ces rayons ne soient pas séparés des rayons articulés par un intervalle marqué , ils forment cependant une nageoire distincte, remarquable par le prodigieux prolongement de ses rayons antérieurs , qui , comme ceux de l'anale, dépassent l'extrémité jiostérieure du poisson et égalent peut-être sa lon- gueur totale. La portion molle de la dorsale qui , pour la forme et la position, correspond exactement à l'anale , est composée de douze rayons beaucoup plus courts , fourchus et articulés ; ils sont portés par onze osselets, insérés, comme ceux de l'anale, en avant et à l'extrémité de la huitième apophyse anale. L'anale a neuf osselets interapophysaires pour ses dix rayons articulés ; les quatre longs épineux sont insérés sur les trois osselets antérieurs , dont le premier est dilaté en triangle à son extrémité inférieure. La caudale est grande, droite et composée comme suit : 5 ou 6. L 8 ; 7. L 5 ou 6. Dans le grand exemplaire, tab. 4? les ventrales, les pectorales et la ceinture thoracique sont entièrement perdues; mais dans le petit, tab. 3, on reconnaît la fourche des os du bassin , les longs rayons des ventrales qui dépassent l'insertion de l'anale et dont le rayon épineux est presque aussi long que les suivans. La ceinture thoracique est forte et épaisse , mais surtout les osselets styloïdes sont très-gros ; les rayons des pectorales sont grêles , cependant on ne peut les compter dans les exemplaires que j'ai examinés; on ne voit également que quelques-uns des rayons branchiostègues. La tête n'est pas beaucoup mieux conservée : cependant on voit dans la tab. 4? par la forme générale de cet exemplaire, que les mâchoires qui sont très-avancées doivent être extrêmement protractiles, puisque dans l'exemplaire de la tab. 3, où elles sont rentrées, le museau paraît arrondi et très-obtus; le profil est du reste très-incliné. Les dents, bien distinctes dans les deux exemplaires, sont allongées en brosses rudes; toutes les pièces operculaires sont étroites et légèrement inclinées en avant. L'orbite est petite et très-elevée sur le milieu du profil de la tête. Les os du crâne offrent une particularité que je n'ai remarquée jusqu'ici dans aucun autre Scombéroïde ; ils sont fortement sculptés en granelure disposée sur chaque os par rayons divergens. Quant aux écailles, onnevoitque l'empreinte d'unfinréseau, comme dans les Vomers. — 27 — Cette espèce n'a encore été trouvée qu'au Monle-Bolca Je n'ai pas vu d'autres exemplaires que ceux du Muséum d'histoire naturelle de Paris. 2. AcANTHONEsius Bertrandi Agass. M. Bertrand-Geslin m'a envoyé, l'année passée, le calque d'un poisson fossile, trouvé dans un calcaire tertiaire bleuâtre, très-siliceux, près de Schio, dans le Vicentin. Je n'ai pas vu l'original, aussi c'est encore avec quelques doutes que j'établis cette espèce, qui doit être rangée dans le genre Acantlionemus. Ce qu'il y a de très-certain c'est que cet iclithyolithe ne peut être rapporté à aucune des espèces que j'ai examinées jusqu'à présent et qu'il présente, dans toutes les parties qui sont conservées, des rapports frappants avec mon Acantlionemus filamentosus. Comme lui, il a une crête occipitale très-élevée, la tête grande, les pédicules des intermaxil- laires fort allongés , l'orbite élevée; les apophyses épineuses des vertèbres , et surtout les osselets interapophysaires de la partie antérieure de la dorsale, sont très-vigou- reux; ceux-ci surtout, fortement dilatés, portent des rayons très-allongés, et leur aspect est tel que je ne crois pas pouvoir les rapprocher d'un autre genre; car les apophyses épineuses dorsales ne sont pas arquées comme dans les Vomers et les Gasteronèmes. Cette espèce me paraît cependant différer essentiellement du G. fila- mentosus, parce que son empreinte est plus allongée ; mais toute la portion caudale manque. D'après l'esquiSse de M. Bertrand-Geslin, la tête de son espèce est propor- tionnellement plus grosse et plus arrondie que dans la précédente , la crête occipitale moins élevée, les os de l'épaule et du bassin plus larges, les apophyses épineuses et les osselets interapophysaires plus forts, la cavité abdominale plus allongée et surtout les écailles plus grandes , à en juger du moins par les étoiles de leurs rayons diver- gens qu'il a représentés. 3Iais il faudrait avoir des pièces plus complètes pour décider définitivement sur toutes les différences spécifiques ; quant au genre , il ne me paraît pas y avoir de doute. C'est probablement la même espèce dont il est fait mention par M. de Blainville, à l'article Iclithyolithe du Dict. des se. nat. p. 5'j , au n° i. D'après les caractères que j'ai indiqués, on ne pourra pas confondre les Acantho- nèmes avec les Lampris. r> — 28 CHAPITRE IV. DU GENRE YOMER. En comparant les Gasteronèmes aux Vomers, j'ai déjà donné la description du squelette du Yomer Brownii, dans le second chapitre de ce volume. Je puis donc maintenant me borner à indiquer les caractères extérieurs de ce genre et me rap- porter du reste aux indications qui précèdent. Le corps de toutes les espèces est très- comprimé, court, large et recouvert de très-petites écailles 5 celles de la ligne latérale sont un peu plus grandes. La tête est très-grande proportionnellement, et plus haute que longue; son profil est très-droit. L'ouverture branchiale est très-grande, et la membrane branchiostègue soutenue par sept rayons dans l'espèce vivante; j'en ai compté au moins six dans l'espèce fossile. H y a deux nageoires dorsales , dont la première a des rayons épineux et la seconde des rayons divisés et articulés, dont les antérieurs sont les plus longs. L'anale est parallèle à la seconde dorsale et conformée de la même manièie. Les ventrales sont petites; mais les pectorales sont beaucoup plus longues , en forme de faucille. 1 . VOMER LONGISPINUS AgaSS. Vol. 5. Tab. 5et6. Zeus Vomer Ittiolit. veron. Tab. 35. f. 3. — Zeus triurus Ittiolit. veron. Tab. 44- f . 2 . — Ces deux planches représentent deux exemplaires de différente grandeur , et dans un état différent de conservation •, mais ils ne diffèrent en rien l'un de l'autre dans leurs caractères organiques. M. de Blainville a déjà indiqué cette identité des deux empreintes figurées dans l'Ittiolitologia veronese ; mais elles lui paraissent devoir rentrer dans le genre Chœtodon. C'est cependant certainement au genre Vomer qu'il faut rapporter l'espèce dont je vais donner la description. Dans le Musée de Carlsruhe , il s'en trouve une double plaque , en apparence , par- faitement bien conservée; cependant, en l'examinant de plus près, on se convaincra bientôt qu'une grande partie des pièces , dont le squelette est composé , étaient déjà disloquées et le squelette entier près de sa décomposition , lorsque ses partie sont été — 29 — fixées clans la masse qui les entoure maintenant. Il y en a aussi un exemplaire au 31usée de 3Iunich; mais les plus beaux que j'ai vus se trouvent au Muséum d'his- toire naturelle de Paris ; ce sont les originaux des figures de llttiolitologia veronese , citées ci-dessus, et que j'ai fait reproduire de nouveau sur mes planches. La colonne vertébrale est très-caractéristique pour ce genre. Les vertèbres abdo- minales, au nombre de dix, bien distinctes en avant de l'articulation occipitale, qui est cachée par l'opercule , sont plus grêles et plus petites que les caudales ; elles ont des côtes extrêmement grêles et courtes ; leurs apophyses épineuses , dont fextré- mité est légèrement dilatée , beaucoup plus grêles que celles des vertèbres suivantes , sont recourbées en avant et ont ainsi la forme d'arcs dont la convexité est dirigée en arrière. Les vertèbres caudales en revanche, au nombre de quatorze, se distinguent par la rigidité de leurs longues et grosses apophyses épineuses ; les inférieures sont un peu plus longues et paraissent même plus grosses que les supérieures. On ne peut apercevoir nettement la disposition des dernières vertèbres , que dans l'exemplaire de la tab. 6, où l'on remarque comment les dixième, onzième, douzième et trei- zième vertèbres sont sensiblement plus petites que les précédentes ; leurs apophyses épineuses sont aussi beaucoup plus courtes. Les larges osselets applatis, qui portent les rayons de la caudale , appartiennent à la quatorzième vertèbre ; dans l'exemplaire du Musée de Carlsruhe , ils sont brisés à leur point d'insertion et séparés du corps de la vertèbre , dont on voit cependant qu'ils dépendent. Quant aux nageoires , la première dorsale est parfaitement bien conservée dans tous les exemplaires mentionnés plus haut ; mais dans celui de Carlsruhe les rayons des autres nageoires sont plus ou moins épars , et dans la dorsale et l'anale les os- selets interapophysaires sont plus ou moins déplacés, surtout au commencement de l'anale, là où, dans l'état de parfaite conservation, l'on trouve les deux rayons épi- neux antérieurs de l'anale; mais dans les exemplaires du Musée de Paris, j'ai pu rétablir tous leurs caractères. La première dorsale est portée par douze osselets interapophysaires, très-allongés, assez grêles, fixés entre l'os occipital et l'apophyse épineuse de l'avant-dernière ou de la dernière vertèbre abdominale. Le premier de ces osselets est dilaté en une large plaque triangulaire, en avant de laquelle il y a encore deux osselets libres et inermes. La dorsale elle-même est formée de douze rayons, dont les trois premiers sont très-courts et ne présentent que de petits onglets à la base des nageoires; c'est le quatrième rayon qui est le plus long, les suivans vont en diminuant insensible- ment. La longueur considérable des rayons de cette nageoire et la forme du corps plus allongée que dans le Vomer Brownii constituent le caractère distinctif de cette espèce. — 50 — La seconde dorsale est séparée de la première par une forte écliancrure , résultant de la grandeur de ces premiers layons, qui vont en s'allongeant très-insensiblement. Cette nageoire diffère , du reste , de la première par les rayons moux et fourchus qui sont tous assez courts, fendus à différentes reprises et articulés à leur extrémité; il y en a vingt-six, portés par vingt-cinq petits osselets interapopliysaires , très- grêles et dilatés en une petite plaque , seulement dans leur partie supérieure , près du point d'articulation des rayons. Ils sont tous fixés entre l'apopliyse épineuse de l'avant-dernière ou de la dernière vertèbre abdominale et celle de la dixième caudale. L'anale est semblable à la seconde dorsale; elle s'étend, comme elle, depuis le milieu du tronc jusque vers l'insertion de la caudale. Le nombre de ses rayons est de trente-deux , correspondant , par leur forme et leurs dimensions , à ceux de la seconde dorsale, insérés sur autant d'osselets interapopliysaires. Ces osselets sont plus grands et plus gros que ceux de la dorsale, surtout les premiers; il y en a trente-deux , dont cinq sont insérés en avant de la première vertèbre caudale , et les suivans entre celle-ci et la dixième vertèbre. Des cinq osselets antérieurs à la première vertèbre caudale, le premier, comparé à tous les autres, est immensément gros , £t prolongé jusqu'au corps de la vertèbre à laquelle il s'attache ; sa partie in- férieure est dilatée en une très-grosse plaque triangulaire , dont la pointe antérieure est dirigée vers les os du bassin ; il borde ainsi la cavité abdominale dans sa partie postérieure et inférieure. Les deux osselets suivans portent deux petits rayons simples , plus courts que ceux qui suivent et qui forment surtout l'anale. La forme de la caudale diffère aussi de celle du Vomer Brownii , en ce qu'elle est à peine échancrée et plutôt renflée dans la partie moyenne, qui est intermédiaire aux deux lobes latéraux. La tête , quoique démembrée , et les extrémités thoraciques et pelviques sont si bien conservées dans l'exemplaire du musée de Carlsruhe , qu'on en reconnaît parfai- tement bien toutes les parties. Cependant il n'est resté qu'une arête de l'humérus et son prolongement triangidaire au-dessus de l'insertion de la pectorale gauche; la partie extérieure des os est enlevée et n'a laissé que son empreinte. En dessous et derrière cette insertion, l'on voit un gros styloïde qui s'étend jusqu'au bassin et en avant duquel se trouvent le radius et le cubitus. L'extrémité antérieure de l'humérus et le cubitus atteignent un développement assez considérable. Ce dernier et le radius sont très-applatis et forment deux larges croissans dirigés l'un contre l'autre, comme dans le Gasteronemus. L'os du bassin est également bifurqué, allongé, comprimé et relevé; il va s'insérer au radius. On ne voit que l'insertion de la pectorale de gauche et la partie inférieure d'une huitaine de rayons; les ventrales ne sont pas mieux con- servées , on observe cependant que les rayons extérieurs sont plus allongés et que la — 31 — nageoire a pu avoir la forme de celles du Vomer vivant ; il y a cinq ou six rayons visibles. Dans le petit exemplaire du Musée de Paris, Tab. 5, on distingue très-bien treize rayons aux pectorales, et dans le grand, Tab. 6, sept rayons aux ventrales. Les opercules et le préopercule sont étroits et très-allongés ; ce dernier forme même une arête longiludinale oblique au dessous de l'orbite. On compte six ou sept rayons branchiostè- gues, au dessous desquels s'étale l'immense queue de l'os hyoïde, dont la partie inférieure est très-épaisse. La mâchoire inférieure est courte, mais assez élevée. A la mâchoire supé- rieure, on voit parfaitement le petit intermaxillaire avec son large pédicule qui borde tout le contour supérieur de la bouche, et derrière lui le maxillaire supérieur dilaté en spatule et recouvrant en partie l'angle postérieur de la mâchoire inférieure. Les écailles sont très-petites et n'ont laissé que leur empreinte ; la ligne latérale est paral- lèle au dos et un peu plus rapprochée de la colonne vertébrale que du bord dorsal. Tous les exemplaires connus de cette espèce ont été trouvés au Monte-Bolca. Je décrirai plus tard deux autres espèces du genre Vomer, l'une que j'ai inscrite dans mes notes , sous le nom de Vomer priscus , provient des schistes de Glaris ; l'autre est origi- naire du Liban, je la nomme Vomer parvulus. Du GENRE ZeUS CuV. Cuvier range les Dorées (Zeus) parmi les Scombéroïdes , et il les place en tête de sa cinquième grande tribu, qui comprend les espèces à bouche protractile. Sans accorder une importance exagérée à la protractilité de la bouche , on ne saurait méconnaître que les Zeus ne soient très-voisins des Scombéroïdes trapus, tels que les Equula et même les Vomers. Ce sont, comme eux, des poissons ramassés dont le corps est pourvu de toutes sortes de piquans qui leur servent comme autant d'armes défensives. L'appareil operculaire est hérissé de plusieurs épines dirigées en arrière. La première dorsale est formée de gros épineux, ac- compagnée de chaque côté d'une épine courte et pointue. La seconde dorsale s'étend jusqu'à l'origine de la caudale, et est flanquée, ainsi que l'anale, de chaque côté, d'une rangée de grosses pièces osseuses surmontées d'épines fourchues. Il y a en outre une rangée d'écussons semblables de chaque côté du ventre entre les ventrales et l'anale. Les ventrales sont insérées sous les pectorales ; leur premier rayon est épineux. L'anale est précédée de quatre épineux très-vigoureux qui représentent une première anale. Le squelette de Zeus, dont j'ai donné la figure (Tab. B, fig. 2) , ressemble à bien des égards à celui des Equules décrit ci-dessus (pag. 24). La colonne vertébrale est courbée en S, et composée de vertèbres en général plus hautes que longues , et marquées de profondes im- pressions longitudinales , qui leur donnent une apparence caverneuse. Les côtes sont exces- sivement grêles. Les premières s'attachent au corps même des vertèbres ; mais à partir de la Carton. Tom. V. — 32 — septième et huitième vertèbre, elles sont portées par des apophyses inférieures qui vont en augmentant de volume , et dont les dernières sont énormes. Les apophyses épineuses supé- rieures des vertèbres abdominales sont pour la plupart faibles et inclinées en arrière ; mais celles des vertèbres caudales , et même celles des dernières abdominales . sont plus longues et sspatuliformes. Les osselets interapophysaires sont munis de larges crêtes . et forment aux bords supérieur et inférieur une cloison osseuse continue, Zeus priscus Âgass. Vol. S, Tab, kS, fig. II. Ce n'est pas sans quelque doute que je rapporte au genre Zeus le fragment de poisson dont il est ici question ; car il n'a conservé aucun de ces appendices extérieurs qui donnent aux Zeus leur physionomie particulière ; la tête et la partie antérieure du tronc sont même complètement enlevées. On n'en voit pas moins que c'était un poisson trapu, à corps haut, à pédicule de la queue très-resserré, à caudale petite et grêle, à dorsale composée d'épines et de rayons mous dont les premiers sont très-vigoureux, tandis que les autres sont plus longs. L'anale est bien fournie, et les premiers épineux ont tout-à-fait l'air d'avoir formé une nageoire à part, comme chez les Zeus. Le squelette est composé de petites vertèbres, en gé- néral plus hautes que longues. Les osselets interapophysaires sont aussi longs que les apo- physes , mais un peu plus nombreux. Il n'existe aucune trace d'écaillés ; mais la ligne latérale n'en est pas moins des plus distinctes ; elle court d'abord parallèlement au dos, et rejoint la colonne vertébrale à-peu-près à la septième vertèbre caudale , en allant d'arrière en avant. L'origine de cette espèce m'est inconnue; elle m'a été communiquée par M. le professeur Otto. L'original de ma figure se trouve au musée de Breslau. Les autres espèces qu'on a rangées dans ce genre ne sont pas de véritables Zeus. Le Zeus yomer et le Zeus triurus de l'Ilt, ver, sont deux synonymes de mon Fomer longispimis ; le Zeus Gallus de l'Itt, ver. est mon Acanthonemus filamentosus ; le Zeus Rhombeus de Blainville appartient à mon genre Gasteronemus ; le Zeus Platessus du même auteur, qui est le Cory- phaena apoda de l'Itt. ver. est mon Pycnodus Platessus de l'ordre des Ganoïdes ; enfin le Zeus spinosus , le Zeus Platessa et le Zeus Regleysianvs de Blainville forment un genre particulier de la famille des Percoïdes que j'ai appelé Acanus. — 33 — CHAPITRE V. DU GENRE LIGHIA Ccv. Avant que Cuvier eût soumis les Scombéroïdes à une révision complète , il régnait , à l'é- gard du genre Lichia, une si grande confusion parmi les naturalistes, qu'il eût été difficile d y rapporter aucun poisson fossile. Aujourd'hui ce même genre est parfaitement circonscrit. \ oici quels sont les caractères que lui assigne l'illustre auteur de l'Histoire naturelle des pois- sons (*) : « Les Liches ont le corps oblong , comprimé , sans carène latérale , sans crête sail- » lante au côté de la queue. Au lieu de premières nageoires, elles ont, comme les Centro- » notes , des épines qui peuvent se mouvoir isolément et ne sont retenues chacune que par » une petite membrane particulière. En avant de la première, et plus ou moins cachée sous la » peau, est une épine fixe, dirigée en avant, qui appartient à un interépineux. Deux épines » libres , semblables à celles qui représentent la première dorsale , sont placées derrière l'anus » et y forment une sorte de première anale. » Le squelette des Liches n'est pas moins remarquable. Nous allons en indiquer les princi- paux traits, tels que je les ai étudiés sur le Lichia amia, représenté Tab. C. La colonne vertébrale est formée de vingt-quatre vertèbres , dont dix abdominales et qua- torze caudales. Les caudales , à l'exception des trois premières , sont plus longues que hautes et sensiblement étranglées au milieu. Les abdominales sont plus trapues et en général plus hautes que longues. Les apophyses épineuses s'élèvent du milieu du corps de la vertèbre, et il n'y a que les dernières vertèbres caudales où leur insertion soit au bord postérieur de la ver- tèbre. Les apophyses supérieures vont en s'allongeant graduellement depuis la nuque jusqu'à l'origine de la dorsale molle, d'où elles diminuent de nouveau. Celles du milieu sont sensi- blement arquées ; mais il n'y a que celles des dernières vertèbres caudales qui soient forte- ment inclinées. Les premières apophyses inférieures sont plus longues que les supérieures , plus droites, et percées de trous à la base des apophyses. Un trou semblable s'observe aussi au dessus de l'apophyse transversale de la dernière vertèbre abdominale. Les côtes sont de moyenne grandeur et vont en diminuant d'avant en arrière ; la dernière paire est fortement arquée en arrière. Les osselets interapophysaires supérieurs et inférieurs sont très-développés et munis de fortes crêtes latérales. Leur nombre est égal à celui des apophyses dans toute la {') Cuvier et Valenciennes , Histoire naturelle des Poissons , tom VIII, pag. 340. TOM. V. 5 _ 31 — partie antérieure du tronc ; mais à partir de la dorsale molle, il y en a régulièrement deux pour une apophyse. Le même rapport existe pour l'anale ; seulement le premier osselet qui forme la cavité abdominale, est beaucoup plus robuste que les autres. Il y a sept épineux à la dorsale , en y comprenant le premier qui est dirigé en avant. Les rayons de la dorsale molle sont au nombre de vingt-un. Les deux premiers, portés par un seul osselet, sont simples, mais articulés. Il y a le même nombre de rayons à l'anale , plus deux petites épines en avant. Entre chaque rayon est interposé un osselet horizontal articulé sur les interapophysaires , et qui est d'autant plus long que les rayons sont plus distans. Ceux qui séparent les épineux sont par conséquent les plus grands , et ils ont en outre leur extrémité postérieure fortement échancrée. Celui qui précède le premier rayon articulé de l'anale est également fort long , mais non échancré en arrière. Les suivans, ainsi que ceux de la dorsale molle, sont très- petits et presque aussi large que longs. Les ventrales sont attachées à un os du bassin très- pointu en avant. La tête est proportionnellement petite ; mais le préopercule et les battans operculaires sonl vigoureux; en revanche, l'arcade temporale, et surtout les os transverses et palatins sont faible^. La carène occipitale est très-développée et s'étend en avant sur les frontaux, tandis que les crêtes latérales du crâne sont moins développées. Les mâchoires sont garnies de fines dents en brosse. Parmi les espèces que Cuvier a réunies dans le genre Lichia , il y en a qui ont la ligne latérale très-arquée en avant, et d'autres qui l'ont droite. Ce sont des poissons de grande et de moyenne taille qui sont très-répandus dans la Méditeri-anée et dans les différens Océans. Jus- qu'ici je ne connais encore qu'une espèce fossile qui puisse être rapportée avec certitude à ce genre , c'est le Lichia prisca Agass. Vol. 5, Tab. Il et Tab. 11 a. Syn. Scomber pelagicus Itl. ver. Tab. 16. — Scomher Cordyla Ut. ver. Tab "28. — Coryphœna Itt. ver. Tab. 68. — De Blainv. Ich. pag. 41 et 42. — Bronii. Ut. 4°, 45 et 55. Bien qu'il soit très-difficile de distinguer les Liches des autres genres voisins, je ne mets cepen- dant nullement en doute que le poisson de Monte-Boica que je vais décrire , ne soit une véritable Liche ; du moins en a-t-il la physionomie générale et tous les caractères essentiels. C'est un poisson très-régulier, de forme cylindracée. La tête est contenue trois fois et demi dans la lon- gueur totale. Le tronc, qui a son maximum de largeur près de la seconde dorsale, se rétrécit insensiblement vers la caudale, et le pédicule de la queue est très-étroit. Le nombre des ver- tèbres est de vingt-quatre, dont quinze caudales et neuf abdominales. Les abdominales sonl grosses et trapues ; mais les caudales se rétrécissent sensiblement vers la queue, et comme elles sont toutes fortement étranglées au milieu, leurs articulations n'en paraissent que plus — 35 — saillantes. Les apophyses épineuses sont assez robustes et de plus en plus inclinées en arrière. Les côtes sont fortes et plus longues que les apophyses. Les osselets intcrapopliysaires s'éten- dent tout le long du dos , depuis la nuque , jusque près de l'origine de la caudale , et ceux de la dorsale épineuse sont munies de larges crêtes latérales ; ils portent en outre chacun un rayon et correspondent à une seule apophyse. Ceux qui correspondent à la dorsale molle sont plus irréguliers , et il y en a toujours au moins deux pour une apophyse. Les osselets de l'anale sont d'abord longs et fort grêles à l'origine de la nageoire , mais ils se raccourcissent assez rapidement en arrière ; le premier se distingue en outre par une surface articulaire très- renflée. La première dorsale est composée de sept épines , dont les premières sont les plus courtes. Je n'ai pas remarqué le premier épineux fixe qui , dans les espèces vivantes , est di- rigé en avant , mais je suppose qu'il est tombé. La longueur considérable de ces épines dis- tingue suflisamment notre espèce fossile de toutes les vivantes. La dorsale molle s'étend jusque près de l'origine de la caudale ; aussi compte-l-elle un nom- bre de rayons beaucoup plus considérable (au moins triple), tous distinctement articulés et dichotomisés ; ce sont les premiers qui sont les plus longs. L'anale est insérée en arrière de la seconde dorsale. A sa base se voient les épineux caractéristiques du genre, au nombre de trois ; mais ils ne sont pas isolés des rayons mous comme dans la plupart des espèces vivantes. Les deux premiers , qui sont les plus courts, sont portés par le premier osselet interapophy- saire, qui est le plus gros de tous, et celui qui sert en même temps à fermer la cavité abdomi- nale ; le troisième épineux a un osselet pour lui seul. Les premiers rayons mous sont aussi longs que ceux de la seconde dorsale. La caudale est profondément échancrée , et ses lobes sont pointus ; elle est supportée par les trois dernières vertèbres caudales ; de manière que la dernière, qui est presque réduite à une plaque dilatée, porte les rayons intérieurs de la nageoire; la pénultième les grands rayons simples , et l'antépénultième , les petits rayons indivis. La for- mule de la nageoire est : 10 , 1,9, 7, I, 10 ou H . Les ventrales sont composées de rayons peu nombreux, fort gros et divisés un grand nombre de fois. Les pectorales qui s'attachent à la ceinture thoracique immédiatement au dessus des ventrales, ont une vingtaine des petits rayons très-lins. Les écailles ne sont pas conservées d'une manière bien nette ; cependant on en remarque par ci par là quelques-unes qui ont conservé leur structure. Elles sont très-petites et circulaires. En les examinant à la loupe, on y reconnaît distinctement les sillons rayonnans qui s'entrecroisent avec les lignes circulaires ou d'accroissement. (Tab. i 1 , fig. 2.) Les os de la tête sont assez bien conservés dans l'exemplaire de Tab. il a: on distingue sur- tout la voûte crânienne , une partie des pièces operculaires, l'arcade temporale et palatine et les mâchoires qui sont disloquées de manière à pouvoir être examinées isolément. On y voit les deux maxillaires supérieurs , dont l'un, celui de gauche, est conservé en entier, les deux intermaxillaires avec les dents en brosse et les maxillaires inférieurs , dont le bord est égale- ment garni de dents en brosse. C'est une espèce de Monte-Bolca. L'original de Tab. i l appartient au Musée de Munich, ce- lui de Tab. Ha fait partie de l'ancienne collection de Gazzola et se trouve au muséum de Paris. — 36 — CHAPITRE VI. DU GENRE TRACHINOTUS LAcép. Ce groupe , établi d'abord par Lacépéde , sur des caractères mal déterminés , a été définiti- vement limité et caractérisé par Cuvier, dans son Règne animal. Ce sont des poissons voisins des Liches, et, au dire de Cuvier lui-même, qui en a fait une élude détaillée, ils n'en diffè- rent « que par un corps plus élevé , par un profil qui tombe plus verticalement en avant de l'œil, et par de plus longues pointes à leur seconde dorsale et à leur anale. Au lieu de première dorsale et de première anale, ils ont des épines libres, comme les Liches ; mais ils n'ont point de rayons libres en arrière, comme les Chorinèmes. Leurs dents sont en fin velours et ne ressemblent nullement à celles des Chétodontes , avec lesquels on les a long-temps associés à tort» (*). D'après cela, on comprend qu'il doit être plus difficile encore de déterminer les espèces fossiles ; surtout si toute les parties du squelette ne sont pas parfaitement conservées. Aussi en rapportant à ce genre l'empreinte fossile que je vais décrire, je me suis laissé guider uniquement par la forme générale du poisson. S'il eût été plus allongé, je n'aurais pas hésité à le rapporter au genre des Liches. Cuvier décrit plus de vingt espèces vivantes de ce genre , dont je ne connais qu'une seule espèce fossile. Trachinotus TENUiCEPs Agass. Vol. 2,Tab. 7. Syh. Chœtodon rhomhoidalù Itt. ver. Tab. 39, fig. 3. — De Blainv. Ich. pag. 52. Il existe au muséum de Paris deux plaques correspondantes de cette jolie espèce. Quoique l'on ne voie pas la dentition de l'intérieur de la gueule , la forme générale du poisson , les proportions du corps, et cet air de famille si inappréciable en histoire naturelle, compensent ce qu'il y a de défectueux dans les détails ; et comme on ne peut balancer qu'entre les genres Platax et Trachinotus , parce que l'existence des ventrales exclut les Psettus , il ne peut rester {*) Cuvier et Valenciennes ;, Histoire naturelle des Poissons, toin. VIII , pag. 398. — 37 — aucun doute sur sa position générique dans la famille des Scombéroïdes ; il n'y a d'ailleurs pas l'apparence d'écaillés aux nageoires , et l'on voit sur tout le corps ce lustre muqueux qui est commun chez les Scombéroïdes. Notre T. tenukeps se fait remarquer par les particularités suivantes : les corps des vertèbres sont beaucoup plus petits, et leurs apophyses épineuses beaucoup plus grêles que dans les es- pèces vivantes ; d'où il résulte que le corps entier du poisson est proportionnellement plus court et plus large ; il a la forme d'un rhombe à-peu-près équilatéral. Il y a du reste, de même que dans le squelette de l'espèce vivante appelée T. argenteus , dix vertèbres abdominales et quatorze caudales; entre toutes les apophyses épineuses, ce sont les moyennes qui sont les plus longues. Les côtes sont également plus longues que dans les espèces vivantes : les der- nières sont portées par d'assez longues apophyses transverses, dirigées perpendiculairement en bas. Les osselets interapophysaires , surtout ceux de la dorsale, sont très-grèles et unis les uns aux autres par des lames osseuses, afïectant la forme de crête en avant et en arrière; ceux qui correspondent au bord antérieur de la dorsale molle sont les plus grands. En avant des épineux, il y en a trois inermes, suivis de sept , qui portent des rayons (ce nombre est le même dans le T. argenteus) . Il demeure incertain si le premier avait une épine dirigée en avant ; mais comme la plaque montre une entaille en cet endroit , je présume qu'il y avait là une épine plus grosse. Le dernier osselet est fixé à la sixième apophyse épineuse , à partir de la queue. Le premier rayon de la dorsale molle est un épineux allongé , dont l'os- selet inlerapophysaire est attaché à la septième apophyse épineuse à partir de la nuque ; puis vient le grand rayon simple articulé ; les suivans qui, dès le troisième et le quatrième, vont en diminuant sensiblement de longueur, et dont les postérieurs sont très-bas, sont plus ou moins fourchus. Il est à remarquer que l'espèce fossile est une de celles du genre dont la por- tion élevée de la dorsale molle n'est pas démesurément prolongée , comme dans le T. glaucus. Le nombre des rayons mous de la dorsale est de vingt-huit , y compris le grand articulé , portés sur vingt-sept interapophysaires de plus en plus petits. L'anale correspond exactement à la dorsale molle ; les osselets interapophysaires qui la por- tent sont aussi conformés de la même manière , à l'exception du premier interapophysaire , qui s'attache très-haut en avant de la première apophyse épineuse inférieure ; il est très-grand et fort gros , dilaté en plaque triangulaire à son extrémité inférieure , et donne attache à deux épineux libres situés en avant de la nageoire. Les osselets interapophysaires qui suivent immé- diatement sont assez grands, mais ils vont en décroissant jusqu'à la neuvième apophyse, à laquelle s'attache le dernier. Leur nombre est de vingt-six (sans le grand) portant en tout vingt-six rayons , qui vont en décroissant jusqu'au milieu de la nageoire ; au delà , leur lon- o-ueur est à-peu-près uniforme jusqu'au bout des nageoires. La caudale est très-fourchue et de moyenne grandeur. Sa formule est : 8 à 9. 1. 8. 7. I. 8. à 9. Il n'est resté de la ceinture thoracique que l'extrémité inférieure de l'humérus et le cubitus ; qui ont à-peu-près les mêmes dimensions que dans le T. argenteus ; peut-être sont-ils cepen- — 38 — dant un peu plus courts et plus larges. Le bassin est petit, ainsi que les ventrales qui s'y at- tachent ; leur extrémité ne dépasse pas l'insertion de l'anale. Quant à la tète, elle est remarquablement petite, comparée à celle des espèces vivantes et à la masse du corps. La crête occipitale est élevée et se dilate en arrière. L'opercule est petit et assez étroit ; le préopercule se développe surtout vers le bas. Je compte sept osselets bran- chiostègues dans la plaque droite. La gueule est de moyenne grandeur, l'orbite est grande. Dans le T. argenteus , le préopercule est muni à son bord antérieur d'une forte et large crête ou arête ; l'ethmoïde et les frontaux antérieurs dilatent la partie antérieure du crâne , qui est relevée de trois crêtes considérables, dont la moyenne, qui s'étend sur le frontal et jusque sur l'ethmoïde, est la plus considérable. De part et d'autre, une crête latérale s'étend encore sur les frontaux principaux et sur l'occipital externe, et à son extrémité se fixe une des cornes du suprascapulaire. La crête externe, qui est la plus basse et la plus courte , ne s'étend que sur le frontal postérieur et sur le mastoïdien, à l'extrémité duquel se fixe la branche inférieure du suprascapulaire. L'exemplaire figuré ,_ jusqu'ici le seul connu de cette espèce, provient de Monte-Bolca, et se trouve dans la collection du muséum de Paris. — 39 CHAPITRE YII DU GENRE CARANGOPSIS Agass. On est tenté de confondre au premier abord les poissons que je réunis dans ce genre avec les Liches et les INaucrates , dont ils ont en effet la forme et la physionomie générale ; et il est d'autant plus difflcile de se prononcer sur l'identité générique , que les caractères d'après les- quels Cuvier a établi ses divisions dans la grande famille des Scombéroïdes , sont en partie empruntés à des parties molles de l'animal, qu'on ne peut par conséquent pas invoquer lors- qu'il s'agit d'espèces fossiles. En pareil cas, la détermination du genre est souvent plus dif- ficile que celle de l'espèce, et il faut avoir à faire à des exemplaires très-bien conservés pour pouvoir prononcer avec quelque certitude sur l'affinité générique. Je réunis sous le nom de Carangopsis quelques poissons de moyenne taille , dont la charpente est robuste , et le corps , selon toute apparence, comprimé latéralement. Les mâchoires sont armées de dents en velours ras qui tapissent le vomer, et sont disposées par bandes sur les inlermaxillaires et les maxil- laires inférieurs. Je n'ai pu savoir avec certitude s'il y en a également au palatin, mais j'ai quelque raison de le croire. Ce qui les distingue essentiellement des Liches, c'est l'absence d'épines en avant de l'anale, et d'une épine fixe dirigée en avant, à la première dorsale: d'un autre côté , les rayons de la première dorsale qui sont souvent réduits à de très-petites épines chez les Liches, sont en général plus développés dans notre genre ; mais il est diffi- cile de dire s'ils étaient réunis en une nageoire par une membrane continue , ou s'ils étaient isolés. La seconde dorsale et l'anale sont opposées; elles commencent un peu au-delà de la moitié de la longueur, et s'étendent jusque près de l'origine de la caudale, se distinguant par là des Maquereaux (Scomber) et des Thons (Thynnus), chez lesquels ces deux nageoires sont beaucoup plus courtes. Il n'y a pas de rayons libres en arrière. Les osselets qui portent les rayons impairs sont beaucoup plus nombreux que les apophyses , du moins dans la partie postérieure du tronc , où il y en a ordinairement deux , et quelquefois même trois pour un apophyse. Ceux de la première dorsale sont garnis de fortes crêtes. Les espèces de ce genre ne se trouvent que dans les terrains postérieurs à la craie. Toutes les espèces connues jusqu'ici proviennent de Monte-Bolca. _ 40 — I. Carangopsis latior Agass. Vol. S,Tab. 9, fig. 2. Syn. Polynemus quinquarius lu. ver. Tab. 36 ( le grand poisson). — Mugil brevis De Blainv. Ich. p. 40. — Bronn. It. N° 42. Cette espèce se reconnaît aisément à sa forme large et trapue, et à sa grosse tête obtuse. Elle est de moyenne taille ; sa plus grande largeur, prise à l'origine de la première dorsale , est à la longueur comme 2 à 7. La tête est aussi haute que longue, et contenue cinq fois dans la longueur totale du corps. Les vertèbres sont massives et aussi hautes que longues, ex- cepté près de la queue, où elles ont l'air de s'allonger, tout en se rétrécissant. Il y en a en tout vingt-deux, dont treize caudales et neuf abdominales. Les apophyses épineuses partici- pent de la forme massive des corps de vertèbres , notamment »les nuchales et les premières apophyses inférieures. Les osselets interapophysaires de la première dorsale sont munis de chaque côté de larges carènes. Ceux qui supportent la dorsale molle sont beaucoup plus grêles et dépourvus de carènes. Les côtes sont assez vigoureuses, mais cependant moins grosses que les apophyses. Les deux dorsales sont distinctement séparées. La dorsale épineuse est composée de rayons d'abord très-vigoureux, qui vont ensuite en décroissant, et qui sont supportés chacun par un osselet interapophysaire ; j'en compte sept dans notre exemplaire, dont le second est le plus grand, plus un petit crochet en avant du premier. La dorsale articulée est composée de vingt et un rayons très-divisés qui vont également en se raccourcissant en arrière, m^is d'une manière plus graduelle que ceux de la dorsale épineuse. Les deux premiers sont simples. A chaque rayon correspond un osselet. En revanche, la disposition des osselets, relativement aux apophyses , est très-variable ; ceux de la dorsale épineuse correspondent chacun à un apophyse ; mais dans la dorsale molle il y en a deux et même trois pour une apophyse. L'anale ressemble fort à la dorsale articulée, dans sa forme aussi bien que dans sa structure ; cependant les premiers rayons forment un lobe plus saillant, et les derniers se raccourcissent d'une manière plus brusque. Il y a aussi ici pour chaque rayon un osselet. Le premier osselet, celui qui forme la cavité abdominale, est beaucoup plus grand et plus vigoureux que les autres. Le premier rayon est simple et précédé d'un petit crochet accolé à la nageoire. La caudale est profondé- ment échancrée et supportée , comme dans l'espèce précédente , par les trois dernières vertè- bres caudales. Sa formule est ; 8. 1. 10. 9. I. 7. Les articles des rayons sont à-peu-près aussi longs que larges. Les pectorales sont petites ; cependant il parait que leurs rayons ne sont pas aussi serrés que dans l'espèce précédente. Les ventrales comptent un petit nombre de gros rayons articulés de très-près et divisés nombre de fois. — kl — Les écailles sont assez bien conservées dans certains exemplaires et montrent aussi ici des stries rayonnantes dans leur partie antérieure , et des stries concentriques dans leur partie postérieui'e ; mais ces dernières sont si fines et si rapprochées (pi'on a de la peine à les décou- vrir. La ligne latérale est Irès-distiucte et à-peu-près parallèle au dos. Elle regagne la colonne vertébrale à-peu-près à la septième vertèbre caudale , à compter de la queue. On distingue la forme précise de plusieurs os, entre'; autres des mâchoires qui sont garnies de fines dents en brosse très-distinctes. La gueule est peu fendue; l'orbite est petite. C'est une espèce de Monle-Bolca. L'exemplaire figuré se trouve au musée de Munich , et provient de la collection de Cobres. IL Cauangopsis dorsalis Agass. Vol. S,Tab. 8. Stn. Sciœna iindecimalis Ut. ver. Tab. 53 , fig. 1. — De Blainv. Ich. pag. 45. Le caractère saillant de cette espèce réside dans ses vertèbres allongées, dont la longueur est d'un tiers plus considérable que la largeur, si l'on en excepte toutefois les premières cau- dales (en allant d'arrière en avant) qui sont aussi larges que longues. Le nombre total des vertèbres est de vingt-trois, dont treize caudales et dix abdominales. Les apophyses épineuses frappent par leur exiguïté ; il n'y a que celles des premières vertèbres abdominales , près de la nuque, qui aient une certaine largeur. Les côtes sont plus longues que les apophyses, mais également grêles. Quant aux osselets, ceux de la dorsale épineuse sont les seuls qui aient des crêtes latérales. Ce sont aussi les seuls qui alternent en nombre égal avec les apophyses. Ceux de la seconde d'/i^^ale et de l'anale sont bien plus rapprochés , et il y en a au moins deux et même trois pour une apophyse. Les deux dorsales sont séparées par un espace assez large, qui peut aussi être envisagé comme une marque caractéristique de l'espèce ; car ce qui prouve que cette large échancrure n'est pas due à une absence accidentelle des rayons, c'est que la même solution de continuité existe dans les osselets interapophysaires. La dorsale épineuse commence immédiatement der- rière la nuque, par deux osselets inermes, auxquels succèdent sept autres osselets plus larges portant chacun un rayon. Le premier des rayons est le plus long ; les autres diminuent insen- siblement d'avant en arrière. La seconde dorsale ou la dorsale molle commence au-delà de la moitié du corps, par un rayon simple qui n'a que la moitié de la longueur des suivans. Les premiers rayons dichotomisés sont à-peu-près aussi longs que les plus grands de la première dorsale ; mais ils diminuent assez rapidement vers la queue , ainsi que les osselets qui les por- tent. L'anale ressemble à la seconde dorsale ; elle est précédée, comme cette dernière , d'uu rayon simple qui atteint la moitié de la longueur du rayon suivant. Comme cette partie du corps du poisson est très-bien conservée dans l'exemplaire figuré, j'ai pu m'assurer qu'il n'y ToM. V. 6 — 42 — a pas d'autres épines eu avant des rayons bifurques. Or, nous avons vu que c'est là l'un des caractères qui distinguent les Carangopsis des Liches. La caudale est large et très-échancrée. Formule 6. I. 7; 7. I. 5 ou 6. Tous les gros rayons sont très-divisés et articulés de très-prés. Les ventrales sont composées d'un petit nombre de gros rayons divisés nombre de fois. Les pectorales, en revanche, ont des rayons très-lins et beaucoup plus nombreux; il y en a au moins une douzaine. La tète est courte, à-peu-près aussi haute que longue ; elle est contenue au moins cinq fois dans la longueur totale. L'orbite est grande et très-rapprochée du profil de la tête. ' Cette espèce se trouve au musée de Paris, et provient de Monte-Bolca. III. Carangopsis analis Agass. Vol.. S, Tab. 9, fig. I. Syn. Polynemus Itt. ver. Tab. 7a , fig. 3. — Scomher. Itt. ver. Tiib. 69, fig. 1. — Maena analis Agass. Cat. Mss. Cette espèce, très-bien caractérisée sous le rapport spécificjue, présente de graves difficultés quant au genre. Aussi a-t-elle été ballotée dans plusieurs genres fort différens. Volta la range tantôt parmi les Polynèmes, tantôt parmi les Maquereaux ; mais il est évident qu'elle n'a au- cun rapport ni avec l'un ni avec l'autre de ces genres. Trompé par la ressemblance superfi- cielle qu'elle offre avec certains Sparoïdes à mâchoires protractiles , je l'avais moi-même rap- portée, à tort , au genre Maena , dans mes premières notes. De fait, c'est avec les Liches et les Carangopsis qu'elle a le plus d'affinité; elle est même, à plusieurs égards, intermédiaire entre ces deux genres, et pout-être deviendra-t-elle par la suite l'anneau qui les unira , quand on aura vérifié sur un plus grand nombre d'espèces la valeur de leurs caractères respectifs. Nous nous bornerons pour le moment à indiquer les caractères de l'espèce. C'est un poisson de taille médiocre. Sa plus grande hauteur est en avant de la première dorsale: elle est à la longueur comme 2 à 9. La tête est contenue à-peu-près quatre fois dan^ la longueur du corps. La colonne vertébrale est assez robuste ; toutefois les vertèbres s'amin- cissent d'une manière sensible vers la queue, ce qui fait paraître les vertèbres caudales plus allongées que les abdominales. Le nombre total des vertèbres est de vingt-quatre, dont qua- torze caudales et dix abdominales. Peut-être cependant l'humérus et l'opercule en cachent-ils une onzième, ce qui porterait le nombre total à vingt-cinq. Les apophyses épineuses sont en général vigoureuses , à l'exception des dernières caudales , qui sont petites et fortement incli- nées en arrière. Les côtes sont grêles et à peine aussi longues que les apophyses. Il en est de même des osselets interapophysaires ; il n'y a que ceux de la première dorsale qui fassent exception , parce qu'ils sont garnis de chaque côté de crêtes saillantes ; aussi leur nombre cor- respont-il exactement à celui des apophyses , tandis que ceux qui portent la seconde dorsale — 'i5 — et l'anale sont bien plus nombreux ; il y en a ordinairement deux pour une ai)opliysc ; ils sont tous dépourvus de crêtes laléi'ales. Les nageoires méritent une attention toute particulière. Les deux dorsales sont séparées par une échancrure étroite, mais distincte. L'épineuse, composée de neuf rayons assez grêles et très- ra]>prochés , est supportée par huit osselets compris entre les f|uatrième et neuvième vertèbres abdominales. La dorsale articulée est bien plus longue ; aussi compte-t-elle un nombre bien plus considérable de rayons ; il y en a trente (jui vont en décroissant en arrière, et qui tous sont grêles et divisés à plusieurs reprises à leur extrémité. Les plus grands égalent la lon- gueur des plus grands épineux. Les deux premiers seuls sont simples. L'anale s'étend, comme la dorsale molle , jusque près de l'origine de la queue ; ses rayons sont de même calibre et fort nombreux. Au devant des rayons mous, il y a , comme dans les Liches , trois petits épi- neux ; mais, au lieu d'être isolés , ils sont accolés contre les rayons mous et portés par les deux premiers osselets interapophysaires Le premier de ces osselets, celui qui ferme la cavité ab- dominale, est sensiblement plus long et plus fort que les autres. Le nombre total des rayons est de vingt-un, portés par autant d'osselets interapophysaires, qui sont tous compris entre la sixième et la quatorzième vertèbre caudale. Il y a par conséquent en tout vîngl-trois osselets interapophysaires et vingt-quatre rayons à l'anale. La caudale est large et profondément échancrée , supportée par les trois dernières vertèbres caudales , de telle sorte que la dernière vertèbre porte tous les rayons internes qui sont au nombre de quatorze, la pénultième, le grand rayon externe simple et ranlépénultième, sept à huit petits rayons latéraux. Formule : 9. I. 7; 7. L 9. Les pectorales sont petites et composées de rayons très-fins : je n'en compte pas moins de dix-huit dans notre exemplaire. Les ventrales ont des rayons beaucoup plus gros et divisés nombre de fois à leur extrémité ; il y en a au moins neuf dans notre exemplaire ; le premier paraît être indivis. La tête n'est qu'imparfaitement conservée, cependant on reconnaît six rayons branchiostè- gues. L'opercule est assez large et arrondi. Les mâchoires paraissent être égales. L'œil est pe- tit. Les écailles ont dû être très-petites, mais elles n'ont laissé en général sur la pierre que l'empreinte d'une granelure peu distincte. On remarque cependant à leur partie supérieure des lignes concentriques assez rapprochées, et à leur partie antérieure, des rayons divergens , à travers lesquels on observe encore des traces des lignes concentriques. La ligne latérale a dû être très-distincte; elle décrit une courbe dont la convexité est dirigée vers le dos, depuis l'angle postérieur supérieur de l'opercule, jusqu'à la onzième vertèbre caudale. Cette espèce n'est pas bien rare à ce qu'il paraît à Monte-Bolca. Il en existe des exemplaires Ion Thyjinus holceit.sis , dont je n'ai pas de dessin suffisannnent exact pour pouvoir être publié, est une espèce de Monte-Boica, de très-grande taille, figurée grossièrement dans richthyolitoli^gie véronaise, Tab 27, sous le nom de Scomher Thynnm. Ton. V. — S8 — CHAPITRE XIII. DU GEIVBE ORCYJVrS Cuv. Ce genre a été établi par Cuvier, dans son Règne animal , pour le Thon à très-longues pectorales (Scombjr alatonga Gm.), connu sous le nom de Germon dans le golfe de Gas- cogne. Plus tard, dans son Histoire naturelle des Poissons, Cuvier a de nouveau supprimé ce genre, par la raison que le Thynnvs argentmtlatus Cuv. et le Thynnus balteatus Cuv. établis- sent des passages entre les deux formes, et le Germon ligure maintenant sous le nom de Thynnus alatonga Cuv (*). Pour ma part, tout en reconnaissant la grande affinité des Orcynus avec les Thons, je suis cependant disposé à les maintenir comme genre, d'autant plus que les espèces fossiles qui doivent nous occuper se distinguent par un caractère particulier dans l'arrangement des nageoires, en ce que la dorsale molle est non-seulement moins reculée que dans les Thons ordinaires, mais même plus rapprochée de la tête que de la queue. Or, si l'on considère qu'avec cela les pectorales sont beaucoup plus longues et plus amples que chez les autres Thons , il me semble qu'il y a là de quoi justifier une séparation géné- rique, surtout dans un groupe qui se distingue, comme celui des Scombéroïdes , par la grande uniformité de ses nombreuses espèces. Au reste, la physionomie générale de ces pois- sons rappelle tout-à-fait celle des Thons; le corps est large au milieu et três-atténué vers la queue. Le squelette est robuste ; la colonne vertébrale , composée de vertèbres massives , est au moins aussi longue que haute ; la partie postérieure des bords dorsal et ventral est garnie de fausses pinnules supportées par des osselets vigoureux. Il y a derrière la nuque une dor- sale épineuse qui paraît s'étendre jusqu'à la dorsale molle. Les espèces fossiles connues jusqu'ici sont au nombre de deux ; elles proviennent l'une et l'autre de Monte-Bolca. C) Cuvier el Valenciennes , Histoire naturelle des Poissons, tom. VIII, p. 120. — rjo — I. ObCYNUS LANCEOLATl'S AgaSS. Vol. S. Tab. 23. SvN. Scomber alatitngua lit. ver. Tab. 29, lig. J . — Salmo cyprinoides Itt. ver. Tab. 52. — Cliipea cyprinoides (le Blainv. Iclilli. p. 39. — Bronn Ut. n» 48. Celte espèce a été décrite sous deux noms dilTérens par l'auteur de l'Ichthyolitologie véronaise, qui l'a pris une fois pour le Scomber alatomju (Thynnus) , avec lequel elle a en effet quelque rapport, et qui une autre fois en a fait un Saumon. M. de Blainville, de son côté, commet une erreur non moins grave , en reportant ce poisson dans le genre des Clupes. Pour l'obser- vateur attentif, il est évident que c'est bien un Scombéroïde ; les fausses pinnules et les deux nageoires dorsales en sont la meilleure preuve. Un caractère qui frappe au premier coup d'oeil, c'est la petitesse de la tête, qui est contenue près de cinq fois dans la longueur du corps ; sa hauteur n'est pas non plus bien considérable. Le museau est pointu , et quoique l'ouverture de la gueule ne soit pas visible , je pense cependant qu'elle n'était pas bien pro- fondément fendue. De tous les os de la tête, celui qu'on distingue le mieux, c'est l'opercule, qui est muni de stries rayonnantes très-distinctes ; son pourtour est arrondi en arrière , et son bord lisse. Le préopercule est étroit et allongé. L'orbite est grande. Les dents ne sont malheureusement pas conservées. La colonne vertébrale est de moyenne grandeur. Les ver- tèbres vont en s'allongeant d'avant en arrière ; fortement étranglées au milieu, elles sont ren- flées à leurs faces articulaires. H y en a vingt-deux caudales et une douzaine d'abdominales. Les apophyses épineuses sont longues , droites et très-robustes ; il n'y a que les dernières qui s'inclinent sensiblement en arrière. Les côtes sont plus grêles, mais également très-longues. Quant aux osselets interapophysaires, on remarque de singulières variations dans leur forme et leur disposition ; ceux qui portent la dorsale molle sont grêles, et il y en a ordinairement deux pour une apophyse. Ceux qui portent, au contraire, les fausses pinnules en arrière de la dor- sale , sont beaucoup plus gros et vont en s'inclinant sensiblement en arrière dans la partie postérieure du tronc. Les mêmes particularités se répètent au bord inférieur. D'abord simple- ment coudés , les osselets des pinnules ventrales s'inclinent toujours plus en arrière jusqu'à ce qu'à la fin les derniers soient presque horizontaux. La première dorsale n'est qu'impar- faitement conservée; cependant on reconnaît distinctement quelques-uns de ses rayons et de ses épineux . derrière la nuque ; le reste est caché par la pectorale , qui est accidentellement refoulée en haut. La dorsale molle est petite , située au milieu du dos, et composée de douze à treize rayons très-serrés et tous bifurques à plusieurs reprises. L'insertion de l'anale est un peu en arrière de celle de la dorsale ; ses rayons sont plus gros, moins nombreux, mais très- branchus : on n'en compte que six, précédés de deux épineux , dont l'un atteint à-peu-près la longueur du premier rayon mou , tandis que l'autre, qui est le premier, n'a que la moitié de cette longueur. La caudale est largement échancrée, à lobes étroits. Sa formule est 9 ou — GO — iO. I. 8 ; 9. I. 10 ou H; mais les rayons simples extérieurs ne sont pas limités à la base de la nageoire ; ils s'élèvent sur ses flancs jusqu'à atteindre presque la longueur du grand rayon simple. Il est probable que tous ces rayons ont une fourche à leur base qui embrasse la pla- que dilatée de la dernière vertèbre caudale , comme c'est le cas des Tetrapturus. La ligne circulaire , à l'origine de la nageoire , indiquerait dans ce cas l'origine de la fourche et la li- mite des muscles. Les pinnules qui garnissent le bord dorsal et ventral entre la dorsale et la caudale , d'une part , et l'anale et la caudale , de l'autre, sont composées de petits rayons courts et très-fins , insérés sur le coude des osselets. Les pectorales qui se trouvent par accident hors de leur position naturelle , dans l'exemplaire figuré , sont composées d'un nombre considé- rable de rayons grêles et très-allongés. Les plus longs atteignent la base de la dorsale. Les ventrales , situées sous les pectorales , sont excessivement petites , elles n'ont guère qu'un demi-pouce de long sur un quart de pouce de large. Les écailles sont grandes pour des écailles de Scombéroïdes ; leurs contours se reconnaissent surtout bien sur la partie des flancs qui cor- respond à la cavité abdominale. On les voit ici par leur face interne. Les originaux se trouvent au musée de Paris. 11. Orcynus latior Agass. Vol. 5, Tab. 2i. Syn. Scomher orcymis Itt. ver. Tab. o5 , fig. 2. — De Blainv. Icli. p. 42. — Bronn Itt. N" o7. Cette espèce a beaucoup d'analogie avec la précédente , cependant elle en diffère par sa forme plus trapue. Sa plus grande largeur égale le tiers de sa longueur ; le tronc se rétrécit par conséquent bien plus brusquement vers la queue ; car le pédicule de la caudale est aussi étroit que dans l'espèce précédente. Nous retrouvons aussi les mêmes détails de structure que nous avons signalés dans VO. lanceolatus. La dorsale épineuse n'est pas conservée; mais la présence d'osselets interapophysaires derrière la nuque indique assez qu'elle existait. Ces os- selets sont grêles et beaucoup plus inclinés que ceux de la seconde. L'anale est insérée un peu en arrière de la dorsale molle. Son premier rayon, qui est épineux, est muni de singulières pectinafions ou petits cils implantés sur son bord externe. La ceinture thoracique, à laquelle sont attachées les pectorales, est large et de forme triangulaire. La colonne vertébrale n'offre rien de particulier. Je compte environ dix-neuf vertèbres caudales et treize abdominales. Les apophyses épineuses se font remarquer par leur forme droite et roide ; les inférieures des premières vertèbres caudales sont , comme d'ordinaire , plus vigoureuses que les supérieures ; il en est de même des osselets interapophysaires, et surtout de ceux qui portent les fausses pinnules. La première vertèbre caudale présente la même structure que nous avons signalée dans l'espèce précédente. Je ne connais encore qu'un exemplaire de cette espèce, qui se trouve au Muséum de Paris. C'est l'exemplaire même de la collection de Gazzola ; il provient de 31onte-Bolca. 6i CHAPITRE XIV. DU GEIVUE CYBIUM Cuv. Le genre des Tassards (Cybium) a été établi par Cuvier pour les espèces de Scombres qui sont pourvues de grandes dents pointues, tranchantes et en forme de lancettes. Ce genre a la forme et la physionomie extérieure des Thons ; la dorsale épineuse est longue et s'étend jus- qu'à l'origine de la seconde dorsale ou dorsale molle. Les bords dorsal et ventral en arrière de la seconde dorsale et de l'anale sont garnis de fausses pinnules. Les écailles sont uniformes sur tout le corps, et cette uniformité est un second caractère qui distingue les Cybium des Thons et des Pélamides, qui, comme l'on sait, ont, en arrière de la ceinture thoracique, un corselet dont les écailles sont beaucoup plus grandes que celles du reste du tronc. Les grandes dents n'existent que sur les maxillaires ; les palatins et le devant du vomer ne sont garnis, d'après Cuvier et Valenciennes , que d'un velours très-ras ou d'une âpreté semblable à celle qui garnit les arceaux des branchies. L Cybium speciosvtm Âgass. Vol. S, Tab. 2d. Syn. Scotnber speciosus lit. ver. Tab. 41. — De Blainv. Icli. p. 42. — Bronn. Ut. N" 54. On ne saurait douter un seul instant que le poisson dont il est ici question ne soit un véri- table Tassard. C'est une espèce de moyenne taille, d'environ treize pouces de long sur deux et demi de large. La longueur de la lête est égale à la plus grande largeur du tronc ; elle est contenue quatre fois dans la longueur totale ; le tronc lui-même se rétrécit notablement dès avant la dorsale molle , et le pédicule de la queue est fort étroit. Le museau est robuste et pointu ; la gueule est fendue jusque sous l'œil. Les dents qui en garnissent tout le tour paraissent être limitées au bord des mâchoires, ensorte qu'il n'y en aurait que sur les maxil- laires et les intermaxillaires; cependant j'ignore s'il y en avait au vomer. La colonne verté- brale est composée de vertèbres fort longues , étranglées au milieu et fortement renflées à leurs faces articulaires , qui ont l'air d'anneaux saillans ; il y en a quinze caudales et à-peu- près autant d'abdominales. Les apophyses épineuses sont très-vigoureuses , larges à leur base et effdées à leur sommet. Les côtes sont grêles et assez longues; les premières s'attachent — 62 — directement au corps des vertèbres; les dernières sont supportées par de fortes apophyses inférieures. Les osselets interapophysaires sont assez irréguliers ; ils s'étendent sur tout le dos, depuis la nuque jusqu'à l'origine de la caudale; mais les plus grands sont ceux qui portent les débris de la seconde dorsale; ceux qui sont situés plus en avant et qui supportaient la dorsale épineuse sont plus petits et plus serrés. Les fausses pinnules ne sont qu'imparfaite- ment conservées ; mais les osselets qui les soutenaient sont conformés comme dans les Thons ; ils sont notamment plus arqués que ceux des nageoires proprement dites, et en se réunissant par leur extrémité postérieure, ils forment une arête continue qui indique le contour du squelette. Les rayons de la dorsale molle sont grêles et très-serrés; aussi la nageoire est-elle très-étroite. L'anale est située fort en arrière , en face de la dorsale molle , de manière qu'il reste un es- pace considérable pour la cavité abdominale. Ses rayons sont mal conservés dans notre exem- plaire ; mais l'on voit cependant qu'ils étaient grêles et peu nombreux ; leurs osselets [sont robustes. La caudale est profondément fourchue, à lobes pointus ; sa formule est : 7 ou 8. L 9. 7. L 5. Les articles des rayons sont en générai plus longs que larges, et les rayons du mi- lieu sont divisés jusqu'à la racine. Les pectorales et les ventrales ne sont pas conservées. La squammation n'est pas non plus distincte ; cependant on voit par le contour de quelques écailles qu'elles étaient petites. C'est une espèce de Monte-Bolca. La plaque originale qui se trouve au Muséum de Paris provient de la collection de Gazzola ; c'est le même qui a servi d'original à la planche de Volta. II. CyBiuM MACROPOMUM Âgass. Vol. 5,Tab. 26, flg. 1-3. Je ne connais encore que la tête de cette espèce ; mais comme plusieurs de ses parties sont fort bien conservées , en particulier les mâchoires , je crois ne pas me tromper en la rappor- tant au genre Cybium, sur la foi de ses dents. Nous avons vu en elïet que la dentition con- stitue le principal caractère du genre Cybium. Dans notre espèce, les dents sont très-longues, grêles et fort espacées, et, quoique la gueule soit fendue jusque sous l'orbite , on n'en compte cependant guère qu'une douzaine à la mâchoire supérieure, et tout au plus autant à la mâ- choire inférieure. Les plus grandes sont aussi ici celles du milieu des mâchoires. Les os mon- trent une structure fibreuse des plus distinctes, surtout sur les mâchoires. La tête est allongée, presque du double plus longue que haute; ce qui fait supposer un poisson élancé. L'orbite est grande. L'appareil operculaire est assez bien conservé ; l'opercule est grand et arrondi en arrière. Le préopercule est vertical , étroit et strié longitudinalement. Les dimensions de l'appareil operculaire ont valu à celte espèce son nom de Cybium ma- cropomiim. La fig. i représente la face supérieure du crâne, sur lequel on distingue les fron- taux, qui sont larges et plats, et les mastoïdiens, desquels s'élèvent deux crêtes peu saillantes. Fig. 3 représente une vertèbre isolée de cette espèce , prise à la nuque de l'exemplaire figuré. — 63 — Cesl une espèce de largile de Londres. L'original provient de Slioppy. et se trouve au Muséum de Paris. L'espèce paraît être assez conunune , car j'en ai vu des exemplaires au mu- sée britannique, au collège des chirurgiens à F^ondrés, et dans les collections de lord Ennis- killen . de sir Philipp Egerton , du D' Buckland et de M. Bowerbank. Le type des Coryphènes , de la fan)ille des Scombéroïdes , parait avoir également été re- présenté dans les époques antérieures à la nôtre. J'ai du moins distingué un genre . parmi les fragmens de Sheppy, qui s'en rapproche d'une manière remarquable par l'arrangement de ses dents ; mais il en diffère par la forme anguleuse de ses mâchoires. J'ai désigné cette coupe générique sous le nom de Gokiognathus , dans mes notes ; j'en connais déjà deux espèces . les G. coryphœnoides et viajcillaris, que je décrirai dans la monographie des poissons fossiles de Sheppy, que je prépare. — 64 — CHAPITRE XV. DU GENRE ENCHODUS Agass. Ce genre n'est encore connu que par des fragniens de la têle et des mâchoires. Je n'ai d'autre raison, pour le ranger dans la famille des Scombéroïdes , que les rapports intimes qui existent entre la dentition de ses mâchoires et celle des Thyrsites et des Lepidopus. Pour avoir une entière certitude, il faudrait comparer la structure microscopique, ce que je n'ai pu faire jusqu'ici , faute de matériaux. En tout cas, il est probable que ces débris constituent un genre à part qui diffère des Scombéroïdes vivans que nous venons de nommer, en ce que les grandes dents ne sont pas seulement limitées au bord antérieur de la mâchoire , mais s'éten- dent sur toute sa longueur. Je n'ai pas non plus remarqué que les espaces entre les grandes dents fussent garnis de plus petites dents ; ce qui n'est pas à dire que toutes les dents soient égales : bien au contraire , elles varient considérablement de dimension , et sont disposées très-irrégulièrement; le bord des mâchoires est entre autres garni de dents en brosse. La face externe des grandes dents est plus plane que la face interne, qui est bombée comme chez les Lamna ; les bords sont tranch^ins. I. Enchodus halocyon Agass. Vol. 5, Tab. 25c. fig. 1.16. SvN. £sox lewesiensis Mant. Tab. 44 , fig. 1 , 2 , et Tab. 33 , fig, 2 , 3 et 4 M. Mantell a figuré sous le nom à'Esox lewesiensis plusieurs fragmens de mâchoires et une série de dents isolées de la craie blanche qui paraissent appartenir à la même espèce, d'au- tant plus qu'elles proviennent de la même localité. Il y a en effet quelque ressemblance entre les dents de ce type et celles du Brochet ; mais l'analogie est plus grande avec la dentition des Thyrsites et des Lepidopus. Seulement, dans notre E. halocyon, les dents sont plus espacées et le nombre en est par là même moins considérable. Il n'y en a guère que six ou sept grandes de chaque côté de la mâchoire inférieure (fig. 2, 3, 5, 7j ; elles sont . si possible , encore plus effilées que dans les genres vivans que nous venons de citer, et il paraît que la première est ordinairement du double plus grande que les autres. Nous envisageons les exem- plaires de lig. 2, 3 et 4 comme types de 1'^'. halocyon. L'os palatin, qui est très-bien con- — 65 — serve dans l'exemplaire de (ig. i, est armé de donts plus poliles et plus serrées, mais égale- ment de grandeur variable : les antérieures sont aussi ici les plus grandes. Les os , et parti- culièrement les os des mâchoires, sont marqués à l'extérieur d'une fine granulation très-dis- tincte et disposée en séries régulières (fig. 3). On a retrouvé avec ces fragmens de mâchoires plusieurs écailles et quelques vertèbres. Les écailles (fig. ik et 15), qui pourraient bien être aussi des pièces operculaires, ont tout-à-tait le caractère des écailles de Cycloïdes ; on y remarque des lignes concentriques s'eiitrecroisanl avec les sillons qui sont très-distincts. Les vertèbres que j'ai représentées grossies (fig. 16) sont un peu plus longues que hautes, médiocrement renflées à leur articulation et munies d "apophyses très-vigoureuses . Les fig. 9 , 1 . H , 1 2 et 1 3 représentent des dents isolées ; la fig. 6, deux dents réunies : la fig. 7. une mâchoire inférieure d'un très-petit individu, probablement d'un jeune ; la fig. o, celle d'un individu un peu plus grand ; la fig. 8 , les deux dents antérieures de la mâchoire inférieure ; elles sont réunies par leur base et remarquables par leur courbure. Cette espèce provient de la craie blanche de Lewes ; elle a aussi été recueillie dans la craie du canal de Dellavvare , à l'embouchure du Potamac, d'où elle a été rapportée par M. Pas- calis, et déposée par M. Emile Rousseau au Muséum d'Histoire naturelle de Paris. 11. Ekchodits Faijasii Agass. Vol. 5, Tab. 29, fig. 3. Faujas de Si. -Fonds, Description de la Montagne de St. -Pierre. Le fragment de mâchoire qtie j'ai désigné sous ce nom doit en tout cas avoir appartenu à un poisson colossal. Si, comme j'ai tout lieu de le croire, la mâchoire se termine en avant de la première dent, nous aurions ici une disposition des dents tout-à-fait semblable à celle qui caractérise la mâchoire de VE. halocyou , et c'est cette analogie qui me fait ranger ce fragment dans le genre Enchodus. Faujas le mentionne déjà dans sa description de la mon- tagne de St. -Pierre de Maëstricht. Les dents ont des dimensions fort inégales , mais elles vont en décroissant d'avant en ar- rière ; en même temps l'espace qui les sépare se rétrécit de plus en plus. La dent antérieure a plus d'un pouce de long, sans compter la racine, qui a plus d'un demi-pouce. Avec cela . elle est très-effilée et se termine en une pointe saillante ; les autres dents ont la même forme générale. L'os montre des traces distinctes d'une structure fibreuse longitudinale. C'est une espèce propre à la craie de Maëstricht. L'original se trouve au Muséum de Paris. TOM. V. 66 — CHAPITRE XYI. DU GENRE ANENCHELUM Blainv. M. de Blainville a établi ce genre sans le caractériser d'une manière précise. Il s'est borné à faire remarquer que les auteurs sont d'accord pour compter ces poissons parmi les Anguilles fossiles , ce qui serait,, selon lui , une erreur. Ce qui est certain , c'est que les Anenchelum ont les plus grands rapports avec les Lepidopus , si bien qu'il est assez difficile de les distin- guer au premier abord. Il est dès-lors permis de supposer que si M. de Blainville avait com- paré le squelette de ces deux genres , il ne les aurait point séparés génériquement , car il ne mentionne aucun des caractères par lesquels ils se distinguent réellement l'un de l'autre. Par- tageant d'ailleurs l'idée généralement reçue à cette époque, que les dépôts de Claris apparte- naient à la formation, de la Grauwacke, il était naturel qu'il envisageât tous les poissons un peu extraordinaires de cette localité eomme très-différens des poissons de nos jours. De toute manière on ne saurait méconnaître que le genre Anenchelum ne soit par tous ses caractères un Scombéroïde , probablement l'un des plus anciens représentans de cette famille à la sur- face du globe. Du moins n'ai-je jamais rencontré la moindre trace de Scombéroïdes dans les terrains antérieurs à la craie. II y a cependant une différence capitale entre les Lepidopus et les Anenchelum dans la conformation des ventrales , qui sont composées de quelques longs rayons dans le genre fossile , tandis qu'elles ne sont indiquées que par une petite écaille dans le genre vivant. De plus, les Anenchelum ont des dents uniformes , qui sont toutes très-fortes et probablement peu nombreuses, tandis que chez les Lepidopus, les antérieures seules sont grandes. Sous tous les autres rapports , la ressemblance est parfaite entre les deux genres. D'après cela, si, comme on peut le prévoir dès maintenant, l'on fait jamais du genre Lepi- dopus le type d'une famille à part, il faudra nécessairement lui associer les Anenchelum, qui sont en quelque sorte ses précurseurs naturels dans l'ordre génétique. En attendant, il ne sera pas inutile de donner la description du squelette du genre Lepidopus (Voir Tab. D du 5" vol.) Quant aux écailles des Anenchelum , on ne peut guère s'attendre à les connaître, puisque elles ne sont jamais conservées dans les poissons de Claris. Or, les schistes de Claris sont jus- qu'ici le seul gîte où l'on trouve ce type. Les Palseorhynchum qui sont aussi des Scombéroïdes très-allongés et exclusivement pro- pres aux schistes de Claris , diffèrent complètement des Anenchelum par leur bec effdé ; et — 67 — alors même que la tète n'est pas conservée, il est encore facile de les distinguer à leurs osse- lets intcrapopliysaires qui sont toujours plus nombreux que les apophyses et aux rayons des nageoires qui sont proportionnellement plus longs. Ces deux genres, les Anenchdum et les Polœrhynclmm , offrent un exemple frappant d'un fait qui se répète assez souvent dans la nature , c'est que lorsque certains genres sont circon- scrits dans des localités limitées , ils n'y sont pas moins représentés par plusieurs espèces différentes qui souvent ne se distinguent les unes des autres que par les proportions relatives de leurs membres et par des particularités en apparence peu importantes. Je citerai comme l'exemple le plus remarquable de ce fait les nombreuses espèces de Ptérodactyles que l'on a trouvées dans la seule localité de Solenhofen , les îchthyosaures de Lyme Régis , les Palfeo- therium de Montmartre, etc.. Cette multiplicité, des espèces dès la première apparition d'un genre , devra être prise en sérieuse considération quand on discutera de nouveau la question de la transformation des espèces. Squelette du Lepidopus. La tête du Lepidopus est tellement semblable à celle du Thyrsites , que ce seul rapport suf- firait pour justifier la place que Cuvier a assignée à ce poisson parmi les Scombéroïdes. Le crâne est aplati en dessus ; ses frontaux poreux et celluleux se relèvent de part et d'autre en une crête qui se réunit sur le milieu de la tète , vers leur jonction avec les pariétaux , et qui tient lieu de crête occipitale, les occipitaux supérieurs et latéraux étant déprimés, arrondis et surmontés par la plaque que forme le premier inlerapophysaire dilaté. Le sphénoïde principal est long et très-mince ; les orbites sont fort grandes, et il n'y a pas de cloison entre elles. La cavité du crâne doit être extrêmement petite ; en revanche, les os de la face sont très-dévelop- pés. Le frontal antérieur, qui est très-grand, ferme l'orbite en avant, et l'ethmoïde forme le long prolongement auquel s'attachent , ainsi qu'au vomer, les palatins , les maxillaires supé- rieurs et l'intermaxillaire, qui forment trois arcs parallèles, placés à la suite les uns des autres et à-peu-près de même grandeur. Le frontal postérieur détermine une saillie très-marquée au bord supérieur postérieur de l'orbite. Le maxillaire supérieur est entièrement édenté , mais le palatin porte une rangée de dents très-fines à son bord extérieur et inférieur. L'intermaxil- laire est armé de dents formidables, semblables à celles de la mâchoire inférieure. Il est inti- mement lié au maxillaire ; mais ces deux os ne sont ni protractiles, ni même mobiles isolément. Les sous-orbitaires ont une conformation particulière ; en avant est un os allongé pourvu d'une apophyse montante , qui va s'articuler au frontal antérieur; au devant et en dessous de ce premier sous-orbitaire est une large plaque qui cache entièrement le palatin et une grande partie du maxillaire supérieur, lorsque la gueule est fermée. Le troisième sous-orbitaire est le plus petit : il s'attache en dessous de l'angle postérieur de l'os moyen, et recouvre une partie de l'os transverse. La mâchoire inférieure est très-large, surtout vers l'apophyse coronaire du — 68 — maxillaire ; elle s'articule à un grand jugal ; la caisse et le ptérygoïde sont également très-di- latés et aplatis. Le temporal est large et se bifurque en s'insérant à la caisse. F-'opercule est extrêmement mince et marqué de rayons divergens dans tous les sens ; son bord est plutôt fibreux qu'osseux. Le sous-opercule est également très-développé ; le préopercule est semi- lunaire. Il y a huit rayons branchiostègues, qui s'attachent aux larges cornes de l'os hyoïde ; le lingual est allongé et naviculaire. Les arcs branchiaux sont très-grèles et garnis de dents extrêmement menues. Les dents des mâchoires sont disposées comme suit : il y a, tant à la mâchoire supérieure qu'à l'inférieure, de vingt-une à vingt-trois dents coniques, comprimées latéralement et légè- rement recourbées en dedans ; les antérieures et les postérieures sont les plus petites; celles du milieu les plus grandes, à l'exception d'une canine très-forte, dirigée en arrière et qui se voit vers la symphyse des prémandibulaires. Sur le devant des intermaxillaires, il y a, de part et d'autre, trois de ces grosses dents, dont l'une est ordinairement cassée: celle qui est la plus rapprochée de la symphyse est la plus petite , quoique elle soit tncore beaucoup plus grande que celle de la mâchoire inférieure ; elle est presque droite et dirigée un peu en avant ; les deux suivantes, de même grandeur, sont légèrement arquées en arrière, surtout à leur pointe, qui est tronquée en demi-fer de flèche. Le surscapulaire est petit, en triangle allongé ; il s'attache à la partie postérieure et latérale de la tête, aux crêtes extérieures et latérales du crâne , formées par le mastoïdien et l'occipital externe. Le scapulaire est un os très-long et étroit, couché presque horizontalement le long du bord supérieur de l'opercule. L'humérus , ployé à angle droit , ne forme pas de saillie au dessus de l'insertion de la pectorale ; il est en général étroit dans toute son étendue. Le cu- bital a son angle postérieur arrondi, proéminent en arrière et très-dilaté, tandis que son bord humerai est très-profondément échancré ; son extrémité antérieure , à-peu-près arrondie, se fixe à la symphyse des huméraux. Le radial , auquel s'insèrent les quatre petits osselets mé- tacarpiens, est percé d'un grand trou ovale. Le coracoïdien est très-long , très-grèle , et s'at- tache à une autre petite pièce en équerre , fixée derrière l'angle de l'humérus. Le stylet pel- vique ne se trouve pas dans ce squelette. La nageoire pectorale est d'une conformation assez extraordinaire , en ce que ce sont les rayons inférieurs qui sont les plus longs ; les deux premiers sont simples et un peu arqués , et c'est le premier qui est le plus gros ; les dix suivans sont fourchus , mais ne montrent au- cune trace d'articulation. La colonne vertébrale est composée de cent et onze vertèbres, nombre qui cadre bien mal avec les théories de l'unité de nombre de Carus et d'Oken, et surtout avec l'assertion du pre- mier, qui prétend que tout squelette doit être composé de trente-six vertèbres 6x6, tandis que Oken veut qu'il en ait trente-cinq, c'est-à-dire Sx 7. 11 est à remarquer que ce nombre n'est ni le multiple de trente-cinq , ni celui de trente-six. Pour bien m'assurer que je ne me trompais pas à cet égard , j'ai sacrifié trois exemplaires et j'ai retrouvé invariablement dans '*^s trois cent et onze vertèbres dont quarante-une abdominales et soixante-et-dix caudales. — 69 — Les corps même des vertèbres ont une conformation particulière ; ils sont plus ou moins comprimés latéralement et plus longs que hauts; sur les côtés, il y a une forte impression, qui est d'autant plus marquée, que les vertèbres sont plus grandes et que les apophyses trans- verses sont moins développées ; car on doit considérer comme telle la crête longitudinale qui s'élève du bord inférieur des vertèbres abdominales, et de leur milieu dans la région caudale. Les huit ou dix dernières vertèbres ont cela de particulier, qu'elles forment presque des cubes réguliers. Les apophyses articulaires sont également très-développées , surtout les inférieures de la queue, les antérieures comme les postérieures , mais leur articulation n'est en réalité qu'une juxtaposition. Au bord supérieur de la colonne vertébrale, ce sont les antérieures qui sont les plus marquées ; elles débordent , dans les vertèbres abdominales , et les apophyses pos- térieures ; mais plus en arrière , et surtout dans la partie caudale , elles s'allongent encore beaucoup plus, jusqu'à atteindre les apophyses épineuses et s'y attacher. Il est à remarquer aussi que l'insertion des apophyses épineuses supérieures est d'autant plus reculée sur les corps des vertèbres, que l'on approche davantage de la caudale. La dernière vertèbre ne présente rien de particulier, si ce n'est qu'elle est dilatée en une plaque triangulaire , légèrement échancrée au milieu. Les apophyses épineuses de la pénul- tième s'allongent jusqu'aux rayons de la caudale ; mais celles des sept ou huit vertèbres qui précèdent sont pour ainsi dire imperceptibles ; ce ne sont que de petits crochets couchés sur le corps même des vertèbres. Les côtes sont extrêmement grêles et presque filiformes , surtout les antérieures, qui sont près de trois fois plus longues que les dernières et assez droites; elles s'insèrent toutes immé- diatement aux corps des vertèbres, par un renflement fixé dans une petite fossette articulaire. Il y a trente-huit paires de côtes , les deux premières vertèbres nuchales.et la dernière abdo- minale n'en ont point. La dernière abdominale est aussi la seule dont les apophyses inférieures soient dirigées perpendiculairement en bas, comme dans les vertèbres caudales; vers le milieu, ces apophyses sont réunies par un arc médian , qui forme le commencement du canal vascu- laire. Aux deux premières vertèbres nuchales, qui sont sans côtes, et aux deux suivantes, qui portent des côtes s'attachent, de part et d'autre, de grosses arêtes musculaires. Les apophyses épineuses tant supérieures qu'inférieures sont d'une grande régularité et très-uniformes; elles sont droites, d'égale épaisseur, verticales dans la région antérieure du tronc et légèrement inclinées dans la région postérieure. Il n'y a que celles de la queue qui aient une forte inclinaison. La longueur des plus grandes est triple de la hauteur des corps de vertèbres. Les osselets interapophysaires sont à-peu-près de même grandeur que les apophyses épi- neuses et intimement unies à ces dernières , auxquelles ils correspondent exactement par leur nombre. Ce n'est que près de la nuque qu'ils s'en détachent partiellement ; il y a même ici une apophyse qui n'a point d'osselet: en revanche, le premier osselet est dilaté en une plaque — 70 — triangulaire qui tient lieu de crête occipitale, et c'est à l'angle supérieur de cette plaque que s'articule le premier rayon. Les osselets des dernières vertèbres sont aussi moins intimement unis aux apophyses. Le sommet de chaque osselet est dilaté en une arête horizontale, qu'on pourrait appeler l'arène marginale. Cette arête a deux branches, une antérieure et une pos- térieure. L'antérieure, qui est la plus courte, est terminée en pointe et inclinée en avant et en bas, de manière à supporter la branche postérieure de l'osselet précédent. La branche posté- rieure est divisée en deux pièces, qui sont unies par une suture, et c'est contre son extrémité que s'articule le rayon de la nageoire auquel elle sert en quelque sorte de contrefort et qui est implanté exactement au dessus de l'axe vertical ou de la tige de l'osselet. De la combinai- son de tous ces osselets résulte une chaîne osseuse assez solide qui s'étend tout le long du dos. La même structure se répète au bord inférieur, à partir de l'anale, avec celte seule différence, qu'ici les branches des osselets formant l'arête marginale sont d'égale longueur de chaque côté et que la branche postérieure n'est pas divisée en deux pièces. Les rayons de l'anale ne sont en général que de très-petites épines, des rayons rudimenlaires ; ils ne s'allongent que vers la caudale , où les seize ou dix-sept derniers atteignent à-peu-près la longueur des rayons ^ de la dorsale à l'opposite. Le premier osselet de lanale est en outre dilaté à son sommet en un bourrelet qui porte une assez grosse épine. Le nombre des rayons de la dorsale est de cent et trois, exactement autant qu'il y a d'osse- lets interapophysaires. Les antérieurs sont les plus longs; ils se raccourcissent graduellement vers le commencement de la queue, pour s'allonger de nouveau un peu plus loin ; les der- niers enfin vont en diminuant sensiblement jusqu'à la soixantième vertèbre caudale. L'anale a une vingtaine de rayons bien marqués , correspondant exactement aux derniers rayons de la dorsale, plus une série de petites épines à peine visible à l'œil nu. Tous les rayons de ces deux nageoires sont flexibles, épineux, et sans aucune trace d'articulation ou de fissure. La caudale est composée de 1 , 8, 7, I, rayons articulés portés par la dernière vertèbre ; ils sont flanqués de part et d'autre de cinq ou six osselets latéraux simples , portés par les apo- physes de la pénultième vertèbre. Les grands rayons extérieurs et les médians sont articulés, et ces derniers en outre très-branchus. L Akenchelum glarisianum DeBlainv. Vol. 5, Tab. 36, fig. 1 et 2. Syn. Anenchelum glarisianum De Blainv. Ichth. p. 10. M. de Blainville a confondu sous ce nom quatre espèces qui sont faciles à distinguer à la lon- gueur relative de leurs vertèbres et de leurs apophyses et à la grandeur des rayons des na- geoires verticales. J'ai désigné ces espèces nouvelles sous les noms d'An, latum , isopleu- rum et heteropleurnm et conservé celui (\'y4n. glarisianum. à la plus commune. Comme je — 71 — possède des exemplaires assez parfaits, vieux et jeunes, de chacune d'elles, je n'ai aucun doute sur leur différences spécifiques. VAnenchelum glarisianum a le corps beaucoup plus allongé que toutes les autres espèces ; ses vertèbres sont de même proportionnellement plus longues et les apophyses épineuses par conséquent plus espacées. La queue est très-grèle. Dans l'exemplaire de fig. 2 , qui repré- sente la partie postérieure du tronc d'un individu adulte , toutes les vertèbres sont du double plus longues que hautes. Les apophyses articulaires sont peu saillantes. Les apophyses épi- neuses sont grêles, et les inférieures sont sensiblement plus inclinées que les supérieures, dans toute la partie du tronc qui est visible dans cet exemplaire : le môme caractère se reproduit aussi dans le petit exemplaire de lig. 1 ; ce caractère des apophyses épineuses supérieures plus érectes que les inférieures se retrouve dans VÀn. heteropleuruni. A chaque apophyse corres- pond un osselet interapophysaire qui est accolé contre l'apophyse, au point que l'on dirait qu'il ne forme qu'une seule pièce avec elle , comme dans le genre Lepidopus. L'osselet est cepen- dant un peu plus court que l'apophyse. Il se dilate à son bord supérieur en une arête longitu- dinale que nous avons appelée l'arête marginale dans le squelette du Lepidopus et dont la branche postérieure est beaucoup plus longue que l'antérieure. La réunion de ces différentes arêtes marginales s'articulant entre elles, forme aussi ici un chaînon continu au bord dorsal et au bord ventral. Les rayons de la dorsale sont d'une grande régularité sur presque toute la longueur du dos ; ils ne s'allongent un peu que vers l'extrémité de la nageoire , où ils sont à- peu-prês du double plus longs qu'au milieu du corps ; entre le dernier rayon et l'origine de la caudale, il y a un petit espace dépourvu de rayons. La caudale est composée de rayons très-minces ; sa formule est : U, I, 8, 7, I, 3; la plupart se divisent en fins filets à leur extré- mité. La plaque de fig. l représente, selon toute apparence , un jeune de cette espèce; on re- connaît dans le squelette les principaux caractères que nous venons d'énumérer. Outre cela, la tête et la partie antérieure du tronc sont conservées, et nous voyons par là que notre poisson a la même étroitesse dans toute sa longueur. Les côtes sont excessivement grêles, semblables à de petites soies dont la direction est conforme à celles des apophyses épineuses inférieures, La tête ne forme guère que la huitième partie de la longueur totale. 11 paraît que la mâchoire inférieure débordait la mâchoire supérieure. Les exemplaires figu- rés se trouvent , l'un dans la collection de Lord Enniskillen , l'autre dans celle de Sir Philipp Egerton. J'ai eu occasion d'examiner plusieurs autres beaux exemplaires de cette espèce aux Musées de Carlsruhe de Zurich et de Neuchâtel et dans les collections de M. Lavater et de M. Scheitlin. IL Ajnenchelum isopleurum Agass. Vol. 0, Tab. 36, fig. 3. Quoique très-grèle, cette espèce est cependant moins allongée que ses congénères. Comme l'exemplaire figuré , le seul dont tout le corps soit conservé, est un jeune individu, on pourrait — 72 — supposer que cette différence tient à l'âge. Mais la comparaison de ce poisson avec l'exem- plaire de fîg. 1 qui représente le jeune âge de VAnenchelum glarisianum ne permet pas de douter qu'il n'appartienne à une espèce particulière. En effet, dans notre poisson les vertèbres sont plus grosses et proportionnellement plus courtes ; les apophyses supérieures et inférieures sont semblables, et c'est à peine si l'on remarque une légère différence dans leur inclinaison. Les rayons de la nageoire dorsale sont courts et grêles. Les pectorales et les ventrales se font remarquer par des rayons très-grèles et fort longs. La tête est courte et pointue ; elle est con- tenue au moins huit fois dans la longueur du corps. La mâchoire inférieure déborde aussi ici la supérieure. La caudale est grêle , faiblement échancrée et à rayons très-fins. Le nombre des vertèbres est de près de cent. Des schistes de Glaris. L'original de ma figure se trouve dans la collection de lord Ennis- killen , qui en possède un second exemplaire de grande taille , mais incomplet , où l'on voit les mâchoires armées de grandes dents uniformes et plus espacées que dans les autres espèces du genre. Celles de la mâchoire inférieure paraissent les plus grosses ; les antérieures de la mâchoire supérieure sont dirigées en avant. En voyant cette tête isolément, on serait tenté de la prendre pour l'empreinte d'un crâne de Lepidopus ; mais les longs rayons grêles qui forment les nageoires ventrales montrent bien que le genre Anenchelum est un bon genre. Les rayons de la dorsale paraissent plus hauts près de la nuque que sur le milieu du dos , ou vers la queue. Si cette dilTérence se confirmait dans tous les exemplaires, ce serait le carac- tère le plus sûr de l'espèce. Il en existe un exemplaire au musée de Zurich, auquel les na- geoires manquent, et un autre, plus jeune que celui que j'ai figuré, dans la collection de M. de Haber, à Carlsruhe. IIL Anenchelum dorsale Agass. Vol. 5 , Tab. 36, fig. k et Tab. 37 a, fig. i et 2. Lorsque j'ai distingué cette espèce, je ne connaissais que la partie postérieure du tronc , et pour la caractériser j'avais particulièrement en vue la disposition des apophyses, dont les su- périeures sont plus inclinées que dans aucune autre espèce , notamment dans la région de la queue (Tab. 36, fig. k). Elles sont même plus inclinées que les inférieures, contrairement à ce que l'on observe généralement dans les autres espèces du genre. Plus tard, j'ai eu le bon- heur de rencontrer deux exemplaires plus parfaits, dont l'un montre l'empreinte distincte de la tête et des mâchoires (Tab. 37a, fig. 1 et 2). Non seulement l'inclinaison des apophyses se trouve être un caractère constant, qui peut être envisagé comme une des marques distinc- tives de l'espèce ; mais j'y ai découvert aussi plusieurs autres particularités qui méritent quelque attention. La colonne vertébrale est assez robuste; les corps de vertèbres sont plus courts que dans VJ. (ilarisianum ; en revanche , les apophyses et les osselets sonl giéles. Ces derniers sont proportionnellement plus courts , et moins intimement unis aux apophyses que — 73 — ■ dans les autres espèces. Les côtes sont assez vigoureuses et arquées en arrière. La dorsale commence à la nuque et s'étend jusqu'à une petite distance de la caudale. Ses premiers rayons sont longs et assez serrés (Tab. 37, fîg. \), mais ils se raccourcissent tôt après et sont très-uniformes sur toute l'étendue du dos ; il n'y a que les derniers qui s'allongent de nou- veau graduellement (Tab. 56, fîg. h). La tête est grosse et courte. Les mâchoires sont ar- mées de dents robustes, coniques et assez serrées. On ne remarque aucune différence sen- sible entre les dents de la mâchoire inférieure et celles de la mâchoire supérieure ; elles sont toutes d'égale dimension , et il y en a en haut et en bas une rangée de chaque côté. Des schistes de Glaris. Les originaux de toutes mes figures font partie des collections de lord Enniskillen et de sir Philipp Egerton. Je n'en ai pas encore vu ailleurs. IV. Anenchelu.m heteropleurum Agass. Vol. S, Tab. 37a, fig. 3. Je suis à même de donner une description détaillée de cette espèce , car j'en possède, grâce à l'obligeance de lord Enniskillen et de sir Philipp Egerton , un exemplaire d'une rare per- fection qui permet d'étudier toutes les parties du squelette. C'est une espèce très-allongée , voisine, sous ce rapport, de Vj4. glarisianum. La longueur totale de notre exemplaire est de trois pieds et quelques pouces ; sa plus grande largeur est de quinze lignes. La tête est con- tenue près de sept fois dans la longueur totale. Ce qui frappe tout d'abord dans le squelette , c est la direction fort différente des apophyses supérieures et inférieures. Les premières sont verticales ; les secondes sont, au contraire, fort inclinées en arrière, de manière à former avec les supérieures un angle ouvert d'environ cent vingt degrés. Cette inclinaison des apophyses inférieures les fait paraître au premier abord plus serrées que les supérieures ; mais en réalité leur nombre est le même. Les osselets interapophysaires sont plus intimement liés aux apo- physes que dans aucune autre espèce, au point de ne former avec elles qu'une ligne droite et continue. Leurs arêtes marginales sont parfaitement horizontales au bord dorsal et au bord ventral ; on dirait de petits osselets interposés entre les rayons pour les tenir en respect. Les corps de vertèbres sont allongés et sensiblement étranglés au milieu , mais cependant plus courts que ceux de VA. glarisianum ; mais ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que leurs apophyses articulaires, au lieu d'être verticales, sont obliques. Le nombre des vertèbres est très-considérable ; j'en compte soixante et douze caudales et environ quarante abdominales. Les côtes sont robustes, plus longues et plus arquées que les apophyses. Les rayons des na- geoires sont d'une grande uniformité ; la dorsale commence, à ce qu'il paraît, immédiatement au dessus de la nuque et s'étend jusque près de l'origine de la caudale. Il n'y a que les cinq ou six derniers rayons qui se distinguent par leur longueur plus considérable. La caudale était très-grêle dans l'exemplaire figuré ; il n'y a de conservé que le commencement des rayons et TOM. V. 10 — 7k — la plaque dilatée de la dernière vertèbre ; mais, dans un autre exemplaire de la collection de sir Philipp Egerton, la queue se termine par une nageoire composée de rayons très-fins. Elle est également visible dans un exemplaire du musée de Zurich. L'anale, les ventrales et les pectorales n'ont pas laissé de traces distinctes de leur présence. La mâchoire supérieure est armée de dents très-robustes , implantées dans un os large , d'apparence vigoureuse ; il paraît qu'il n'y avait qu'une seule rangée de dents ; j'en compte une dizaine, dont les plus grosses ^ont au milieu. Les dents de fa mâchoire inférieure ne sont pas conservées; maia s'il faut en juger d'après VJ. dorsale, il est probable qu'elles étaient à-peu-près conformées de la même manière que celles de la mâchoire supérieure. La mâchoire inférieure déborde la mâchoire supérieure. Des schistes de Claris. Aux musées de Zurich et de Neuchâtel et dans Les collections de lord. Enniskillen et de sir Philipp Egerton. V. Anenchelum LATiiM Agass. Vol. §,Tab. 36. C'est la plus large de toutes les espèces connues , et sous ce rapport elle mérite bien le nom spécique de latum . bien qu'absolument parlant , ce soit , comme tous les Anenchelum , un poisson très-allongé. Les vertèbres sont relativement courtes, presque aussi hautes que longues. Les apophyses supérieures sont verticales , comme dans VJ. heteropleurum , et inti- mement unies aux osselets, de manière à ne former avec eux qu'une ligne continue, du moins dans la partie antérieure du tronc. Plus loin ils se disjoignent insensiblement. Les apo- physes inférieures sont obliques en arrière. Les côtes sont, comme d'ordinaire, courtes et plus inclinées que les apophyses. Les pectorales sont composées de longs fifets branchus. La dorsafe a des rayons proportionneflement plus courts que dans les autres espèces , et comme les vertèbres sont courtes , il s'en suit qu'ils sont aussi plus rapprochés. Comme il n'y a que la partie antérieure du tronc qui soit conservée dans notre exemplaire, la caudale et l'anale nous demeurent inconnues. La tête est grosse et large, mais les détaifs n'en sont pas reconnais- sablés. Des schistes de Claris. L'original se trouve au musée de Zurich. J'en ai vu d'autres exem- plaires également imparfaits dans les collections de lord Enniskillen et de sir Philipp Egerton. L'Anenchelum LONGiPENiNE est uuo espèce de la même localité , dont je n'ai vu encore que quelques exemplaires et que je décrirai plus tard.. — 75 — CHAPITRE XYII. DU GENRE NEMOPTERYX (•) Agass. On éprouve quelque difficulté à classer convenablement ce genre , d'autant plus qu'appar- tenant exclusivement aux schistes de Glaris, on ne peut s'attendre à en connaître les écailles, qui ne sont jamais conservées dans ce terrain. Ce qui constitue le principal caractère des INemopteryx , c'est leur caudale arrondie , dont les rayons sont insérés sur les six ou sept dernières vertèbres de la queue. Cette forme particulière ne se retrouve dans aucun autre genre de la famille des Scombéroïdes ; mais je crois néanmoins que c'est à cette famille qu'il convient de le rapporter, à cause de l'analogie qu'ofTrent les autres parties du corps avec le type des Anenchelum. Nous y rencontrons en efïet les mêmes détails dans la structure du squelette, et, ce qui est surtout important, des dents fortes et crochues aux mâchoires. Ce seraient, sous ce rapport, des Anenchelum à corps trapu. Je dois aussi mentionner une autre particularité importante qui les distingue entre tous les Scombéroïdes, c'est que les rayons de la première dorsale sont bifurques, à l'exception des deux premiers. L'anale est fort longue et se prolonge d'ordinaire jusqu'à l'origine de la caudale. Les pectorales sont composées de rayons fort longs et très-iins, qui ont valu au genre le nom de Nemopteryx. L Nemopteryx crassus Agass. Vol. 5, Tab. 22. L'espèce à laquelle je donne ce nom est un poisson gros et trapu. La tète égale au moins le quart de la longueur totale. Les mâchoires sont très-évasées, garnies d'une rangée de grandes dents crochues^ implantées sur le maxillaire et sur l'intermaxillaire. Or, comme la gueule est en même temps très-fendue , nous devons en conclure que l'animal qui présentait cette structure était un poisson très-vorace. A l'intérieur de la gueule, on distingue une arête cré- nelée qui me paraît être due aux palatins et aux ptérygoïdes , dont le bord paraît avoir été ') Ce genre se trouve mentionné dans le catalogue de sir Philipp Egerton , sous le nom de Cyclurus , nom que je suis obligé de changer aujourd'hui , Tayant réservé à un autre type de la famille des Cyprins. — 76 — également garni de dents, mais qui étaient moins grandes que celles des mâchoires. L'épine dorsale est composée de quarante-neuf ou cinquante vertèbres ; sur ce nombre , il y en a au moins trente-huit caudales, ensorte qu'il n'en reste que douze abdominales. Aussi la cavité du ventre serait-elle très-petite si la colonne vertébrale n'était arquée en haut dans cette ré- gion, et si, d'un autre côté, les vertèbres abdominales n'étaient pas plus grosses que les cau- dales ; parmi les caudales , ce sont surtout les six ou sept dernières , c'est-à-dire celles qui servent d'appui à la caudale, qui sont très-réduites. Les apophyses épineuses sont robustes et fort longues ; les inférieures atteignent presque le bord ventral ; elles sont en même temps très-inclinées en arrière. Les supérieures sont moins longues et moins inclinées. Notre exem- plaire présente au bord dorsal deux groupes de rayons, un immédiatement près de la nuque, et l'autre près de l'origine de la caudale ; mais il est fort probable qu'ils ne sont que les dé- bris d'une dorsale continue qui s'étendait sur tout le dos. Les rayons ont la même structure que ceux des pectorales , c'est-à-dire qu'ils sont divisés une seule fois au milieu de leur lon- gueur ; ils sont en outre fort gros , et à cet égard peu en rapport avec les osselets interapo- physaires, qui sont petits. L'anale occupe plus de la moitié de la longueur du tronc, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'elle ne s'arrête pas à la partie caudale, mais s'étend aussi plus en avant, jusque dans le domaine des côtes. Il y a des côtes sternales qui font en quelque sorte suite aux osselets interapophysaifes , mais qui s'en distinguent en ce qu'elles sont plus lon- gues, plus vigoureuses et moins serrées ; elles alternent une à une avec les côtes, tandis que les osselets interapophysaires sont plus nombreux. Il y en a alternativement deux, puis un pour une apophyse. Les pectorales sont les plus vigoureuses de toutes les nageoires ; leurs rayons atteignent jusqu'à deux pouces et demi de longueur. J'en compte onze, dont ceux du mi- lieu sont les plus longs; tous se bifurquent au tiers postérieur. Les rayons de la caudale pré- sentent une structure toute différente ; ils sont tous articulés et dichotomés nombre de fois ; les plus vigoureux sont au milieu ; les autres décroissent graduellement de chaque côté. Il y a au moins huit vertèbres , sinon davantage, dont les apophyses servent d'appui à la caudale. Je ne connais encore qu'un exemplaire de cette espèce; il se trouve dans la collection de lord Enniskillen et provient des schistes de Claris. II. Nemopteryx elongatus Agass. Vol. §,Tab. 21 a. Il me reste quelques doutes sur l'identité générique de cette espèce avec la précédente , bien qu'elle s'accorde avec elle sous plusieurs rapports et notamment par sa caudale arrondie. La tête est très-volumineuse , mais en général trop mal conservée pour fournir de bons ca- ractères. Elle égale au moins le quart , sinon le tiers de la longueur totale. En revanche, le tronc est très-grèle; les vertèbres sont cylindriques, très-rétrécies et d'inégale longueur, mais — 77 — toutes sont beaucoup plus longues que hautes , avec des apophyses articulaires très-accusées. Les premières vertèbres caudales se font remarquer par leur extrême petitesse. Les apophyses épineuses sont minces et très-inclinées en arrière. Les osselets interapophysaires sont de moi- tié plus nombreux , et il y en a alternativement un et puis deux pour une apophyse. Je n'ai pas réussi à me procurer des données précises sur l'étendue de la dorsale. 11 en existe un lambeau distinct , composé de rayons très-serrés près de la caudale ; mais les osselets in- terapophysaires se voient aussi au delà sur toute l'étendue du dos. Il y a dans notre figure su- périeure un second lambeau près de la nuque , qu'on prendrait volontiers pour une première dorsale ; mais le fait que les rayons sont branchus s'oppose à une pareille interprétation. L'a- nale est très-étendue et composée de rayons très-serrés et fort grêles. La caudale est bien ar- rondie. La base de son insertion est elliptique. Les premiers rayons sont très-courts, mais ils augmentent insensiblement de longueur jusqu'au milieu, où sont les plus longs. Tous parais- sent être dicbotomisés à leur extrémité. Il n'y a pas moins de sept vertèbres , dont les apo- physes servent de soutien à cette nageoire. EnGn il existe aussi quelques traces de pecto- rales sous la région thoracique : ce sont six ou sept rayons grêles, très-espaces et bifurques près de lear extrémité , absolument comme les rayons des pectorales du N. crassus. Il y a en outre en arrière et au dessous des pectorales deux longues arêtes que je crois être des côtes et qui , à ce titre , ne sont pas sans intérêt , car elles prouveraient qu'elles ont dû s'étendre jus- qu'au bord inférieur. Les originaux figurés font partie de la collection de Lord Enniskillen et de Sir Philipp Egerton ; il en existe aussi un fragment au Musée de Neuchâtel. Tous ces exemplaires pro- viennent de Claris. C'est dans le voisinage des Anenchelum qu'il faut ranger le genre Xiphopterus que j'ai établi d'après un exemplaire de Monte-Bolca figuré dans l'Ichthyologie véronaise sous le nom d'Esox falcatus , Tab. S 7, et que j'appelle maintenant Aiphopterus falcatiis. Ce fossile est mal- heureusement trop mal conservé et en même temps de taille trop considérable pour que j'aie cru devoir le figurer, avant d'en avoir examiné de meilleures empreintes. C'est certainement un Scombéroïde très-allongé. On voit des traces de ventrales en avant et au-dessous des pecto- rales, et la caudale est-très-fourchue, comme chez la plupart des poissons de cette famille. L'a- nale est à-peu-près au tiers postérieur de la longueur totale du poisson ; on voit des rayons sur le dos, en arrière de l'anale, et d'autres plus en avant ; mais il ne paraît pas y en avoir eu sur toute la longueur du dos. La tête est proportionnellement petite; les côtes sont longues et entrecroisées avec des pièces sternales analogues à celles des Clupes. La longueur totale de ce poisson est de plus d'un mètre. 78 — CHAPITRE XVIII. DU GENRE PAL^ORHYNCHUM De Blainv. Ce genre a une physionomie si tranchée, qu'on le reconnaît facilement, alors même que le squelette n'est pas conservé en entier. Son caractère saillant consiste dans la forme particulière des mâchoires , qui sont excessivement grêles et très-allongées , -de manière à former un bec très-effilé et probablement dépourvu de dents. Ce qui distingue ce bec de celui des Espa- dons, c'est que les deux mâchoires sont d'égale longueur. Il est probable que la mâchoire supérieure est composée uniquement par les intermaxillaires et le vomer ; mais je n'y ai jamais remarqué la moindre trace d'un maxillaire. La tête est petite et constamment plus courte que le bec. Le corps est, en revanche , très-allongé , et tout d'une venue, comme celui des Anen- chelum. Le squelette, qui est ordinairement la seule partie bien conservée, présente plusieurs particularités fort remarquables. Le nombre des vertèbres est fort considérable, et de même que dans la plupart des Scombéroïdes, les vertèbres caudales l'emportent sur les abdominales. Les côtes sont longues et robustes. Les apophyses épineuses se distinguent par une particu- larité fort curieuse , c'est que les deux branches dont elles sont formées dans l'origine, au lieu de se souder près de leur bord, se réunissent seulement à leur sommet. Les osselets interapo- physaires se font remarquer par une structure non moins extraordinaire. Au lieu d'être sim- ples , ils sont par paires , et chaque paire est réunie en un bouton articulaire au bord dorsal et ventral , d'où les deux branches se dirigent vers l'intérieur pour s'y combiner avec les apo- physes épineuses. Entre chaque paire d'osselets est interposé , au bord dorsal et ventral , un osselet horizontal , qui forme , comme chez les Anenchelum et les Lepidopus, une arête con- tinue que j'ai appelée Varéte marginale , et qui servait de soutien à ce corps si allongé. Ces osselets paires ne régnent cependant pas tout le long de l'anale et de la dorsale ; ils ne sont doubles que sous les grands rayons; les petits rayons, dans le voisinage de la caudale, en ont de simples qui sont d'ordinaire très-serrés. La dorsale est très-avancée ; elle commence quelquefois [avec la nuque et s'étend jusque près de l'origine de la caudale. L'anale est également très-développée ; elle s'étend non-seule- ment sur un grand espace, mais ses rayons sont d'ordinaire très-allongés. La caudale est peu développée, mais distinctement fourchue. Les ventrales sont situées sous la gorge et composées dun petit nombre de rayons assez vigoureux. Les pectorales ont des rayons plus fins et plus nombreux. — 79 — L'allure et la physionomie de ces poissons les rapprochent un peu des Espadons (Xiphias) et des Tétraptères. Cependant ils étaient plus comprimés, et ce qui les distingue surtout , c'est la structure de leur charpente , qui est essentiellement grêle , tandis que les Espadons ont des apophyses en forme de larges lames osseuses verticales. Il n'y a pas à craindre non plus que l'on confonde jamais les PahTorhynchum avec les Anenchelum , car alors même que la tête a disparu , on reconnaît toujours les Palaîorhynchum à la structure particulière de leurs osselets interapophysaires. C'est un type propre aux schistes de Claris ; on ne doit dés-lors pas s'attendre à y retrouver autre chose que des empreintes du squelette intérieur. Les tégumens n'ont laissé aucune trace de leur présence. Les espèces connues jusqu'à ce jour se montent à sept ; toutes sont d'assea grande taille. L Palaeorhtnchum longibostre Agass, Vol. S,Tab. 34a, fig. 3 (*). Je place cette espèce en tête du genre, non seulement à cause de ses grandes dimensions , mais aussi et surtout parce que les deux empreintes que j'en connais sont d'une rare netteté, de manière à permettre une étude complète de presque toutes les parties du squelette. Le nom spécifique en Indique l'un des caractères , qui consiste dans la longueur extraordinaire des mâchoires qui forment un bec excessivement effilé, qui. a près de huit pouces de long. Le reste de la tête est à-peu-près aussi haut que long, et mesure un peu plus de deux pouces résenlé l'une des dents grossie (fig. .51 ). La racine elle-même parait faire corps avec l'os de la uïàchoire ; mais celui-ci n'est pas assez bien conservé dans notre exemplaire pour que j'aie pu en étudier la structure intime. L'original se trouve dans la collection de M. Manlel! , et provient de la craie de Lewes. A la suite de ces genres j'inscris provisoirement une coupe nouvelle dont je ne connais, il est vrai, que quelques écailles et une partie de la colonne vertébrale. Leur organisation me fait cependant penser que c'est dans le groupe des Sphyrènes qu'il faut les ranger. J'ai nommé ce nouveau genre Cladocyclus, à cause du tube des écailles de la ligne latérale qui est bran- chu, comme chez les Labres. J'en connais maintenant deux espèces, l'une provenant de la craie de Lewes, dont j'ai représenté deux écailles, Tab. 2.5 o, fig. 5 et 6 , comme des écailles du genre Hypsodon. J'ai dû depuis à l'obligeance de M. Elie de Beaumont un frag- ment d'une autre espèce provenant du Brésil, que je connaissais déjà antérieurement. J'ai trouvé sur ce fragment des écailles semblables à celles de Lewes, associées à un type de Vertèbre qui dilïère de celui du genre Hypsodon. Je me suis dès-lors convaincu que ces écailles appartiennent au genre Cladocyclus, et j'ai inscrit dans mes notes l'espèce de Lewes sous le nom de Cladocyclus lev\ esiensis , et nommé celle du Brésil Cladocyclus Gardneri , du nom du botaniste anglais à qui j'en ai dû la première connaissance. Je décrirai ces deux espèces lorsque je pourrai publier des dessins de tous les fragmens que j'ai examinés. — 104 CHAPITRE III. DES GENRES RAMPHOGIVATHUS ET MESOGASTER Agass. 1" Du GENRE RhAMPHOGNATHUS. Je désigne sous ce nom un type particulier d'Acanthoptérygiens abdominaux que je crois appartenir à la famille des Sphyraenoïdes. 11 se rapproche des Sphyrènes proprement dites par la position de ses ventrales , qui sont situées en arrière des pectorales ; mais il en diffère en même temps par la conformation de sa tête , et surtout par la forme de ses mâchoires , qui sont très- effilées et dont la supérieure déborde l'inférieure. Je n'en connais encore qu'une espèce, le RhAMPHOGNATHUS PARALEPOmES AgaSS. Vol. s , Tab. 38 , fîg. 1 et 2 (*). (Sous le nom de Rhamphognathus pompiiius). Syn. Jisox Saurus Itt ver. Tab. 50, fig. 2. — Esox Sphyrœna Ut. ver. Tab. 24, fig. 2. — Ammodytes tohianns lll. ver. Tab. 53 , fig. 3. — De Blainv. Ich. p. 38. J'ai représenté deux exemplaires de ces poissons, provenant l'un et l'autre de Monte-Bolca. L'un (fig. 2) est vu de profil, l'autre (fig. 1 ) est couché sur le dos, de manière à montrer les deux pectorales, l'une des ventrales, l'anale et la seconde dorsale. La position des ventrales, dans les deux exemplaires figurés indique évidemment un poisson abdominal , car elles sont situées sous le ventre, quoique plus rapprochées des pectorales que de l'anale. La seconde dor- sale est un peii en arrière de l'anale , mais au reste conformée de la même manière ; toutes deux sont composées d'un petit nombre de rayons (sept ou huit) distinctement articulés et très-branchus. La première dorsale n'est pas conservée, mais l'on peut aisément reconnaître sa position dans l'exemplaire de fig. 2 d'après les osselets interapophysaires,, qui sont à-peu- près à la hauteur des ventrales. La caudale est courte et portée par un pédicule vigoureux. .Formule : 4, I, 8 ; 7, I, 3 ou 4. La tête , qui forme le principal caractère du genre , comprend à-peu-près le tiers dé la (') La fig. 2 de la planche xîitée appartient bien réellement à cette espèce : c'est à tort qu'elle est associée au nom du Mesogaster sphyrœnoides qui n'est représenté que par la fig. 3 . — 105 — longueur. Les mâchoires sont allongées en forme de bec très-pointu. La mâchoire supérieure déborde considérablement l'inférieure. Les dents ne sont pas connues. Il est probable qu'elles étaient très-petites. La colonne vertébrale est faible, composée de petites vertèbres aussi hautes que longues, qui contrastent par leur petitesse avec la forme trapue et d'apparence cy- lindrique du corps. J'en compte plus de quarante , dont vingt-quatre ou vingt-cinq caudales. Les apophyses épineuses sont grêles, ainsi que les côtes ; les unes et les autres sont fortement inclinées en arrière. Les écailles n'ont laissé que des traces indécises ; elles sont moins petites que dans la plupart des Scombéroïdes, mais trop endommagées pour qu'on puisse reconnaître leur structure. Les plaques originales de mes figures se trouvent au muséum de Paris ; elles faisaient jadis partie de la collection de Gazzola et proviennent l'une et l'autre de Monte-Bolca. Celle de fig. 1 est figurée dans V Itliolitologia veronese ; celle de fig. 2 était inédite. 2° Dit genre Mesogaster Agass." Ce- genre a l'aspect et la physionomie générale des Scombres. Néanmoins , je le place avec le précédent dans le voisinage des Sphyrènes , à raison de la position des ventrales qui sont situées derrière les pectorales. Il est très-voisin du genre Rhamphognathus, que nous venons de décrire , mais il en diffère cependant par ses mâchoires qui sont d'égale longueur , et par la forme de sa tète , qui est plus courte et plus obtuse. L'espèce que nous allons décrire est la seule connue. Mesogaster sphyraenoides Agass. Vol. 5, Tab. 38, fig. 3. Syn. Silurus Bagre Ut. ver. Tab. 14 , fig. 3. — Esox Sphyrœna Itt. ver. Tab. 24 , fig. 3. — De Blainv. Ich. p. 39. Bronn. Itt. n° 23. C'est un poisson de petite taille, assez allongé et probablement cylindracé. C'est ce qu'an- nonce du moins le pédicule de la queue, qui est large , comparativement au reste du corps. La tête est courte et contenue environ cinq fois dans la longueur du corps. La première dorsale n'est pas conservée ; la seconde est opposée à l'anale , mais cependant à proportion moins reculée que dans le Rhamphognathus; ses rayons ainsi que ceux de l'anale sont très- lins. Les ventrales, auxquelles' nous avons emprunté le principal caractère du genre, sont petites et insérées au tiei»s antérieur de l'espace compris entre les pectorales et l'anale. Les pectorales sont assez grandes et composées de rayons très-fins. La caudale est profondément échancrée. La colonne vertébrale est plutôt mince que robuste, elle compte une quarantaine de vertèbres aussi hautes que longues , dont environ vingt-deux caudales et dix-huit abdomi- nales. Les apophyses épineuses présentent plusieurs particularités dignes de remarque : les ToM. V. 14 — 106 — supérieures sonl d'abord érectes et robustes derrière la nuque, puis elles se rapetissent et s'inclinent derrière les ventrales , et les dernières , qui sont les plus inclinées, s'allongent de nouveau considérablement pour porter les rayons de la caudale. Les côtes sont plus grosses et plus longues que les apophyses. Les osselets inlerapopliysaires sont très-petits , et il ne paraît pas qu'ils aient été munis de crêtes latérales. Ceux qui portent l'anale et la seconde dorsale sont très-serrés; il y en a au moins deux pour une apophyse. Je ne connais encore que quelques plaques de ce joli poisson ; celle qui est ici figurée se trouve au muséum de Paris. J'en ai vu une autre très-bien conservée dans la collection de M. Copland. L'espèce provient de Monte-Bolca. 107 — DE LA FAMILLE DES BLENNIOIDES Agass. Les poissons appartenant au type des Blennies forment, selon nous, une famille bien ca- ractérisée, et nous pensons que c'est à tort que Cuvier les réunit aux Gobies pour n'en faire quune seule famille sous le nom de Gobioïdes (voy. Toni. IV, p. 202). Aussi bien, les Blennies ont-elles une physionomie tout-à-fait différente des Gobius, et les caractères communs que Cuvier leur assigne se bornent en quelque sorte à la structure du canal intestinal, qui est fort simple et sans cécum. Mais du moment que l'on chei'che d'autres caractères, on trouve tou- jours des différences plus ou moins tranchées entre ces deux types. Laissant donc de côté les Gobius et leurs analogues qui ont des écailles pectinées, et prenant pour type de notre famille des Blennioïdes le genre Blennius, auquel nous associons, avec Cuvier. les Pholis, les Blen- nechis, les Chasmodes et les Salarias, nous leur assignons les caractères suivans : ce sont en général de petits poissons à écailles cycloïdes , ayant pour la plupart des ventrales jugulaires, composées uniquement de deux rayons flexibles ; une dorsale très-longue , s'étendant sur la plus grande partie du dos ; une tête courte et obtuse , et des dents tantôt très-fines , tantôt plus ou moins développées. Il faut remarquer en outre que la plupart de ces poissons sont vivipares ; mais ce caractère ne pouvant être d'aucune importance pour la détermination des fossiles, nous n'aurons pas à nous en occuper ici. DU GEXUE SPINACAIVÏHUS Agass. J'ai établi ce genre pour un poisson fossile qui n'a point de représentans dans la création actuelle. Sa ressemblance avec les Chironectes est évidente. Or si , comme je l'ai fait remar- quer ailleurs , les Chironectes doivent être rapprochées des Blennius ou Baveuses , ce sera entre elles et les Chironectes qu'il faudra placer mon genre Spinacanthus, tandis que les Ba- trachus devront être rapprochés des Cottus, puisqu'ils paraissent manquer de sous-orbitaires. Je n'en connais encore qu'une espèce que nous allons décrire. Spinacanthus blennioïdes .\gass. Vol. S,Tab. 39,fig. 1. Syn. Ble/ini/isoccllaiislll. ver. Tab. 1.3 , fig. 2.— Blennius cuneiformis De Blainv. Ich. p. 58. — Bronn. Ut. n" 33. On ne saurait rapporter ce poisson à aucun des genres vivans , et c'est évidemment à tort que l'auteur de l'Ichthyologie véronaise et M. de Blainville le rangent parmi les Baveuses. Ce — 108 — qui le distingue surtout , c'est sa première dorsale , dont les rayons comprimés , insérés au dessus de l'œil , s'étendent en ap'ière sous la forme d'immenses épines qui égalent la longueur totale du corps. Le premier de ces rayons a, à sa basé, une série de dentelures très-vigou- reuses qui servaient sans doute d'armes défensives à l'animal ; de là son nom de Spinacan- thus. La seconde dorsale est une petite nageoire opposée à l'anale et composée dé rayons grêles et articulés, portés par des osselets interapophysaires plus grêles encore. La caudale est large et dilatée, mais elle ne paraît pas être échancrée. L'anale est grêle, petite et com- posée de sept ou huit rayons branchus assez frustes , avec un rayon simple en avant. Les pec- torales ont des rayons encore plus fins et en même temps très-courts. La plus grande largeur du poisson est à la nuque ; de là le corps se rétrécit comme un coin jusqu'au pédicule de la queue, qui est irês-grèle. L'œil est très-haut, presque marginal au bord supérieur. La bouche est au contraire au bord inférieur et par conséquent séparée de l'œil par un grand espace. Le profil est presque vertical, avec une légère saillie au dessous du milieu, qui pour- rait bien être la base ou l'insertion d'un petit rayon ; au haut du front, en avant et au des- sus de l'œil , on voit une seconde protubérance , qui me parait également provenir d'un rayon qui a disparu. Il se pourrait cependant que le profil ne fût pas aussi perpendiculaire qu'il l'est dans notre exemplaire. Je suis même porté à croire qu'il était très-peu incliné, mais qu'il a été ployé par accident. L'effet de cette torsion aura été de rendre la gueule oblique de bas en haut, tandis que la gorge, la ceinture thoracique, les pectorales et toutes les par- ties jugulaires ployées sur elles-mêmes ont été portées en arrière et en haut , et ont ainsi pris une position anormale. Mais en redressant notre échantillon , toutes ces parties rentrent dans leur position naturelle , et l'affinité avec les Chironectes n'en est que plus frappante. Nous avons alors une tête horizontale portant quelques longs rayons , une gueule terminale assez grande , des pièces operculaires et des rayons branchiostègues dirigés obliquement en avant, et des pectorales plus ou moins pendantes. Quant aux ventrales , leurs rayons pour- raient bien se trouver entre les rayons branchiostègues. La bouche est du reste grande. A la mâchoire inférieure on voit, à côté l'une de l'autre, deux grosses dents coniques, qui sont sans doute les analogues de celles que l'on rencontre chez les Baveuses. Les rayons branchiostè- gues sont fort grêles, arqués en avant. Les inférieurs sont les plus courts. J'en compte neuf en tout. 11 n'est rien resté de la ceinture thoracique ; mais l'on voit une douzaine de rayons de la pectorale, dont la ligne d'insertion est oblique d'avant en arrière et en bas. La colonne vertébrale présente une courbure marquée à-peu-près au milieu du corps ; elle est composée d'un petit nombre de vertèbres, tout au plus une vingtaine , qui sont à-peu-près aussi hautes que longues. Les apophyses épineuses, dont il existe des traces distinctes dans la partie abdominale du squelette, sont grêles et arquées en arrière. Les osselets interapophy- saires sont, à ce qu'il paraît, beaucoup plus nombreux. Je ne remarque aucune trace d'é- cailles ; ce qui me fait croire que notre poisson en était dépourvu , comme les Blennies. Il serait bien intéressant qu'on découvrît des exemplaires plus complets de ce fossile , que _ ioi) _ celui qui se trouve au nuiséuni de Paris, le seul et unique que j'aie vu ; car outre ses rapports nombreux avec les Chironectes et les Blenniys, il en a de non moins évidens avec les Tri- gles : les séries de bourrelets au bord du dos et du ventre et le long des côtés pourraient . entre autres , avoir des rapports plus ou moins intimes avec les plaques et les piquans des Hirondelles de mer et des Grondins. L'original se trouve au muséum de Paris. C'est une espèce propre au terrain de Monte- Bolca . — no — DE LA FAMILLE DES LOPHIOIDES OU PECTORALES PEDIGULEES. Cette famille, établie par Cuvier, comprend les poissons les plus disproportionnés cl les plus laids de toute la classe. Leur nom de Pectorales pédiculées leur vient d'un prolongement extraordinaire de deux os du carpe , qui sont beaucoup plus longs que le cubital et le radial , et forment une espèce de bras qui soutient la nageoire pectorale. Un autre caractère de ces poissons consiste dans l'absence générale d'écaillés qui sont en partie remplacées par des tu- bercules osseux , ou par de petits grains armés d'épines. Enfin M. Valenciennes signale encore comme un caractère de famille l'absence des os sous-orbitaires. Mais autant cette famille est distincte de tous les autres types de poissons , autant il est difficile de lui assigner sa véritable place dans le système. L'absence d'écaillés est la première difficulté. Je pense cependant , avec Cuvier, que c'est dans le voisinage des Blennics et des Callionymes qu'il faut les ranger, à cause de la position de la première dorsale, de la petitesse de l'orifice branchial , de la largeur de la tête , du prolongement du pédicule des nageoires pectorales et de la manière de vivre de ces poissons en général. Tous les genres de cette famille sont des démembremens du genre Lophius d'Artédi ; tels sont : le genre Chironectes Cuv. , qui comprend les espèces à tête comprimée verticalement : le genre Malthea Cuv. , qui renferme les espèces à peau rude, et le genre Halieutea Val., qui a le palais dépourvu de dents. DU GENRE LOPHIUS àrtéd. Le genre des Baudroies (Lophius) est l'un des plus caractéristiques de la classe , et il suffit d'avoir vu une fois une Baudroie pour en reconnaître le type, tant ses formes sont bizarres et sa physionomie baroque. Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'extrême largeur de la tète et l'énormité de la gueule. La tête est en même temps très-déprimée, et la gueule est armée de dents coniques sur tout son pourtour. Il y a deux dorsales, si toutefois l'on peut donner le nom de nageoire à une série de rayons simples , très-espaces , non réunis par une membrane , et dont les premiers, placés en avant des yeux, sont terminés par des lambeaux charnus. La seconde dorsale est très-rapprochée de la caudale , et composée de rayons articulés d'une structure normale. Mais c'est surtout le squelette qui mérite la plus grande attention , ainsi qu'on le verra par la description ci-dessous. — m — La présence de Lophiiis parmi les fossiles de l'époque tertiaire n'est point sans importance pour la géologie ; car elle est une autre preuve de la grande ressemblance qui devait exister entre la faune d'alors et celle de nos jours. Et comme les Baudroies sont des poissons des zones tempérées, leur jîrésence à l'état fossile peut nous fournir par là même quelques indices approximatifs sur la température de l'époque où vivaient ces fossiles, indices qui sont d'ail- leurs confirmés par la présence des autres genres qu'on trouve dans la même localité. Squelette du Lophius piscatorius. Vol. S , Tab. M. L'individu dont provient le squelette que j'ai figuré est un jeune, qui est loin d'avoir atteint sa taille définitive ; mais les os, pour être moins durs que dans les adultes, n'en ont pas moins leur forme caractéristique. La colonne vertébrale est composée de vertèbres comprimées, plus hautes que longues et très-poreuses. Leur nombre parait varier; l'exemplaire figuré en a vingt- six , dont onze abdominales et quinze caudales. M. Valenciennes en décrit un second qui en avait trente ; j'en ai vu un troisième qui en avait trente-une. Les apophyses articulaires sont peu accusées, et ne forment le plus souvent qu'une petite saillie au bord supérieur et anté- rieur de la vertèbre. En revanche , toutes les vertèbres ont au bord supérieur, à l'origine des apophyses épineuses, une impression très-marquée, en forme de petit trou rond, qui pé- nétre souvent de part en part , et qui se répète également au bord inférieur des vertèbres cau- dales et même sur les dernières vertèbres abdominales. Les apophyses épineuses sont larges et courtes. C'est au bord antérieur de la dorsale molle , par conséquent vers le milieu du tronc, qu'elles acquièrent le plus de développement ; plDs avant , elles sont un peu plus grosses , mais plus courtes. Elles vont également en décroissant vers la queue , et plus elles sont postérieures, plus elles sont couchées , si bien que les dernières ne forment plus qu'une saillie longitudinale au bord des vertèbres, en se repliant sur les vertèbres suivantes. La dernière vertèbre est une plaque triangulaire allongée, relevée latéralement d'une forte crête horizontale. Les apophyses épineuses inférieures correspondent exactement à celles du dos. Les unes çt les autres sont at- attachées au bord postérieur de la vertèbre. 11 n'y a pas de côtes. Mais les premières vertèbres abdominales ont de chaque côté une petite saillie qui est un rudiment d'apophyse inférieure ou transverse. Dans les vertèbres suivantes, ces apophyses se prolongent en arrière en se recou- vrant les unes les autres, et forment le long du bord inférieur deux carènes assez marquées. Plus loin, dans les vertèbres caudales, ces carènes sont remplacées par les apophyses épineuses. Les osselets interapophysaires de la dorsale et de l'anale sont munis de crêtes osseuses qui rem- plissent à-peu-près l'intervalle entre les apophyses et forment presque une cloison continue. Mais ce qu'il y a de particulier, c'est que les apophyses épineuses s'étendent jusqu'aux rayons et en constituent ainsi les supports directs, tandis que les osselets ne sont que leurs auxiliaires. Quant aux rayons épineux, trois d'entre eux sont insérés sur des osselets interapophysaires plus courts encore que ceux de la dorsale molle et fixés aux apophyses des vertèbres antérieures ; — Hi2 — mais comme ils sont isolés , il est difficile de les conserver en place dans le squelette , et c' est pour cette raison qu'ils se sont perdus dans notre exemplaire. Un quatrième repose sur une large plaque interapophysaire entre les pariétaux , et deux autres sur un long interapophy- saire couché entre les apophyses montantes des intermaxillaires. Les rayons de la caudale s'ar- ticulent directement sur les apophyses ou branches horizontales de la dernière vertèbre. Il y en a deux simples et six branchus ; aussi la caudale est-elle très-grèle. La ceinture thoracique n'est pas moins remarquable. Le scapulaire est une longue plaque mince , ovale , insérée au crâne par une grosse apophyse ; elle s'applique par sa partie infé- rieure en travers sur l'extrémité supérieure large, plate et bicornue de l'humérus. La corne inférieure de l'humérus n'est autre chose que 'a saillie ordinaire que cet os fait au dessus de l'insertion des pectorales ; la corne supérieure, qui est en même temps l'extrémité supérieure de l'os, surgit en arrière derrière le scapulaire. En avant et en bas l'humérus s'allonge en une longue corne qui se réunit avec son homonyme derrière l'arc de l'hyoïde ; cette portion est très-mince. Le radius et le cubitus sont deux petits os arqués à leur extrémité et attachés à la face interne de l'angle de l'humérus. A ces deux os se fixent deux tarsiens arqués dont l'externe est le plus petit, et dont l'interne se dilate à son extrémité en lame spatuliforme , tandis que son bord supérieur, dès le milieu, et son extrémité donnent insertion aux rayons de la pectorale, qui sont au nombre dé vingt-trois. L'osselet slyloïde est extrêmement grêle comme une simple soie, et arqué derrière l'insertion des tarsiens. Les os du bassin sont deux grands piliers dilatés vers leur symphyse en moignons disciformes; leur bord externe et postérieur porte les ventrales qui ont six rayons articulés jusqu'à leur extrémité. La tête du Lophius est une combinaison étrange d'os de toute forme et de toute grandeur. Les dimensions prodigieuses des os de la face , des mâchoires et des arcs branchiaux avec leurs dépendances , les sinuosités et les saillies raboteuses du crâne , sont si extraordinaires , qu'on n'observe rien de semblable dans aucun autre genre. L'appareil operculaire est composé de pièces dont la forme est bien difTérente de ce que l'on voit dans le plus grand nombre des poissons. L'opercule est une longue pièce verticale , du sommet de laquelle se détache une longue arête semblable à une soie. Le subopercule s'attache par le milieu et transversalement à l'extrémité inférieure de l'opercule ; c'est une étoile osseuse , munie de fortes pointes , se terminant en arrière par une vingtaine de rayons filamenteux qui sont réunis par une membrane , ce qui est une nouvelle preuve que les pièces operculaires sont de même nature que les rayons branchiostègues. L'interopercule est une plaque pyriforme , parallèle à l'opercule , placée au devant de ce dernier, et portant à son bord postéro-inférieur une forte épine. Le préopercule est un os en forme de croissant, inti- mement soudé au temporal. Le temporal est un os large, relevé de plusieurs proéminences , et d'une lame plate à laquelle se fixe en arrière le préopercule , et en avant le jugal. La caisse est un os plat , disciforme , , portant en arrière et en haut une apophyse montante qui va se fixer au temporal. Le symplectique est un os allongé, enchevêtré dans le jugal, et placé entre — a 5 — cet os, le temporal et la caisse. Le jugal a une apophyse articulaire en forme de gond allongé, une espèce de rotule cylindrique ; sa face extérieure est très-concave. Le ptérygoïde est très- mince et tout-à-fait plat, reposant sur l'extrémité du palatin en avant du jugal. Il n'y a pas d'os transverse. Les branches de la mâchoire inférieure sont fort longues, étroites et armées de dents for- midables sur plusieurs rangs. Chaque branche n'est composée que de deux os, le dentaire, de forme très-arquée, et l'articulaire en forme de croix grecque ; ce dernier se prolonge, en arrière de son insertion, en une apophyse qui va s'unir à l'interoperculaire par un ligament. Les intermaxillaires, les maxillaires supérieurs et les palatins forment trois arcs consécutifs, dont le moyen est le plus grand ; les intermaxillaires sont armés de dents semblables à celles du maxillaire mférieur ; celles du devant de la mâchoire sont de beaucoup les plus fortes. Les palatins qui ont également de fortes dents s'attachent aux cornes dilatées du vomer ; leur sommet est surmonté de deux cornes. Il n'y a pas de sous-orbitaires. Les os du crâne, sans être aussi irréguliers que les os de la face, présentent cependant plusieurs particularités. L'ethmoïde est une lame très-mince , presque papyracée , en forme de disque. Le vomer est une large pièce triangulaire renflée au bord antérieur, et armée, à ses angles externes , d'une ou deux dents crochues. Les frontaux antérieurs ont la forme d'un quadrilatère allongé, légèrement arqué et percé d'un trou au bord externe. Les fron- taux principaux sont très-grands et allongés ; à leur surface se voient plusieurs crêtes lon- gitudinales tuberculeuses. De leur bord externe s'élèvent au dessus de l'orbite deux fortes cornes dirigées en dehors. Les frontaux postérieurs sont de forme à-peu-près carrée et mu- nis de deux cornes. Les mastoïdiens sont très-courts, avec une corne en dehors et un bour- relet au dessous pour l'insertion du temporal. Les pariétaux sont de petites écailles allongées, terminés en pointe effilée en avant. Les rochers sont de petits os triangulaires terminés en ar- rière par une corne. Le basilaire est un os oblong, relevé de crêtes à sa face inférieure , et très-poreux à sa face supérieure. L'occipital latéral est en forme de carré oblong, tordu sur lui-même, et percé de deux trous. L'occipital supérieur est un os de forme irrégulière, aussi grand que l'occipital latéral et très-poreux. Le sphénoïde a la forme ordinaire qu'on lui con- naît chez les poissons osseux, seulement le milieu du corps est celluleux. La grande aile est un os plat, irrégulièrement quadrilatère. Les pharyngiens inférieurs se composent de deux lames osseuses , plates, armées de dents, qui représentent l'os lingual. Les cornes de l'os hyoïde sont formées chacune de deux grands os cylindracés et creux , formant un arc paral- lèle à celui de la mâchoire inférieure. Entre les pharyngiens et les cornes de l'os hyoïde se trouvent les quatre arcs branchiaux. L'os hyoïde manque complètement, ainsi que cette série d'osselets impairs qui se trouvent placés, chez les poissons ordinaires, entre les arceaux infé- rieurs des branchies. Les arceaux inférieurs des branchies qui sont les plus longs sont presque droits ; les supérieurs , plus courts , se fixent à de petits pharyngiens supérieurs qui sont armés de fortes dents coniques. ToM. V. 15 — H4 — La plupart de ces os sont fort minces , et souvent ils ne représentent que des gaines os- seuses d'une extrême ténuité, qui dénotent une ossification incomplète. LoPHUJS BRACHYSOMUS AgaSS. Vol. 5 , Tab. 40. Syn. Lophius piscatorius Itt. ver. Tab. 42, fig. 3. — Loricaria Plecostomus Itt. ver. Tàb. 20, fig. 4. — Lophius piscatorius 1 ar Ganelli De Blainv. Icll. p. 36 , Id. p. 38. Il est impossible de se tromper sur le genre du fossile que nous décrivons. C'est bien le type de la Baudroie ; l'espèce est même très-voisine de la Baudroie commune f Lophius pis- catorius), mais il paraît qu'elle n'atteignait pas des dimensions aussi grandes. Les grands os du tarse auxquels s'insèrent les pectorales, diffèrent essentiellement des mêmes pièces dans les espèces vivantes , en ce qu'ils sont droits ou seulement très-peu arqués. La pectorale qui s'y attache est plus petite que dans la Baudroie vivante. Ses rayons sont tous articulés jusque près de leur base, mais non dicholomisés. J'en compte dix-sept, dont ceux du milieu sont les plus grands. La tête est si possible encore plus large que dans l'espèce vivante, et comme les os qui la composent sont plus étroits, elle parait par là même plus lacuneuse. La mâchoire in- férieure est aussi un peu moins saillante et garnie de dents très-serrées .et fort longues. Enfin la colonne vertébrale présente aussi quelques différences sensibles. Le nombre des vertèbres est moins considérable , bien qu'il soit très-difficile d'en déterminer rigoureusement le nom- bre. Ce qu'on peut voir, c'est que dans le petit exemplaire de fig. 3 , il y a quatorze ver- tèbres à partir de l'insertion du premier interapophysaire de la dorsale jusqu'à l'extrémité de la queue ; je puis en compter sept en avant jusqu'à l'occiput , ce qui ferait en tout vingt et une vertèbres. Les corps des vertèbres sont peut-être moins gros que dans les espèces vivantes; mais leurs apophyses épineuses , tant les supérieures que les inférieures , sont proportionnel- lement plus longues, plus larges et plus aplaties. Les osselets interapophysaires sont plus aigus, plus grêles et moins enchâssés entre les apophyses. Enfin un dernier caractère à mentionner, c'est que les rayons de la dorsale dépassent l'insertion de la caudale ; et si ceux de l'anale ne la dépassent pas , ils l'atteignent du moins. Il n'est resté des tégumens qu'une légère teinte plus foncée dans les endroits qui étaient oc- cupés par des parties molles. C'est une espèce propre au terrain de Monte-Bolca. Il n'en existe à ma connaissance que deux exemplaires conservés l'un et l'autre en double plaque au Muséum de Paris et dont j'ai donné les figures. L'un (fig. 1 et 2) représente l'adulte qui a environ six pouces de long sur quatre pouces de large ; l'autre (fig. 3 et 4) est un jeune de la même espèce. Les lettres pp désignent les pectorales , et d la dorsale. — 115 — DE LA FAMILLE DES LABROIDES. Les Labroïdes ont toujours été considérés par les naturalistes comme un type à part ; mais la plus grande confusion régnait dans cette famille avant que M. Valenciennes ne l'eût sou- mise à une étude critique détaillée. La manière dont il la caractérise ne laisse rien à désirer, aussi long-temps qu'on la circonscrit comme il l'a fait. Voici quelle est sa diagnose : « Forme oblongue; corps écailleux ; une seule dorsale soutenue en avant par des rayons épineux, gar- nis le plus souvent d'un lambeau mejnbraneux ; les mâchoires recouvertes par des lèvres charnues ; le palais lisse et sans aucune dent ; les pharyngiennes , au nombre de trois , dont deux supérieures et une inférieure, toutes trois armées de dents tantôt en pavé, tantôt en lame? ou en pointe ; un canal intestinal sans cécum et une vessie natatoire » . Je serais cependant disposé à faire subir à cette famille une modification importante que le prince de Canino a déjà signalée , et qui consisterait à en éliminer les Cychles , qui ont des écailles dentelées à leur bord postérieur, et qui se rapprochent aussi , à d'autres égards , des Perches , pour les re- porter dans l'ordre des Cténoïdes , tandis que les vrais Labroïdes sont tous Cycloïdes. J'a- jouterais donc aux caractères indiqués par M. Valenciennes pour caractériser cette famille, que les écailles ont leur bord postérieur lisse. M. Cuvier ne compte pas moins de dix-huit genres de Labroïdes (*) . Or, comme les caractères qui distinguent ces différens genres sont pour la plu- part empruntés au squelette , nous aurions par là même les moyens de distinguer facilement les espèces fossiles toutes les fois qu'elles seraient bien conservées. Mais il paraît que cette fa- mille, si abondante dans les mers actuelles, était à peine représentée dans les créations anté- rieures. Je ne connais jusqu'ici que deux poissons fossiles qu'on puisse rapporter à cette fa- mille ; ce sont de vrais Labres. DU GENRE LADRUS Artéd, Ce genre, qui constitue le type de la famille , est de forme trapue. Son squelette est massif ; ses lèvres sont épaisses et charnues. Mais ce qui le distingue surtout des autres genres de la (•) Ces genres sont les snivans : Lahrus Art. , Cheilinus Lacép. , Lachnolœmus Cuv. , Jidis Cuv. , Anampses (Anampses) Cuv. , Crenilahriis Cu\., Conçus Cm., Epihulus Cm . , Clepticus Cm., JElops Comm. Xyrichthys Cm . , Chromis Cm., Cichla Blocli., PlesiopsCm., Malacanthus Cm . , Scarus L., Calliodon Cas . , et OdaxCm.. auxquels M. Valenciennes en a ajouté plusieurs, tels que le genre Cossyphus, intermédiaire entre les Labres et les Crénilabres, Ctenolahrus , Acan- tholahrus , Tautoga Cuvier et Valenciennes. Hist. nat. des Poiss. XIII, p. 12. — 116 — famille, c'est qu'il n'y a aucune épine ni dentelure au bord des pièces operculaires. Les mâ- choires sont armées de fortes dents. Les os pharyngiens en portent en forme de pavés arrondis. Enfin les rayons épineux de la dorsale sont généralement plus nombreux que les rayons mous. Labrus Valenciennesii Agass. Vol. 5 , Tab. 39 , fig. 2. (Sous le nom de Labrus microdon Agass.) Syn. Labrus merula Ut. ver. Tab. 37. — De Blainv. Ich. p. 46. — Bronn. It. n" 37. Cette espèce est trapue . comme la plupart des Labl'oïdes , et sa physionomie ne permet pas de douter que ce ne soit un véritable Labre. La hauteur est à la longueur comme 2 à 7. La tête est petite , le museau court et pointu ; mais ce qui distingue surtout notre espèce des espèces vivantes, ce sont ses très-petites dents, tandis que les espèces vivantes ont en général des dents très-vigoureuses. Sa forme est aussi réellement plus trapue que celle de la plupart des espèces vivantes. La colonne vertébrale est robuste ; les vertèbres sont plus longues que hautes , cylindriques ou légèrement étranglées au milieu ; les apophyses articulaires ne sont indiquées que par un anneau saillant au point de contact de deux vertèbres. Les apophyses sont plutôt grêles que robustes ; mais les dernières s'allongent davantage pour porter la cau- dale. La dernière vertèbre se divise à cet effet en six apophyses , auxquelles viennent s'arti- culer les rayons. Les osselets de la dorsale sont d'une taille énorme, par suite de leur large crête latérale qui supporte surtout la partie épineuse de la dorsale. Ceux de la partie molle sont moins larges, et ceux de l'anale sont même excessivement grêles et petits. Les nageoires n'ont laissé que des traces assez imparfaites dans notre exemplaire ; cependant les épineux de la dorsale ont dû être très-vigoureux. Les nageoires sont très-faibles et ne comptent qu'un petit nombre de rayons. Il en est de même de l'anale. La caudale est mieux fournie , mais elle ne paraît pas avoir été échancrée. Ses rayons sont articulés jusqu'à la base. Les écailles sont très-grandes, et l'on reconnaît facilement les sillons rayonnans de leur surface. C'est une espèce propre au calcaire de Monte-Bolca. .Je n'en connais qu'un seul exemplaire qui se trouve au Muséum de Paris, et qui faisait partie de la collection de Gazzola. Je connais une seconde espèce fossile de ce genre que j'appelle Labrus Ibbetsoni , prove- nant de la molasse suisse. .Je la dédie à mon ami M. Ibbetson , qui en a découvert les premiers fragmens. M. Nicolet, de la Chaux-de-Fonds , en a trouvé depuis un pharyngien inférieur très-bien conservé avec toutes ses dents , ensorte qu'il ne peut rester aucun doute sur sa posi- tion générique. 117 — ADDITION I. DU GENRE ECHEIVEIS. Il me reste encore à dire un mol d'un genre aussi remarquable par la structure de son squelette que par ses caractères extérieurs, je veux parler du genre Echeneis. On sait que ces poissons ont sur la tête un disque particulier composé de lamelles cartilagineuses, au moyen duquel ils s'attachent aux corps marins et aux navires. Suivant la signification qu'on a attribuée à ce disque, on a rangé les Echeneis dans diverses familles. Cuvier, dans son Règne animal, les place à la suite des Discoboles , en faisant remarquer qu'ils pourraient bien donner lieu à une famille particulière. Je crois, pour ma part, qu'ils se rapprochent plutôt des Scombéroïdes, dont ils ont à la fois le port et l'allure. Le squelette a aussi bien plus de rapport avec celui des divers genres de cette famille qu'avec celui de la plupart des Malacoptérygiens. Il est vrai que , d'un autre côté, il n'y a qu'une seule dorsale , ce qui est "incompatible avec le type des Scombéroïdes ; mais celte incompatibilité disparaîtrait du moment que l'on démontrerait que le disque de la tête n'est autre chose qu'une première dorsale. C'est en effet de cette manière que je crois qu'il faut envisager ce singulier organe, par la raison qu'il ne dépend en aucune façon du crâne, mais qu'il est supporté par une série d'osselets interapophysaires, dont les côtés fortement dilatés forment les lames du disque , tandis que les petites épines qui sont insérées au milieu de leurs échancrnres sont de véritables rayons épineux. Or, la présence d'une dor- sale sur la tête n'est pas un fait sans exemple chez les poissons , comme nous venons de le voir par l'étude du squelette de la Baudroie. Et s'il en est ainsi du disque des Echeneis, nul doute qu'il ne faille les rapprocher des Scombéroïdes. C'est ce qui résulte surtout de l'étude du squelette dont nous allons donner la description. Squelette de l'Echeneis Naucrates. -* Vol,5,Tab. G,fig. 2. Un premier trait qui frappe dans la charpente osseuse de ce poisson , c'est la grosseur des vertèbres et la diversité très-grande qui règne entre les vertèbres caudales et les vertèbres abdominales. Les vertèbres caudales sont non seulement plus longues, mais elles sont en — H8 — outre hérissées de très-fortes apophyses dont la forme varie suivant leur position dans la co- lonne vertébrale. C'est ainsi que les premières vertèbres caudales ont de fortes apophyses in- férieures dirigées en avant et aussi longues que la vertèbre est haute. A ces apophyses infé- rieures s'attachent les apophyses épineuses qui forment avec elles un angle droit, étant dirigées obliquement en arrière. A partir de la huitième vertèbre caudale, l'apophyse inférieure se raccourcit et l'apophyse épineuse devient presque parallèle au corps de la vertèbre ; en même temps l'apophyse articulaire postérieure qui forme un processus assez saillant dans les pre- mières , s'efface à-peu-près complètement dans les dernières. Les apophyses épineuses supé- rieures sont moins variables ; elles sont courtes et s'attachent au bord postérieur de la ver- tèbre. La dernière vertèbre caudale enfin est très-courte, et sa partie postérieure est divisée en plusieurs lames verticales qui portent la caudale. Les vertèbres abdominales sont con- struites sur un tout autre plan ; elles sont plus étranglées, et les côtes, au lieu d'être suppor- tées par des apophyses inférieures, s'attachent au corps même de la vertèbre. Leurs apophyses supérieures diffèrent de celles des vertèbres caudales , en ce qu'elles sont vigoureuses et moins inclinées. Les vertèbres abdominales, ainsi que les trois premières caudales, portent chacune une arête musculaire assez forte, qui est fixée sur le côté du corps de la vertèbre. Les osselets interapophysaires sont petits , mais munis de crêtes latérales ; on en compte trois et même quatre pour une apophyse épineuse. La dorsale et l'anale se ressemblent fort ; elles sont com- posées l'une et l'autre de rayons articulés et branchus à leur extrémité, précédés d'une série de rayons simples au nombre de huit à la dorsale et de cinq à l'anale. La caudale est tronquée à-peu-près verticalement, et composée de gros rayons très-branchus. Les rayons de la dorsale sont nombreux et très-serrés ; ceux des ventrales sont, en revanche , gros et au nombre de cinq seulement. La ceinture thoracique est très-développée et porte de grandes pectorales ; les ventrales sont également d'assez grande taille. Les cornes de l'os hyoïde sont vigoureuses, et les rayons branchiostègues nombreux ; l'opercule est petit , mais le sous-opercule est très- grand proportionnellement. La face supérieure du crâne est restreinte. La mâchoire supérieure est beaucoup plus grêle que l'inférieure, qui se rattache à un jugal fort incliné , et a un préo- percule ployé en équerre. L'orbite est petite et les sous-orbitaires très-étroits. Le squelette de l'Echéneis rappelle dans son ensemble des dispositions que nous avons vues développées d'une manière excessive dans le genre Tetrapterus de la famille des Xiphioïdes Vol. S , Tab. E , et cette analogie me paraît un motif de plus pour envisager comme naturel le rapprochement que je fais des Echéneis et des Scombéroïdes. Ce type n'a pas encore été signalé à l'étal fossile , mais d'après les caractères si tranchés du squelette , on peut prévoir que les espèces fossiles ne devront pas offrir de grandes diffi- cultés à la détermination , si l'on parvient jamais à en découvrir. Mais l'on ne doit pas s'at- tendre à voir le disque de la tête conservé, attendu qu'il s'enlève facilement, même dans les espèces vivantes. i9 ADDITION II. DE LA Fi^MILLE DES MUGILOIDES. Ceux qui savent que les Mugiloïdes appartiennent à l'ordre des Clénoïdes s'étonneront sans doute de les voir ligurer dans ce volume. Je dois faire l'aveu que lorsque j'ai examiné pour la première fois les écailles de ces poissons, je me suis trompé sur leur véritable nature, et comme les écailles que j'avais à ma disposition provenaient de poissons qui avaient été froissés, je ne distinguai pas les dentelures marginales des écailles , qui sont d'une petitesse extrême , et je rangeai les Muges parmi les Cycloïdes. Ce n'est qu'en soumettant plus lard ces écailles à une nouvelle révision , que j'ai acquis la certitude qu'elles sont réellement pectinées. Ce sera par conséquent parmi les Cténoïdes , à côté des Rougets (Mullus) , qu'il faudra les ranger par la suite. Les Muges sont des poissons très-réguliers , en général plus cylindriques que comprimés. Au premier abord , ils ont la plus grande ressemblance avec les Scombéroïdes et les Cyprins, mais la présence de dentelures à leurs écailles suffit pour les en éloigner complètement. Ils ont deux dorsales séparées , et la première qui est épineuse , n'est composée que de quatre rayons. Elle est opposée à l'espace compris entre les ventrales et l'anale, tandis que la dorsale molle est en arrière de l'anale. Les ventrales sont situées au dessous et un peu en arrière des pectorales, au bord abdominal. Tout le corps est recouvert de grandes écailles qui s'éten- dent même sur la tête, comme chez les Ophicéphales. Les dents sont d'une finesse extrême et souvent à peine reconnaissables. Les maxillaires supérieurs sont très-petits. D'après cela, et en ajoutant à ces caractères ceux que l'on peut tirer des organes intérieurs et des parties molles, tels que la forme de la lèvre et la structure de l'estomac qui a , d'après Cuvier, le plus souvent une branche montante, semblable à un gésier d'oiseau granivore, d'après cela, dis-je, on ne saurait douter que les Mugiloïdes ne soient une des familles les mieux circonscrites. Linné ne connaissait que deux espèces de Muges. Cuvier qui en a fait une famille à part , leur associe encore plusieurs autres petits genres, savoir: les Cestrœi(s Cuv., les Dajaiis Cuv., les Nestris Cuv. et les Tefragonurus Riss, qui se distinguent tous par des caractères purement extérieurs ; c'est par conséquent ici le lieu de décrire le squelette du type des Muges. — 120 — Squelette du Mugll Cephalus. Vol. 5, Tab. F. fig. 2. Il n'est pas rare que les poissons les plus inoffensifs soient pourvus d'une charpente osseuse robuste. Cette remarque s'applique particulièrement à la famille des Muges. La colonne ver- tébrale est composée de grosses vertèbres, à-peu-près aussi hautes que longues. L'espèce que nous décrivons en a vingt-six , dont douze caudales et quatorze abdominales. Les apophyses articulaires sont très-accusées surtout dans les vertèbres abdominales ; chaque vertèbre a au bord antérieur un prolongement en forme de crochet, qui se courbe par dessus un prolonge- ment semblable, mais plus petit, de la vertèbre précédente et qui atteint souvent le bord pos- térieur de l'apophyse épineuse de cette même vertèbre. Ce même enchevêtrement des apo- physes articulaires se retrouve aussi dans les vertèbres caudales, du moins au bord supérieur; mais elles sont ici moins développées que dans les vertèbres abdominales. La dernière ver- tèbre caudale se divise daui. sa moitié postérieure en plusieurs larges lames verticales , sur lesquelles viennent s'insérer les rayons principaux de la caudale , y compris le grand rayon simple. Les petits rayons sont supportés par une autre lame plus extérieure de cette même vertèbre. La pénultième vertèbre ne porte que les premiers des petits rayons simples. Les côtes sont grosses et longues ; les premières s'attachent au corps même des vertèbres ; mais à partir de la cinquième paire , elles sont supportées par de grosses apophyses inférieures (transverses), qui vont en s'allongeant toujours plus d'avant en arrière. La dernière paire de côtes touche par son extrémité au premier osselet interapophysaire de l'anale . Les apophyses sont vigoureuses, droites et peu inclinées dans la région antérieure ; elles sont toutes insérées au milieu du corps de la vertèbre. Les osselets interapophysaires sont très-serrés et comme ils sont en même temps munis de crêtes latérales , ils forment une cloison osseuse continue. Il y en a d'ordinaire deux pour une apophyse ; ceux de la dorsale épineuse sont les plus courts ; le dernier est même inerme. Ceux de la dorsale molle sont plus longs et plus grêles. Le premier se distingue par sa position exceptionnelle qui est horizontale. Mais les osselets ne se bornent pas seulement à la région des nageoires , il y en a aussi à la nuque et entre les dorsales. Les pièces operculaires sont proportionnellement très-grandes ; le préopercule se distingue par la saillie que forme son angle inférieur, qui s'avance en arrière et en bas ; la plaque temporale et palatine est en revanche très-réduite ; les mâchoires sont très-courtes. Les os qui couvrent la voûte crânienne sont larges et ^lats. DU GENRE MUGIL Linn. Les caractères que nous venons d'assigner à la famille des Mugiloïdes étant en grande partie empruntés au genre Mugil, nous n'avons que peu de chose à ajouter pour compléter la — 121 — caracléiislique du genre. «La bouche, dit Cuvier, est petite, fendue en travers au bout du mu- seau et légèrement pliée dans son milieu , où la lèvre inférieure a une protubérance qui ré- pond à une échancrure de la supérieure ; leurs dents sont infiniment petites et déliées, souvent même à-pcu-près imperceptibles ; do chaque côté du museau est un sous-orbitaire finement dentelé , sous lequel un maxillaire grêle s'abrite plus ou moins complètement ; les opercules sont larges et bombés latéralement , parce qu'ils renferment , outre les branchies , un appa- reil pharyngien assez compliqué, qui ne laisse arriver dans l'œsophage que des matières li- quides ou déliées, en les faisant 'p^^sser par une voie très-contournée. L'estomac se termine en une espèce de gésier charnu , qui a quelque rapport avec celui des oiseaux ; les appendices pyloriques sont en assez petit nombre, mais l'intestin est long et replié. » Ce genre contient un grand nombre d'espèces qu'il est fort difficile de bien distinguer entre elles, à cause de leur extrême régularité, et il faut une grande habitude pour saisir au premier coup d'œil les caractères particuliers , même sur les espèces vivantes qui ont conservé leurs teintes naturelles et toute leur fraîcheur. Le nombre des espèces décrites et signalées par Cu- vier dans son histoire naturelle des poissons ne s'élève pas à moins de cinquante-trois. Sur ce nombre il y en a dix d'Europe , six d'Amérique , cinq d'Afrique et trente-deux des Indes. La faune fossile ne nous a fourni jusqu'à présent qu'une seule espèce , d'où il résulte que ce type, comme la plupart des genres réguliers, est essentiellement propre à notre époque. MuGiL PRiNCEPs Agass. Vol. 5, Tab. hS. fig. 1-2. Sv.N. Mugit Cephalus Kluinv. Ich. p. 66. — Mullus barbatus Darl. Tous les caractères essentiels des Muges sont assez bien conservés dans notre fossile , pour qu'il ne puisse y avoir de doute sur sa position générique. Mais M. De Blainville va évidem- njent trop loin en l'envisageant comme identique avec le Mugil Cephalus de la Méditerranée, nom sous lequel on a longtemps confondu plusieurs espèces, que Cuvier a distinguées par la suite. Ce qui caractérise surtout notre Mugil fossile , c'est sa petite tête et la structure de sa première dorsale , dont le premier épineux est de beaucoup plus gros et plus grand que les autres. La seconde dorsale a son origine en arrière de l'anale. Les ventrales, fixées à de longs et larges os pelviques , qui s'étendent fort au delà de l'humérus , sont composées d'un épi- neux qui est du tiers plus court que les rayons suivans , et de cinq à sept rayons mous. Les pectorales comptent quize ou seize rayons. L'anale est grande , composée de douze rayons, dont trois épineux et neuf mous et fourchus. La caudale est ample, mais peu échancrée. For- mule 7, I, 6; 6, I, 7. On retrouve dans la ceinture thoracique et surtout dans la tête tous les caractères distinctifs des Muges. L'humérus et le cubitus sont très-gros au dessus de Tinsertion des pectorales. L'o- ToM. V. 16 — 122 — pei'cule est très-large et arrondi à son bord postérieur et inférieur. Le subopercule et l'inter- opercule sont également fort développés relativement à la tête. Le préopercule est plus étroit. L'orbite est très-grande et occupe toute la partie antérieure de la tête. La gueule est, en re- vanche très-petite, et les os des mâchoires sont fort grêles, sans aucune trace de dents. La colonne vertébrale est composée de vertèbres plus longues que hautes , dont treize caudales et environ autant d'abdominales. Les apophyses sont longues et vigoureuses, ainsi que les côtes. Les apophyses articulaires sont également très-développées , surtout les antérieures. En re- vanche . les osselets interapophysaires sont excessivement grêles , surtout ceux de la dorsale. Ceux de l'anale sont un peu plus vigoureux II n'y a pas d'arêtes musculaires. Les écailles sont grandes et leur partie radicale est empreinte de nombreux rayons diyergens. Une particularité assez singulière, c'est que dans tous les exemplaires que j'ai eu loc- casion d'examiner, il y a dans la cavité abdomiiïale une large tache brune très-foncée, occu- pant toute la partie moyenne de cette cavité , de la tête à l'anus. Elle pourrait provenir de l'épanchement de la bile ; mais comme elle a la même forme dans tous les exemplaires . je pense que c'est plutôt l'empreinte du foie lui-même. Du terrain tertiaire d'Aix en Provence. Des trois plaques figurées, l'une représente sans doute l'adulte et tes autres des jeunes. La fig. i se trouve dans la collection de l'école des mines à Paris ; la fig. 2, dans celle de M. Regley, et la fig. 3 au Muséum de Paris. C'est, je crois, dans la famille des Muges qu'il faut ranger le genre Calamopleurus , dont je ne connais encore qu'une espèce fossile , de la craie du Brésil , le Calamopleurus cylindricus. Les Athérines que je rangeais jadis parmi les Mugiloïdes , et qui appartiennent, à n'en plus douter, à l'ordre des Cycloïdes , dans lequel elles devront former un groupe à part , ont aussi eu leurs représentans dans les époques antérieures à ta nôtre: j'en ai distingué deux espèces de Monte-Bolca, que j'ai nommées Atherina macrocephala et Atherina minutissima. Je les décrirai plus tard. • II- PARTIE. DES CYCLOIDES MALACOPTERYGIENS. TojJ. Y. 2' PARTIE. DES CYCLOIDES MALACOI»TERYGII]]\S EN GÉIVÉRAL. Après avoir passé en revue les familles qui joignent à leur caractère d'ordre celui d'avoir des rayons épineux à la dorsale, nous arrivons à celles qui sont dépourvues de ce caractère. Je range dans celte division les familles suivantes : les Cyprins, les Cyprinodontes , les Esoces, les Halécoïdes , les Angùilliformes et les Gades. Toutes ces familles sont liées entre elles par des affinités très-étroites. Ainsi la famille des Cyprins se rattache à celle des Esoces par les Cyprinodontes, tout comme elle se lie aux Anguilles par les Loches (Cobitis). Les Salmones (dont je fais avec les Clupes ma famille des Halécoïdes), se rattachent aux Esoces par les genres Xiphostoma et Belone d'un côté et par les genres Scopelus et Stomias de l'autre. Les Gades se rapprochent directement des Anguilles par les Ophidium, qui à leur tour les rappro- chent directement des Esoces et des Salmones. Comme que l'on envisage donc ces familles et dans quelque ordre qu'on les fasse suivre, leurs affinités sont telles qu'elles se présentent toujours comme un groupe très-naturel , dont le caractère d'ordre est d'avoir des écailles de Cycloïdes , et le caractère secondaire d'avoir des nageoires malacoplérygiennes. Or ce qui prouve bien que les caractères tirés de la position des nageoires ventrales n'ont pas la valeur qu'on a voulu leur prêter, c'est que dans ce groupe si naturel , il y a à la fois des poissons ab- dominaux , les Halécoïdes , les Cyprinodontes et les Esoces ; des Apodes , les Anguilles ; des thoraciques el des jugulaires, les Trachinides et les Gades. La plupart des naturalistes rangent aussi la famille des Siluroïdes parmi les Malacoptérygiens ; mais je crois que l'affinité est ici plutôt apparente que réelle, et j'ai fait voir ailleurs qu'ils se rattachent d'une manière trop directe aux Esturgeons par les Loricaires pour pouvoir en être séparés. C'est par conséquent parmi les Ganoïdes qu'ils doivent très-probablement trouver leur place. Les Pleuronectes que Cu\ier range également parmi les Malacoptérygiens, ont des écailles pectinées , et doivent par conséquent être reportés dans l'ordre des Cténoïdes à côté des Chétodontes. Les Echeneis sont de vrais Acantlioplérygiens, ainsi que nous l'avons fait voir dans la première partie de ce volume. Quant aux vrais Discoboles , les poissons qui en font partie sont encore trop peu connus pour que l'on puisse se prononcer d'une manière définitive sur leurs vraies affinités. Quant aux affinités qui lient les Cycloïdes malacoptérygiens aux Acanthoptérygiens , nous les avons discutées en détail dans les remarques générales sur l'ordre des Cycloïdes. Nul ne conteste que les Labres ne soient très-voisins des Cyprins , par leurs dents pharyngiennes et la structure de leurs lèvres, ni que les Scombres, les Sphyrènes et les Hisliophores ne se rap- Carton. Tom. V, 2' part. prochent à bien des égards des Esoces et des Belones ; el ces affinités sont une des principales raisons qui m'ont fait subordonner les difîérences tirées des nageoires à l'uniformité de la squammation. La plupart des espèces de Cycloïdes malacoptérygiens ont le corps fusiforme ou plus ou moins comprimé , depuis les formes trapues des Carpes et des Truites jusqu'aux formes ef- filées des Anguilles. Il n'en est aucune qui soit globuleuse ou déprimée à la manière des Raies. On trouve au contraire dans ce groupe les formes les plus régulières, et l'on peut dire sans exagérer que ce sont les poissons les plus élégans de toute la classe. Ils habitent en grande majorité les eaux douces , et il n'y a que quelques familles dans lesquelles les espèces marines l'emportent par leur nombre sur les espèces fluviatiles. Toutes les familles qui rentrent dans ce groupe à l'exception des Gadoïdes ont des repré- sentans fossiles. Les plus anciens types sont des Halécoïdes qui apparaissent simultanément avec plusieurs genres de Scombéroïdes dans les schistes de Claris. Les premières traces de poissons d'eau douce se montrent dans les formations tertiaires. Ce sont des Cyprins, des Esoces et des Anguilles , associés à des Perches , dont les espèces, quoique voisines de celles de nos jours , sont cependant différentes. Mais il n'existe point de Saumon fossile , el le type si remarquable des Cyprins propre aux rivières de l'Inde, que M. Heckel a décrit sous le nom de Schizolhorax , paraît également étranger à la faune fossile. iy DE LA FAMILLE DES CYPRINS. En abordant celte famille on est tout d abord frappé de la grande uniformité des divers types qu'elle renferme et du nombre prodigieux d'espèces qu'il faut y ranger. Il devient dès-lors indispensable d'établir et de maintenir plusieurs genres sur des caractères en apparence peu importans, mais dont la fixité est démontrée. Ce besoin se fait surtout sentir dans Tétude des espèces fossiles lorsqu'il s'agit de statuer sur leur différence ou sur leur identité avec les espèces fossiles, à l'aide de débris souvent très- imparfaits. Après avoir étudié avec le plus grand soin et dans toutes leurs gradations les caractères propres aux divers types, il m'a paru que la famille des Cyprins devait être limitée aux genres Cyprinus et Cohitis de Linné ^ qui se caractérisent d'une manière très-nette par la structure des mâchoires complètement dépourvues de dents. Les intermaxillaires, qui soutiennent k eux seuls le bord supérieur de la bouche et les maxillaires supérieurs, qui sont un peu plus dilatés à leur extrémité supérieure, forment deux arcs concentriques semblables, placés l'un devant l'autre et qui , de concert avec la mâchoire inférieure et l'arcade palatine et temporale , ferment les cô- tés de la bouche . Les os pharyngiens inférieui-s sont armés d'une ovi de plusieurs rangées de fortes dents, tantôt aplaties, tantôt coniques ou même crochues, qui se rempla- cent constamment à la surface et au bord externe de l'os qui les porte , à mesure que celles du bord interne s'usent et tombent. Un appareil musculaire particulier fait mouvoir l'un contre l'autre les deux arcs osseux qui portent ces dents, et les presse en même temps contre une plaque cartilagineuse ti'ès-dure qui est fixée dans une large dépression d'une apophyse épineuse inférieure de l'os basilaire , perforée pour le passage des grands vaisseaux abdominaux et dont la partie inférieure est dilatée. Ces piè- ces constituent un vigoureux appareil masticateur, auquel est attaché l'estomac, qui est peu dilaté et qui se continue en un intestin grêle et court, dépourvu de coecums, courbé deux fois seulement sur lui-même et entouré d'un foie très-allongé qui suit les replis du canal alimentaire y la rate est cachée derrière l'estomac. La vessie aérienne est grande et divisée en deux par un fort étranglement ; elle communique avec le pharynx par un tube très-étroit. Les reins sont très-grands, surtout développés au- — 6 — tour de rétranglement de la vessie aérienne; ils aboutissent par deux uréthères à une petite vessie urinaire. A l'époque du frai , les ovaires et les laites distendent considé- rablement les parois abdominales. La boucbe est petite, le plus souvent arquée et terminale, ou quelquefois inférieure et plus ou moins transversale , entourée de lè- vres cbarnueS; épaisses, portant souvent des barbillons. Mais comme ces appendices sont entièrement cutanés et qu'ils ne s'appuient point, comme le barbillon maxillaire des Silures, sur une base osseuse, on ne doit pas s'attendre à les trouver conservés dans les espèces fossiles appartenant à des genres dont les représentans vivans en sont pourvus. Il en est ainsi de toutes les parties molles du corps, qui n'ont par là même qu'un intérêt indirect et secondaire dans l'étude des fossiles. Cependant, comme l'on est somment en demeure de tirer de la forme , des dimensions et de la position respec- tive des parties solides conservées à l'état fossile , des conséquences qui ne sont point sans intérêt pour l'organisation entière , la manière d'être et les mœurs de ces anciens animaux , je ne crois pas inutiles les indications que je viens de donner et que je don- nerai dans la suite sur la nature de ces oi^ganes et leur liaison avec les parties solides. Considérée sous le point de vue ostéologique, la famille des Cyprins se distingue par une charpente osseuse très-solide : la colonne vertébrale est composée d'un nom- bre pi'oportionnellement peu considérable de vertèbres, toutes massives comme la plupart des os du crâne et surmontées d'apophyses et de côtes vigoureuses; les ai'êtes musculaires acquièrent également un développement très-considérable. Toutes les espèces ont trois rayons branchiostègues; leurs pièces operculaires sont très-grosses, lisses et très-épaisses; l opercule est la plus grande de ces pièces. Les rayons des na- geoires sont généralement épais, articulés et ramifiés à leur extrémité, sauf ceux qui sont placés en avant du plus grand rayon. Un autre caractère , peut-être le plus significatif de tous, gît dans la stucture des écailles, qui sont pourvues de rainures ou de sillons plus ou moins nombreux partant d'un centre commun d'accroissement, ordinairement situé au centre de l'écaillé ou plus ou moins rapproché de son bord postérieur et se dispersant en éventail vers la périphérie. La tête et les pièces operculaires sont dépourvues d'écaillés. La presque totalité des espèces de cette famille habitent les eaux douces ; se nour- rissant exclusivement de substances organiques en décomposition et même de limon ou bien d'herbe, de graines, de vers et d'insectes ; quelques-unes seulement chassent aux petits poissons. Le petit nombre de celles qu'on trouve sur le bord de la mer se tiennent dans les eaux saumâtres à l'embouchure des rivières , dans lesquelles elles remontent fréquemment. Il paraît qu'il en était de même à l'époque de la déposition des terrains tertiaires, époque de leur première apparition à la surface du globe. Je ne connais pas un Cyprin fossile qui ait été trouvé associé à des débris d'animaux marins ; — 7 — toutes les espèces à l'exception de deux qui constituent le genre Cyclurus ( voy. plus bas) appartiennent à des genres existans aujourd'hui. D'un autre côté un grand nombre de genres de Cyprins de l'époque actuelle avaient leurs représentans à l'é- poque de la déposition des terrains tertiaires. Partout oii l'on découvre des terrains tertiaires d'eau douce, de quelque nature qu'ils soient d'ailleurs, l'on peut être sûr d'y trouver des traces plus ou moins évidentes de la famille des Cyprins. En leur qualité de poissons omnivores ils formaient alors, comme aujourd'hui, la principale niasse de la population des lacs d'eau douce et il paraît qu'eux-mêmes servaient de pâture à des poissons carnassiers analogues aux espèces vivantes, tels que les Brochets , les Perches , les Anguilles et autres qu'on trouve habituellement dans les mêmes ter- rains, et qui, à en juger par leur appareil dentaire n'étaient certainement pas moins voraces que leurs repi'ésentans de l'époque actuelle. Dans toute la série des dépôts tertiaires les Cyprins montrent la plus grande res- semblance avec les espèces fossiles. Or si l'on réfléchit à la difficulté qu'éprouvent les naturalistes à différencier les espèces vivantes d'après des caractères anatomiques un peu saillans, on concevra combien plus difficile doit êtie la tâche du paléontologiste qui ne peut établir ses caractères que d'après des débris de squelettes fossiles. Mais comme si ici encore la nature avait voulu venir en aide à la science , c'est dans ces mêmes ten'ains tertiaires que l'on trouve les ichlhyolithes les plus parfaits ! Il n'est pas rare d'y découvrir des exemplaires dont toute la charpente osseuse , les nageoires et les écailles sont à-peu-près intactes. Le dépôt des schistes d'Oeningen, d'où provien- nent les belles collections des Musées de Zurich, de Carlsruhe et de M. Lavater de Zurich, dont il sera souvent question par la suite, est surtout remarquable sous ce rapport. Comme dans cette famille les différences spécifiques sont souvent fondées sur des caractères en apparence très-insignifians tels que le nombre plus ou moins considérable des rayons des nageoires ou des osselets interapophysaires qui les portent, j'ai dû m'appliquer à reproduire avec le plus grand soin tous ces détails sur mes planches, et j'invite les personnes que cela intéresse plus particulièrement, à exa- miner mes figures à la loupe, surtout celles qui se rapportent aux petites espèces. Je saisis cette occasion pour témoigner ma profonde et sincère gratitude à toutes les per- sonnes qui ont bien voulu me confier leurs originaux , en particulier à 31. Lavater de Zurich qui s'est acquis des droits imprescriptibles à ma reconnaissance. — 8 — CHAPITRE I. DU GEiNRE ACANTHOPSIS. J'ai cru devoir détacher du genre Cobitis plusieurs petits poissons, dont j'ai fait un genre à part sous le nom de Acanthopsis (Ployez mon Mémoire sur quelques es- pèces de Cyprins du lac de Neucliâtel dans les Méni. de la Soc. dliist. nat. de Neuchâtel^oX. I. ) Ces poissons, dont les espèces vivantes habitent les eaux douces de l'Europe centi-ale et méridionale, ainsi que les grands fleuves de l'Inde, sont carac- térisés par leur forme très-allongée. Le corps est tout d'une venue, compiimé la- téralement^ la tête et les nageoires sont proportionnellement petites; la caudale est tronquée ou arrondie ; la dorsale , de forme semblable à l'anale , est placée vis-à-vis et un peu en avant des ventrales. Mais ce qui les distingue surtout des Cobitis, c'est que leurs barbillons sont proportionnellement plus courts, et que le premier sous- orbitaire, bifurqué et terminé en pointes acérées, jouit d'une grande mobilité et de- vient une arme défensive et offensive, dont l'animal se sert comme d'un crochet. Les dents pharyngiennes sont très-pointues et placées sur une seule rangée. L'apo- physe inférieure de l'os basilaire est renflée en forme de caisse arrondie. Le crâne est étroit et comprimé, comme toute la tête et le reste du corps. Les écailles sont si pe- tites, qu'elles échappent à la vue. Il est d'autant plus intéressant de posséder une espèce fossile de ce genre dans nos terrains d'eau douce, que sa présence dans les schistes d'Oeningen avec des feuilles de Liquidambar et des rameaux de Taxodium , associés du reste à des poissons très-semblables à ceux de nos lacs et de nos rivières, prouvent qu'à l'époque de leur ensevelissement, l'aspect de ces contrées présentait un sol sillonné de lacs et de rivières , sous un climat plus chaud que le nôtre. I. Acanthopsis angustus Agass. Vol. 5, Tab. 5o fig. 2 et 3. Cohitis Tœnia de Sauss. Catalog. Il existe dans la collection de M. Lavater , à Zurich , un poisson que de Saussure cite dans son catalogue sous le nom de Cobitis Tœnia. Il ressemble en effet beau- coup à notre espèce vivante de Loche, connue sous ce nom. Cependant j'ai cru de- voir le distinguer spéciflquement et le reporter, ainsi que celle-ci, du genre des — 9 — Loches, dans mon genre Acanlliopsis, parce qu'il montre des traces incontestables d'un piquant fort acéré et mobile sur le premier sous-orbilaire: or c'est la présence d'un semblable piquant qui, comme nous venons de le voir, constitue le principal ca- ractère de ce genre. L'espèce est surtout caractérisée par Textrcme ténuité de son corps, ce qui lui a valu le nom (.Vajigustus. Mais il ne faut pas prendre le change sur la longueur de l'exemplaire de fig. 3, auquel on a très-adroitement allongé la queue, en ajoutant à l'extrémité delà colonne vertébrale, l'extrémité d'un Goujon fossile ÇGobio analis)\ dont j'ai représenté les contours, afin de reproduire l'effet complet de l'original et pour que les personnes qui auront l'occasion de le comparer ne s'y méprennent pas. A part cette bizarrerie , le squelette est assez bien conservé 5 on reconnaît même vers les parois abdominales , entre les pectorales et les ventrales et entre celles-ci et l'a- nale, quelques légères traces d'écaillés; mais elles sont si petites, qu'il est impossible d'en déterminer la structure, ni même la disposition. La tête est allongée, et sauf le piquant sous-orbitaire , elle est assez mutilée , comme l'est en général la tête de la plupart des poissons fossiles. Un autre caractère très-saillant de cette espèce, c'es^ l'extrême petitesse des ventrales et des pectorales, qui sont séparées par un espace assez considérable. La colonne vertébrale se compose de treize vertèbres caudales et de vingt-six vertèbres abdominales. Les côtes, au nombre de quatorze, sont assez fortes et de longueur moyenne. La dorsale, portée un peu en avant des ventrales , pa- raît composée de neuf rayons : 2. L 6. L'anale en compte un nombre égal; elle est aussi éloignée de la dorsale que celle-ci l'est de la tête. La caudale est détruite; l'on n'y reconnaît que les petits osselets du lobe supérieur. Il existe au Musée de Carlsruhe un joli petit poisson que je crois être un jeune de cette espèce (fig. 1). De toute manière la forme élancée du tronc et de la tête, les courtes apophyses des vertèbres et la forme arrondie de la caudale ne permettent pas de douter que ce ne soit un Acanthopsis, malgré que le rayon épineux du premier SHborbitaire ait complètement disparu. En examinant l'original à la loupe, on re- connaît assez distinctement 9 rayons dans la dorsale, 17 dans la caudale, 7 ou 9 dans l'anale et 8 dans les ventrales. Ce qui donne surtout du piix à ce petit exemplaire , c'est que toutes les nageoires y sont étalées et dans leur position naturelle, comme si le poisson avait été surpris en nageant. L'on voit en outre dans la même collection du Musée de Carlsrulie. un autre exem- plaire de cette espèce , probablement la plaque correspondante de celle de la collec- tion Lavater, que je viens de décrire : la caudale y est également complétée par une pièce étrangère. Tous ces exemplaires proviennent des schistes d'Oeningen. ToM. V. i' PARTIE. 2 — 10 — A cette occasion je ferai remarquer qu'il faut être continuellement sur ses gardes, pour notre pas dupe de l'adresse de ceux qui ont cherché à compléter les exemplaires des poissons fossiles qu'ils avaient à leur disposition. Jamais je n'ai mieux senti la nécessité d'une réserve et d'une défiance absolue à cet égard, que lorsque j'ai exa- miné pour la première fois la belle collection de poissons fossiles du Musée de Carlsruhe. Là en effet j'ai trouvé, à côté de poissons intacts, des pièces factices, représentant en apparence des fossiles particuliers, d'autant plus difficiles à apprécier, qu'ils étaient composés de fragmens plus ou moins grands et plus ou moins recon- naissables de vrais fossiles, très-adroitement ajustés et soudés de manière à imiter les formes générales de différons animaux. Ainsi j'ai vu le corps d'une espèce inédite d'Or- vet (^ng^ît/^) terminé parla tête d'un poisson (Gobio analis) et présentant aux yeux d'un curieux moins attentif, l'aspect d'une Anguille. De même un grand nombre d'exem- plaires sont complétés par des pièces provenant d'autres individus ou plus grands ou plus petits de la même espèce ou d'espèces voisines, dont l'ajustation a été opérée moyennant quelques coups de ciseaux, ce qui était d'autant plus facile que la roche qui les recèle se laisse aisément tailler. Mais ce qui m'a Te plus frappé ce sont de pré- tendues grandes Truites que l'on trouve citées dans la plupart des ouvrages anciens où les fossiles d'Oeningen sont mentionnés, et qui ont toujours passé pour les premières raretés de ce gisement. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'on les examinant de près je vis dans les contours d'une Truite creusée sur une grande plaque de schiste d'Oenin- gen, des fragmens de plusieurs espèces fossiles de cette localité, mais surtout des portions d'Esojc- lepidotus et de Leuciscus œningensis assemblés pêle-mêle dans toutes les directions, de manière à produire l'image approximative de quelque grande Truite! Digne chef-d'œuvre de l'oisiveté des moines do Mersebourg, auquel on doit cette collection ! — (Comp. ma notice sur les Poissons d'Oeningen dans Leonhard et Bronn, Jahrbuch i83o.) — 11 — CHAPITRE IL DU GENRE COBITIS. Tel que je l'ai circonscrit dans mon Mémoire sur les Cyprins du lac de Neucliâtel (voyez page G), mon genre Cobitis n'est point identique avec le genre du même nom de Linné et de Cuvier, qui comprend^ outre les véritables Cobitis, les espèces dont j'ai fait mon genre Acanthopsis. Les vrais Cobitis ontle corps cylindracé et plus ou moins aminci vers l'extrémité de la queue. La tête s'atténue également dans sa partie antérieure. Des barbillons très-distincts, de nombre variable j suivant les espèces, entourent la boucbe. Les joues sont complètement lisses, les sous-orbitaires^ immo- biles, sont entièrement cachés sous la peau. Les nageoires sont petites, quoique pro- portionnellement plus grandes que dans les Acanthopsis; c'est surtout le cas des pectorales et de la caudale. Les dents pharyngiennes sont effilées et taillées en biseau à leur extrémité. Les écailles sont petites, enduites de beaucoup de mucosité, ce qui n'empêche pas qu'elles soient visibles à l'œil nu. Tous les Cobitis sont de petite taille ; la plus grande espèce, le C.fossilis L. n'excède pas neuf pouces de longueur. Parmi les espèces vivantes, il y en a trois qui habitent les eaux douces du centre de l'Eu- rope. Buchanan en a décrit plusieurs des Indes orientales, et tout récemment M. le baron de Hiigel en a découvert d'autres au Cachemir, qui ont été très-bien décrites et figurées par M. Heckel. Il existe à ma connaissance deux espèces fossiles de Cobitis, provenant toutes deux des schistes d'Oeningen, ce qui confirme l'observation faite à l'occasion du genre Acanthopsis, relative au climat de ces contrées , à l'époque de la déposition des terrains tertiaires. I. Cobitis centrochir Agass. Vol. 5., Tab. 5o, fig. i et 4. Cohilis harbatula Cat. de Sauss. On reconnaît au premier abord dans ce fossile, dont les deux empreintes se trouvent dans la collection Lavater, une espèce du genre Cobitis, tel que je le restreins dans dans mon Hist. nat. des Poissons d'eau douce. Cette espèce diffère sensiblement du C. barbatui a i^onr lequel l'a prise de Saussure, par la forme de ses grandes pectorales _ 12 — dont le premier rayon est extrêmement gros, long et pointu, et par la position de la dorsale qui est plus en avant des ventrales. Elle me paraît en outre avoir été plus large et moins élancée. La colonne vertébrale est composée de i4 vertèbres caudales et de i6 abdominales. Les apophyses épineuses sont, comme dans tous les Cyprins ^ courtes et assez allon- gées, servant en outre de base à un nombre considérable d'arêtes musculaires très-grêles. Les côtes, en avant des ventrales, sont plus fortes et plus grandes qu'en arrière. La tête paraît être grosse et épaisse plutôt qu'allongée \ toutes ses parties, excepté les trois rayons brancbiostcgues, sont froissées. Les nageoires en général sont très-dé- veloppées, surtout les pectorales qui, comme je viens de le dire, ont encore cela de particulier, que leur premier rayon est beaucoup plus vigoureux que les autres. J'en ai compté ii à 12 dans la pectorale de gauche : (dans l'exemplaire figuré on voit la gauche et la droite.) Les ventrales n'en ont guère que 7. L'anale, qui est fort en arrière , en a 9. La dorsale, à laquelle on observe 9 osselets interapophysaires, ne laisse voir que 6 i-ayons ramifiés et un petit rayon en avant. La caudale est trop mutilée pour que l'on puisse en indiquer les détails. Cependant, à en juger par la base^ qui est très-large, elle doit avoir été vigoureuse, ce qui fait présumer que l'animal qui la por- tait nageait avec une grande facilité. Les écailles, dont il existe des traces sur plusieurs parties de l'exemplaire de fîg. 4, sont si petites, qu'on a de la peine à les voir à l'oeil nu. Fig. I représente un petit poisson que je crois devoir rapporter à la même espèce, quoique le principal caractère spécifique , la présence d'un gros rayon aux pecto- rales, ait disparu. Mais sa physionomie entière et notamment la structure des vertèbres ne me permettent pas de douter que ce ne soit un jeune du Cohitis centrocliir. Ce que l'on remarque surtout bien dans cet exeniplaire, ce sont les proportions des diverses parties du corps, l'opposition exacte des ventrales et de la dorsale et la forme ar- rondie de cette dernière qui est entièrement déployée comme si l'animal nageait : c'est en outre la position mitoyenne de l'anale entre les ventrales et la caudale et la forme de la caudale qui est légèrement bifurquée et dont les lobes sont arrondis. Enfin la position du corps, analogue à celle du Cohitis harbatula, ne permet point de le con- fondre avec les Acanthopsis. Les deux exemplaires figurés proviennent des «schistes d'Oeningen. J'en ai vu d'autres au Musée de Carlsruhe, Un petit poisson de la collection Lavater qui partait également le nom de Cobitis harhatula ne provient pas d'Oeningen, mais bien de Solenhofenj c esi\e Leptolepis sprattiformis , si commun dans cette dernière localité. — 13 -. II. COBITIS CEPHALOTES AgaSS. Vol. 5, Tab. 5o, fig. 5, 6 et 7. Le caractère le plus saillant de cette espèce gît dans la longueur extraordinaire de la tète, si toutefois cet allongement remarquable n'est pas le résultat d'une dislocation , comme on pourrait peut-être le supposer à raison de la position reculée des pectoralesj mais d'un autre côté l'on est en droit d'objecter que les pectorales peuvent tout aussi bien avoir été refoulées en arrière que la tête en avant , d'autant plus qu'aucune autre partie du squelette n'a été déplacée d'arrière en avant. Le tronc atteint son maximum d'épaisseur près de l'insertion des ventrales et de la dorsale, qui sont placées vis-à-vis l'une de l'autre, au milieu du corps. La partie an- térieure du tronc est très-étroite et la cavité abdominale en général peu spacieuse et très-allongée, l'anale étant tx'ès-rapprocliée de la caudale. En général le train de der- rière paraît l'emporter par son volume sur la partie antérieure du corps. La queue surtout est forte et épaisse. Il y a 21 vertèbres abdominales, outre les 3 nucliales et i4 + t caudales. Les corps des vertèbres, sans être bien gros, portent de fortes apopby ses épineuses tant supé- rieures qu'inférieures ; cependant les premières l'emportent sur ces dernières par leur taille; la quatorzième vertèbre caudale a deux apopbyscs supérieures. Les côtes sont fortes, et assez épaisses, mais trop déplacées pour pouvoir être comptées exactement. Les arêtes musculaires sont surtout nombreuses dans la partie caudale. La dorsale, qui est étroite, mais dont les rayons sont très-allongés, compte 9 osselets interapopliysaires, (dont les premiers sont inclinés presque horizontalement en avant) et 2. L 8 rayons. L'anale, sur 7 osselets, dont les premiers sont les plus larges, a i. L 7 rayons. La caudale, qui est très-fourchue ( fîg. 6), en a 7. L 8. 9. L 7. On ne peut indiquer avec précision le nombre de rayons des ventrales; j'en ai distingué 7 qui sont très- allongés. 11 en est de même des pectorales qui paraissent en avoir eu au moins i5. Quant aux écailles, on en aperçoit bien quelques traces, mais elles ne sont pas assez bien conservées povu' pouvoir être décrites. En somme le C. cephalotes se rapproche beaucoup du Gohio analîs, si fréquent dans les terrains d'Oeningen, et n'était la petitesse de ses écailles, il serait facile de le con- fondre avec cette espèce de Goujon. D'un autre côté on lui reconnaît aussi une grande ressemblance avec le Tincaleptosoma, qui cependant a l'anale bien moins rapprochée de la caudale et les pectorales plus rapprochées de la tête. Fig. 5 et 6 sont dessinées d'après une double plaque du Musée de Carlsruhe. L'ori- ginal de fig. 7 fait partie de la collection de M. Lavater de Zurich. Lord Cole en — 14 — possède également dans sa belle collection de vertébrés fossiles. Jusqu'ici cette espèce, comme beaucoup d'autres de la famille des Cyprins , n'a été trouvée qu'à Oeningen. Alors même que la nature des roches , dans lesquelles on trouve ces poissons , n'indiquerait pas suffisamment que le fond des eaux, dans lesquelles ils ont vécu, était limoneux, la présence dans ces couches, de plusieurs espèces de Loches et en particulier du Cohitis cephalotes, qui a une si grande analogie avec le C. fossilis de notre époque , indiquerait d'une manière convaincante qu'il ne pouvait en être autre- ment. En effet chacun sait que l'espèce vivante de Cobitis à laquelle on a donné le nom de fossilis, vit dans les fonds vaseux, qu'elle s'enfonce même à des profondeurs considé- rables dans le limon pour y trouver encore de l'humidité , lorsque l'eau qui le couvrait a disparu. C'est cette habitude de s'enfouir, qui lui a valu le nom de fossilis et j'en fais ici expressément la l'emarque , pour que les paléontologistes peu familiers avec l'Ichtyologie , n'y cherchent pas une espèce fossile. D'ailleurs la grande ressemblance du C. cephalotes d'Oeningen avec le C. fossilis de notre époque me fait penser que le premier avait des habitudes analogues*, ce qui confirme le fait qui nous est déjà indiqué par la nature des roches, savoir que le lac d'eau douce d'Oeningen reposait sur un fond vaseux, dont le limon a servi de tombeau à ses milliers d'Iiabitans, lors- que ayant subi des modifications dans son niveau , ce bassin s'est en partie comblé et a cessé d'exister dans ses premières conditions , après avoir été recouvert par des couches marines. 16 — CHAPITPxE III. DU GEINRE GOBIO. Les Goujons sont de petits poissons fusifornies. Les espèces vivantes sont fréquen- tes dans les eaux douces de l'Europe centrale, la partie supérieure du Nil et plusieurs rivières du Cachemir et des Indes orientales. Ils vivent ordinairement en petites trou- pes, aussi n'est-il pas rare d'en trouver plusieurs fossiles sur la même plaque. Leur présence dans les dépôts d'Oeningen en particulier vient à l'appui des considérations que j'ai présentées plus haut sur ce gisement et les circonstances climatologiques de ces contrées durant l'époque tertiaire. Leurs formes comme leurs allures sont élégantes 5 la partie moyenne du tronc est légèrement renflée et va en s'atténuant jusqu'à l'extrémité de la queue, qui, suivant les espèces , est plus ou moins effilée ou obtuse. On remarque dans toutes les espèces deux barbillons aux angles de la bouche , mais ce caractère a nécessairement disparu dans les espèces fossiles ; cependant on les reconnaît facilement à leur dorsale opposée aux ventrales et conformée de la même manière que l'anale, c'est-à-dire que le grand rayon antérieur est simple, mais articulé transversalement. La caudale est plus ou moins échancrée. Les dents pharyngiennes placées sur deux rangées, sont coniques et légèrement recourbées à leur sommet. Les écailles, de moyenne grandeur, se font re- marquer par leur extrême ténuité j leur bord postéi'ieur est quelque peu saillant. I. GoBio ArfALis Agass. Vol. 5, Tab. 54j fig- I, 2 et 3. Cyprinus Gobio De Saussure Catal. Quoique confondue par Saussure avec le goujon commun, cette espèce en est ce- pendant très-distincte et très-facile à caractériser par la position respective des ven- trales et de l'anale, qui sont plus rapprochées que dans l'espèce vivante. L'anale elle- même paraît plus allongée et ressemble davantage à celle du Gobio uranoscopus Ag. {Poissons (Veau douce, Cyprins^ ; la dorsale paraît être plus large; les ventrales en revanche étaient peut-être un peu plus courtes et les pectorales beaucoup plus petites (fig. I. 2. 3). Le tronc enfin est moins large et moins gros que dans le G.flm'iatilis, — J6 — surtout vers la dorsale , et tout le poisson par conséquent plus élancé. En comparant avec soin mes ti'ois figures on peut sans peine reconstruire cette espèce dans sa par- faite intégrité. Fig. 3 nous donne l'idée la plus juste de sa forme et des rapports de ses parties; mais comme l'original est fendu par le milieu du ventre et qu'on pour- rait supposer la tête ne pas appartenir au même individu^ j'ai ajouté la fig. i oii le même poisson se voit sur ime plaque intacte, qui permet en outre de mieux étu- dier divers détails. Il en est de même de fig. 3, oii la raie qui traverse la tête ne pénè- tre pas la pierre de part en part ; c'est un coup de scie qu'on aura donné sans doute dans l'intention de réduire la pierre aux dimensions d'un squelette à^Aspius gracilis qui se voit sur le revers de la même plaque. A l'aide de ces trois exemplaires, il est facile aussi de connaître la formule des na- geoires. La caudale qui est grande, large et très-peu échancrée, a 1. 9. 8. I. rayons, tous ramifiés à leur extrémité , et une dixaine de petits de part et d'autre, qui se ter- minent en pointe. L'anale compte 9 osselets interapopliysaircs et L 8 rayons ( fig. 3 ); les ventrales 9; la dorsale 9 osselets interapophysaires et i. L 9 rayons. Il n'y a que les pectorales dont on ne puisse jusqu'ici indiquer la formule. Pour constater ces données, il importe de les comparer à la loupe. Souvent il ne reste d'un rayon que le vestige de son insertion ou un bovit de ses brandies, ou enfin simplement Tem- preinte de l'espace qu'il occupait; mais cela suffit pour s'assurer de son existence. Les vertèbres au nombre de 18 -|- 3 abdominales et de 16. I. caudales, sont assez grêles, fort rapprocbées et pourvues d'apophyses épineuses assez longues, sur les- quelles naissent les arêtes musculaires, qui sont très-bien conservées dans nos trois exemplaires. Les côtes sont grêles et allongées; on en compte 1 5 paires. La tête est malheureusement fort endommagée; il n'y a guère que fig. 3 où le contour des parties soit un peu conservé; on y reconnaît le crâne et les mâchoires, surtout rinférieure, qui est portée en avant. Les faibles traces d'écaillés que l'on rencontre par ci par là , font présumer qu'elles étaient beaucoup plus petites que dans le G.flnviatiUs. M. Lavater de Zurich possède dans sa collection quatre exemplaires doubles de cette espèce, dont deux raccourcis et une douzaine d'exemplaires simples plus ou moins complets. Nos trois figures sont dessinées d'après ces originaux. Il en existe également plusieurs exemplaires au Musée de Carlsruhe , dans la collection de la Wasserkirche à Zuricli et dans celle de M. le Comte de Munster. — 17 — CHAPITRE IV. DU GENRE TINCA. Les Tanclies sont des poissons faciles à reconnaître à leur forme trapue, à la peti- tesse de leurs écailles et à l'épaisseur de leurs nageoires. C'est un type de la famille des Cyprins, qui pai'aît propre à l'Europe. Je n'en connais- qu'une seule espèce vi- vante , le Cjprinus Tinca de Linné ; elle porte deux petits barbillons aux angles de la bouche ^ les dents pharyngiennes sont en forme de massue et disposées sur une seule rangée. Les mêmes caractères se retrouvent dans les espèces fossiles, à l'exception toutefois des barbillons, qui n'ont pu se conserver, a raison de leur nature purement fibreuse. Les nageoires sont arrondies, assez grandes proportionnellement à la taille du poisson, et renicirquables surtout par l'épaisseur de leurs rayons, qui sont en outre revêtus d'une membrane plus épaisse que dans aucun genre de la famille; cette parti- cularité est surtout frappante dans les ventrales^ dont le premier rayon est très-gros, tout en présentant de nombreuses articulations transversales. La caudale est tantôt tronquée, tantôt plus ou moins échancrée. Tout le tronc est couvert de petites écailles , surtout remarquables en ce qu'elles sont fort adhérentes et immergées dans une cou- che épaisse de mucosité, que je crois avoir existé aussi dans les espèces fossiles, par cette raison assez naturelle, que les écailles, ayant les mêmes caractères, ont du pré- senter les mêmes rapports avec la peau. En effet, dans les espèces fossiles comme dans l'espèce vivante, elles sont beaucoup plus longues que larges, mais leur partie anté- rieure est cachée par l'imbrication naturelle, de manière à rendre à-peu-près circulaire la partie qui est visible. On remarque en outre, à la partie extérieure de chaque écaillcy de nombreux petits sillons divergeant vers les bords , tandis que la partie cachée ne pi'ésente que les nombreuses et fines lignes ovales concentriques ^ qui indiquent les bords des lames d'accroissement dont se composent les écailles. Je connais deux espèces fossiles de Tanches, provenant d'Oeningen, le T. furcata et le T. leptosoma et une du calcaire d'eau douce de Steinheim, le T. micro- Pygoptera. Tojl. V. 2" PAETIE. — 18 — I. TlNCA FURCATA AgaSS. Vol. 5, Tab. 52. 11 ne saurait y avoir de doute sur la position générique de ce poisson. Sa grosse tête, son tronc large et trapu, ses nageoires à rayons épais, surtout le premier des ventrales et le plus allongé de chaque lobe de la caudale, comme aussi l'extrême petitesse des écailles qui ne se retrouvent ainsi dans aucun autre genre de la famille des Cyprins, excepté dans les Loches (Cobitis) et les Bla- vins ( Phoxinus ) , démontrent suffisamment que c'est parmi les Tanches qu'il doit prendre sa place. L'espèce, différente de la Tanche vivante, est très-carac- térisée par la bifurcation de la caudale, qui forme deux lobes arrondis dont tous les rayons, mais en particulier les extérieurs qui sont les plus longs, se font re- marquer par leur largeur. On en compte lo. L 9. 8. L 9^ qui tous sont ramifiés et articulés dans presque toute leur largeur, excepté les extérieurs qui sont simples. L'anale est étroite, portée par 9 osselets interapophysaires et pourvue de longs rayons, qui, lorsqu'ils sont inclinés vers le corps, touchent à peu près l'origine de la caudale-, il y en a 2. L 9^ également articulés et ramifiés. La dorsale a 10 osselets interapophysaires et 2. L 9 rayons, que j'ai vus disposés de la manière suivante dans un exemplaire du Musée de Carlsruhe, où cette por- tion de l'animal se trouve mieux conservée que dans le poisson figuré : il y a d'abord un très-petit rayon, puis un autre de moitié aussi long que le plus allongé; vient ensuite un troisième rayon très-gros, simple et articulé à son extrémité, auquel succèdent huit ou neuf autres rayons fourchus et articulés jusqu'à la moitié de la longueur. Les ventrales ont au moins 1 1 rayons et les pectorales un nombre encore plus considérable ; j'en ai compté i4 dans un exemplaire du Musée de Carlsruhe. Les vertèbres sont de moyenne taille, pourvues d'apophyses assez longues dans toute l'étendue de la colonne; on en compte 3+ i5 abdominales, portant douze paires de côtes^ et i5+ I caudales. Les côtes sont grosses et fort longues. Le bassin est également très-solide. Enfin l'on distingue aussi, dans la partie postérieure, un nombre assez considérable d'arêtes musculaires très-bien conservées. Les osselets interapophysaires de la dorsale sont au nombre de dix, les antérieurs sont toujours plus allongés que les postérieurs. Quoique les pièces qui composent la tête soient presque entièrement froissées, on n'en reconnaît pas moins tous les os qui la com- posent; on voit surtout dans notre exemplaire l'humérus, les pièces operculaires et les mâchoires. — 19 ^ Les écailles sont très-petites et de forme oblongue. J'en ai figuré quelques-unes grossies, à côté du poisson, pour donner une idée de leur structure. On y voit une foule de rayons qui partent du centre d'accroissement situé à la partie postérieure de récaille et divergent en éventail vers le bord antérieur ; les lignes concentriques sont très-rapprochées . Je connais un nombre assez considérable d'individus de cette espèce^ tous provien- nent des scbistes d'Oeningen. L'exemplaire figuré fait partie de la collection de 31. Lavater de Zurich. Il en existe également au Musée de Carlsrulie, au Musée Bri- tannique et dans la collection de Lord Cole et de Sir Philippe Egerton. L'exemplaire du Musée Britannique est le plus grand que je connaisse ; il est considérablement étiré. Il s'en trouve vm dessin dans le portefeuille de poissons fossiles de la Bibliothèque de G. Cuvier, que j'avais pris à tort pour le Leuciscus œningensis à cause de sa forme. Voir Vol. I. p. 22, et feuilleton p. 4o. II. TiNCA LEPTOSOMA AgaSS. Vol. 5, Tab. 5i. Les mêmes raisons qui m'ont guidé dans la détermination du T. furcata me font placer cette espèce dans le genre des Tanches , quoique dans le jeune âge elle ait la plus grande ressemblance avec les grands exemplaires du Gobio analis. Dans ce cas il n'y a que la structure des écailles qui puisse servir à une diagnostique rigoureuse, les Tanches ayant toujours les écailles très-petites, tandis que dans les Goujons (Gobio) elles sont circulaires et proportionnellement aussi grandes que dans les autres Cyprins, mais très-minces. L'espèce, une fois placée dans son genre naturel, est facile à déterminer : elle est beaucoup plus grêle que le T. furcata, très-élancée ; sa caudale est fortement échan- crée. La tête est un peu plus mince que le tronc. Les corps de vertèbres sont courts mais assez gros ; les apophyses épineuses sont minces et grêles. Outre les trois vertè- bres nuquales qu'on ne voit que très-imparfaitement^ il y ^^ dix-huit vertèbres abdo- minales et quinze paires de côtes 5 celles-ci sont très-fortes et pointues à leur extré- mité. On compte en outre quinze vertèbres caudales dont quatorze sont pourvues d'apophyses épineuses très-acérées. L'apophyse inférieure des treizième et quator- zième vertèbres et la supérieure de la quatorzième sont plus longues et plus fortes que les autres ; elles servent de base à l'articulation des petits rayons externes de la caudale. La dorsale est située au milieu du dos, en face de l'insertion des ventrales. L'anale à son tour occupe le milieu entre les Acntrales et la caudale. C'est la dorsale qui est surtout bien conservée dans l'exemplaire figuré ; elle est portée par neuf osselets _ 20 — interapophysaires assez gros mais courts , et dont le premier semble avoir été aplati et bifurqué à son extrémité. Les rayons de cette même nageoire sont disposés comme dans le T.furcata (2 I. 8, ), c'est-à-dire qu'il y en a deux très-petits, puis un très- long, simple et un peu plus gros que les huit suivans, qui sont ramifiés et articulés jus- qu'au delà du milieu de la longueur. L'analeahuit osselets interapophysaires; le premier est considérablement plus fort, plus fourchu en avant et plus long que les suivans ; ses rayons sont au nombre de i. I. 8, mais ils diminuent considérablement de longueur d'avant en arrière. En général cette nageoire est bien moins ample que dans le T. furcata et par conséquent il y a plus d'espace entre elle et la caudale. Les ventrales, quoique de même taille que dans l'espèce mentionnée, sont cependant moins rapprochées de l'anale, à raison de la forme plus élancée du tronc. Les pectorales, peu détachées des parois du ventre, sont petites et grêles. Rayons : i. 17. La caudale enfin est fourchue, mais ses lobes sont moins arrondis que dans le T.furcata. Les rayons sont au nombre de 6. L 9, 8. L 6; les internes sont diversement ramifiés à leur extrémité et articulés jusque près de leur origine; les externes au contraire sont simples et terminés en pointe. La tête est très-mutilée, cependant on y reconnaît encore quelques parties telles que : une portion du frontal , les branches de la mâchoire inférieure et des traces de l'in- termaxillaire et de la mâchoire supérieure ; on voit de même la surface articulaire de l'opercule et la partie inférieure de l'humérus. J'ai aussi vu pour la première fois dans ce poisson des débris des dents ésophagiennes conservées et ayant la même confor- mation que celle de la Tanche vivante , c'est-à-dire la forme d'une massue à tige très- courte. Les arêtes musculaires sont visibles tout le long de la colonne vertébrale , mais principalement autour des vertèbres caudales. Entre les ventrales et l'anale on aper- çoit en outre un espace tout couvert de petites écailles, qui ont la même forme que celles du T.furcata.\J\\\à\\\à\\ figuré fait partie de la collection du Musée de Carlsruhe; il en existe également un très-beau dans la collection Lavater. Tous les exemplaires connus proviennent des schistes d Oeningen. III. TracA MiCROPYGOPTERA Agass. Vol. 5, Tab^ 5ï. a, fig. i. 2 et 3. On a trouvé dans le calcaire d'eau douce tertiaire de Steinheim en Wurtemberg un nombre considérable de squelettes mal conservés d'un petit poisson que je rap- porte sans hésitation au genre des Tanches, en en faisant une espèce à part, que j'appelle T. micropjgoptera, à raison de l'étroitesse de l'anale. — 21 — L'original de la fig. i donne une idée assez complète de tout le squelette. 11 est probable que par sa forme et ses dimensions ce poisson tenait le milieu entre le T. leptosoma et le T . furent a : il est moins élancé que le premier et moins trapu que le second. La caudale est large et fourchue et les articles des rayons commencent presque immédiatement après l'insertion, d'où l'on peut conclure que cette nageoire jouissait d'une grande force et d'une grande mobilité. La dorsale était également très-développée, composée de neuf rayons au moins et d'un nombre égal d'osselets in- terapopbysaires. L'anale est fort étroite à sa base, et c'est ce qui lui a valu son nom spécifique ; mais ses rayons sont proportionnellement assez allongés \ on en compte 2 I. 8. portés jjar 9 osselets interapophysaires. Les ventrales sont au contraire très- larges , leur rayon extérieur surtout est plus large que dans aucune autre espèce du genre; sa présence ^ dans la plupart des exemplaires de ce poisson, trouvés à Stein- heim, suffirait pour ne laisser aucun doute sur le genre auquel il appartient, si l'on n'avait trouvé en outre les os pharyngiens avec quelques dents en massue courte, qui confirment cette détermination. Les pectorales sont petites et formées de rayons très- grèles. Les apophyses épineuses sont proportionnellement plus faibles et plus grêles que dans aucune autre espèce du genre. Mais ce qui mérite avant tout de fixer l'atten- tion, c'estla structure de la tête, dont les pièces operculaires sont très-épaisses et les mâ- choires très-fortes, comme celles de la Tanche vivante, mais de dimensions propor- tionnellement plus petites. — Les originaux de mes figures i et 2 se trouvent dans la collection de M. le D' Hartmann à Goppingen; celui de la fig. 3 est au Musée de Stuttgardt; j'en ai vu d'autres dans les collections de la société d'agriculture du Wurtemberg et dans celle de M. le comte de Munster. — 22 — CHAPITRE V. DU GENRE LEUCISCUS. Rondelet déjà avait entrevu ce genre, qu'il mentionne, tantôt sous le nom de Leu- ciscus, tantôt sous celui de Mugilesjlimatilis. Klein le précisa définitivement sous le nom de Leiiciscus , en lui assignant à-peu-près les mêmes limites qu'il présente encore dans la seconde édition du Règne animal de Cuvier, oii il embrasse tous les Cyprins dépourvus de barbillons, et dont la dorsale et l'anale n'occupent qu'un petit espace sur le milieu du dos et en arrière de l'abdomen. Avec des limites aussi étendues , le genre Leuciscus réunit des espèces très-dissemblables, telles que leVerron CCyprinus PhoxiniisJ, dont j'ai fait un genre à part sous le nom de Phoxinus , à l'imitation de Rondelet ; les Ablettes CCjprmus alburnus et C. bipunctatus)^ qui constituent mon genre Aspius, et le Nez, CCyprinus NasusJ, que j'ai également séparé des vrais Leu- cisques, sous le nom de Chondrostoma. * Malgré toutes ces restrictions le genre Leuciscus, tel que je l'ai circonscrit dans mon Mémoire sur les Cyprins du lac de INeuchâtelf voy. Mémoires de la Soc. d'hist. nat. de Neucliâtel Yol. i J, comprend encore un nombre considérable d'espèces, dont voici les caractères génériques : Le corps est fusiforme , plus ou moins comprimé et couvert de grosses écailles, dont les lignes concentriques sont très-visibles, formées qu'elles sont par les lames d'accroissement ^ qui se débordent sensiblement l'une l'autre. Les sillons de la partie postérieure, qui partent du centre de l'écaillé et diver- gent vers son bord, sont nombreux et très-marqués. Les nageoix'es sont détaille médio- cre, souvent même petites, proportionnellement au volume du corps ; la dorsale et l'anale ont la même forme; la première est tantôt opposée aux ventrales , tantôt un peu plus en arrière ; la caudale est constamment fourchue. La bouche^ de grandeur varia- ble, est arquée et entourée de lèvres arrondies. Les dents pharyngiennes, disposées sur deux rangées, sont subconiques, un peu crochues à leur sommet, plus ou moins tronquées et même, dans quelques espèces, dentelées à leur bord interne. La charpente osseuse est robuste; les corps de vertèbres, à-peu-près aussi longs que hauts et bien proportionnés, portent des apophyses épineuses à-peu-près d'égale forme et d'égale force sur toute la colonne vertébrale, à l'exception de celles des vertèbres abdominales antérieures, qui sont plus droites et plus massives que les autres. Yers l'extrémité de la — 25 — queue les apophyses deviennent au contraire plus arquées; celles delà dernière vertèbre caudale se dilatent en forme de large éventail , portant la caudale. Les côtes sont grandes et vigoureuses. Il en est de même des arêtes musculaires qui sont proportionnelle- ment très-grosses. Les os du crâne et de la face forment des plaques épaisses dont les diverses pièces sont étroitement lices. La ceinture thoracique et les os du bassin sont de même très-vigoureux. La plupart des poissons de ce genre sont de taille moyenne ; plusieurs espèces peuvent même être appelées petites ; les plus grandes n'atteignent pas la longueur delà Carpe ordinaire et sont constamment beaucoup plus grêles. Tous les Leucisques sans exception habitent les lacs et les rivières. On en trouve dans toutes les parties du monde; mais les espèces sont en général encore mal connues, surtout les exotiques dont un grand nom- bre n'a pas encore été figuré. Un examen approfondi des caractères spécifiques a démontré en outre que plusieurs de celles que l'on croyait habiter à la fois divers grands bassins de l'Europe, y sont remplacées, dans les différentes stations, par des espèces analogues mais différentes. C'est ainsi que la comparaison des espèces d'Alle- magne avec celles de Suisse et de France m'a fait distinguer plusieurs espèces nou- velles, décrites dans mon Mémoire sur les Cyprins du lac de Neuchâtel, et d'autres que je décrirai encore dans mon Histoire naturelle des Poissons cVeau douce de V Europe centrale. D'un autre côté le Prince de Musignano, à qui j'avais fait part de mes décou- vertes, en a reconnu en Italie plusieurs également nouvelles, qu'il vient de décrire dans sa Faiina italica. Si la détermination de toutes ces espèces indigènes s'est aussi long-temps fait atten- dre, c'est qu'en réalité elles sont fort difficiles à distinguer et ne peuvent généralement être reconnues que par une étude aussi persévérante que minutieuse. On conçoit dès- lors aisément que la détermination des espèces fossiles doit être bien plus difficile en- core , et qu'après avoir reconnu les caractères qui les distinguent entr'elles et d'avec les espèces vivantes, l'on soit souvent embarrassé de formuler ces mêmes caractères. Pour faciliter l'arrangement des nombreuses espèces de Leucisques, je les ai groupés en deux sections , comprenant dans la première celles dont le corps est arrondi ou plutôt cylindracé et dont le museau est saillant au-dessus de la bouche; tels sont les L. Aphya, L. Grislagine , L. rodens, etc. Dans la seconde, je réunis les espèces plus ou moins comprimées , chez lesquelles les écailles forment une saillie en forme de quille, en arrière des ventrales, comme dans les L. OrfuSj L. rutilus, L. erythrophthalmus , etc. Cette distinction nous permettra d'établir d'une manière plus précise les rapports des espèces fossiles avec les espèces vivantes. Le Prince de 3Iusignano, tout en adoptant mes nouveaux genres, est allé plus loin que moi dans la séparation des espèces du grand genre Leuciscus. S'appuyant — 24 ^ sur les premières coupes que j'avais établies, il en a proposé, à juste titre, il me semble, une troisième , les envisageant toutes trois comme autant de sous-genres. Il conserve le nom de Leuciscus à ma première section^ puis, distinguant dans la seconde, les espèces dont la dorsale est opposée aux ventrales, de celles qui l'ont plus en arrière, il en fait son sous-genre Squalius; mais je ne saurais dire à quel titre il leur adjoint le L. Dohula. Son troisième sous-genre , qu'il appelle Scarcliniu& comprend les espèces très-comprimées , dont la dorsale est en arrière des ventrales ; je pourrais ajouter que ce sont les seuls Leucisques que je connaisse, ayant le bord interne de leurs dents pharyngiennes dentelé , comme c'est le cas du L. erythro- phthalnius. Les espèces fossiles, dont le nombre s'élève déjà à onze, proviennent toutes des terrains tertiaires d'eau douce ; et, dans plusieurs localités, les individus de quelques- unes de ces espèces sont très-fréquens, entre autres le L. œningensis et le L. papyra- ceus. Toutes appartiennent aux sous-genres Leuciscus et Squalius du Prince de Musignano 3 il n'y en a point de son sous-genre Scardinius. I. Leuciscus oeningensis Agass. Yol. 5, Tab. 57, fig. 4. 5, et tab. 58. (Cfprinus Jeses. le Meunier De Bl. Icht. p. yS.) C'est l'une des espèces les mieux conservées d'Oeningen, et je ne doute pas quen comparant les quatre exemplaires figurés, l'on n'acquière une connaissance exacte de tous ses détails anatomiques, de manière à pouvoir, sans difficulté, reconstruire l'animal dans son intégrité parfaite, et tel qu'il se présentait aux différens âges; telle particulai'ité de structure en effet, qui est indistincte ou effacée dans un exemplaire, se verra d'autant plus clairement dans l'autre. C'est ainsi que les fig. 4 et 5 nous donnent la forme et les dimensions rigoureuses des apophyses vertébrales, des na- geoires ventrales et caudales et des os de la tête; les figures de la planclie 58 en revanche nous représentent la forme des côtes, la structure des rayons des nageoires, et, ce qui mérite une attention toute particulière , la structure intime des écailles, qui est admirablement conservée. Le Leuciscus œningensis partage à un haut degré ce caractère propre aux Leu- cisques en général, d'avoir la colonne vertébrale composée de très-grosses vertèbres à apophyses épineuses très-fortes, et les côtes larges et allongées. On compte 3. i5 vertèbres abdominales et 12 paires de côtes, plus i5 + I vertèbres caudales. En avant de la dorsale, il y a 7 osselets interapophysaires inermes; la dorsale elle- — 25 — même en a 9 (Tab. 58, fig. 1) et 1. 1. 9 rayons, qui, tous à Texception des deux pre- miers j se divisent en quatre l)ranches, comme en général les rayons de toutes les nageoires. La caudale est légèrement échancrée^ formée de 7. I. 9. 8. 1, 7 rayons, qui sontsurtout distincts dans la fig. 5 de Tab. 5^. L'anale (Tab. 58) a 11 osselets inte- rapopb3'saircs fort distincts et 2. L 2 rayons. Les ventrales enfin ont 19 rayons; je n'ai pu compter dans aucun exemplaire ceux des pectorales. Dans la tête qui est plus ou moins mutilée, on remarque surtout le crâne (Tab Sy, fig. 4 et 5 ), les pièces operculaires et la mâchoire inférieure ( Tab. 58, fig. i ) ^ ainsi que les os maxillaires et intermaxillaires. On voit très-distinctement la disposition des écailles en bandes parallèles et sur chaque écaille les rayons divergens qui constituent l'un des caractères de la famille. En les examinant à la loupe, on y reconnaît même jusqu'aux cercles concentriques qui correspondent aux diverses lames dont se compose chaque écaille. La ligne laté- rale est non moins apparente (Tab. 58^ fig. 2); elle forme une courbe à-peu-près parallèle aux contours du ventre, et l'on distingue parfaitement le canal sécréteur dans la plupart des écailles dont elle se compose. Les arêtes musculaires se sont également conservées dans plusieurs exemplaires ; on en voit de très-distinctes s'entrecroisant avec les apophyses des vertèbi'cs abdo- minales, dans l'individu figuré Tab. 5'jj fig. 5. Les individus de Tab. 57 sont incontestablement des jeunes, tandis que ceux de Tab. 58 paraissent avoir atteint leur taille définitive. Tous proviennent des schistes d'Oeningen; les deux adultes et le plus petit (fig. 4) font partie de la collection de M. Lavater; celui de fig.. 5 appartient à la collection de la Wasserkirche à Zurich. Il en existe de nombreux exemplaires dans ces deux collections, ainsi qu'au musée de Carlsruhe; j'en ai également vu dans les collections de Lord Cole et de Sir Philippe Egerton, de M. le comte de Munster, au Musée de Prague et au British Muséum. On trouve dans l'ouvrage de Scheuchzer ( Fisc, qiierel. Tab. 3 ) une fort bonne figure de cet ichthyolithe qu'il a nommé Capito, l'envisageant comme identique avec le Meunier. M. de Blainville l'a également rapporté, mais à tort au Cjprinus Jeses. Tous les auteurs en général ont envisagé jusqu'ici les poissons d'Oeningen comme identiques avec les espèces vivantes ; ce n'est en effet qu'après un examen très- minutieux que l'on peut reconnaître qu'ils diffèrent spécifiquement. Parmi les espèces vivantes , c'est aux Leuciscus OrfuSj rut Uns et pmsinus que lœningensis ressemble le plus; il est cependant un peu plus trapu que les deux derniers, et il diffère sur- tout du premier en ce que le tronc est un peu moins long, eu égard à la tête, que la dorsale est un peu plus reculée et son insertion moins étendue, et qu'enfin il compte TOM. V. 2' PARTIE. 4 — 26 — 2. I. 9 rayons à la dorsale et 2. I. 12 a l'anale. Les écailles paraissent aussi avoir été un peu plus petites et marquées d'un plus grand nombre de rayons divergens. II. Leuciscus latiusculus Agass. Vol. 5. Tab. 5i a, fig. 4 et 5. Quoique très-voisine du L. œningensis , cette espèce s'en distingue cependant par la largeur plus considérable du tronc qui porte une tête proportionnellement plus petite et plus courte. Les écailles sont grandes et parfaitement conservées sur plusieurs parties de son corps; on y distingue surtout fort bien les diverses couches successives dont elles se composent ainsi que les rayons divergens, qui partant du sommet , se dirigent vers la périphérie et partagent l'écaillé en un nombre déterminé de segmens. La ligne latérale ainsi que les arêtes musculaires sont en partie conservées 5 la première forme une courbe assez forte sur le milieu du tronc. On compte 3. 16 vertèbres abdominales avec treize paires de côtes, par conséquent une de plus que dans le L. œningensis, et dix-sept apophyses très-aiguës. Les côtes sont toutes larges à leur base et vont en s'amincissant vers l'extrémité. Les osselets interapopliysaires, aU nombre de huit en avant delà dorsale, sont très- larges et plats , surtout les premiers qui acquièrent un développement plus considé- rable que dans aucune autre espèce du genre. La dorsale elle-même en a neuf, dont l'articulation avec les rayons de cette même nageoire se voit très-distinctement. La caudale est sensiblement échancrée, un peu plus que dans le L. œningensis-^ elle compte 6. L 9 rayons au lobe supérieur et 8. L 5 au lobe inférieur, tous bifurques à plusieurs reprises, à partir du milieu de la longueur et présentant un nombre consi- dérable d'articulations transversales. L'anale a 2. L 10 rayons tous grêles et bifurques, au tiers supérieur seulement. Il m'a été impossible de compter les layons des ven- trales et des pectorales j ceux de ces dernières sont évidemment les plus grêles ; ceux des ventrales sont distinctement bifurques. La tête n'est pas assez bien conservée pour qu'on puisse en induire des caractères spécifiques certains. Ce qui frappe plus particulièrement, c'est la grandeur de l'orbite. . J'ai eu à ma disposition deux exemplaires de cette espèce, dont l'un à double im- pression. Tous deux proviennent d'Oeningen et font partie de la belle collection de Lord Cole et de Sir Philippe Egerton. — 27 — III. Leuciscus pusillus Agass. Vol. 5. Tab. S'], fig. 2 et 3. Il existe dans la collection Lavater plusieurs iclithyolithes très-bien conservés , re- présentant un petit Leuciscus de la forme de YAphya, mais plus trapu et ayant la tête plus grosse et le museau plus obtus et moins allongé. J'ai fait figurer les deux exem- plaires de fig. 2 et 3 ( dont l'un est à double plaque ) pour mieux faire ressortir les principaux caractères génériques et spécifiques qui en font une espèce du genre Leuciscus. La têle n'est intacte dans aucun exemplaire ; cependant on reconnaît les pièces operculaires, la base du crâne, les rayons branchiostègues et les mâchoires qui sont surtout distinctes dans la fig. 2 et dont la supérieure est plus longue que l'inférieure. Les vertèbres sont assez grosses, mais elles portent des apophyses épineuses pro- portionnellement moins longues que dans le L. heterurus; on en compte 3. i5 ab- dominales et 16. I caudales. Les côtes, au nombre de douze paires, ne sont également pas très-longues. Les écailles sont de grandeur moyenne, comme dans le L. Apliya; on en voit des traces distinctes dans la région caudale de fig. 2, oîi l'on aperçoit jusqu'aux rayons divergens qui sillonnent leur surface. On distingue dans la même région des traces très-apparentes des arêtes musculaires. Les nageoires se sont en général mieux conservées que les autres parties du corps : la caudale est très-fourchue et son lobe inférieur, comme dans le L. heterurus^ un peu plus allongé et plus étroit que le lobe inférieur. L'anale (fig. 2 ) a douze osselets interapophysaires et i. L 12 rayons 5 la dorsale 1. L 8. Je n'ai pu parvenir à déter- miner le nombre de ceux des ventrales et des pectorales. Tous les exemplaires que je connais jusqu'ici de cette espèce proviennent d'Oe- ningen. Outre les exemplaires de la collection Lavater, j'en ai vu plusieurs dans le Musée de Carlsruhe et dans la collection de M. le comte de Munster. I IV. Leuciscus heterurus Agass. Yol. 5, Tab. 57, fig. I. Je ne connais qu'un seul exemplaire de ce joli petit poisson; il fait partie de la belle collection de 31. Lavater à Zurich et provient d'Oeningen comme les trois précé- dens. On ne saurait douter que ce ne soit un véritable Leucisque, quand on examine ~ 28 — la position de la dorsale un peu en avant des ventrales, l'étroitesse de l'anale, la tête obtuse, le tronc élancé, et les grosses écailles qui le recouvrent. Ce qui distingue cette espèce de ses congénères, c'est la forme de la caudale dont le lobe supérieur est plus court, plus large et plus arrondi que l'inférieur. La formule des rayons de toute la nageoire est : 7. I. 9, 8.1. 5. En général toutes les nageoires sont dans un état de conservation peu commun. La dorsale compte L 9 rayons auxquels correspond un nombre égal d'osselets interapo- pbysaires qui cependant sont moins distincts que les rayons. L'anale est étroite, échancrée à son bord postérieur; elle compte i. L 9 rayons. Les pectorales en ont quatorze j il ne m'a pas été possible de compter ceux des ventrales. La tête a bien conservé sa forme générale et ses dimensions naturelles ; mais il est impossible,' vu la ténuité des pièces dont elle se compose, de déterminer s'ils pré- sentent ou non quelques particularités spécifiques dans leur structure. La colonne vertébrale est composée de petites vertèbres assez rapprocbées, pour- vues d'apophyses épineuses assez longues-, il y en a 3. i5 abdominales et 16. i cau- dales. Les côtes aussi atteignent des dimensions considérables comparativement à la taille du poisson; elles sont au nombre de douze paires. Dans la région caudale on distingue en outre quelques arêtes musculaires très-grèles. Les écailles sont fort grosses et pourvues de rayons divergens bien distincts, à-peu- près comme les écailles du Z. leptus. V. Leuciscus leptus Agass. Yol. 5, Tab. 59. Les débris de cette espèce, quoique fragmentaires, sont cependant assez bien conser- vés et assez complets pour résumer en eux les principaux caractères de l'animal dont ils pi'oviennent. C'était un poisson du genre Leuciscus, ainsi que l'indiquent la dorsale opposée directement aux ventrales, les grosses écailles qui recouvrent le tronc et notamment la forme de la tête. Fig. 3 représente un squelette à-peu-près entier, moins la partie postérieure et supé- rieure de la caudale, et très propre par conséquent à donner une juste idée des propor- tions et des rapports des diverses parties du corps entre elles. On n'y voit point, il est vrai, de trace des ventrales, mais comme le premier gros interapophysaire dorsal s'y trouve, on peut aisément se les représenter en place, en s'aidant de la fig. i qui représente la partie antérieure du même poisson, la tête et le tronc, jusque derrière les ventrales et la dorsale qui sont dans leur position respective. Fig. 4 sert à compléter la eau- — 29 — dale et fig. 2 donne une idc'e de la squammation en même temps qu'elle complète quelques parties de la tête moins distinctes dans les autres figures. Après s'être assuré par les fig. i et 3 que la première apopliyse e'pineuse saillante au-dessus de la nuque est celle de la quatrième vertèbre abdominale et qu'entre elles et l'occiput il y a les trois vertèbres nuquales propres aux Cyprins, on a fait un pre- mier pas vers une détermination rigoureuse du nombre des vertèbres. En poursui- vant cet examen on arrive à reconnaître que, abstraction faite des trois vertèbres nuquales , c'est entre la huitième et la neuvième vertèbre qu'est inséré le grand osse- let interapophysaire de la dorsale ^ et entre les quatrième et septième paires de côtes qu'est suspendu le bassin, à l'extrémité duquel s'articulent les ventrales, vis-à-vis du bord antérieur de la dorsale. Au moyen de la fig. 3 nous arrivons à reconnaître que c'est en avant de la dix-septième vertèbre qu'est fixé le premier interapophysaire de l'anale , que par conséquent il y a trois vertèbres nuquales et seize abdominales, dont quinze portent des côtes. Quant aux vertèbres caudales, la fig. 3 nous servira de nou- veau de point de départ, et nous trouverons , en suivant d'abord l'empreinte des apo- physes inférieures, puis les corps des vertèbres elles-mêmes, dix-sept vertèbres, y compris celle dont la longue apophyse inférieure porte les petits rayons de la caudale , par conséquent dix-sept vertèbres caudales , plus une qui porte la nageoire. La dorsale qui n'est complètement conservée que dans la fig. i^ se compose de huit rayons mous, portés sur autant d'apophyses, d'un grand rayon simple et d'un plus petit correspondant au grand interapophysaire bicorne. Les ventrales (fig. i) ont neuf à dix rayons; les pectorales en ont quatorze ou quinze. On aperçoit dans l'anale (fig. 3) neuf osselets interapophysaires et autant de rayons, mais ils ne sont pas assez bien conservés pour qu'on puisse y reconnaître leurs proportions. La caudale (fig. 4) est fourchue; ses grands rayons sont portés sur une vertèbre aplatie; les ex- térieurs sur la dix-huitième, et les petits sur la dix-septième; il y a en tout 6. L 8, 9. L 6 rayons à la caudale. Les arêtes musculaires sont en nombre considérable , très-fines et très-grèles ; elles s'étendent depuis la nuque jusqu'à l'extrémité de la queue. Les écailles ont tous les caractères des écailles de Leucisques : elles sont grandes , concentriques, disposées par bandes parallèles, et pourvues de stries rayonnées qui partent du centre d'accroissement et se dirigent vers la périphérie (fig. 5 et 6), de telle manière cependant que le devant et le derrière de l'écaillé en sont plus abon- damment fournis que les flancs. La tête, quoique assez mal conservée, laisse cependant encore reconnaître plusieurs de ses parties. Fig. 3 montre distinctement le crâne, les deux grands et larges frontaux au-dessous de l'orbite, les sous-orbitaires , l'opercule , le subo- — 50 — percule et l'iateropercule, ainsi que le préopercule du côté droit. Fig. 3 montre les scapulaires, l'humérus et la mâchoire inférieure, derrière laquelle se trouve encore le jugal. Au-dessus se voit le symplectique, le pilon du temporal, et entir- rière les débris du préopercule. Il résulte de tout ceci que le L. leptus avait une assez grande affinité avec le L. Do- biila et le L. Jeses de nos lacs d'eau douce , dont il partageait 1^ forme et sans doute aussi les allures. Cependant sa taille était beaucoup plus petite et pius élancée, il avait de même la bouche plus petite et la mâchoire supérieure plus proéminente , comme le L. rodens et le L. majalis. Parmi les espèces fossiles c'est le L. œningensis qui lui ressemble le plus, mais ce dernier est plus aplati et plus large. Les exemplaires figurés font partie de la collection de M. Leonhard, et pro- viennent du versant du Habichtswald , où ils ont été trouvés dans une couche argi- leuse que les Allemands appellent Polie rschiefer et qui appartient à la formation tertiaire. VI. Leuciscus MA.CRURUS Agass. Yol. 5, Tab. 5iô, fig. I et 2. Ce poisson se fait remarquer entre tous ses congénères par la solidité de sa char- pente osseuse. La colonne vertébrale surtout est très-forte ainsi que les apophyses épineuses qu'elle porte , en particulier les dorsales qui sont toutes très-larges à leur base. Les arêtes musculaires sont parfaitement conservées dans les exemplaires figu- rés 5 elles naissent à la base des apophyses et sont inclinées de manière à former avec ces dernières des losanges plus ou moins réguliers. La colonne vertébrale entière compte 33 vertèbres, dont i5 abdominales et i8 cau- dales. Dans l'un des exemplaires on voit les cavités coniques articulaires des corps de six vertèbres abdominales , qui par leur réunion forment des cavités carrées très-pronon- cées. Les côtes sont au nombre de 12 paires; elles paraissent moins fortes, proportion gardée, que les apophyses. En revanche les osselets interapopbysaires sont très- vigoureux ; mais ce sont surtout les os du bassin qui frappent par leur solidité. Une charpente osseuse aussi développée devait naturellement déterminer un appareil de natation correspondant, et c'est en effet ce qui a lieu : dans aucun poisson du genre Leuciscus les nageoires n'atteignent un aussi grand développement que dans le L. macrurus, d'où nous concluons qu'il devait nager avec une grande vitesse et beau- coup de facilité. La caudale surtout, qui est le principal organe de la locomotion, est très-longue et très-fournie; elle compte 5, I. 8 rayons au lobe inférieur et 4-I' 7. au lobe supérieur. Tous les rayons internes, y compris les grands (I), sont articulés à quel- — 31 — qne distance de leiix' insertion et divisés à leur extrémité en un nombre variable de rameaux. La dorsale qui est très-élevée se compose de 2. I. 9. rayons. A partir du rayon I, tous sont articulés depuis le milieu de la longueur. Il en est de même de Tanalequi compte I. 12 rayons. Les ventrales étaient aussi très-développées propor- tionnellement a leur taille dans d'autres espèces. Les pectorales étaient les plus grêles. Je n'ai pu compter exactement les rayons ni des unes ni des autres ; mais ils sont au moins au nombre de L 9, dans les ventrales. La dorsale ainsi que l'anale sont suppor- tées par de très-forts osselets interapopliysaires ; ceux de la dorsale qui sont les plus puissans, sont au nombre de dix; il y en a à-peu-près autant à l'anale. La tête est très-grosse avec une tendance à s'allonger vers le museau ; cependant comme elle n'est pas complète dans les exemplaires figurés, je ne saurais indiquer exactement ses proportions relativement au tronc. Les divers exemplaires que je connais de cette espèce , proviennent tous des lignites de Bonn. Ceux que j'ai fait figurer ont été trouvés dans le lignite de Stossclien dans le Siebengebirg ; ils sont au Musée de Bonn et dans les collections de Lord Cole, de Sir Philippe Egerton et de M. Horner. VII. Leuciscus papyraceus Bronn. Vol. 5, Tab. 56. • Cette espèce paraît être très-fréquente dans les terrains a lignites de la formation tertiaire; notamment dans une coucbe à feuillets très-minces, que les Allemands, pour cette raison , appellent P aj)ierkolile\ on l'y a trouvée près de Bayreutb , près de Bonn et en plusieurs autres localités. Les originaux des fig. i. 2. 3. 4-j qui font partie de la collection de M. le professeur Bronn de Heidelberg, ne sont que des impressions du corps de l'animal sur la roche, et quoiqu'il ne reste aucune trace du squelette, on reconnaît cependant la forme et la structure des diverses parties du corps plus distinctement que dans beaucoup de squelettes. Fig. 5 , que je crois identique avec les précédens , provient d'une coucbe d'opale dans les lignites tertiaires des environs de Bilin. L'original m'a été communiqué par M. le comte de Sternberg. En parcourant attentivement ces différentes figures, on y trouA^era des traces plus ou moins parfaites de toutes les parties solides de l'animal ; en particulier des os de la tête et de la ceinture thoracique, tels que des maxillaires et intermaxillaires, des frontaux, du sphénoïde (à travers l'oibite) , de l'opercule, des rayons branchiostègues, (au nombre de trois) , du mandibulaire, du scapulaire, de l'humérus, du styloïde, etc., le tout disposé comme dans les Leucisques. , - — 52 — Dans toutes les figures la colonne vertébrale est très-bien conservée. Les vertèbres sont subtétragones (fig. 5), comme dans les Cyprins; leur nombre est de 36. Les apophyses épineuses dorsales et caudales supérieures et les caudales inférieures sont de moyenne grandeur et toutes portent de fines arêtes musculaires. Outre les trois vertèbres nuquales, dont on voit en partie les larges apophyses , il y a quinze vertèbres abdominales avec quatorze paires de côtes bien proportionnées et dix-sept caudales, plus une rayonnante, qui porte les rayons de la caudale. Parmi les nageoires, les pectorales sont surtout bien conservées; on y compte seize rayons. Les ventrales, qui sont aussi fort distinctes, ont i. L 8 rayons. L'anale a huit osselets interapophysaires , et i. L 8 rayons. Les os du bassin sont également conservés; l'on voit en avant , de part et d'autre , leur bifurcation et la suture entre les fourches moyennes. La dorsale a huit osselets interapophysaires dont le premier est large et bifurqué; c'est le second qui est le plus long; tous ensemble portent I . L 8 rayons , et sont fixés entre les 8° et 14" vertèbres. La caudale enfin compte neuf petits rayons entre les 16'' et 17" apophyses épineuses L et L sur la 17% et neuf et dix au milieu, articulés et fendus à diverses reprises; cette disposition et surtout le nom- bre des rayons de la caudale est un des caractères distinctifs de l'espèce. J'en ai vu de nombreux exemplaires dans les collections de M. le Professeur Bronn, de Leonhard, du Comte de Munster, de Lord Cole et de Sir Philippe Egerton et dans les 3Iusées de Strasbourg, de Prague, de Bonn, etc.. C'est à M. le Professeur Bronn que l'on doit la première description de ce poisson , qu'il a publiée dans le Zeitschrift fur Minéralogie de M. Leonhard, 1828, p. 38o. VIII. Leuciscus Cepha.lon Zenk. Depuis, Monsieur le Professeur Zenker, de Jena, à décrit, sous le nom de Leuciscus Cephalon Zenk., damsle lYeues Jahrbuch de Leonhard et Bronn, i833, p. 395, un petit poisson, provenant également de couches de lignite ( Papierkohle ) et qui, ainsi qu'il le dit lui-même et à en juger d'après les caractères qu'il lui assigne et d'après une esquisse qu'il en donne, paraît se rapprocher beaucoup du L. papyraceus-^ peut- être même est-il identique avec ce dernier ? Cependant n'ayant pas vu l'original et ne me croyant par conséquent pas en droit de prononcer sur une simple diagnose ou sur une esquisse, je me contenterai de le mentionner ici sous le nom qui lui a été donné, en attendant que j'aie l'occasion de comparer les originaux. Voici la diagnostique de l'auteur : L. parvulus, oblongo-oi>atus , capite subrotundo magno, dorso subgibboso, vertebris il^ cum 12— -iS costarum paribus\ — pinnis : dorsali in medio dorso, 6 — 7 radiât a '^ pectoralibus parvis, 10 — 12 radiât is j ventralibus inter pectorales — oo analemque mediis, dorsali siiboppositis 7 — S radiatis, anali iiiter ventrales cau- dale/m/ue média j hrevîj 5 — 6 radiata; caudali maxima emarginato - furcata , ig — 20 radîata. « La longueur de ce joli petit poisson, poursuit l'auteur, est de V/z pouces; la plus grande largeur du tronc, de 3 lignes ; la largeurde la tête, de 4 lignes. La substance en- tière de Tanimal s'est transformée en une mince couche de lignite, dans laquelle on n'a- perçoit aucune trace ni du système musculaire ni du système cutané, mais bien des arê- tes et d'autres parties osseuses ou cartilagineuses. Je n'ai point vu d'écaillés. La forme du corps est un ovale oblong avec une légère protubérance à l'endroit oîi est placée la dorsale. On compte à-peu-près 24 vertèbres; celles de devant portent 12 à 16 paires de côtes. La dorsale qui est courte et située au milieu du dos, a 6 à 7 rayons; les pectorales en ont 10 à 12; les ventrales, situées à-peu-près vis-à-vis de la dorsale et au milieu de l'espace qui sépare les ventrales de Tanale, n'ont que 7 à 8 rayons ; l'anale en a 5 à 6, et la caudale enfin, qui est de toutes les nageoires la plus grande, en compte jusqu'à 20. Elle est fortement écbancrée et presque fourchue. Les dimensions con- sidérables de la tête , qui constituent le caractère le plus saillant de ce petit poisson, lui ont valu le nom de L. Cephalon. » S'il était reconnu un jour que le poisson de M. Zenker est une espèce distincte du ' Leucis eus papy raceus, il serait fâcheux de devoir lui conserver le nom deZ. Cephalon, attendu qu'il existe déjà une espèce vivante de Leucisque qui diffère tout-à-fait de ce fossile et qui porte le nom de L. Cephalus. IX. Leuciscus Hartmanm Agass. Vol. 5, Tab. 5ic, fig. i. M. Hartmann de Goeppingen a eu l'obligeance de me communiquer l'espèce suivante, qui se fait remarquer entre tous les Leucisques fossiles par sa grande taille, comme aussi par le développement extraordinaire des os du crâne. En prenant pour mesure l'original de ma figure, c'est-à-dire la portion du corps comprise entre l'origine des ventrales et l'extrémité de la caudale, on peut admettre que ce poisson avait au moins un pied et demi de long. On remarque en même temps sur cette figure l'énorme développe- ment de la caudale dont les principaux rayons ont du avoir plus de trois pouces de long. Les vertèbres sont très-fortes, tandis que leurs apophyses sont proportionnelle- ment faibles et peu développées; leur taille n'est pas de beaucoup supérieure à celle des arêtes musculaires avec lesquelles elles se croisent. Il n'est guère possible d indi- quer exactement le nombre des diverses pièces de cette charpente osseuse. Tout ce que l'on peut conclure de cet exemplaire c'est qu'il y avait au moins 18 vertèbres caudales. ToM. V. 2* PABTJE. . 5 — 54 — Les abdominales n'ont, point laissé de trace sur les autres fragmens que j'ai examinés. En revanche on y voit la forme et les dimensions des côtes qui sont légèrement arquées. Le nombre des rayons des diverses nageoires ne saurait non plus être précisé , si ce n'est au lobe supérieur de la caudale oîi l'on en compte 5. L lo. Tous les rayons sont fortement articulés à partir du tiers de leur longueur et ramifiés en nombreux filets à leur extrémité , à l'exception toutefois des 5 premiers qui se terminent en pointe. Il en est de même de l'anale et des ventrales. La dorsale, s'il est permis d'en juger d'après les débris que nous donne la fîg. i, de la planche citée, aurait été, proportion gardée, moins développée que les autres nageoires. Les os du crâne méritent une attention toute particulière, à raison de leurs dimen- sions; la ceinture thoracique est surtout très-forte. Ce poisson provient du calcaire tertiaire de Steinheim , en Wurtemberg. X. Leuciscus GRAciLis Agass. Vol. 5, Tab. Sic, fig. 2 et3. En restaurant ces deux figures l'une par l'autre , il est facile de se représenter la forme et les dimensions de ce poisson. C'était une espèce très-allongée et par consé- quent très-grèle, comme l'indique son nom. Le diamètre vertical de l'animal n'a guère que le cinquième de son diamètre longitudinal. La colonne vertébrale compte 3. 22 vertèbres abdominales et au moins i5 vertèbres caudales. Le corps des vertèbres est de taille moyenne, mais leurs apophyses épineuses sont petites et minces, particuliè- rement celles des vertèbres caudales. Il n'en est pas ainsi des osselets interapophy- saires, qui sont au contraire très-vigoureux. La dorsale en compte 10 et l'anale un nombre à-peu-près égal. Les côtes, au nombre de i!\, ont des dimensions assez consi- rables ( fig. 2 ), surtout lorsqu'on les compare aux apophyses épineuses. Les arêtes musculaires sont parfaitement conservées dans nos deux figures. On voit égale- ment des débris de toutes les nageoires; mais la dorsale est conservée en entier ; elle a 3. I. 8 rayons, tous à l'exception des trois petits, articulés et ramifiés à leur extrémité. La caudale est profondément échancrée ; ses rayons dont il est impossible d'indiquer la formule , sont également articulés et ramifiés ; il en est de même des rayons de l'anale, des ventrales et des pectorales ; ces dernières étaient, à ce qu'il paraît, les moins développées. Les os de la tête ne sont pas assez bien conservés pour servir à une dia gnose rigoureuse. Cette espèce m'a été communiquée par M. Hartmann de Goeppingen. Elle pro- vient du terrain tertiaire de Steinheim. — 55 — XI. Leuciscus brevis Agass. Vol. 5, Tab. Sic, fig. 4. Quoique je ne connaisse point le squelette complet de ce poisson , l'empreinte figu- rée Tab. 5ic, fig. 4» suflît pour démontrer qu'il avait la forme plus ramassée et plus courte que la plupart des autres espèces. Le diamètre peu considérable des vertèbres dans le sens longitudinal, en serait à lui seul une preuve irrécusable^ alors même qu'il n'existerait point de traces des pectorales. En examinant attentivement la colonne vertébrale on y reconnaît 1 1 vertèbres anales et à-peu-près 1 1 abdominales portant un nombre égal de côtes; de sorte que d'après l'analogie des autres espèces il man- querait à-peu-près six ou sept vertèbres abdominales poiir compléter le tronc. Les côtes et les apopliyses sont en proportion des vertèbres. La caudale paraît avoir été sensiblement fourchue \ on y compte environ 4- I- 8. rayons au lobe inférieur et à- peu-près autant au lobe supérieur. Les autres nageoires ne sont pas suffi samment conservées pour qu'il soit possible d'en énumérer les rayons. Ce qui est évident c'est que les pectorales et les ventrales en avaient de moins gros que les autres. Les osselets interapophysaires ont en revanche laissé une empreinte très-distincte de leur forme 5 on en compte 8 à la dorsale et autant à l'anale. 11 n'existe aucune trace ni des écail- les ni des os de la tête. L'exemplaire figuré fait partie de la collection du Musée de Prague. Son origine m'est inconnue. 36 -- CHAPITRE VI. DU GENRE ASPIUS. La plupart des espèces d'Aspius sont de petits poissons, à-peu-près de la taille de l'Ablette {Cyprinus alburnus) , qui m'a servi de type en établissant le genre. Il n'y a qu'une espèce , VAspîus rapax {Cyprinus Aspius L,), qui atteigne les dimensions des grands Leucisques. Les espèces vivantes sont assez nombreuses; elles habitent les eaux douces de presque toutes les parties du monde, depuis les rivières et les lacs de l'Europe et de l'Amérique septentrionale jusqu'au Nil et aux grands fleuves des Indes orientales. Cependant un grand nombre n'est pas encore déterminé d'une manière convenable ; même les espèces d'Europe, qui habitent différentes stations hydrographiques, ne sont point suffisamment connues. Les deux espèces fossiles que je connais proviennent des terrains tertiaires d'eau douce. Ce genre est caractérisé par la forme comprimée du corps , qui est couvert de grosses écailles, dont la partie postérieure, ornée de quelques sillons divergens, loin d'être arrondie, comme dans les Leucisques, fait saillie dans le milieu, tandis que le bord antérieur est tronqué. La bouche a une forme assez particulière ; elle est fendue obliquement du haut eu bas, et la mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, fait saillie en dessous et en avant. Les dents pharyngiennes sont allongées, légère- ment crochues à leur sommet et disposées sur deux rangées. Les nageoires sont proportionnellement plus grandes que dans le genre Leuciscus et la dorsale diffère beaucoup, par sa forme, de l'anale. Celle-ci s'étend sur un espace beaucoup plus considérable de la queue, que la dorsale n'en occupe sur le milieu du dos; mais ses rayons sont courts, tandis que la dorsale a une base étroite, avec des rayons beau- coup plus allongés, surtout les premiers. La caudale est très-fourchue. Les pectorales - sont acuminées. La charpente osseuse.de ces poissons est plus grêle que celle des Leucisques. — o/ I. Aspius GRAciLis Agass. Vol. 5, Tab.55, fig. i^2,3. De tous les exemplaires qui se trouvent dans la belle collection de 31. Lavater, les trois que j'ai fait représenter sont les plus complets et les mieux conservés. Fig. 3 est citée dans le catalogue de Saussure sous le nom de Cypriniis Grislagine , dé- termination qui ne saurait être plus fausse , comme en général la plupart des dé- terminations de ce catalogue. Une pareille confusion ne peut guère s'expliquer que par la manie que l'on avait alors d'identifier les espèces fossiles avec les vivantes, alors même qu'elles n'avaient qu'une ressemblance très-superficielle. Comment croirait-on sans cela que l'on ait également pu prendre un individu de cette espèce pour un Chipea Alosa ? La position reculée de la dorsale, les nombreux rayons de l'anale et la proéminence de la mâchoire inférieure ne permettent point de douter que cette espèce n'appartienne au genre Aspius, tel qu'il se trouve limité dans mon mémoire sur les Cyprins du lac de Neuchàtel. De toutes les espèces vivantes celles dont FA. gracilis se rapproche le pluSj sont VA. alburniis et VA. bipimctatus -, cependant il en diffère par la forme plus effilée du corps , comme on le voit surtout bien dans la fig. 2, oii cette partie paraît n'avoir subi aucune altération. La colonne vertébrale est composée de vertèbres très-grèles dont 3 , 1 5 abdominales et i5, 1 caudales. Les côtes, au nombre de i3, sontminces et surtout très-longues, ce qui fait supposer que la cavité abdominale était très-spacieuse , comme cela semble aussi résulter de la forte courbure de la colonne vertébrale , immédiatement au-dessus des ventrales. Les apophyses épineuses sont grêles et allongées comme les côtes. Les arêtes musculaires se voient bien tout le long de la colonne vertébrale^ mais elles sont surtout distinctes dans la partie caudale. La tête , quoique moins bien conservée que le reste du corps,, laisse cependant voir des traces très-distinctes des mâchoires , de l'orbite et des pièces operculaires". On voit par l'exemplaire de fig. i que la mâchoire inférieure était plus allongée que la mâchoire supérieure. Grâce à l'état de conservation parfaite de plusieurs exemplaires de cette espèce, on peut compter avec la même précision que sur un squelette d'une espèce vivante le nombre des rayons des diveises nageoires. La caudale, profondément fourchue et à lobes arrondis, en compte 7. L 9, 8. L 7. L'anale en a i. L i3, supportés par 14 osselets interapophysaires 5 la dorsale i. L 8, supportés par 9 osselets. Les — 38 -. ventrales en ont 9, et les pectorales un nombre au moins égal, s'il n'est supérieur. La caudale et la dorsale sont proportionnellement longues et leurs rayons étrol'ement articulés et ramifiés à leur extrémité , à l'exception de ceux qui précèdent le rayon majeur. Les rayons des pectorales et des ventrales sont au contraire grêles. Cette espèce était recouverte d'écaillés assez grandes , comme en général toutes les espèces du genre Aspius. Les exemplaires deM.Lavater proviennent d'Oeningen. Il en existe aussi au Muséum de Paris. II. Aspius Brongisurti Agass. Vol. 5, Tab. 55, fig. 4- Cette espèce, voisine à bien des^gards de l'espèce précédente , en diffère cependant sensiblement par sa plus grande taille , sa forme plus trapue et les dimensions de la tête, qui est proportionnellement beaucoup plus petite et plus pointue. L'appareil operculaire entier est parfaitement conservé dans l'exemplaire figuré. On y distingue l'opercule, le préopercule, le subopercule et l'interopercule. La mâclioire inférieure, comme dans VA.giacilis, débordait considérablement la mâchoire supérieure. L'orbite était aussi proportionnellement très-grand. Un autre caractère particulier à cette espèce c'est d'avoir la colonne vertébrale droite ; on ne reconnaît aucune trace de cette courbure si prononcée qui caractérise VA. gracilis. En revanche les côtes et les vertèbres sont moins grêles. On compte 17 paires de côtes et autant de vertèbres ab- dominales, plus les nuquales que je n'ai pu reconnaître ; mais il est probable qu'il y en a 3, comme dans les autres espèces du genre ; les vertèbres caudales sont au nombre de 19, pourvues d'apophyses épineuses assez vigoureuses. Les nageoires impaires sont très-développées; la dorsale se compose de 2. L 8 rayons très-longs et étroitement articulés. L'anale qui est encore plus ample que la dorsale, en compte i4- Enfin la caudale qui est très-fourchue, se compose de 4- 1- 75 6. L 5 rayons. Je n'ai pu compter ceux des pectorales , ni ceux des ventrales. Les osselets qui supportent l'anale et la dorsale sont de moyenne grandeur; il y en a 14 a l'anale et au moins 10 à la dorsale. On distingue aussi fort bien les arêtes musculaires tout le long de la colonne vertébrale. L'exemplaire figuré, de tous ceux que je connais le plus petit, provient des lignites de Menât (Puy de Dôme) et m'a été communiqué par M. Al. Brongniart. M. Valen- ciennes m'en a communiqué un autre exemplaire appartenant au Muséum de Paris, qui surpasse en longueur et en largeur les plus grands individus que j'aie vus de V As- pius alhurnus. 11 y en a également dans la collection de M. Régley. — 59 — Par sa forme trapue cette espèce se rapproche davantage de VAspius acJirodon Fitz. qui habite les rivières de l'Autriche, que de VAspius albumus du Nord et de l'Ouest de 1 Europe. La similitude des poissons de Menât etd'Oeningen me porte à croire que ces dépôts sont contemporains^ quoiqu'il n'y ait pas identité entre les espèces des deux localités. Mais le caractère général des poissons est tellement conforme, que je ne puis douter qu'ils n aient vécu à la même époque et dans des circonstances climatologiques semblables. La présence d'une Perche particulière dans chacune de ces deux formations, la Perça lepidota d'Oeningcn et la Perça angiista de Menât , différant , par la struc- ture de leur dorsale antérieure, des Perches de notre époque qui habitent l'Europe • la coexistence de deux Aspius différens, analogues à deux espèces vivantes d'Europe, jointe à cette circonstance si particulière, que sur deux espèces connues du genre Cyclurus, voir ci-dessous page 43, qui n'a pas de représentant dans notre époque, l'une , le Cjclurus minor, provient d'Oeningen, tandis que l'autre, le Cyclurus Va- lenciennesii, provient de3Iénat-, toutes ces considérations réunies m'ont convaincu de la contemporanéité de deux gîtes, quelque différens qu'ils soient d'ailleurs par la nature des terrains. Et cependant, voilà des poissons que l'on considérait encore, il y a quelques années seulement, comme identiques avec les espèces vivantes de nos lacs et de nos rivières. * — 40 CHAPITRE VIL DU GENRE RHODEUS. Le genre Rhodeus démembré des vrais Cyprinus de Ciivier, loin de comprendre des espèces massives et de grande taille, comme les véritables Carpes et les Carreaux, n'est composé que de très-petits poissons , dépourvus de barbillons aux mâchoires , et dont la dorsale n'a ni l'étendue ni les gros rayons dentelés des vrais Cyprins. Leur corps est cependant trapu et plus ou moins comprimé , couvert de grandes écailles minces, tandis qu'elles sont fort épaisses dans les vrais Cyprins. Les dents pharyngiennes sont taillées en biseau. Je n'en connais qu'une espèce vivante, le Rh. amarus {Cyprinus amarus Bloch) et deux fossiles d'Oeningen, le Rh. elongatus et le Rh. lalior. L espèce vivante habite les eaux douces de l'Europe centrale. I. Rhodeus elongatus Agass. Vol. 5, Tab. 54, fig. 4, 5 et 6. ( Cyprinus Nasus de Saussure Catal.) On voit au premier coup-d'œil que ce petit poisson n'est ni un Cobitis , ni un Gobio, ni un Barbus, ni un Cyprmus, ni un Tinca ; c'est donc à l'une des sub- divisions du genre Leuciscus qu'il devra appai'tenir. La structure et la position de l'anale et de la dorsale et la forme des mâchoires l'éloignent également des genres Leuciscus, Chondrostroma et Abramis, tels que je les ai restreints dans mon mémoire sur les Cyprins du lac deNeuchâtel. Le genre PJioxinus a de trop petites écailles, et le genre Aspius a le corps beaucoup plus effilé, plus élancé et surtout moins large en proportion de sa longueur. Il ne reste donc que le genre Rhodeus , et c'est en effet à celui-ci que je crois devoir rapporter les deux espèces fossiles figurées sur cette planche. Leur structure en général et les proportions des différentes parties du corps rappellent à beaucoup d'égards le Rhodeus amarus {Cyp. amarus BI.), que Saus- sure avait également cru devoir identifier avec les espèces fossiles. Ce qui distingue à mon avis le Rh. elongatus du Rh. amarus, c'est sa forme plus allonguée et plus grêle. — 41 — Des trois exemplaires figurés , c'est celui de fig. h qui est le mieux conservé et dont l'ensemble donne l'idée la plus juste de cette espèce ; seulement il est fâcheux que la plaque sur laquelle il est empreint soit fendue par le milieu , ce qui pourrait peut-être faire élever des doutes sur ses dimensions longitudinales. C'est pour pré- venir de pareils doutes que j'ai ajouté les fig. 5 et 6, qui ont en outre l'avantage de faire ressortir plus clairement divers détails de structure moins visibles dans fig. l\ , comme par exemple les arêtes musculaires. La colonne vertébrale est extrêmement grêle, composée de très-petites vertèbres, à apophyses épineuses très-minces. Les côtes sont proportionnellement très-longues ^ on compte 3, i5 vertèbres abdominales et i6, I vertèbres caudales. La tête est parfaitement conservée dans lexemplaire de fig. 4- On y voit distinctement les pièces operculaires , les rayons branchiostègues , les mâchoires et la grande orbite, qui constituent les caractères secondaires les plus saillans du genre Rhodeus. La caudale est très-fourchue, composée de 5. L 9, 8. L 5 rayons. La dorsale, très- large à sa base et proportionnellement longue, compte i. L 10 rayons et 10 osselets interapophysaires, qu'il est cependant diflîcile de compter rigoureusement à raison de leur petitesse. L'anale a i. 12 rayons et 12 osselets. Les ventrales et les pectorales avaient les rayons assez nombreux, mais extrêmement grêles. Les écailles, que le dessin n'a pu rendre distinctement, sont de moyenne grandeur, comme celles du Rh. amants. On en distingue, sur l'original de fig. 5, quelques traces au dessus des ventrales. On voit en outre sur la plaque de fig. 4 une petite pétrification, portant sur l'original l'inscription de Chela cancri marini, qui me paraît être le noyau ouvert d'un petit fruit. Les exemplaires originaux de mes trois figures font partie de la collection de M. La- vater de Zurich, et proviennent des schistes d'Oeningen. II. Rhodeus latior. Vol. 5, Tab. 54, fig. 7. Nous venons de voir que ce qui distingue principalement le Rh. elongatus de l'es- pèce vivante, c'est sa forme plus grêle et plus allongée. Tout le contraire a lieu pour l'espèce présente qui est au contraire beaucoup plus large et plus trapue ^ ce qui m'a engagé à lui donner le nom de latior. Je ne connais que deux exemplaires de cette espèce, qui tous deux font partie de la collection de M. Lavater de Zurich et pro- viennent des schistes d'Oeningen. L'exemplaire figuré est très-bien conservé, sauf la caudale qui est froissée d'arrière en avant, et la tête qui, quoique ayant conservé ses contours , ne permet cependant point d'y reconnaître les divers os du crâne ; mais TOM. Y. 1" PARTIE. 6 _ 42 — on compte les rayons brancliiostègues. La colonne vertébrale est composée de 3. i5 vertèbres abdominales et i6. i vertèbres caudales. Les apophyses épineuses, àl'inverse de ce que nous avons vu dans le RJi. elongatus, sont très-fortes et très-allongées, sur- tout les supérieures des vertèbres caudales. Les côtes en revanche sont effilées et plus grêles que les apophyses épineuses; j'en ai compté 12 paires. On voit aussi très-dis- tinctement les osselets interapophysaires de l'anale et de la dorsale , ainsi que les arêtes musculaires. L'anale se compose de i. L 10 rayons et la dorsale de i. L 9 rayons. Je n'ai pu compter exactement ceux des pectorales et des ventrales, ni ceux de la caudale. Dans l'original, une partie des écailles est parfaitement conservée : elles sont proportionnellement très-grosses ; la ligne latérale est également visible. 45 — CHAPITRE YIIl. DU GENRE CYCLURUS. Ce genre n'a point de représentans dans l'époque actuelle, et cependant il est sans contredit le plus caractéristique de tous ceux que nous venons de passer en revue dans la famille des Cyprins , bien qu'il ne soit connu que par des fragmens imparfaits. En le plaçant à la fin de la famille des Cyprins ^ je ne prétends pas lui assigner sa place définitive , d'autant moins que les parties les plus importantes du squelette , telles que le crâne et toute la partie antérieure du tronc, manquent dans les deux es- pèces que je vais décrire. A quelque famille que l'on s'arrête définitivement, lors- qu'on aura découvert des exemplaires plus parfaits, toujours est-il évident dès au- jourd'hui que les caractères que l'on peut tirer de la structure de la colonne verté- brale et de la forme et de la position des nageoires impaires, les seules que l'on connaisse, sont plus que suffisans pour justifier l'établissement d'un nouveau genre, que j'appelle Cyclurus , à raison de la forme arrondie de la caudale. Ce caractère, joint aux dimensions considérables de la dorsale, qui est insérée entre les ventrales et l'anale, le rapproche évidemment, d'une part du genre Tinca et de l'autre du genre Cyprinus proprement dit. J'ai dès lors cru devoir placer les Cyclures dans la famille des Cyprins, plutôt que dans toute autre famille de l'ordre des Cycloïdes. La colonne vertébrale est composée de grosses vertèbres très-étroites et par conséquent très- nombreuses, desquelles naissent des aphophyses épineuses vigoureuses; mais ce qui mérite surtout de fixer l'attention, c'est la courbe que forme la colonne vertébrale près de son extrémité, d'où il résulte qu'une grande partie des rayons de la partie inférieure de la caudale sont portés par les apophyses épineuses inférieures des avant-dernières vertèbres et non pas ^ar la dernière vertèbre elle-même. La dorsale se distingue entre toutes les nageoires par son extrême développement, de telle sorte qu'il ne reste qu'un très-petit espace de libre entre elle et la caudale. Les écailles, dont il n'existe que des débris imparfaits , étaient épaisses et allongées comme dans les Tanches, mais proportionnellement plus grandes. Les Cyclures sont contemporains des Leucisques, des Cobitiset en général des Cyprins fossiles; ils habitaient les eaux douces de l'époque tertiaire. — 44 — Je dois ajouter en terminant que le genre Cyclurus indiqué dans plusieurs cata- logues imprimés d'après des notes que j'avais communiquées à quelques-uns de mes amis, n'est point le même.que celui dont il est ici question. Le Cyclurus de ces cata- logues est un genre de la [famille des Gadoïdes : comme il n'est pas encore publié, il n'y aura pas d'iconvénient grave à en changer le nom, afin d'éviter un double emploi. I. Cyclurus Valenciennesii Agass. Vol. 5, Tab. 53, fig. 2 et 3. J'envisage cette espèce comme le type du genre Cyclurus , parce qu'elle réunit à un haut degré tous les caractères que nous venons d'envisager comme distinctifs de ce genre. En effet la forme arrondie de la caudale ne saurait être plus distincte que dans l'exemplaire de fig. 2. On y voit également bien l'inclinaison très-pi'ononcée de la co- lonne vertébrale; mais comme le dessin de cette figure est renversé, il s'ensuit que la courbe, au lieu d'être dirigée en haut, se trouve au conti'aire inclinée en bas, ainsi que l'indiquent les lettres a,b, qui correspondent aux mêmes lettres de la fig. 3. Fig. 3 nous présente la structure particulière de la colonne vertébrale, qui , comme il vient d'être dit au paragraphe du genre, se compose de vertèbres très-étroites et très-larges, dont le nombre a dû être très-considérable, à en juger d'après celles qui sont conservées. On compte au moins 50 vertèbres caudales, à partir de l'insertion de l'anale. La même figure nous donne une idée de cet autre caractère propre aux Cy- clures, qui consiste dans l'extrême développement de la dorsale. Il est probable que cette nageoire occupait au moins la moitié du dos, attendu que dans l'exemplaire en question, elle s'étend depuis à-peu-près l'origine de la caudale jusque bien au-delà de l'insertion de l'anale*, il est même très-probable, qu'intacts, lés derniers rayons dé- passaient l'origine delà caudale. Dans l'exemplaire figuré, on ne compte pas moins de 27 gros rayons à la dorsale, L'anale, en revanche, ne paraît pas avoir été bien dé- veloppée, quoiqu'elle fût composée de rayons de même longueur mais plus gros que ceux de la dorsale. J'y compte 6 rayons sur l'exemplaire de fig. 3, mais il se pourrait qu'il en manquât un ou deux. Il n'existe que de faibles traces des ventrales, mais elles sont sufïisantes pour nous indiquer leur position; d'où il est permis de conclure que la partie antérieure du tronc quia disparu, n'était pas très-élancée. Si maintenant nous examinons les diverses nageoires en détail , nous trouverons que leurs rayons sont sans exception très-gros, profondément ramifiés et articulés de très-près ; dans la caudale en particulier, les articulations se voient dès l'origine des rayons et se poursuivant jusqu'à leur extrémité. Cette nageoire a en outre cela de ■ particulier, qu'elle ne forme, pour ainsi dire, qu'un seul faisceau. On ne saurait des — 45 — lors lui appliquer la formule habituelle employée pour les caudales à deux lobes. On compte en tout 20 rayons à la caudale, qui tous se font remarquer par leur extrême largeur. Chaque rayon se divise en deux faisceaux presque dès son origine, et ceux- ci se subdivisent de nouveau avant d'avoir atteint la moitié de leur longueur, de sorte que l'on peut dire que tous les grands rayons se composent de quatre faisceaux dis- tincts, dont les articulations sont ordinairement alternantes. Il en est de même des rayons de la dorsale, quoiqu'ici les faisceaux soient un peu moins distincts, et les rayons plus grêles. Les rayons de l'anale sont plus gros que ceux de la dorsale et leurs articulations plus marquées. Les écailles sont très-allongées, à-peu-près comme dans le genre des Tanches, quoique beaucoup plus grandes? Elles sont en même temps très-épaisses , mais tellement fracturées qu'il m'a été impossible d'en figurer une détachée. Les deux exemplaires figurés, les seuls que je connaisse de cette es- pèce, proviennent des lignites de Menât (Puy-de-Dôme) et m'ont été communiqués l'un par M. le Dr.Hibbert^ et l'autre par M. le Professeur Valenciennes, qui a bien voulu me le céder pour le Musée deNeuchâtel, où il se trouve déposé maintenant. II. Cyclurus winor Agass. Yol. 5, Tab. 53, fig. I. Je rapporte au genre Cyclurus un fragment de poisson fossile de la collection de Lord Cole, parce qu'il me semble se rapprocher plus du C. J^alenciennesii que je viens de décrire, que de toute autre espèce, de Cyprin à moi connue. La caudale affecte la même forme arrondie que nous avons envisagée comme l'un des principaux caractères du genre Cyclurus. Ses rayons sont proportionnellement plus courts et plus grêles que ceux du Cyclurus Kalenciennesii , articulés de très-près et divisés en plu- sieurs faisceaux, et de même que dans l'espèce précédente , les rayons inférieurs sont fixés aux apophyses des avant-dernières vertèbres , au lieu d'être portés par la dernière vertèbre elle-même; celle-ci n'en est pas moins beaucoup plus développée que les précé- dentes, tandis que dans le Cjcl. Valenciennesii , les vertèbres deviennent graduelle- ment de plus en plus petites. La moitié inféi'ieure de la caudale compte 6 grands rayons ramifiés et fortement articulés, et 5 petits rayons marginaux. Il est probable qu'il y en avait un nombre à-peu-près égal à la partie supérieure. La dorsale, quoique grande, n'est cependant pas aussi rapprochée de la caudale que dans le C. Valenciennesii. Il n'est pas possible d'indiquer le nombre complet de ses rayons; ceux que l'on voit se montent an, qui sont portés par un nombre égal d'osselets interapophysaires. Il n'est resté que quelques rayons de l'anale, qui paraissent avoir été très-longs et très-étroite- meut articulés; en même temps qu'ils sont plus grêles que ceux de l'espèce de Menât. _ 46 — La colonne vertébrale est massive, mais les vertèbres ne sont pas aussi courtes que dans l'espèce précédente. Les apophyses épineuses sont très-longues et très- vigoureuses, surtout les inférieures. On compte i6 vertèbres caudales dans le frag- ment de fig. I , qui n'est conservé que jusqu'au point d'insertion de l'anale , toute la partie antérieure du tronc ainsi que le crâne ayant entièrement disparu. Les arêtes musculaires se font également remarquer par leur longueur. Ces particularités de la charpente osseuse du Cyclurus minor le rapprochent évi- demment des Cyprins, quoique le C. Valenciennesii semhXe s'en éloigner davantage, aussi m'appuyé-je principalement sur cette analogie pour placer le genre Cyclurus à la fin de la famille des Cyprinoïdes. Les écailles sont généralement mal conservées; celles de la partie inférieure de la queue se voient seules encore; elles sont proportionnellement très-grandes, comme dans les Leucisques. Ce fossile provient d'Oeningen et se trouve dans la collection de Lord Cole. -. 47 DE LA FAMILLE DES CYPRINODONTES. Les poissons de cette famille se rapprochent par toute leur organisation de ceux de la famille des Cyprins, avec lesquels on les a jusqu'ici confondus. En effet, leur corps est cylindracé, plus ou moins comprimé et revêtu de grosses écailles j leur vessie na- tatoire est grande; leur intestin est ample, simple, sans coecums. Néanmoins j'ai cru devoir détacher de la famille des Cyprins proprement dits, les genres Anableps Art., Poecilia Schn., Lebias Cuv., Funduliis Lacép., Molinesia Les. et Cjprino- clon Lacép., pour en faire une famille à part, m'appuyant sur plusieurs caractères com- muns à tous ces genres, mais que l'on ne rencontre pas dansles vrais Cyprins. Tousle^ Cyprinodontes ont en effet des dents aux mâchoires, et nous avons vu que les Cyprins en sont dépourvus. Ces derniers n'ont jamais plus de trois rayons branchiostègues, attachés aux cornes de l'os hyoïde, tandis que les Cyprinodontes en ont constamment da- vantage; leur nombre va souvent même jusqu'à six. Enfin il est reconnu que plusieurs espèces sont vivipares ; et cette circonstance coïncide sans doute avec quelque autre particularité d'organisation encore inaperçue. Tous les poissons de cette famille sont de petite taille et de forme trapue , n'excé- dant guères les dimensions du Goujon (^Gobio). Ils habitent les eaux douces de la zone tempérée, jusques sous les tropiques. Les espèces américaines qui sont les plus nombreuses, ont été pour la plupart décrites par M. Valenciennes dans le i{ea Ion doit supposer qu'ils vivaient encore quand ils furent enveloppés. Les dépôts qui gisent immédiatement au-dessus de ce premier, contiennent plutôt des poissons dont l'état fait présumer qu'ils étaient déjà morts et même en putréfaction ; tandis que la nature des dépôts supérieurs de chaque étage indique une mort subite et violente des formes deCypris qu'ils contiennent, et cela à une époque où il n'y avait plus dans l'eau , de poissons, vivans ou morts. De combien de systèmes pareils, tassés les uns sur les autres, la formation argileuse , dont on ne connaît pas la puissance, peut-elle bien être composée? Dans tous les cas, d'un très-grand nombre. La répétition régulière des étages, et l'alternance des couches particulières, semblent indiquer un phénomène qui aurait souvent reparu, à des époques périodiques. Les couches argileuses sont les dépôts d'une eau stagnante, marécageuse, qui se dissipait et revenait périodiquement. Cette eau nourrissait des poissons, dont quelques-uns , à mesure que le limon le plus épais se déposait, s'en trouvaient d'abord enveloppés. Lorsque ensuite l'eau , manquant d'écoulement , diminuait petit-à-petit dans son réservoir, les poissons y périssaient successivement aussi , et étaient enveloppés ou tout entiers , ou le plus souvent morcelés , dans les dépôts formés des parties argileuses les plus fines. Après que le marécage était ainsi dépouillé de ses poissons, les Cypris pouvaient encore y vivre quelque temps, jusqu'au complet dessèche- ment , et alors il se formait nécessairement des couches toutes composées de Cypris. La nature et la position alternante des divers lits de chacun de ces étages sont dues vraisemblablement à des interruptions qui avaient lieu dans la diminution des eaux, soit par des pluies ou par d'autres causes. Pendant que ces réservoirs étaient à sec et privés d'habitans, il y en avait sûrement d'autres, et peut-être de plus considéi'ables dans le voisinage, qui ne se desséchaient pas ; or, de fortes pluies périodiques pouvaient avoir rétabli la communication entre ceux-ci et ceux-là , de manière à leur ramener, avec l'eau, les animaux qu'elle contenait. Ensuite, par l'évaporation de l'eau , ces réservoirs s'isolaient de nouveau de ceux qui étaient plus abondans, et reperdaient insensiblement et leur eau et les animaux dont elle entietenait la vie. Cette explication paraîtra d'autant plus plausible, si l'on considère que de nos jours encore il n'est point extraordinaire de voir que des lacs qui croissent périodique- ment, sont riches en poissons tant qu'ils ont assez d'eau, mais à certaine époque de l'année se dessèchent presque entièrement. Il est aussi des réservoirs, tant dans l'intérieur des terres que sur les bords de la mer, qui par des inondations se remplissent d'une eau poissonneuse, et dont ensuite l'eau diminue et s'évapore peu- à-peu, ne laissant plus qu'un marais après elle. Enfin, l'on voit des lacs qui, à une certaine époque de l'année regorgent de monocles ( du nombre desquels sont les Cypris). Dans les étages de la formation argileuse que j'ai examinée, on ne trouve — 56 -. toujours que la même espèce de poissons et de Cypris. Le relief actuel de cette contrée répugnerait, il est vrai, à l'admission de réservoirs semblables ; mais si l'on recherche la base de son origine, on trouvera qu'il n'en peut pas avoir été autrement. Car les calcaires et les argiles de notre contrée appartiennent aux formations tertiaires supérieures de la série géologique. Ce n'est qu'après la déposition de ces calcaires et de ces argiles, que les masses de dolérite, si nombreuses dans nos environs, ont été soulevées, comme l'indiquent évidemment les changemens que ces masses en fusion ignée ont surtout opérés dans l'argile. Une suite nécessaire de cette invasion vio- lente a été la formation du relief de notre contrée , relief qui s'est encore accidenté par la naissance du vallon où coule maintenant le Mein. — (Hermann de Meyer dans le Mus. Senkenb. Vol. i , pag. 288.) V. LeBIAS CRASSICAUDUS Agass. Vol. 5, Tab. 4i , fig. 1 1 et 12. Cette espèce se fait remarquer au premier coup-d'oeil par la petitesse de sa caudale qui est en même temps très-épaisse, abondamment fournie de rayons et plus arrondie que dans aucune des espèces précédentes. Les pectorales, au contraire, sont très-dé- veloppées 5 leurs rayons très-lins et nombreux atteignent presque l'anale ou du moins se prolongent bien au delà de l'insertion des ventrales, dont il n'existe que quelques vestiges. Les ventrales et la dorsale sont de taille moyenne. Il ne m'a pas été possible de compter leurs rayons, non plus que ceux des autres nageoires. Un autre caractère, qui mérite également de fixer l'attention, gît dans la nature de la colonne vertébrale. Autant les vertèbres elles-mêmes sont petites , autant leurs apophyses épineuses et les côtes sont épaisses et massives. La tête est grosse et arrondie, mais l'on n'y dis- tingue guère que le frontal, l'empreinte de l'opercule, des fragmens de l'arcade pala- tine et quelques rayons branchiostègues. Les écailles dont il existe de nombreuses traces à la partie antérieure du corps de fig. II, sont très-grosses et très épaisses, à-peu-près comme des écailles de Lépidostées, avec lesquelles on pourrait aisément les confondre , si elles étaient carrées et émaillées. L'original de fig. 11 , provenant de l'argile de Pezaros, fait partie de la collection de M. Régley, qui appartient aujourd'hui à M. Cartaret. Celui de fig. 12 se trouve dans la collection de M. le Professeur Leonhard de Heidelberg-, il provient de la marne de Gesso, de St-Angelo, à 3 milles de Sinigaglia. Il en existe d'autres exem- plaires au Musée de Prague, dans la collection de 31. le comte de Miinster et dans celle de M. le professeur Bronn , à Heidelberg. 57 DE LA FAMILLE DES ESOCIDES. CHAPITRE I. DES ESOCIDES EN GÉNÉRAL. La famille des Esoces telle qu'elle a été établie et caractérisée par Ciivier dans son Règne animal, ne me parait pas circonscrite dans des limites aussi naturelles que la plupart des autres familles établies par ce grand naturaliste. L'importance qu'il attachait à la structure des rayons dorsaux l'a engagé à opérer des rapprochemens que je ne crois pas naturels. C'est ainsi que prenant , chez les Salmones , la nageoire adipeuse pour un caractère de pre- mière valeur, il a placé à côté des vrais Salmones des poissons qui , comme les Scopèles , les Aulopes et les Saurus , se rapprochent bien plus des Clupes. Déjà le prince de Canino a relevé judicieusement ce qu'il y a d'exagéré dans ce rapprochement , et en divisant la fa- mille des Salmones en plusieurs tribus naturelles , il a fait voir de combien d'élémens divers elle se compose. Tout en approuvant ces changemens , et en rendant hommage à la sagacité de leur illustre auteur, je crois cependant qu'il aurait été naturel de les pousser encore plus loin ; car de deux choses l'une : ou bien l'on réunira la famille des Clupes à celle des Salmones ; ou bien , si on veut les démembrer, il faudra faire rentrer les Anchois dans la tribu des Scopèles , et les Harengs dans celle des vrais Salmones, et ainsi de suite. Mais alors la fa- mille des Esoces devra aussi fournir son contingent à ces nouveaux groupes , et les genres Stomias , Chaulioilus et plusieurs autres, encore moins connus, iront naturellement prendre place dans le voisinage des Scopèles et des Aulopes. J'attache maintenant d'autant moins d'importance à l'arrangement des rayons des nageoires du dos , que je me suis convaincu , par l'étude du développement des rayons chez les jeunes sortant de l'œuf , qu'il existe ordi- nairement dans le jeune âge une nageoire continue tout le long du dos et sous le ventre . et que la séparation des nageoires dorsale , anale et caudale n'est qu'un fait secondaire dans l'organisation des poissons. Cela étant, la position plus ou moins reculée de la dorsale qui était envisagée comme un caractère essentiel des Esoces , n'a plus à mes yeux la même va- leur ; je dirai même que la présence de quelques rayons articulés dans la seconde dorsale du Chauliodus setinolus , à l'endroit où se trouve l'adipeuse dans les Salmones , ne me parait point s'opposer à ce que ce genre soit exclus de la famille des Esoces , pour être reporté dans le voisinage des Aulopes. TOM. V, 2' PART. 8 — S8 — Après avoir ainsi épuré cette famille , nous la trou^'ons composée des genres Esox , Belone, Sairis , Tylosiinis et Heniiraniphus , démembrés par les naturalistes modernes du genre Esox de Linné , et auxquels il faut associer le genre Exocettis , quelque éloignée que sa ressem- blance puisse paraître. Le caractère distinclif de la famille consiste dans la structure de la bouche , et particulièrement de la mâchoire supérieure , dont le bord est formé soit par les intermaxillaires seuls, soit par les intermaxillaires et les maxillaires supérieurs. Dans tous les cas , les maxillaires supérieurs sont dépourvus de dents et placés à la suite des intermaxil- laires sur une même ligne , et non point derrière, sur un second rang , comme chez la plupart des poissons dont les maxillaires sont édentés. La forme du bec varie considérablement suivant les genres : modérément allongé et arrondi chez les vrais Esox, il est très-effdé chez les Belones, les Sairis et les Tylosaures ; dans le genre Heniiraniphus, la mâchoire inférieure seule est effi- lée, tandis que la supérieure est très-courte; enfin, dans le genre Exocetus, les deux mâchoires sont écourtées. On peut envisager les poissons qui constituent ce dernier genre comme des Hemiranqihes dont les deux mâchoires seraient tronquées et les pectorales extraordinairement développées. Le corps est généralement allongé , la dorsale et l'anale opposées l'une à l'autre et très-reculées ; les ventrales sont suspendues sous le ventre , fort en arrière des pectorales. Bien qu'ils soient privés d'appendices cécaux au pylore , les Esocides se rapprochent à bien tles égards de la famille des Scombres et en particulier des genres Tetrapterus , Histiophorus et Xiphias. L'absence de nageoire épineuse chez les Esoces ne saurait infirmer ce rapproche- ment ; car, chez un grand nombre de Sconibéroïdes , tous les rayons dorsaux sont flexibles ou articulés , et les changemens qui surviennent avec Tâge dans la forme de la dorsale du genre Xiphias , nous apprennent qu'il ne faut pas attacher trop d'importance à la disposition de ces rayons , tandis que l'absence de ventrales dans ce même genre et dans plusieurs autres très- voisins de genres qui en sont pourvus , montre que les ventrales ne jouent pas , chez les pois- sons, un rôle aussi important que celui que Linné leur avait assigné. II ne faut pas oublier non plus que la famille des Esoces compte un genre , celui des Sairis ou Scombrésoces , dont les derniers rayons de la dorsale et de l'anale sont séparés en forme de pinnules distinctes , comme chez les vrais Scombres. Des motifs semblables doivent suffire pour faire envisager les Esoces et les Scombres comme plus voisins les uns des autres qu'on ne l'a pensé généralement ; aussi ai-je vu avec une vive satisfaction que le prince de Canino , qui a étudié avec tant de soin les poissons de la Î^Iéditerranée , partageait cette manière de voir, puisqu'il a rapproché ces deux familles dans le conspectus des Poissons d'Italie , qui forme l'Introduction du troisième volume de sa Fauna Italica. Les poissons fossiles que je range dans cette famille appartiennent pour la plupart à des genres qui n'existent plus ; il me reste dès-lors quelques doutes sur la convenance de laisser à côté des vrais Esoces ces genres que je n'ai pas pu étudier aussi complètement que je l'aurais voulu. Ne leur trouvant pas de place convenable , je les rangerai cependant à la suite de cette famille , sauf à levu' en assigner une autre lorsque leurs affinités seront mieux établies. liQ — CHAPITRE II. DU GEISRE ESOX. Lorsque Linné inslilua le genre Esox , il y réunit des poissons fort cHlfércns . ([ui sont mainte- nant l'épartis dans plusieurs familles sous des noms génériques particuliers. Tels sont: 1" VEsox Sphyrœno , (jui , après être de^ enu le Sphtjrœna Spet , a été rapproché des Percoïdes , el que je crois voisin des Scoml)éroïdes : 2° VEsox osseiis , qui est devenu le type du genre Lepidosteus , placé d'abord dans la famille des Clupes , d'où je l'ai retiré pour en faire le type d'une famille distincte , celle des Sauroïdes , qui est surtout riche en genres éteints ; .5° VEsox viilpes , type du genre Butirinus , de la famille des Clupes ; k" VEsox sijnodiis , qui appartient probablement au genre Saurus. de la famille des Salmones ; 5° VEsox Hepsetus , qui est très-probablement un Emjraulis ; 6" VEsox gyiiinocephalus , qui paraît être un Erythrimis , et trois espèces seule- ment qui font réellement partie de la famille des Esocides , mais qui sont maintenant les types d'autant de genres dilTérens. savoir VEsox brasiliensis , qui appartient au genre Heiniramphus , VEsox Belone, qui est le tA^pe du genre Belone, et enlîn VEsox Lucias , qui est le type du genre Esox proprement dit, tel que Cuvier l'a circonscrit et tel que nous ladmeltons main- tenant. Dans ses limites nouvelles, le genre Esox est caractérisé par sa forme allongée et cylindra- cée ; la tête est grande, le museau oblong, large, obtus el déprimé. La gueule est très-fenduc et horizontale. Le bord de la mâchoire supérieure est en majeure partie formé par les os maxil- laires supérieurs , qui sont entièrement dépourvus de dents : les intermaxillaires , ornés de très- petites dents coniques , n'occupent que la partie antérieure de la mâchoire supérieure ; encore sont-ils séparés au milieu du rostre par le vomer. C'est sans doute par l'efTet d'une trans- position qu'on lit dans le lU(jne aiuitud de Cin-ier, que les intermaxillaires forment les deux tiers de la mâchoire supérieure ; ils en forment à peine un tiers , tandis que les maxillaires supérieurs en bordent tout le côté. Les palatins et la partie antérieure du vomer sont gar- nis de fortes dents dont la pointe est dirigée en arrière ; sur le prolongement du Aomer, sur les os pharyngiens et sur les arcs branchiaux, il y en a de plus petites; la surface des os impairs de la langue est également garnie de très-fines dents. La mâchoire inférieure , en revanche , est armée de grosses dents coniques . effdées , très-acérées et tranchantes à leurs bords antérieur et postérieur ; les grosses dents sont peu nombreuses et alternent avec des dents plus faibles, plus petites et plus serrées. Les pièces operculaires sont minces et folia- — 60 — cées ; on compte quatorze rayons dans la membrane branchiostègue. Tous les rayons des na- geoires sont articulés , grêles et divisés ; la caudale est la plus forte de toutes les nageoires , elle forme avec la dorsale et l'anale une large surface propre à battre vigoureusement l'eau et sert ainsi à imprimer au corps entier les mouvemens l'apides que ce poisson peut exécuter. Possédant divers os détachés d'une espèce fossile de Brochet et plusieurs squelettes pres- que entiers d'une seconde espèce fossile , je crois utile de donner d'abord la description de la charpente osseuse de notre Esox Lucius, avant de chercher à préciser les différences qui existent entre les espèces fossiles et les espèces vivantes. Le squelette du Brochet d'Europe (Esox Lucius), représenté Tab. J et K, se distingue particulièrement par la ténuité de ses os. Les corps de vertèbres, les côtes, les arêtes mus- culaires , les supports des nageoires , la ceinture thoracique , les pièces operculaires , les os du crâne même, tout en un mot, dans le squelette , à l'exception des mâchoires, est plus mince. j)lus grêle et plus faible que dans d'autres genres ; mais aussi les mouvemens sont plus souples et plus faciles. Ce contraste paraîtra surtout frappant si l'on compare le Brochet à notre Perche, qui est aussi un poisson vorace. Chez celle-ci tout est roide, anguleux, hérissé de pointes ; car lorsque la Perche poursuit sa proie , l'effort qu'elle fait ne se trahit pas seule- ment dans la position des nageoires , qui se dressent en avant , mais encore dans la tension des pièces operculaires et des mâchoires , tandis que chez le Brochet les mouvemens les plus ra- pides et les plus vigoureux sont encore faciles et gracieux. Mais aussi quelles différences entre leurs squelettes ! Celui de la Perche est en tous points aussi ramassé , aussi robuste . aussi anguleux, aussi hérissé de piquans que celui du Brochet est grêle, délié et souple. La colonne vertébrale du Brochet compte soixante-deux vertèbres, dont quarante abdo- minales et vingt-deux caudales ; leur corps est à-peu-près aussi long que haut sur toute la longueur de l'épine dorsale ; les premières sont dépourvues de côtes ; les suivantes en ont de grêles, effdées à leur extrémité, et larges et plates à leur base. Les arêtes musculaires sont très-développées ; simples à la nuche , elles s'articulent immédiatement à la partie supérieure du corps des vertèbres ; le long du dos jusqu'à l'extrémité de la cavité abdominale , elles sont bifurquées et ne tiennent au reste de la charpente osseuse que par de fins ligamens : sous la dorsale elles sont de nouveau simples ; il y en a de semblables à ces dernières au-dessus de l'anale. Les osselets interapophysaires qui supportent la dorsale et l'anale sont très-minces et relevés latéralement d'une faible carène. L'articulation avec les rayons se fait par l'entremise de pe- tits osselets cylindracés , plus minces au centre qu'aux deux bouts. Je compte à la dorsale vingt osselets interapophysaires, portant vingt et un rayons, et à l'anale dix-neuf osselets et au- tant de rayons. La caudale présente quelques particularités dignes de remarque. Les grands rayons sont au nombre de dix-neuf, dont dix forment le lobe supérieur, et neuf le lobe infé- rieur de la caudale, aux bords supérieur et inférieur desquels on compte encore une dizaine de petits rayons. Les deux lol)es de la caudale sont symétriques dans leur arrangement exté- — (il — rieur : mais quant à leur iiiode d'insertion sur la colonne \erlébrale, ils diffèrent complèteiuenl et n'offrent même aucune symétrie. Les dix rayons du lobe supérieur sont tous les dix articidés avec les apophyses épineuses de la dernière vertèbre seulement, qui ne porte pas d'autres rayons , tandis que les neuf rayons du lobe inférieur sont articulés avec les apophyses épi- neuses des deux avant-dernières vertèbres. Les petits rayons des bords de la nageoire tiennent aux apophyses des quatre vertèbres précédentes. Les os du bassin sont plats , avec une plaque triangulaire et arrondie en arrière , à lacpielle sont fixés les dix rayons des ventrales; le bord externe du bassin est renflé. La ceinture thoracique, Tab. K, fig. H, se fait remarquer parles proportions singulières de ses parties. Le premier suprascapulaire est fortement bifurqué et plié sur lui-même en forme de gouttière ; le second est un petit osselet plat , qui tient au mastoïdien et au suprasca- pulaire. Le scapulaire est allongé, étroit en haut et faiblement dilaté en bas. Le styloïde est simple et grêle. L'humérus a sa branche montante beaucoup plus courte et plus effilée que la branche horizontale , qui est faiblement arquée ; son coude est arrondi , sans saillie ni armature particulière. L'utna et le radins sont plats et portent quatre petits os métacarpiens auxquels s'attachent les treize rayons des pectorales. La face supérieure de la tête est plate ; les os de la partie antérieure du crâne , c'est-à-dire les frontaux, les efhmoïdes et le vomer sont très-allongés en avant et forment comme un point d'appui pour les os de la face , tandis que la plaque ptérygo-palatine est suspendue au frontal antérieur et la plaque temporale avec l'appareil operculairc et la mâchoire inférieure au mastoïdien , auquel la ceinture thoracique est également attachée ; les sous-orbitaires tiennent au frontal antérieur et au frontal postérieur; enfin l'appareil branchial est fixé par en haut au corps du sphénoïde; ses arcs s'unissent en bas les uns aux autres et se rattachent en avant à l'os hyoïde. De cette manière , toute la partie mobile de la tête se trouve rattachée directement ou indirectement aux os du crâne. Un pareil arrangement permet une très-grande mobilité dans les os de la face et des appareils qui en dépendent ; aussi y a-t-il peu de poissons qui puissent ouvrir la gueule plus largement que le brochet et avaler des poissons d'un aussi gros volume comparativement à leur taille. Les os de la tête sont tous représentés séparément, Tab. k. La fîg. i montre le crâ